GAULOIS ET GAULOISES AU IV* SIÈCLE
« Les Gaulois sont en général de haute stature ; ils ont le teint blanc, les cheveux blonds, le regard dur et farouche. Ils sont arrogants et querelleurs à T excès. Dans une rixe, le premier d'entre eux va tenir tête à plusieurs étrangers à la fois, sans autre secours que celui de sa femme, qui remporte encore sur lui et par sa vigueur et par son regard effroyable. Elle est redoutable surtout lorsque, les veines du col gonflées par la colère, elle balance ses robustes bras d'une blancheur éclatante et lance, des pieds et des poings, des coups aussi vigoureux que s'ils partaient d'une catapulte. Dans le calme comme dans la colère, les Gaulois ont presque toujours dans la voix des tons menaçants et terribles. Ils sont généralement propres ; dans ces contrées, principalement en Armorique, vous ne trouverez pas, comme partout ailleurs, un homme ou une femme, quelque pauvres qu'ils soient, qui aient des vêtements sales ou déchirés.
« A tout âge, les Gaulois sont soldats. Les vieillards et les jeunes gens vont à la guerre avec la même ardeur. Endurcis par le froid et le travail, ils méprisent tous les dangers. Aucun d'eux ne s'est jamais coupé le pouce, comme en Italie, pour se soustraire au service militaire ; aussi appellent-ils plaisamment ces gens-là des murci (poltrons). Ils aiment passionnément le vin, et fabriquent, pour l'imiter, diverses boissons fermentées. L'ivresse, cette fureur volontaire, comme l'a définie Gaton, y est l'état habituel
LES INVASIONS BARBARES il
chez bon nombre d'individus du bas peuple, qu'on voit emer çà et là dans un abrutissement complet. C'est ce qui justifie le mot de Cicéron défendant Fonteius : Les Gaulois en boiront leur vin plus trempé^ eux qui auraient cru s'empoisonner en y mêlant de l'eau 1. »
1. Ammieu Marcellin, liv. XV, eh. ix à xn. Né probablement à Antioche, de parents nobles, Ammien servit très jeune, sous le règne de Constance, dans une cohorte de cavalerie sous un général distingué, M. Licinius. Il fit ensuite partie des gardes du corps de Constance, et suivit Ursicin en Gaule, lorsque ce dernier alla réprimer l'insurrection de Sylvanus. Il combattit ensuite en Orient contre les Perses, aux côtés de l'empereur Julien, dont il fait un héros accompli. Il termina son existence à Rome sous le règne de l'empereur Valens et entreprit d'écrire l'histoire de Rome depuis le règne de Nerva jusqu'à la mort de Valeus. Ce qui nous est resté de. ce grand travail, qui comprenait trente et un livres, ne contient que les événements de vingt-cinq années, de 353 à 378 ; treize livres ont péri. Ammien est un esprit judicieux; ses informations sont presque toujours sûres et détaillées. Il est le dernier des grands historiens de Rome.