‹ L'histoire de FranceChapitre 126 sur 140 · Depuis le § 16 extraits d'Ammien Marcellin · texte numérisé non relu

Depuis le § 16 extraits d'Ammien Marcellin

LE PREMIER BAN DE LA GRANDE INVASION DES BARBARES EN GAULE. — L'INVASION DE 406.

§. 1. — ÉTAT DE LA GAULE o'aPIÈS LE POÈTE CLAUDIEN VERS l'ak 403.

A la veille de l'invasion qui devait détruire l'empire romain et dont la Gaule romaine devait subir les premières atteintes, Claudien, le panégyriste de Stilicon, maître de la milice de l'empereur Honorius, successeur de Théodose en Occident, vainqueur d'Alaric et des Visigoths en Onent, conservait encore bien des illusions. Une courte et bnllante campagne du héros barbare au delà des Alpes inspire le passage suivant au poète latin ;

« Partout où se portent tes aigles triomphantes, ô Stilicon, tes nombreux compagnons tarissent Teau des fleuves. Fautai nous étonner que l'ennemi succombe dans tes batailles, quand la terreur suffit pour rabattre? Le Franc, avant d'avoir entendu nos trompettes, a déjà mordu la poussière ; le Suève n'a pas encore senti les coups de nos glaives, qu'il reconnaît nos lois ; la Germanie, qui le croirait? a plié sans

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combat son audace sous le joug. 0 Drusus! ô 1ht jan ! que sont vos exploits auprès des siens ? Stilicon n'a pas mis plus de jours à dompter le Rhin qu'il ne vous fallut d'années. De la source du fleuve aux lieux où ses flots partagés roulent vers une mer bordée de marais, Stilicon a dévoré l'espace. Pareille à la foudre, sa course devance la rapidité de l'onde. Partie du berceau du Rhin, la paix croissait avec ses eaux. Des rois , à la blonde chevelure , des rois, noms jadis fameux, qui avaient rejeté également les présents et les prières de nos princes, accourent aux ordres de Stilicon. Un léger esquif les porte par delà le fleuve, partout où tu les appelles. La renommée ne les a pas trompés sur ta justice : ils trouvent en toi un héros à la fois sensible et Adèle. A son arrivée, le Germain te craignait ; il t'aimait à son retour. Ces hordes redoutées, qui vendaient à Rome leur inaction et, pour un or vil, lui accordaient un honteux repos, aujourd'hui, l'air abattu, suppliant, offrent leurs fils pour gages de la paix qu'ils demandent. Le Rhin, grâce à toi, a dépouillé ses fureurs menaçantes. Le Salien, aujourd'hui, cultive ses campagnes ; le Sicambre courbe en faux son épée ; et le voyageur, à la vue des deux rives, cherche la nie soumise à Rome. Aujourd'hui, le Belge peut, sans irriter le Chauque, guider par delà le fleuve ses brebis affamées; les troupeaux des Gaulois traversent le Weser et parcourent les montagnes des Francs. Aujourd'hui, le chasseur s'égare sans danger sous les silencieux ombrages de la forêt d'Hercynie, et dansées bois consacrés à une antique superstition, les chênes

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difmisés par les barbares tombent impunément sous nos haches victorieuses. Aussi le Gaulois te rend grâces, lui, qui sans alarmes sur des frontières sans défense, et rassuré contre les attaques ennemies, couvre le Rhin de nouveaux édifices et embellit ses bords, séjour des barbares, des palais enchantés qui décorent ceux du Tibre K »

§ 2. — LA GRANDE llfVASION DE 406,

Pour résister aux VisigothSy qui, auprès avoir été établis en lllyriey descendent sur Vltalie en Vannée 402, Stiîicon a été obligé de rappeler les légions qui gardaient la Gaule, L'invasion des Visigoths, sous leur chefAlariCy est à peine repoussée, qu'une immense cohue de barbares fond sur les provinces occidentales de l'empire» Elle se dirige en deux bandes : la première^ composée en majorité de Suéves et placée sous les ordres de Bjadagaise, est exterminée en Italie. La seconde envahit la Gaule, qu'elle couvre de ruines. Saint Jérôme, retiré à Bethléem, exprime ainsi l'épouvante du monde:

« Des nations innombrables et d*une férocité inouïe ont envahi les Gaules entières. Tout l'espace renfermé entre les Alpes et les Pyrénées, compris entre rOcéan et le Rhin, tout cet espace, les Vandales, les

1. Glaudfen, Éloge de Stiîicon, liv. I", traduct. de la col. Nisard. — Claudien, né à Alexandrie, en Egypte, en 365, poète latin, disparaît de la scène après la mort de son héros et de son protecteur; il a consacré la plupart de ses poèmes à la glorification de StiUcon.

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Alains, les Saxons, les Hérules, les Burgondes, les Alamans et les Pannoniens, ô déplorable république! l'ont affreusement dévasté , car Assur est venu avec eux. Mayence, noble cité jadis, a été prise et ruinée de fond en' comble ; on a massacré dans l'église plusieurs milliers d'hommes. Les habitants de Worms ont été exterminés après un long siège. Les habitants de la puissante ville de Reims, les Ambiens, les Atrébates, les Wangons, les plus reculés des humains ; les habitants de Tournay, Spire, Strasbourg, ont été emmenés en Germanie. L'Aquitaine et la Novempopulanie, la province Lugdunaise et la Narbonaise, tout, excepté quelques villes, tout a été saccagé. Celles que le glaive menace au dehors, la faim les ravage au dedans. Je ne puis, sans verser des pleurs, parler de Toulouse , qui n'a dû qu'aux vertus du saint évêque Exupère de n'être point tombée encore. Les Espagnes elles-mêmes, sur le point de périr, tremblent chaque jour au souvenir de l'invasion cimbrique ^ »

§ 3. — SIÈGE ET PRISE DE REIMS PAR LES VANDALES. SAINT NICAISE ET SAINTE EUTROPE.

« Le saint évêque Nicaise, averti par un auge, avait prévu longtemps à l'avance les massacres qui devaient désoler la Gaule, et, pour réprimer la funeste conGaoc« d'une aveugle prospérité, il annonçait les vengeances de la colère divine. Sa charité inquiète portait avee douleur le poids des péchés de son troupeau. Mais ces

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