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LE CÉSAR' JULIEN EN GAULE JUSQU'A LA SOUMISSION DES FRANCS

(356-357 apr. J.-C.)

§ 1. — JULIEN ASSOCIÉ A l'EMPIRE. — NÉCESSITÉ DK SA PRÉSENCE EN GAULE.

« Comme des courriers se succédaient sans interruption, annonçant que c'en était fait des Gaules et que les barbares, ne trouvant d'existence nulle part, y mettaient tout à feu et à sang, l'empereur Constance résolut d'associer à son pouvoir son cousin Julien, qu'il avait fait venir depuis peu de TAchaïe, où il fréquentait les écoles des philosophes.

« Peu de jours après la cérémonie publique dans laquelle il fut proclamé César, Julien épousa Hélène, sœur de Constance, et, après avoir fait vivement ses préparatifs de voyage, il se mit en marche, le jour des calendes de décembre (47 décembre 355), avec une suite peu nombreuse. L'empereur l'accompagna jusqu'aux deux colonnes que l'on voit entre Loumelle et Ticinum (Pavie), d'où Julien prit en droite ligne la

route de Turin, Une triste nouvelle l'y attendait» L'empereur, qui la connaissait, en avait fait mystère, par mesure politique : Agrippine (Cologne), ville célèbre de la seconde Germanie, venait d'être prise d'assaut et saccagée par les barbares. Frappé de ce malbeur, Julien répétait avec amertume qu'il n'avait gagné à son avènement que de mourir moins tranquille.

« Cette âme fortement trempée ne rêva plus alors que combats, extermination des barbares, et se promit de profiter de toutes les occasions pour réunir toutes les parties qu'on avait détacbées des provinces. Les grandes choses qu'il fit dans les Gaules par son génie et l'ascendant de sa fortune peuvent se comparer aux actions les plus remarquables de l'antiquité *. »

§ 2. — €AMPAGNE CONTRE LES ALAMANS. — ENTRÉE DE JULIEN A TR0YE8 ET A REIMS. — BATAILLE DE DIEUZE (356),

« Julien avait pris ses quartiers d'hiver à Vienne, dans une préoccupation d'esprit continuelle, quand il reçut la nouvelle certaine d'une brusque attaque de barbares contre Autun, ville défendue par une enceinte de murailles fort étendues, mais ruinée sur plusieurs points par l'action du temps. La garnison, paralysée par la frayeur, avait faibli, et c'en était fait de la place, si, par un de ces efforts soudains qu'en-

1. Julien était iils de Jules Constance, un des frères de Constantin.

LES INVASIONS fiARBARES

gendrent les dangers extrêmes, les vétérans n'étaient spontanément accourus à son secours. Julien se décide sur-le-champ ; il se rend à Autun le 8 des calendes de juillet (24 juin 356), par une marche conduite avec toute la prudence et l'habileté d'un capitaine consommé. Pendant ce rapide trajet, il se trouve tou-

Monument de Vienne, dit temple d'Auguste.

jours en mesure de faire face aux bandes qui menacent de lui barrer le chemin. Là, il tient conseil avec ceux qui -connaissent le mieux le pays touchant la route qu'il convient de prendre. Les avis étaient partagés : les uns voulaient marcher par Abor... (?) d'autres par Sidolocum (Saulieu) et Chora (Cure); quelques-uns firent observer que Sylvanus avait passé non sans peine peu ai^paravant, avec un corps de huit mille auxi-

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liaires, par un chemin plus court, mais dangereux, à cause dey forêts épaisses qui le couvraient; dès lors, Julien ne songe plus qu'à suivre l'exemple de ce vaillant officier. Ne prenant avec lui que des cataphractes (sorte de cuirassiers) et quelques archers, escorte peu propre à défendre un général, il gagne rapidement Autesidore (Auxerre) par la même voie. De là, après avoir donné au soldat le repos ordinaire, il se dirige vers Tricasses (Troyes). Toutefois ce mouvement ne s'opéra pas sans qu'on eût à essuyer plusieurs attaques de la part des barbares. D'abord, ces bandes irrégulières parurent à Julien plus nombreuses qu'elles n'étaient réellement, et il se contenta de les observer soignmisement en renforçant ses flancs; puis, quand il occupait des postes avantageux, reprenant soudain l'offensive, il fondait sur eux et culbutait tout ce qui se trouvait devant lui. Dans ces diverses rencontres, il ne fit qu'un petit nombre de prisonnier» que la frayeur lui livra, car la lourde armure des soldats de son escorte empêchait l'efficacité des poursuites.

« Cet heureux début lui fit espérer qu'il tiendrait tête à l'ennemi, et, après mille dangers, il se présenta si inopinément aux portes de Tricasses, que les habitants, glacés d'effroi par les nombreuses bandes de barbares répandus autour de la ville, ne lui ouvrirent qu'en tremblant. Il ne s'y arrêta que le temps nécessaire pour laisser prendre haleine à ses soldats, puis se rendit promptement à Reims, rendez-vous général de son armée. Marcel, successeur d'Ursicin, la commandait; Ursicin lui-même, qui avait ordre de rester là jusqu'à la fin de la campagne, s'y trouvait

aussi. Après de longues et mûres délibérations, il fut arrêté qu'on attaquerait les Alamans par Decem^ pagi (Dieuze) ; l'armée s'ébranla, le soldat serra ses rangs et marcha plus gaiement que de coutume. Tout à coup les barbares, dont les mouvements étaient masqués par un brouillard épais, profitant de la connaissance du terrain, se portèrent par un circuit sur les derrières de l'armée et auraient écrasé deux légions qui formaient l'arrière-garde, si les cris de détresse n'eussent attiré les auxiliaires à leur secours. Depuis cette alerte, Julien devint si circonspect et si prévoyant, qu'on le vit dans toutes ses marches et à chaque passage de rivière se conduire comme s'il avait quelques embûches à craindre, qualité excellente chez les grands capitaines et qui assure souvent le salut d'une armée. »

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