‹ L'histoire de France (volume 3)Chapitre 77 sur 329 · FABRICE COLONNE PRISONNIER DES FRANÇAIS · texte numérisé non relu

FABRICE COLONNE PRISONNIER DES FRANÇAIS

Messire Fabrice Colonne, qui lors était prisonnier entre les mains de ses ennemis, était épris de courroux, et à bonne cause, vu la domination et l'état seigneurieux auquel peu de jours devant s'était trouvé, connaissant lors son honneur rabaissé et son pouvoir anéanti. Toutefois tellement en advint, que le seigneur de Mauléon le retira des mains de ceux qui prisonnier le tenaient, moyennant douze cents ducats qu'il leur bailla, et si n'y perdit au marché; car, pour la rançon dudit Fabrice, en eut quatorze mille ducats, dont celui Fabrice romain se trouva moult empêché et nécessiteux, pour ce que devant et durant le siège de Capoue il avait fait grande avance pour le roi don Frédéric au payement de ses soldats; ce qui lui est ores et toujours sera de reste, et à bon droit; car, à ses dépens, de gaieté de cœur, sans propos raisonnable, juste querelle, ni à ce faire être obligé, de l'affaire d'autrui se voulut entremettre.

Le seigneur Jean Jourdain, capitaine des Ursins, qui lors ennemi de celui Fabrice était, voyant que pour sa délivrance argent ne pouvait finer, et qu'en arrière de payement du tout se trouvait, lui dit : « Seigneur Fabrice, pour ce que aux vaincus pitié se doit offrir, et aux affligés donner réfrigère, je, toutefois ton ennemi, toi voyant être captif entre .les mains de tes adverses, et dénué d'argent, pour moyenner ta délivrance, afin que tu prennes connais-

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sance que je veux user envers loi plus d'humanité que de vengeance, je supplierai ceux qui te détiennent prisonnier qu'ils te veuillent doucement traiter, et ferai pour loi l'avance de ce qui reste pour le payement de ta rançon. Or avise donc si tu veux accepter Toffre qui par moi t'est présentée ! » A ces paroles fit réponse messire Fabrice Colonne, disant tels mots au seigneur Jean Jourdain : « Du moyen de la prière de tes paroles, pour mon bon traitement, ni de Taide du prêt de ton argent, pour ma délivrance, n'ai que besogner, seigneur Jean Jourdain; car, quant au premier point, les Français, qui prisonnier me tiennent, ne sont coutumiers de maltraiter ceux qui sous leur main tiennent une prison; au surplus, j'ai encore à Rome vaisselle d'argent,, et meubles assez pour suffire au payement de ma rançon. Pour ce, je m'essayerai, pour celte fois, de non être tenu à toi en rien, et sache en outre que pour le malheur de cette mienne défortune, jà pourtant ne sera mon vouloir rabaissé, mon courage amolli, ni mon espérance perdue. » Ainsi parla en homme de grand cœur ledit messire Fabrice Colonne, et transmit à Rome vendre et engager de sa vaisselle d'argent, et ce qu'il av£ï^t jusqu'à la somme de ce que montait le taux de sa rançon, laquelle paya au seigneur de Mauléon , qui l'avait entre ses mains.

§ IS. — LB ROI APPREND A LYON LES NOUVELLES d'ITALIE.

Le roi, qui était à Lyon, sur le Rhône, eut la poste le pénultième jour du mois de juillet, et lettres du seigneur d'Aubigny, et de ses autres lieutenants en la guerre de Naples, dont fut acertainé du vrai de la

prise de Capoue, et de la défaite des Colonnois; desquelles nouvelles fut moult joyeux, et fît icelles publier partout; et, au moyen de ce, fit, dedans ladite ville de Lyon, faire les feux de joie, et le lendemain fut ouïr la messe en grande dévotion, et fut en voyage à Notre- Dame de Confort, dedans ladite ville de Lyon, et là très humblement regracier Dieu et Notre-Dame de la bonne victoire que contre ses ennemis avait obtenue.

§ 16. — FUITE A ISCHIA DU ROI DE NAPLES PRÉDÉRIC II. OCCUPATION DU ROYAUME DE NAPLES PAR LES FRANÇAIS.

Dedans la ville de Capoue, après la prise d'icelle, reposèrent les Français deux jours seulement; et eurent pour otages le frère du roi Frédéric et deux des seigneurs principaux de la ville de Naples, lesquels furent envoyés au château de Verse et mis en garde entre les mains d'un capitaine français nommé Lalande, et d'un autre nommé Bernard de Mons, gouverneur de ladite ville de Verse, pour le roi; et ce fait, le roi Frédéric plia ses bagues, et se voulut retirer dedans l'île d'Isque, comme avait promis aux lieutenants du roi; et à son départ, prit congé de ses familiers et amis,^t du peuple de Naples, les larmes aux yeux.

Ce fait, avec tout son charroi, son train, ses bagues, et se mit en voie vers l'île d'Isque, dans laquelle s'en alla pour là attendre la fin de sa fortune.

Tous les faits susdits résolus, les lieutenants du roi eurent obéissance de ceux de Naples, et de toute la Terre de Labour, tant que les clefs des villes dudit pays leur furent apportées jusqu'à une ville nommée Marsignis, huit milles près de Naples, où là le sire d'Aubigny, lieutenant général du roi, reçut la foi,

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les fiefs et hommages des seigneurs du pays; et là firent composition de rendre les châteaux baillés et mis entre les mains. Ce fait, les garnisons furent dis persées autour de Naples; et le seigneur de la Palice envoyé vice-roi en l'Abruzze, avec deux cents hommes d'armes et deux mille hommes de pied, lequel pays était bon aragonais; et mêmement une ville, nommé l'Aigle, qui est communauté sujette à la souveraineté de Naples, laquelle, et toutes les autres, furent par ledit sieur de la PaUce conquétées et soumises en l'obéissance du roi, et lui bien obéi et moult aimé du peuple de celui pays.

§ n. — PROPOSITION d'accommodement ENTRE LB ROI FRÉDÉRIC ET LES GÉNÉRAUX FRANÇAIS.

La ville de Capoue, mise en sure main, et les Français un peu rafraîchis, se mirent aux champs et tirèrent vers Naples ; et tant marchèrent ce jour, qu'à huit milles de pays loin de leur logis s'arrêtèrent, qui est à mi-voie de Capoue et de Naples, et là furent à séjour l'espace de huit jours. Ledit temps durant, l'artillerie fut envoyée au château de Verse, et par ambassades, parlement tenu entre le roi don Frédéric et les lieutenants du roi. Ledit Frédéric transmit ses ambassades vers iceux lieutenants * pour le roi, pour les avertir de son vouloir, et demander à eux composition telle, que ledit Frédéric, dedans

1. Après la ruine de Capoue, Frédéric avait invoqué le secours de Gonzalve. Ce fut alors seulement qu'il apprit le traité de Grenade et la trahison dont il était victime. Plus irrité contre un traître que contre un ennemi, il se décida à négocier avec les généraux français.

huit jours apfès ce, promettait vuider la ville de Naples, et lui, et sa femme, et ses enfants, avec toutes ses bagues, se retireraient dedans l'île disque, qui est moult forte et garnie de bonnes places, et environnée de mer de tous côtés, bien avant en mer et est du royaume de Naples. Et outre demandait Frédéric avoir six mois de terme pour envoyer ambassades en France devers le roi, et demander appointement tel, que par son conseil serait sur ce avisé, et couché par articles ; et les six mois passés, si l'offre que le roi lui aurait faite n'était à son plaisir, ou qu'assez raisonnable ne lui semblât, voulait après ce qu'il put se mettre en effort de défendre sa querelle comme il pourrait; et pour celui appointement mieux assurer, baillerait bons otages et suffisants. Les lieutenants du roi voyant le traité du parlement, et le proposé de don Frédéric, qui voulait vider Naples, et icelle mettre entre les mains des Français, et en l'obéissance du roi et que, en ce faisant, se soumettait à due raison, furent d'avis que la composition était à l'avantage du roi, et au profit de son armée ; vu que, si Naples était rendue, que le surplus du royaume ne ferait résistance contre les Français; et que durant les six mois qu'il demandait pour envoyer devers le roi, les Français se fortifieraient, et tiendraient villes et châteaux par si bonnes et grosses garnisons, que s'il advenait qu'appointement ne se fit, et que derechef guerre s'émût, que ce serait pour soutenir le faix de la charge, et rabattre les coups de tous les efforts de la puissance du roi don Frédéric ; et tout ce considéré, le sire d'Aubigny, le duc de Valentinois et le comte de Gayas, lieutenants du roi, signèrent ledit appointement; et cependant entre les capitaines fut tenu conseil sur le surplus de leur affaire, et propos débattu sur ce

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