‹ L'histoire de FranceChapitre 110 sur 140 · SYLVANUS RAPPELÉ DE SON COMMANDEMENT EN GAULE · texte numérisé non relu

SYLVANUS RAPPELÉ DE SON COMMANDEMENT EN GAULE

« Outré de cette injustice, Malaric, chef des Gentils, réunit ses collègues, dit hautement qu'il était indigné de laisser les intrigants et les factieux tendre des pièges aux hommes les plus dévoués au service de l'empereur, et demanda que, laissant sa famille en otage, et Mellobaude, tribun de l'armement, pour garant de son retour , il lui fût permis d'aller chercher Sylvanus, qu'il regardait comme incapable d'entreprendre ce que l'acharnement d'ennemis insidieux lui imputait ; il offrit encore comme alternative que Mellobaude, dont il se portait caution, fût chargé de la mission à sa place, ajoutant qu'il connaissait assez Sylvanus pour être convaincu que, naturellement omnrageux, il bouleverserait tout, si on lui députait tout autre qu'un compatriote.

« La sagesse et la fermeté de ces paroles ne furent point écoutées, et Malaric parla en wn. D'après l'avis d'Arbétion, Apodème, de tout temps l'ennemi des gens de bien, fut chargé de porter à Sylvanus une lettre de rappel. Arrivé en Gaule, Apodème, mettant ses instructions de côté, sans voir Sylvanus et sans lui remettre la lettre de rappel, mande l'agent du fisc et prend, avec l'insolence d'un ennemi, les mewres les plus vexatoires vis-à-vis des clients et des

domestiques de Sylvanus, ni plus ni moins que si cet officié^ eût été déjà proscrit et condamné à mort. »

§ 4. — DÉCOUVERTE DE l'iMPOSTURE DES ENNEMIS DE SYLVANUS.

« Cependant, tandis que Sylvanus est attendu et qu*Apodème jette le désordre partout, Dynamius, afin de donner plus de couleur à sa scélérate machination, adresse, au nom de Sylvanus et de Malaric, au tribun de la manufacture de Crémone, des lettres analogues à celles qu'il avait fait remettre par le préfet à l'empereur. Dans ces lettres , il exhorte cet homme, comme étant au courant du prétendu complot, à tout préparer promptement. A la lecture de ces lettres, le tribun, incertain et ne sachant ce qu'elles signifiaient (car il ne se souvenait pas d'avoir jamais parlé d'affaires secrètes avec ceux qui lui écrivaient), les envoie par le même porteur, accompagné d'un soldat, à Malaric, qu'il prie de lui faire connaître d'une manière moins ambiguë ce qu'il désire ; il proteste que, étant un homme simple et sans artifice, il lui a été impossible de percer l'obscurité de ces lettres. Malaric, alors triste et abattu, déplorait amèrement son sort et celui de son compatriote Sylvanus; à la réception de ces lettres, il comprend tout, rassemble aussitôt les Francs, qui dans ce temps étaient en grand nombre et très considérés au palais, et dans le langage le plus animé leur fait part de sa découverte. Grande rumeur : un complot était découvert, des embûches étaient dévoilées ; c'était contre eux qu'elles étaient

dressées. L'empereur, instruit de ce qui se passe, charge des officiers et des membres de son eooseil de faire une révision complète de l'affaire. Déjà les juges paraissaient fatigués de ces recherches, quand Florentins, fils de Negrenionus, qui faisait alors les fonctions de maître des offices *, examinant plus attentivement l'écriture des pièces, y découvrit quelques traits des caractères primitifs, et bientôt il fut clairement prouvé que les interpolations d'un faussaire avaient totalement travesti la pensée de Sylvanus.

« L'imposture était flagrante. L'empereur, sur le rapport fidèle de la procédure, cassa le préfet et ordonna sa mise en jugement. Mais les efforts réunis des amis de Lampadius le sauvèrent. Eusèbe, l' ex-intendant du domaine, avoua sur le chevalet qu'il avait eu connaissance de cette machination. Ëdèse se tira d'affaire en soutenant avec obstination qu'il n'avait rien su. Cet épisode se termina par l'acquittement de tous ceux que la découverte du crime avait fait citer. Quant à Dynamius, comme s'il se fût illustré par de remarquables talents, il fut envoyé, en qualité de correcteur, gouverner la Toscane. »

Page 1