‹ L'histoire de FranceChapitre 123 sur 140 · CONSTANCE ENLÈVE BES TROUPES A JULIEN · texte numérisé non relu

CONSTANCE ENLÈVE BES TROUPES A JULIEN

« Constance, tout en se hâtant de porter secours à rOrient, menacé par les Perses, d'après les rapports unanimes des espions et des transfuges, était dévoré d'envie devant l'éclat des vertus de Julien. La renommée publiait partout les travaux et les brillants succès de ce prince, qui avait détruit plusieurs royaumes alamans et repris dans la Gaule des villes aux barbares, désormais soumis et rendus tributaires. C'était autant de blessures portées à la vanité jalouse de l'empereur, qui craignait que l'avenir ne lui en réservât de plus cruelles encore. Aussi, par le conseil, dit

on, du préfet Florence, il envoya en Gaule Décence, tribun des secrétaires, avec ordre de tirer de l'armée de Julien toutes les troupes auxiliaires , composées d*Hérules, de Bataves, de Pétulants et de Celtes, de prendre dans chacun des autres corps trois cents hommes d'élite, et de diriger le tout sur l'Orient, avec assez de diligence pour que ces troupes pussent aa printemps agir contre les Perses. Lupicin était formellement désigné pour commander ce détachement, car on ignorait à la cour qu'il fût en Bretagne. En outre, Sintala, grand écuyer de César, reçut pareillement ordre de prendre l'élite des scutaires et des gentils et de l'amener.

« Julien se soumit sans murmurer aux volontés de son supérieur. Cependant il ne put s'empêcher de protester contre tout emploi de contrainte à l'égard des soldats d'outre-Rhin, qui avaient stipulé en s'engageant qu'on ne les mènerait jamais au delà des Alpes ; il crut devoir représenter qu'il était à craindre que cette violence ne dégoûtât ces étrangers de nous offrir à l'avenir leurs services. Mais il pai*la en vain. Le tribun, dédaignant les plaintes de Julien, ne songea qu'à obéir à Constance ; après avoir choisi ce qu'il y avait de plus vigoureux et de plus dispos dans l'armée, il partit à la tête de ce corps d'élite, tout joyeux d'avancer par là sa fortune.

« Restait à expédier le complément des troupes demandées. Julien, très anxieux, sentait tout ce que sa position avait de critique. Il connaissait le caractère farouche de ses soldats et n'oubliait pas que les ordres de l'empereur étaient péremptoires. L'absence

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du général de la cavalerie augmentait encore ses inquiétudes, n commença par mander le préfet, qui s'était rendu à Vienne sous prétexte d'y établir des magasins, mais en réalité pour s^éloigner de l'armée, parce qu'il se rappelait qu'autrefois, dans un de ses rapports à Constance, il avait conseillé de retirer des Gaules les troupes qui les avaient défendues et qui étaient redoutées des barbares. Florence, à la réception des lettres de Julien, qui l'invitait à venir l'aider de ses avis, ne répondit que par un refus obstiné. Les lettres de Julien disaient en effet (ce qui était loin de rassurer le préfet) que, dans les circonstances difficiles et dangereuses, le poste du chef de la cavalerie était près du général. Julien ajoutait même que, s'il persistait à le laisser seul, il allait lui-même déposer le titre de César, préférant la mort à la honte de souscrire à la ruine de ces provinces ; mais toutes ces raisons n'ébranlèrent pas Florence. »

§ 22. — SOULÈVEMENT DES TROUPES APPELÉES PAR CONSTANCE. JULIEN PROCLAMÉ EMPEREUR.

« Au milieu de ces incertitudes causées par l'absence de Lupicin et par la pusillanimité de Florence, Julien, après quelque hésitation, crut ne pouvoir mieux faire que de presser officiellement le départ et fît mettre en marche les troupes qui avaient déjà quitté leurs quartiers. Au moment où l'on publiait l'ordre, quelqu'un jeta clandestinement près des enseignes des Pétulants un libelle qui entre autres choses portait : « On (c nous chasse comme des proscrits aux extrémités du

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(( monde, et nos famille^ que nous avons arrachées à « la servitude au prix de notre sang, vont retomber « âoos le joug des Alamans. »

(( Cette pièce fut portée au quartier général, et Julien, trouvant que ces plaintes étaient fondées, ordonna que les familles de ces soldats les accompagneraient dans leur marche et permit d'employer les voitures de transport en usage dans ces occasions. Gomme on hésitait sur la route qu'on prendrait, le notaire Décence proposa de les faire passer par Paris , que Julien n'avait pas encore quitté. On suivit cet avis. A l'entrée des troupes dans les faubourgs de cette ville, Julien, selon sa coutume , alla au-devant d'elles, loua ceux qu'il connaissait, les exhorta tous à bien faire, et les encouragea à se rendre avec sérénité près de l'empereur. « Là, disait-il, ainsi qae la générosité, la « puissance est illimitée ; là enfin les attendaient des « récompenses dignes de leurs travaux. » Pour traiter ensuite avec distinction des hommes qui étaient à la veille d'entreprendre une si longue marche, il invita les officiers à sa table et leur permit de demander ce qu'ils souhaitaient. Cette bienveillance les toucha profondément ; ils se retirèrent pénétrés de douleur en pensant qu'un sort rigoureux les arrachait à leur patrie et à un chef d'une aménité si grande. Pénétrés de ces tristes idées, ils rentrent dans leurs quartiers. Mais, vers le commencement de la nuit, les esprits s'échauffent, les murmures éclatent ; l'aigreur du chagrin se tourne en désespoir et bientôt en révolte; on court aux armes; on se rend au palais avec une rumeur effroyable; on en bloque toutes les issues.

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Julien est proclamé Aagusta» et on demande ^ présence à grands cris. La nuit cependant force les agitateurs à attendre ; mais, au point du jour, le prince, obligé de paraître, est de nouveau salué Auguste par un redoublement d'acclamations unanimes. «

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