‹ L'histoire de France (volume 3)Chapitre 82 sur 329 · ENTRÉE DU DUC DE NEMOURS A NAPLES · texte numérisé non relu

ENTRÉE DU DUC DE NEMOURS A NAPLES

secourirà ses affaires, voyant aussi qu'audit royaume fallait chef sur tous autorisé, là transmit Louis d'Armagnac, duc de Nemours, jeune prince de qualité, bien grand en savoir, très magnanime en vouloir, et plus excessif en vertus; lequel ordonna être seul viceroi et général gouverneur en toutes choses audit royaume de Naples. Ainsi prit congé du roi, de la reine et des seigneurs de France, et se mit en bateau sur lé Rhône, accompagné de grand nombre de seigneurs et gentilshommes de la maison du roi qui par eau le conduisirent jusqu'à Vienne en Dauphiné, cinq lieues delà Lyon ; et de là se mit en voie par eau et tira jusqu'à Marseille en Provence, où monta sur mer et fit cingler vers Gènes, et de là à Naples. Le sire d'Aubigny, qui lors était à Naples, sut la venue du duc de Nemours, et comment le roi l'envoyait viceroi de par delà, dont envoya au-devant de lui grand nombre de gens jusqu'à Piccol, à sept milles de Naples, et lui fut, pour le recueillir, jusqu'à Notre- Dame de Pie de Crote *,à deux milles près de la ville. Et là est la montagne percée que Virgile, par art diabolique ou autrement, perça tout au travers, laquelle dure un mille de pays, ou environ ; et est le trou si grand, qu'un homme à cheval y peut aisément passer. Par là passa le vice-roi avec toute sa route, et ainsi le conduisit le seigneur d'Aubigny, avec les seigneurs de la ville jusque dedans, où furent tendues les rues et partout garnies de tables rondes couvertes de vins et viandes, à qui en voulait. Dedans le château de Capouane s'en alla loger le vice-roi avec le sire d'Aubigny. Obéissance fut faite totalement audit vice-roi, sans qu'autre s'entremit des affaires de Naples; dont le sire d'Aubigny, voyant la peine qu'il

1» Pie di Groltaé

avait eue et la diligence qu'il avait mise à conquèter ledit pays, ne se put bonnement contenter, qui fut jà un commencement de division entre les chefs de l'armée; ce qui est une chose si dangereuse à soutenir, que, à ce moyen, toutes entreprises de guerre viennent à malheureux effet. Or s'en alla ledit sire d'Aubigny en la comté de Venafro, près de Capoue, laquelle le roi lui avait donnée, et là fut par l'espace de six semaines; et cependant transmit devers le roi, pour avoir congé de s'en retourner en France, ce que le roi ne permit; ains lui manda le roi retourner à Naples, vers le vice-roi, pour consulter sur leurs affaires, où fut avisé que ledit vice-roi s'en irait en Fouille, où lors était Gonsales Ferrand, pour départir le Gapitanat et le Principat, terres de Naples indivisées entre le roi de France et le roi d'Espagne, et que là diviseraient ledit pays, citra et ultra, et que le sire d'Aubigny demeurerait à Naples, pour ce que bien voulu était des seigneurs et du peuple ; ce qui fut fait *.

1. La possession commune du royauîne de Naples par deux rois jaloux l'un de l'autre était difficile; une contestation s'éleva bientôt entre le duc de Nemours, viceroi pour Louis XII, et Gonzalve de Cordoue, au sujet de l'impôt payé pour les troupeaux qui passaient au printemps des plaines de la Fouille sur les hauteurs de l'Abruzze. On en vint aux mains dans la Basilicate; le duc de Nemours, mieux préparé à la guerre, chassa les Espagnols de la Calabre et resserra Gonzalve dans Bàrletta. Le temps se perdit en vaines escarmouches, en belles joutes d'armes, véritables réminiscences des exploits chantés par l'Arioste. Mais pendant que le duc de Nemours, général assez maladroit, éparpillait ses troupes, au lieu de les concentrer sur le point vulnérable, le roi d'Aragon ne s'oubliait pas. Il allait prévenir par la ruse, son arme ordinaire, la ruine inévitable de sa domination en Italie. Philippe le Beau, son gendre, vint en France.

NÉGOCIATIONS AVEC L'ARCHIDUC PHILIPPE LE BEAU ET AVEC LE ROI DES ROMAINS MAXIMILIEN. — LES PROJETS DE MARIAGE ET LA QUESTION DE L'IN- VESTITURE DU MILANAIS. — VOYAGE EN FRANCE DE L'ARCHIDUC

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