‹ L'histoire de FranceChapitre 127 sur 140 · Saiut Jérôme, Lettre XCL · texte numérisé non relu

Saiut Jérôme, Lettre XCL

peuples ne craignaient pas de mépriser la sainte religion, de violer les commandements de Dieu, de se rendre esclaves des vanités, de se souiller des vices de là concupiscence, d'exciter des scandales et des schismes, et d'offenser Dieu par toutes les iniquités. « Mais tout à coup, au milieu même des jours de prospérité, Dieu suscite la colère des nations les plus barbares : des hordes de Vandales se précipitent furieuses dans les diverses provinces pour venger ses offenses; les murs des villes tombent devant eux; les familles périssent par le glaive avec leur postérité. Les barbares semblent n'aspirer à aucune gloire, ne chercher aucun profit. Ils ne veulent que verser, épuiser le sang humain; ils ne sont altérés que du carnage des chrétiens. Au milieu de cette affreuse tempête, de glorieux évêques brillaient dans les Gaules : à Reims, le grand saint Nicaise; à Orléans, le bienheureux saint Aignan ; à Troyes, saiht Loup ; à Tongres, saint Servais, et quelques autres prélats fameux par leurs vertus , retardèrent longtemps par. leurs prières et leurs mérites l'éclat de la colère de Dieu, s'efforçant d'éteindre l'hérésie et les vices parmi le peuple. Cependant les Vandales viennent camper devant Reims, ravagent tout le pays et poursuivent avec acharnement la perte des chrétiens enfermés dans la ville : ils veulent détruire et effacer de la surface de la terre ces ennemis de leurs dieux et des moeurs païennes. A l'exemple de Jésus-Christ, saint Nicaise, prêt à donner sa vie pour ses frères, prend la ferme résolution de ne point abandonner son troupeau : il veut ou se sauver avec eux, ou souffrir

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tout ce qu'ils souflfriront, dans la crainte qu'en fuyant il ne semblât délaisser le ministère de Jésus- Christ, nécessaire surtout en de si grands périls.

« Cependant les assiégés succombent aux fatigues de la défense, aux veilles, au besoin; Tennemi, au contraire, redouble de fureur, bat de toutes parts les murs avec succès ; tout le peuple est frappé de terreur et de découragement; tous accourent auprès de saint Nicaise, prosterné en prière au pied des autels ; désespérés, tremblants de la victoire prochaine des barbares, ils lui demandent des consolations, comme des enfants à leur père. Le pieux évêque était secondé par sainte Eutrope, sa sœur, chaste épouse de Jésus- Christ, qui, mettant sa vertu sous la protection de son frère, l'imitait en tout et ne le quittait jamais. Tous deux animaient le peuple de tous leurs eiforts à obtenir la palme du martyre, et demandaient en même temps pour lui au Seigneur le piix de la victoire. Enfin le jour marqué de Dieu pour le triomphe des barbares étant arrivé, aussitôt que saint Nicaise voit leurs hordes furieuses se précipiter dans la viile^ accompagné de sa bienheureuse sœur, il se présente au-devant d'eux à la porte de l'église de la sainte Vierge Marie, mère de Dieu, chantant des hymnes et des cantiques spirituels. Pendant que, tout entier à la sainte psalmodie, il chante ce verset de David : « Mon âme a été comme attachée à la terre, » sa tête tombe tranchée par le glaive. Cependant la parole sainte n'expire pas sur ses lèvres ; car sa tête, roulant à terre, poursuit la sentence d'immortalité, et il continue : « Seigneur, vivifiez-moi, selon votre parole. »

« Mais sainte Eufa^ope, voyant l'impiété s'adoucir h sa vue, et craignant que sa beauté ne fût réservée mx contestations et à la brutalité des païens, se précipite sur le sacrilège meurtrier de l'évêque ; l'insultant à grands cris, provoquant son martyre, elle le frappe d'un soufflet, lui arrache les yeux, animée par une force divine, et les jette à terre. Bientôt égorgée par les barbares , transportés de fureur, et donnant son sang à son Dieu, elle partage avec son frère et d'au-» très saints la palme du martyre ; car, parmi le peuple, beaucoup, soit clercs, soit laïcs , imitèrent cette cou» stance. On cite entre autres, comme les plus illustres, le diacre Florent et saint Joconde, dont les têtes sont conservées à Reims derrière l'autel de la sainte Vierge Marie, mère de Dieu.

c Cependant les barbares demeurent étonnés de la constance de la vierge et de la subite punition du meurtrier. Les massacres étaient finis, le sang des saints ruisselait à flots ; tout à coup, une horreur d'épouvante les saisit ; ils voient des armées célestes qui viennent venger le sacrilège; la basilique retentit d'un bruit épouvantable. Redoutant la vengeance divine, ils abandonnent le butin ; leurs bataillons fuient dispersés et quittent en tremblant la ville, laquelle demeura longtemps soUtaire ; car les chrétiens, réfugiés dans les montagnes, n'osaient en descendre dans la crainte des barbares, et les barbares redoutaient d'y retrouver les célestes visions qui les avaient frappés. Dieu seul et ses anges veillaient à la garde des saints martyrs; si bien que la nuit on voyait de loin des lumières célestes; quel-.

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ques-nns même entendirent les saints et doux conceii;s des Vertus et des Dominations du paradis. Rassurés enfin par cette miraculeuse révélation de la victoire divine, les habitants que la Providence avait conservés pour ensevelir les saitits rentrent dans Reims* en faisant des prières. Arrivés au lieu où gisent les corps, ils sentent s'exhaler une odeur de parfums délicieux* Mêlant la jcie aux gémissements, ils célèbrent en pleurant les louanges du Seigneur, préparent pour la sépulture les saintes reliques, et les déposent avec respect en des lieux convenables autour de la ville K »

1. Frodoard, eh. VI, traduct. Guizot. — Frodoard, né en 894 à Épernay, mort en 966 , promu à Tévêché de Noyon en 955, fut un des personnages importants du diocèse de Reims. L'histoire des événements .de son temps, racontée par lui, a une grande valeur. Les deu premiers livres de VHistoire du diocèse de Reims, rédigés d'après les archives dont il disposa et les traditions qu'il recueillit, ne sont pas de l'histoire proprement dite ; mais ils offrent un tableau intéressant des mœurs et des croyances nationales en Gaul^ au commencement du moyen âge.

INVASION DES VISIGOTHS EN GAULE, --v LEUR ÉTABLISSEMENT DANS L'AQUITAINE.

8 1. — ATAULF, aOl DB8 VISIGOTHS.

Alaric, roi des VisigothSf qui entra dans Borne après l'assassinat de Stilicon par les ordres d*Hon(mus, ne survécut pas longternps au sac de la ville étemelle (410). Après sa mo7i et son ensevelissement dans le ruisseau du Busentin, son frère Ataulf lui succède,

4< Alaric mort, les Visigoths élbrent pour roi Ataulf, son parent , aussi remarquable par la supériorité de son esprit que par sa beauté; car, bien que sa taille ne fût pas très-élevée, son visage était beau et son corps parfaitement proportionné. Dès qu'il eut pris le commandement, il retourna à Rome et acheva de ronger, comme font les sauterelles, ce qui pouvait avoir échappé au premier pillage. Il dépouilla de leurs richesses, en Italie, non seulement les particuliers, mais encore l'État , sans que Tempère ur Honorius pût s'y opposer; et même il emmena en

captivité Placidie, sœur de ce dernier et fille de l'empereur Théodose. Toutefois, séduit par la noblesse de sa race, sa beauté et sa chasteté, il la prit en légitime mariage, dans la ville de ForU, province d*Émilie, et cette alliance réunit en quelque sorte l'empire et la nation des Goths *. »

§ 2. -^ PROJETS D*ATAULF.

M Je me souviens d*avoir entendu à Bethléem le bienheureux Jérôme raconter qu'il avait vu un vieil habitant de Narbonne, élevé à de hautes fonctions sous Théodose, et d'ailleurs religieux, sage et grave, qui avait joui de la familiarité d'Ataulf ; il répétait souvent que ce roi des Goths, homme de grand cœur et de grand esprit, avait coutume de dire que son ambition la plus ardente avait d'abord été d'anéantir le nom romain et de faire de toute l'étendue des terres romaines un nouvel empire gothique, de sorte que tout ce qui était Bxmanie devînt GothiCf et que lui, Ataulf, jouât le même rôle qu'autrefois César Au-

1. Jornandès, Histoire des Goths jCh. xxxi. — Jornandès, né à la fin du v« siècle, de race gothique, passe pour avoir occupé le siège épiscopal de Ravenne. Son Histoire des Goths n'est qu'un abrégé d'une histoire beaucoup plus étendue qui avait été écrite par le célèbre Cassiodore, secrétaire du roi ostrogoth d'Italie Théodoric. Cet abrégé, malgré le défaut de critique et l'ignorance de l'auteur, n'en est pas moins un des monuments les plus précieux qui nous restent pour la connaissance de l'histoire et de la géographie di; v* et du \\* siècle ^fVès ^ésus-Christ.

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gnste ; mais qu'après s'être assuré que les Goihs étaient incapables d'obéissance aux lois, à cause de leur barbarie indiscipiinable, jugeant qu'il ne fallait pas toucher à l'état des choses existantes, il avait pris le parti de chercher la ^oire en consacrant la force des Goths à rétablir dans son intégrité, à augmenter même la puissance du nom romain, afin qu'au moins la postérité le regardât comme le restaurateur de Fempire qu'il ne pouvait dôtruhre *. y>

§ 3. — ATAULF ÉTABtrr LES VISIGOTHS AU SUD-OUEST DE LA GAULE.

« Quoique les ressources d'Honorius fussent épuisées, Ataulf, en considération de sa parenté avec lui, eut la générosité de le laisser tranquille, et il gagna la Gaule. Dès qu'il y fut entré, les nations voisines. Francs et Burgondes , qui auparavant infestaient cruellement ce pays, commencèrent à se renfermer dans leurs limites. Quant aux Vandales et aux Alains, qui, venus dePannonie, avaient passé en Gaule et s'y étaient arrêtés, ils se réfugièrent en Espagne et s'y renfermèrent. Ils se rappelaient encore tout le nwil que, d'après le récit de leurs pères, le roi des Goths

1. Paul Orose, liv. VIT, ch. xlïii, historien et contre* versiste latin, né à la in du iv« siècle, à Tarragone. Les Gentils atMbuant les calamités de l'empire à Tabolition du paganisme, Paul Orose composa, à la demande de saint Augustin, une Histoire du monde f en sept livres, depuis Torigine du monde jtisqu'à l'année 4lO : écrit apologétique en faveur de la cause chrétienne.

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Gébérich avait fait à leur nation, et comme sa valeur les avait chassés de la terre de leurs aïeux.

« Telles furent les circonstances qui ouvrirent les Gaules à Ataulf dès son arrivée. Quand il eut affermi la domination des Goths dans ces contrées, toudié des malheurs des Espagnols, il prit le parti de les délivrer lies incursions des Vandales et s'introduisit, au moyen de ses richesses, dans Barcelone et rintérieur de l'Espagne avec des guerriers choisis et fidèles. Il y combattit souvent les Vandales et périt trois ans après avoir soumis la Gaule et l'Espagne, percé au flanc d'un coup d'épée par Varnnlf, qu'il av^t coutume de railler sur sa taille. Après sa mort, Régéric fut élu roi; mais lui aussi périt par les pièges des siens et perdit encore plus tôt le trône et la vie. »

§ 4. — RÉGKC DE WALUA.

« Ensuite on élut pour roi Wallia, guerrier aussi brave que prudent : c'était déjà le quatrième depuis Alaric. L'empereur Honorius envoya contre lui, avec une armée , Constantius, homme habile dans l'art militaire et qui s'était illustré dans un grand nombre de combats. Il craignait que Wallia ne rompit le traité conclu depuis longtemps avec Ataulf, et qu'après avoir vaincu les nations qui l'avoisinaient, il ne devînt de nouveau un danger pour l'empire. En même temps , il voulait délivrer d'une sujétion honteuse sa sœur Placidie, Aussi convint-il avec Constantius que, s'il la faisait rentrer dans ses États, soit en faisant la

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gaerre, ou par quelque moyen que ce fût, il la lui donnerait en mariage. Plein d'une joie triomphante à cette promesse, Gonstantius réunit des troupes, et, dans un appareil qui déjà ressemblait presque à celui d'un roi, il se dirigea sur l'Espagne. Wallia vint k sa rencontre aux défilés des Pyrénées, avec des forces égales aux siennes. Là des députés furent envoyés de part et d'autre , et il fut convenu que Wallia rendrait Placidie à l'empereur son frère et qu'il marcherait au secours de l'empire dès que le eas l'exigerait. Or, en ce temps-là, un certain Constautin s'était déclaré empereur en Gaule et avait fait César son fils Constant, de moine qu'il était; mais il ne jouit pas long-> temps du pouvoir qu'il avait usurpé. Les Goths et les Romains marchèrent de coneert centime lui ; il fut tué à Arles, et son fils à Vienne. Après eux, Jovinus et Sébastien voulurent également usurper l'empire ; mais, comme ils avaient eu la même témérité, ils eurent le même sort. Wallia, voyant ensuite que les Vandales avaient eu l'audace de dévaster tout sur les frontières d'Espagne, mena aussitôt son armée contre eux et les vainquit. »

§ 5. •— LB KOt THÂODORtC £T LA GUERRE GOJnRE LES RÛKAtM.

« Wallia étant mort, son successeur fut Théodoric, homme doué d'une grande énergie et d'une force de corps extraordinaire , mais en même temps d'une modération extrême, et dont le règne fut aussi heureux pour la Gaule que celui de Wallia l'avait été peu. Sous le consulat de Théodose et de Festus, les

loi LES INVASIONS BARBARBS

Romains, ayant pour auxiliaires les Huna^ qui s'étaient joints è eux, rompirent la piaix et marchèrent contre lui dans les Gaules. Ils voulaient venger les désordres commis par une troupe de Goths fédérés qui, à Gons* tantinople, avaient pris parti pour le comte Caïna. Le patrice Aétlus était alors maître de la milice. Né de Gaudentius,Hians la ville de Donostène, il appartenait à la race belliqueuse des Ifœsiens. Endurci à toutes les fatigues de la guerre, un tel homme semblait avbir été créé exprès pour soutenir Tempire romain, auquel il avait assujetti naguère les orgueil-* leux Suèves et les barbares francs, après leur avoir fait essuyer de sanglantes défaites. C'était Litorius qui commandait les Huns, auxiliaires de l'armée romaine qui s'avançait contre les Goths. Quand les deux armées furent en présence, elles restèrent long^ temps l'une et l'autre rangées en bataille ; mais, à la fin, voyant que le courage était égal de» deux côtés et qu'aucune des deux ne l'emporterait, elle» se tendirent la main, et la concorde se rétablit. On renouvela l'ancien traité, on se promit mutuellement de garder avec fidéUté la paiX) et l'on se retim de part et d'autre 1* »

1. loi^and., ch. xxxu-xxxiu. L^hUtorièn des Goths est très incomplet sur tous les faits du règne de Théodofic !«>*. Ge roi chercha en 426 à conquérir Arles , mais il fut repoussé par Aétius ; en 436^ il prend aux Romains plusieurs villes en Gaule; puis il est battu devant Narbonne par Litorius et les Huns, ses auxiliaires. Vainqueur à son tour près de Toulouse (439), il fait la paix avec Aétlus. Le plus grand événement de ce règne est la célèbre bataille des champs Catalauniques (451), où périt glorieusement le roi Théodoric (voy. au chap. suiv.).

L'INVASION D'ATTILA (451), — APOGÉE DE LA DOMINATION DES VISIGOTHS EN GAULE.

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