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FUITE DES ALAMANS

« Enfin les barbares, aux abois, ne pouvant se frayer un passage à travers des monceaux de cadavres, ne voient plus de salut pour eux que dans le Rhin. Nos soldats infatigables courent après les fuyards, dopt plusieurs se précipitent dans le fleuve pour éviter la mort en nageant Julien, qui prévoit le danger auquel nos troupes allaient s^exposer accourt avec les tribuns

et les autres chefs et fait proclamer à haute voix la défense à tout soldat de s'engager , en suivant de trop près l'ennemi, dans les eaux tourbillonnantes. Les nôtres s'arrêtèrent donc sur les bords du fleuve : de là, ils tuaient les Germains à coups de traits; si quelquesuns se dérobaient à la mort par la fuite, peu après, percés de coups, ils s'abîmaient dans les eaux et disparaissaient. Alors la scène présenta sans danger un intérêt dramatique. Ici, le nageur avait à se débattre contre l'étreinte de celui qui ne savait pas nager, et le laissait flotter comme un tronc, s'il parvenait à s'en débarrasser. Là, saisis par les tourbillons, les plor habiles roulaient sur eux-mêmes et étaient engloutis. Quelques-uns, portés sur leurs boucliers, tâchaient d'éviter la violence des vagues et, après mille dangers et de nombreux détours, parvenaient à l'autre rive. Le fleuve, écumant et rougi du sang des barbares, s'étonnait de la crue soudaine de ses eaux.

« Au milieu du désastre , le roi Cbnodomaire, qui avait su échapper, en se glissant à travers des cadavres, s'efforçait, en compagnie d'un petit nombre de ses gardes, de regagner son campement, situé près de deux forts romains (Alstatt et Lauterbourg). C'est là qu'il avait fait réunir de longue main, et en cas d'échec, des embarcations dont il songeait à se servir en ce moment pour trouver une retraite écartée, où il attendrait un changement de la fortune. Gomme il ne pouvait atteindre ce but qu'en traversant le Rhin, il revint sur ses pas, prenant la précaution de se couvrir le visage. Mais, à peu de distance du rivage, son cheval s'abattit au détour d'un marais, dans un terrain fan-

LES INVASIONS fiARBARES 63

geux, et le renversa sous lui. Malgré sa corpuleiice, il parvint à se dégager et courut vers une colline boisée qui se trouvait dans le voisinage. Mais il fut bientôt reconnu; l'éclat de son ancienne grandeur l'avait trahi. Un tribun, à la tête d'une cohorte, se mit à sa poursuite, enveloppa le bois, sans y pénétrer, car il craignait quelques pièges. Ces dispositions intimidèrent Ghnodomaire, qui sortit seul et se rendit. Ceux qui composaient sa suite, au nombre de deux cents, ainsi que trois de ses amis, regardant comme un opprobre de survivre à leur roi ou de ne pas s'exposer pour lui, s'il le fallait, vinrent d'eux-mêmes se livrer. Les barbares, insolents dans le succès, sont naturellement sans dignité dans le malheur. Ghnodomaire, tremblant, la pâleur au front, avait, pendant qu'on l'entraînait, la contenance dégradée d'un esclave ; le sentiment de ses crimes lui faisait garder nn morne silence. Ce n'était plus cet ennemi qui, après avoir commis des ravages sans nombre, insultait encore aux malheurs des Gaules et les menaçait des plus grands maux.

« Cette expédition amsi terminée par l'assistance dtt Ciel, les trompettes rappelèrent vers la fin du jour nos soldats invincibles, qui se rendirent aux bords du Rhin, où, après avoir entouré leur camp de plusieurs rangs de boucliers en guise de retranchements, ils purent réparer leurs forces par les aliments et par le sommeil. Dans ce combat, les Romains perdirent deux cent quarante- trois soldats , quatre officiers généraux, Bainobaude, tribun des Carnutes, Laipsus et Innocentius, officiers des cataphractes, et un tiibun

en second doût le nom est resté ignoré. Du côté des Alamans, six mille morts restèrent sur le champ de bataille, sans compter les cadavres qu'on vit flotter sur le Rhin. .»

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