JUUEN ATTAQUE LES ALAMANS DANS LES ILES DU
RHIN OU ILS s'Étaient réfugiés, et relève les défenses
DE SAYERVE.
« Julien, consul pour la seconde fois avec Constance, qui Tétait pour la neuvième*, après un hiver passé à Sens, où les démonstrations menaçantes des Alamans le tinrent constamment sur le qui-vive, se dirigea rapidement sur Reims, sous les plus heureux auspices. Cette campagne lui souriait d'autant plus qu'il avait pour lieutenant Sévère, soldat souple, modeste, expérimenté, rompu à l'obéissance militaire et dont il était certain de se faire suivre en toute circonstance avec une prompte docilité. D'un autre côté, Barbation, nommé général d'infanterie après la mort de Sylvanus, amena d'Italie à Rauraque, par ordre de l'empereur, un renfort de vingt-cinq mille hommes. C'était l'exécution du plan, mûrement concerté à l'avance, de rétrécir peu à peu le cercle de dévastation des Al amans, par deux armées marchant simultanément de deux points opposés, afin de resserrer les barbares comme entre des tenailles et d'en finir une bonne fois.
« Pendant que les armées romaines exécutaient cette manœuvre avec tout l'ensemble et la promptitude désirable, les Létes ", alertes et agiles dès qu'il s'agis-
1. On sait que, sous l'empire, les noms des principales magistratures républicaines avaient été conservés et que les empereurs se faisaient décerner le consulat par le sénat.
2 Troupe d'enfants perdus recrutés parmi les barbares établis sur la rive gauche du Rhin.
44 LES INVASIONS BaBBABES
sait de saisii* une occasion de pilier, se glissent à la dérobée entre les deux camps et tombent à Timproviste sur le territoire de Lyon, qu'ils ravagent; ils auraient même saccagé et brûlé la ville, si l'on n'eût à temps fermé les portes. A la nouvelle de cet accident, Julien fit occuper par de forts détachements de cavalerie les trois routes par lesquelles les pillards devaient effectuer leur retour; il avait bien pris ses mesures; car tous ceux qui suivirent l'une de ces voies furent massacrés, et le butin qu'ils avaient fait fut repris. Une colonne seule échappa au massacre; ce fut celle qui passa tranquillement sous les retranchements mêmes du camp de Barbation; elle ne dut son salut qu'à un cbntre-ordre donné par Cella, tribun des scutaires, aux tribuns Bainobaude et Valentinien, dont le dernier fut plus tard empereur. Par suite de ce contre-ordre, ces deux tribuns abandonnèrent les postes d'observation où ils étaient placés. Non content de cette trahison, le lâche Barbation, détracteur acharné de la gloire de Julien, comprenant le tort qu'il venait de faire à l'État (Gella avoua tout lorsqu'on lui reprocha ce méfait) , fit parvenir à Constance un rapport mensonger, dans lequel il prétendit que les deux tribuns étaient venus , sous prétexte d'une mission, débaucher ses soldats. Cette assertion fausse suffit pour les faire destituer et renvoyer dans leurs foyers. « Cependant les barbares, qui avaient fixé leur demeure sur la rive gauche du Rhin, effrayés de l'approche des deux armées, essayèrent, les uns par d'immenses abatis d'arbres d'intercepter toutes les routes sur les points les plus difficiles et les plus mou-
tueux^ les autres de se réfugier dans les îles nombreuses qui parsèment le fleuve, d'où ils vomissaient contre César et son armée les plus sinistres malédictions. Julien, irrité de toutes ces vociférations, résolut de s'emparer de quelques-uns de ces misérables. A cet eifet, il fit demander à BarbaUon sept de ces barques que ce dernier avait réunies pour la construction éventuelle d'un pont sur le Rhin. Mais Barbation les brûla toutes plutôt que d'en envoyer quelques-unes au prince. Peu après , des coureurs ennemis, tombés au pouvoir des Romains, indiquèrent à Julien quelques points du fleuve que la sécheresse avait rendus guéables. Aussitôt, après quelques mots d'exhortation aux vélites auxiliaires, il les place sous la conduite de Bainobaude, tribun des Carnutes, et les envoie accomplir un fait d'armes mémorable. Ceuxci, tantôt marchant dans l'eau, tantôt nageant à l'aide de leurs boucliers, abordent à une île voisine où ils massacrent indistinctement hommes et femmes, enfants et vieillards ; puis, au moyen de nacelles qu'ils trouvent, ils pénètrent, non sans danger, dans plusieurs de ces retraites, et, rassasiés de carnage, ils reviennent sains et saufs, chargés d'un butin considérable dont ils doivent abandoimer une partie à la rapidité du fleuve. Les Germains qui occupaient les autres îles, ne s*y sentant plus en sûreté, gagnèrent la rive opposée du fleuve, emmenant avec eux leurs familles, leurs provisions et leurs richesses.
« Au retour de cette expédition, Julien s'occupe à relever le fort des Trois-Tavemes (Saveme), détruit peu auparavant par les barbares ; la reconstruction de
cette forteresse devait arrêter les incursions des Germains dans le cœur de la Gaule. Les ouvrages de défense forent terminés plus tôt qu'il n'espérait, et, afin de laisser à la garnison des vivres pour un an, il fit moissonner par ses soldats les campagnes ennemies; cette opération, qui ne se fit pas sans danger, fournit aussi à son armée vingt jours de vivres. Ses troupes gagnaient ainsi leurs rations à la pointe de l'épée avec d'autant plus de satisfaction qu'elles avaient été frustrées d'un convoi de vivres qui leur était destiné. Barbation, qui avait rencontré ce convoi, s'en était insolemment arrogé une partie et avait brûlé le reste. Cette conduite était-elle le fait d'une bravade ou de la démence? ou bien de pareils actes s'autorisaient-ils secrètement des ordres de l'empereur? Un bruit généralement accrédité, c'est que le choix de Julien pour César avait été fait, non pour la délivrance des Gaules, mais pour perdre ce prince dans cette guerre cruelle. On le croyait en eifet aussi impropre à commander qu'incapable de supporter le bruit des combats. »