‹ L'histoire de FranceChapitre 121 sur 140 · ESPRIT DE JUSTICB DE JULIEN · texte numérisé non relu

ESPRIT DE JUSTICB DE JULIEN

ic Julien, qui s'était illustré par une série de victoires, débarrassé un instant des soucis de la guerre, ne travailla pas avec moins de zèle, durant ses quartiers d*hiver, au bonheur des provinces. Veiller à régale répartition des impôts, réprimer tout abus de pouvoir, écarter des affaires les gens qui profitent des malheurs publics pour augmenter leurs riches patrinioines, ne permettre aux magistrats aucun déni de justice : telle était sa constante sollicitude. Ce qui facilitait sa tâche dans cette dernière partie de l'administration, c'est qu'il siégeait luimême comme juge lorsque l'importance des procès ou la qualité des personnes l'exigeait, et toujours il se montra dispensateur intègre de la justice. Un seul exenjple suffira pour établir la droiture de son caractère sçus ce rapport. Numerius, ex-gouverneur de la Narbonaise, fut accusé de vol, et, par une rigueur inouïe, parut publiquement devant le tribunal du prince. Comme les preuves du délit manquaient et que Numerius repoussait tous les chefs d'accusation par une négation énergique, l'orateur Delphidius, son adversaire, voyant l'accusation désarmée, ne put contenir son emportement et s'écria : « Qui donc, illustre César, sera coupable s'il suffit de nier ? — Et qui, lui répondit fort à propos Julien, sera innocent s'il suffit d'accuser ? » C'est ainsi que se comporta souvent ce prince dans les affaires civiles. »

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§ 18. — PRÉPARATIFS d'UKE NOUVELLE EXPÉDITION CONTW LES AL AMANS.

« Julien méditait une sérieuse expédition contre les Âlamans, dont plusieui's bourgades paraissaient suspectes et capables d'une nouvelle et furieuse agression, si on ne les domptait, comme on avait soumis les autres ; mais il fallait se presser d'agir. Il fut d'abord embarrassé sur le moyen de dérober sa ma^ che à l'ennemi , afin de le surprendre en fondant sur lui à la première occasion favorable. Voici ce qu'il décida, et le succès prouva que le plan avait été sagement conçu : sans découvrir son dessein à pei*sonne, et sous prétexte d'une ambassade à Horlaire , l'un des rois alors en paix avec nous, et voisin des bourgades suspectes, il lui envoya Hariobaude, tribun hors de charge, mais d'une valeur et d'une fidélité à toute épreuve. De là, cet officier devait se fiorter sur les frontières des peuples qu'on voulait attaquer et dont il parlait la langue, afin qu'il pût découvrir ce qu'ils méditaient. Hariobaude partit résolument pour cette mission.

<c Julien, de son côté, rassembla ses troupes en temps opportun. Il regardait comme indispensable d'occuper et de mettre en état de défense, avant l'engagement complet des hostilités, plusieurs places fortes qui avaient été détruites. Il voulait aussi rétablir les magasins de subsistances qui avaient été incendiés et les pourvoir des vivres que la Bretagne avait coutume d'envoyer. Tout cela fut exécuté avec une promptitude incroyable, Les magasins, rapi4einent coqs-

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Iruits, regorgèrent aussitôt de vivres. En un clin d'œil il occupa sept villes : Castra Herculis, Quadiiburgium, Tricesimœ, Novesium, Bonna, Antunnacum et Bingium (Erkelens, Bimmen, Santen, Nuys, Bonn, Andernach et Bingen). Dans cette dernière place, il fut rejoint à propos par le préfet Florence, qui lui amenait un corps de troupes et des vivres pour longtemps. Un point essentiel, c'était de réparer les murailles de ces villes, pendant que rien ne s'y opposait. On put voir alors combien les bar* bares étaient retenus dans le devoir par la crainte, et les soldats romains par l'affection qu'ils portaient à leur général. Les rois alamans, fidèles au pacte conclu l'année précédente, envoyèrent sur leurs chariots des matériaux nécessaires aux constructions, et les soldats auxiliaires, qui méprisaient toujours ces sortes de corvées, gagnés par l'affabilité de Julien, se prêtèrent avec empressement au désir de leur général, jusqu'à porter sur leurs épaules des solives de plus de cinquante pieds de long.

« Tandis que le travail avançait rapidement, Hario* baudc revint rendre compte de ce qu'il avait découvert. Son arrivée fut le signal du dépaii ; toute l'armée se dirigea alors sur Mayence, où s'éleva une vive contestation : Florence et Lupicin, le successeur de Sévère, soutenaient opiniâtrement qu'on devait jeter un pont en cet endroit, pour traverser le fleuve. Julien s'y opposa avec fermeté et dit qu'il ne fallait pas mettre le pied sur les terres des peuples avec qui l'on était en paix, de peur que le soldat, comme il arrive souvent, habitué à détruire tout ce qu'il ren-

contre, ne donnât lieu à rompre brusquement les traités. »

§ 19. — EXPÉDITION DE 349 COimiE LES ALAMAItS*

« Cependant les Alamans, contre lesquels nous marchions, voyant le péril s'approcher, enjoignirent avec menaces au roi Suomaire , qui était devenu notre allié par le dernier traité, de s'opposer à notre passage du Rhin : ses possessions en effet touchaient à l'autre rive. Mais, Suomaire protestant qu'il était trop faible pour nous résister seul , ils vinrent en force près de Mayence, résolus d'opposer les derniers efforts au passage de notre armée. On comprit alors toute la sagesse des refus de Julien : d'un côté, on évita tous les dégâts qui eussent été faits sur les terres de nos alliés; de l'autre, en choisissant un autre point avantageux pour y jeter un pont, on épargna la vie de nos soldats, qui ne furent point exposés pendant cette opération aux coups d'un ennemi belliqueux.

« Sur la rive opposée, les barbares suivaient d'un œil attentif tous nos mouvements. Chaque fois qu'ils nous voyaient dresser nos tentes, ils s'arrêtaient, et passaient la nuit sous les armes, disposés à défendre le passage du fleuve. Nos troupes, parvenues au lieu qu'on avait choisi, se reposèrent, après s'être retranchées. Julien appela Lupicin au conseil et ordonna aux tribuns les plus sûrs de tenir prêts avec des pieux trois cents soldats armés à la légère, sans dire où ni comment il voulait les employer. Vers le

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milieu de la' nuit, on les mit dans quarante petits bateaux, les seuls qu'on pût trouver, avec ordre de descendre le fleuve dans le plus i^and silence , sans même faire usage des rames, pour que le bruit de Feau battue n'attirât pas l'attention des barbares, et de gagner habilement et avec adresse le rivage opposé, pendant que les ennemis s'amuseraient à considérer les feux que nous avions allumés.

« Pendant que ce coup de main s'exécutait, le roi Uortaire, notre allié, qui, sans intention de rompre avec nous, avait conservé avec ses compatriotes des rapports de bon voisinage, recevait les rois alamans nos ennemis, avec leurs parents et leurs vassaux, à un festin qui, selon l'usage des barbares, se prolongea jusqu'à la troisième veille de la nuit. Le hasard voulut qu'en se retirant ils fussent rencontrés des nôtres, qui ne purent en tuer ni en prendre un seul ; les ténèbres et la vitesse de leurs chevaux favorisèrent leur fuite, mais on fît main basse sur les esclaves et les valets qui les suivaient à pied. Un petit nombre se déroba, grâce à l'obscurité de la nuit.

« La nouvelle du passage des Romains, qui comptaient bien, d'après les expéditions précédentes, être au bout 4e leurs peines , puisqu'ils avaient pu rejoindre l'ennemi, frappa de terreur les rois alamans et toute leur multitude, dont la seule pensée avait été d'empêcher la construction d'un pont : aussi, saisis d'effroi, et leur fureur indomptable se calmant tout à coup , ils prirent la fuite et ne songèrent qu'à transporter plus loin leurs familles et leurs biens. Le pont fut donc construit sans obstacle, et, contre son

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aiienie, la population allemande vit nos légions traverser les États du roi Hortaire sans causer à personne le moindre dommage. Mais, dès qu'on eut mis le pied sur le sol ennemi, tout fut mis à feu et à sang. )>

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