‹ L'histoire de FranceChapitre 111 sur 140 · SYLVAKUS SE PROCLAME LUI-MÊME EMPEREUR POUR ÉVITER LA TRAHISON · texte numérisé non relu

SYLVAKUS SE PROCLAME LUI-MÊME EMPEREUR POUR ÉVITER LA TRAHISON

« Cependant Sylvanus, qui était à Agrippine (Cologne), recevait de ses amis des avis fréquents sur les menées d'Apodème pour le perdre. Connaissant à fond l'inconstance et la pusillanimité de l'empereur, crai-

1. Fonctions correspondantes à celles d*un ministre d« l'intérieur.

guant en outre qu*on ne profitât de son absence pour le traiter en coupable et le condamner, il songeait dans cette perplexité extrême à demander asile aux barbares. Mais Laniogaise, alors tribun, détourna Sylvanus de ce projet ; il lui représenta que, de la part des Francs, parmi lesquels il était né, il ne pouvait attendre que la mort ou la trahison . Ne voyant de salut nulle part, il dut prendre une résolution extrême : il eut des pourparlers avec les chefs des principales troupes, les gagna par des promesses, et, s'affublant de lambeaux de pourpre momentanément enlevés aux enseignes et aux dragons, s'éleva lui-même à la dignité impériale, d

§ 6. — CONSEIL IMPÉRUL TENU A MILAN. — URSICIN DÉSIGNÉ POUR ALLER EN GAULE.

« Pendant que ceci se passait en Gaule, on apprit un soir à Milan la nouvelle étrange que le chef ambitieux de l'infanterie avait engagé l'armée à le proclamer empereur. Cet événement inopiné frappa Constance comme d'un coup de foudre. Le conseil fut aussitôt convoqué, et les principaux dignitaires se rendirent au palais vers la seconde veille. Mais nul n'étant en état d'ouvrir un avis ou de dire ce qu'il convenait de faire, on parla tout bas d'Ursicin, comme d'un général habile et d'un homme qui ne conserverait aucun ressentiment d'un outrage qu'on lui avait fait. Ursicin fut donc appelé au conseil et introduit par le maître des cérémonies (marque insigne d'honneur) ; lorsqu'il entra, on lui donna la pourpre à baiser de Tair le plus gracieux qu'on eût encore pris

avec lui. Diocléticn fut le premier qui introduisit cette coutume d'adoration barbare, car nous lisons qu'autrefois on abordait les princes comme on salue aujourd'hui les magistrats.

« Ce même Ursicin, que naguère une malveillance acharnée accusait de vouloir absorber TOrient à son profit et placer ses fils sur le trône, devenait en ce moment un chef prudent, l'ancien compagnon d'armes du grand Constantin, le seul capable d'étouffer la révolte. Cet éloge était aussi mérité qu'insidieux, car, tout en désirant abattre Sylvanus comme un rebelle très dangereux, on ne pensait pas à moins, si Ton échouait, qu'à se déUvrer de tout sujet de crainte en perdant Ursicin lui-même, dont on supposait toujours l'âme ulcérée. Aussi, pendant qu'on hâtait les prépa» ratifs-de départ, Ursicin voulut se justifier des crimes qu'on lui avait imputés ; mais l'empereur l'arrêta par un discours plein de douceur, en disant qu'il ne s'agissait plus de la discussion du passé, et qu'on devait s'entendre contre le danger présent. Après de longues délibérations sur les moyens de faire croire à Sylvanus que l'empereui* ignorait tout, on s'arrêta à celui-^i : lui notifier, dans les termes les plus honorables, un rappel qui lui conservait son titre et aes dignités et lui donnait Ursicin pour successeur. »

§ 7. — VOYAGE d'ursicin; son adhésion smcLÂE A l'empereur sylvanus.

« Ce plan arrêté, Ursicin, les tribuns et dix officiers des gardes, que le général avait demandés pour l'ai* der dans sa mission, reçurent ordre de partir. Je me

trouvai de ce nombre avec mon collègue Verimianus ; les autres étaient ou des parents ou des amis. Après notre départ, chacun de nous put méditer pendant ce long voyage sur les dangers que nous courions ; nous nous regardions comme mis aux prises avec des bétes farouches, «t, tout en songeant que le mal présent fait souvent place au bien, nous admirions cette belle pensée de Gicéron puisée dans les sources mêmes du vrai : « Une série non interrompue de bonheur et <c de succès est désirable sans doute, mais cette unlfor- « mité de la vie fait éprouver à l'âme des sensations « moins vives que le passage d'une situation désespérée (( à une condition meilleure. »

« Nous avancions à grandes journées, Ursicin désirant vivement atteindre la frontière suspecte avant que le bruit de la révolte se fût répandu en Italie.- Mais, malgré la rapidité de notre voyage, la renommée, fendant les airs, nous avait devancés. A notre arrivée à Cologne , nous trouvâmes tout dans un état qui défiait nos efforts. Partout une adhésion empressée de la multitude au nouvel ordre de choses, partout des réunions considérables de troupes. Dans cette situation, Ursicin n'avait qu'un parti à prendre, quelque pénible qu'il fût : simuler l'adhésion à ce pouvoir éphémère en faisant violence à ses sentiments, et conduire habilement la déception en flattant la vanité de Sylvanus et en endormant sa vigilance dans une complète sécurité. Ce rôle n'était pas sans danger, car il fallait épier l'occasion sans la négliger ni la prévenir. Le moindre mouvement intempestif de notre part était notre arrêt de mort. »

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