LE ROI FRÉDÉRIC II SE LIVRE A DISCRÉTION AU ROI DE FRANCE
Le roi Frédéric, qui lors était en l'île d'Isque, sut la venue de messire Philippe de Ravestain, lieutenant du roi en son armée de mer, et que grand navigage avait avec lui ; et aussi fut averti de ce que l'appointement fait par lui avec les autres lieutenants du roi, ne vou-
lait tenir, mais lui voulait courir sus et faire guerre par mer. Par quoi lui envoya un chevalier, nommé messire Antoine Grison, pour lui dire et le prier que de sa part voulût avoir agréable et signer ledit appointement, comme avaient fait les autres lieutenants du roi; ce que ne voulut faire ledit seigneur de Ravestain, mais lui manda par sondit messager que s'il ne vidait le lieu où il était, ou qu'il ne se rendît, qu'il Tirait assiéger, et prendre quelque part qu'il le trouverait. Dont derechef revint icelui messire Antoine Grison devers messire Philippe de Ravestain, pour le prier amiablement, de par le roi don Frédéric, que le plus loyalement que faire se pourrait, lui voulût sur son malheureux affaire donner provision de conseil, et qu'à icelui du tout se tiendrait. Oyant la prière du roi Frédéric, messire Philippe de Ravestain, et voyant que par icelle faisait offre de raison et présentait humain parti, lui prêta l'oreille, et pour plus en savoir, lui transmit un sien maître d'hôtel, nommé Antoine de Gréquy, pour lui dire et répondre, sur ce qu'il demandait, que si en vie prospère le savait, que de lui n'aurait aucun conseil; mais, pour ce que en misérable adversité le voyait, et que en ce détroit les ennemis qui ont l'avantage se doivent montrer humains aux affligés, sur son affaire volontiers le conseillerait; et pour le mieux, selon son avis, lui manda que sans autre question, le plus profitable de son cas était de soi mettre et rendre entre les bras du roi, et se soumfttiFft à son vouloir, et, en ce, tant sage et débon- 5 trouverait, et tel appointement aurait de lui, serait jusqu'à devoir être content ; et que r ni plus sûr conseil pour lui ne savait ; vu ue Naples et la plus grande partie du royaume entre les mains des Français, et que contre
eux ne pourrait avoir durée, ni à leur pouvoir résister. Le roi don Frédéric, oyant ladite remontrance de messire Philippe de Ravestain, pensa sur ce au plus profitable de son mieux.
Ainsi se consentit le roi don Frédéric de s'en aller rendre au roi, et pour ce, prit sauf-conduit de messire Philippe de Ravestain et de messire Bérault Stuart, lieutenants du roi, pour s'en aller en France. Toutefois dedans ladite île d'Isque laissa le marquis de Pescaire, sien serviteur, auquel bailla sûres enseignes pour rendre ladite île à qui bon lui semblerait, en lui envoyant sur ce lettres contresignées; aussi laissa audit lieu dame Isabelle sa femme, laquelle était fille du prince d'Altamore, et avec elle demeurèrent deux petits enfants et deux filles, et aussi laissa dedans Tarente un sien fils aîné, nommé don Ferrand, avec deux cents hommes d'armes pour garder ladite ville.
Le pauvre prince, après lesdits saufs-conduits pris, demanda audit sieur de Ravestain un jeune gentilhomme français, nommé Antoine de Castelferrus, des pensionnaires du roi, pour le conduire et mener jusqu'en France; lequel le lui bailla; et tout ce fait, fit équiper huit galères, une fuste et un brigantin et se mit en mer avec cinq cents gentilshommes des siens pour tirer vers Marseille en Provence.
§ 22. — LOUIS D*ARMAONAC, DUC DE NEMOURS, NOMMÉ VICE- ROI. — SON ENTRÉE A NAPLES.
Le roi, qui lors était à Lyon, sur le Rhône, fut par ses postes assuré de tout ce qui delà les monts avait par ses gens été fait, tant de la conquête de Naples, que de la venue de Frédéric. Donc, comme celui qui toujours avait l'œil, l'avis et la main en besogne pour