‹ L'histoire de France (volume 3)Chapitre 79 sur 329 · Pouzzoles · texte numérisé non relu

Pouzzoles

Charles huitième fit à Naples, avait été enterré le père dudit comte de Montpensier; et là anciennement soûlait avoir une belle cité, nommée Bayes, qui, pour l'abominable péché sodomitique, autrefois périt et abîma, réservé ledit lieu de Piccol, qui est à dire en vulgaire italique petit, et est tout un même terme pichenin et piccol^ lorsque les Lombards disent pichenin et les Italiens piccol. Que que soit, à la requête d'une dévote femme dudit lieu, fut préservé de submersion; et là ledit comte de Montpensier fit ouvrir le tombeau où était enseveli le corps de son père; et sitôt que ce tombeau fut ouvert, et que le fils vif vit le père mort, il transit tout de frayeur, tellement que la fièvre le prit, dont peu de jours après mourut sans remède.

§ 19. — LE ROI ENVOIE RAOUL DE LANNOY ET ETIENNE DE VKSC POUR ASSISTER LE LIEUTENANT GÉNÉRAL STUART D*AU- BIGNY. — MORT DU SÉNÉCHAL "DE BEAUCAIRE.

Les choses exploitées par le sire d'Aubigny, comme

dit est, quelque peu de temps après, le roi envoya à

Naples messire Etienne de Vèse, sénéchal de Beau-

caire, et messire Raoul de Lannoy, bailli d'Amiens,

pour donner et pourvoir des offices, et ordonner des

finances; et supposé ores que ledit sire d'Aubigny

en eut fait la conquête, et suffire dût au surplus;

toutefois, pour obéir au roi, reçut eux très amiable-

mpnt. et dedans le château de Gapouane de Naples,

lita honorablement et leur fit joyeuse chère; et

it le comte de Gayas malade, qui s'efforça de

traiter les susdits. Aussi était là le duc de

jnois, et grande noblesse dudit pays. Bientôt

ce, une fièvre prit audit sire d'Aubigny, lequel,

changer d'air, avec les gens de sa maison s'en

NÉGOCIATIONS ENTRE LOUIS Xlt ET FRÉDÉRIC 11 43

alla à la Tour du Grec, sept milles près de Naples, et ayant pris audit lieu huit jours de séjour, s'en alla à Nocère, ville de Labour, sujette au comte de Montorio, où demeura trois semaines à repos. Durant lequel temps il fut sain et bien guéri, par quoi il s'en voulut retourner à Naples, pour subvenir aux affaires du roi; et le sénéchal de Beaucaire, qui là était envoyé de par le roi, fut atteint de maladie : tellement que guère n'exploita son office, que la mort ne le saisit.

§ 20. — NÉGOCIATIONS ENTRE LODIS XII ET LE ROI FRÉDÉRIC II. OPPOSITION DE l'amiral PHILIPPE DE RAVESTAIN.

Le roi Frédéric transmit lors devers le roi le double de la composition et appointement qu'il avait fait avec le sire d'Aubigny et ses autres lieutenants, avec les articles faits sur ce qu'il demandait au roi, premier que se voulait désister du droit qu'il disait avoir au royaume de Naples, desquelles choses le roi fut moult joyeux; et pour solenniser ces bonnes nouvelles, commanda icelles publier par tout le royaume de France, et pour cela, faire en tous ses pays les feux de joie. Ce qui fut fait. Les articles de la demande de don Frédéric furent mis en Conseil, pour aviser jouxte la raison et en ordonner selon équité.

Messire Philippe de Ravestain, lieutenant du roi en l'armée de mer, était lors parti de Gènes avec vingt voiles tant seulement, et tant avait cinglé par mer, que sans détour avait approché le port de Naples de deux milles près. A sa venue, les autres lieutenants du roi qui lors étaient à Naples, transmirent au-devant de lui messagers, pour lui dire et signifler l'appointement qu'ils avaient fait avec le roi don Frédéric, qui était tel, que après que la ville de

Naples aurait vidée, et icelle laissée entre les mains des Français, qu'il se retirerait en Tîle disque, ce que déjà avait fait; et qu'en outre aurait six mois de terme pour envoyer devers le roi et traiter de son affaire; et les six mois passés, si Tappointement que le roi lui voudrait faire ne lui semblait bon, pourrait ledit Frédéric défendre sa querelle comme il saurait. Ainsi fut averti ledit sieur de Ravestain du traité et conclusion de Fappointement susdit, et requis par les autres lieutenants du roi de donner à ce, consentement, et icelui avoir agréable. Ce qu'il ne voulut, disant que celui appointement lui semblait du tout au désavantage du roi, et au profit de don Frédéric; et aussi que sans lui l'avaient fait, ce qu'ils ne pouvaient ni ne devaient, vu qu'il était lieutenant du roi comme eux, et en outre amiral; par quoi ne consentirait audit traité, mais sur ce ferait ce qu'il devrait ; aussi que de ce, devait avoir la connaissance, vu que don Frédéric était lors en Tile d'Isque sur mer, et en ses dangers. Et ce dit, marcha outre jusqu'à Naples, et là de cette matière entre eux fut grande question, et le propos débattu selon l'opinion de chacun; et pour conclusion faire, messire Philippe de Ravestain dit que la composition était à la foule du roi, et selon l'intention de Frédéric; et la raison, car durant le terme de six mois que pour penser à ses besognes il avait, l'armée de France cependant pourrait dépenser grand argent et perdre prou de gens, et le roi Frédéric se pourvoir d'avoir, acquérir amis et faire alliances; et aussi que, cependant, le roi d'Espagne, duquel il se disait parent, et autres lui pourraient donner tel secours, qu'enfin de cause les Français n'auraient pas du meilleur; dont l'entreprise du roi se pourrait par ce moyen de moult retarder, et par aventure du tout empêcher, vu

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