‹ L'histoire de FranceChapitre 112 sur 140 · SYLVANUS MIS A MORT PAR TRAHISON · texte numérisé non relu

SYLVANUS MIS A MORT PAR TRAHISON

« Ursicin, reçu avec bonté, fut contraint pour le moment de s'incliner devant cet ambitieux rebelle, qui, le distinguant et le traitant en ami, lui accorda un libre accès auprès de sa personne, lui donna à sa table la place d'bonneur et le consulta secrètement sur les questions.les plus graves. Sylvanus récriminait amèrement contre les choix indignes qu'on avait faits pour le consulat et les hautes charges , de préférence à lui et à Ursicin, qui avaient essuyé tant de fatigues pour la république ; ils étaient méprisés au point qu'on avait mis à la question ses amis et dirigé contre lui-même d'injustes procédures, le tout pour une accusation de lèse-majesté ; Ursicin , de* son côté, rappelé de l'Orient, avait été livré aux fureurs de ses ennemis. Ces plaintes, Sylvanus les faisait entendre en public et en particulier. De tels propos et les murmures de la soldatesque, qui criait famine et brûlait du désir de passer les Alpes Gottiennes, nous causaient de vives alarmes.

« Dans cette perplexité, nous nous occupions en secret des moyens d'arriver à un résultat. Enfin, après avoir formé et abandonné tour à tour plusieurs projets, nous nous arrêtâmes à celui-ci : des émissaires, choisis avec soin, et dont la discrétion nous serait assurée par la religion du serment, tenteraient de gagner les Braccates et les Caimutes^ milices douteuses, inconstantes et toujours prêtes à se vendre au plus offrant. Cette affaire fut conclue par l'entremise de quelques valets de l'armée, que leur obscurité même

rendait propres à une transaction de cette nature. Au soleil levant, un corps de gens armés se montre tout à coup devant le palais, égorge la garde, pénètre dans Fintérieur et massacre Sylvanus, après l'avoir arraché tout tremblant d'une chapelle consacrée au culte chrétien, où il s'était réfugié.

« Ainsi périt un officier d'un mérite peu commun, victime d'une usurpation où le porta la plus noire des calomnies. Se sentant dans l'impossibilité, par son absence, de rompre le réseau qui l'enlaçait, il se porta aux dernières extrémités pour sauver sa tête. Bien qu'il eût mérité la reconnaissance de Constance, en passant de son côté avec son corps d'armée avant la bataille de Murse * qui avait donné l'empire à celui-ci, il s'était toujours défié du caractère versatile du prince. Il n'était même pas rassuré, quoiqu'il ne manquât pas de se prévaloir de ce titre, par le souvenir des actions de valeur de son père Bonite, qui, tout Franc qu'il était, avait vaillamment combattu, pendant les troubles civils, pour Constantin contre Licinius •. »

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