‹ L'histoire de FranceChapitre 128 sur 140 · ORIGINE, RÉSIDENCE ET PORTRAIT D*ATTILA · texte numérisé non relu

ORIGINE, RÉSIDENCE ET PORTRAIT D*ATTILA

« Attila, chef suprême de tous les Huns, fut le premier, depuis Torigine du monde, dont la puissance s*étendit sur la Scythie presque entière. Aussi le bruit de sa gloire éclatante avait-il retenti chez tous les peuples. Entre autres choses, voici ce que nous trou- Tons dans le rapport de Priscus, envoyé en ambassade auprès de lui par Théodose le Jeune : « Après (( avoir traversé de grands fleuves, le Tysias, le Tibi- « sias, la Dricca, nous parvînmes enfin à Fendroit où « Vindélica, le plus valeureux des Goths, succomba « dans les embûches des Sarraates; et non loin de là (c nous arrivâmes à la bourgade où se trouvait la rési- « dence d'Attila. Cette bourgade, malgré Texpression, « ressemblait à une ville fort étendue. Au milieu, on i< voyait un palais en bois, dont les planches étaient si a habilement assemblées, qu'on n*en pouvait découvrir « les joints qu'avec la plus grande attention. Là se

106 LES INVASIONS fiARBABES ^

« trouvaient de vastes salles de festin, des portiques « d'une architecture irréprochable, et une cour dont « la vaste étendue dénotait une habitation royale. « C'était là qu'habitait le souverain de toutes les na- « tions barbares, c'était là le village qu'Attila préfète rait à toutes les villes conquises. »

Attila eut pour père Mondzuc, dont les frères Octar et Roas furent, dit-on, avant lui, rois des Huns, mais non de toute la nation hunnique. Après leur mort, il partagea le trône avec son frère Bléta. Il méditait la conquête de l'univers, et, comme prélude de ses exploits, il égorgea tous les siens; sa puissance grandit en dépit de toute justice, et sa cruauté eut un succès qui fait horreur. Après s'être débarrassé insidieusement de son frère Bléta, qui régnait sur une grande partie des Huns, il soumit à son pouvoir la nation tout entière, et, à l'aide de plusieurs autres peuples qui lui obéissaient, il rôva la conquête des deux premiers empires du monde, celui des Romains et celui des Yisigoths. Son armée était, dit-on, de cinq cent mille soldats. Cet homme, né pour mettre en mouvement sa nation et répandre l'effroi dans l'univers, était devancé par une terreur inexprim£ible. Il était superbe en sa démarche, promenant çà et là ses regards autour de lui; les mouvements mêmes de son corps semblaient révéler l'orgueil de sa puissance. Passionné pour les combats, toujours maître de lui dans l'action, il excellait dans le conseil, ^e laissait fléchir par les supplications, et se montrait bon pour ceux qu'il avait reçus sous sa protection. Sa taille était courte, sa poitrine large,

sa tête forte; sa physionomie reproduisait tous les traits de sa race : teint bronzé, nez creusé, petits yeux, barbe clairsemée^ cheveux grisonnants. Sa confiance naturelle en lui-même, sans avoir jamais éprouvé de défaillance , s'était encore accrue par la découverte du glaive de Mars, qui fut toujours en grande vénération chez les rois des Scythes. Voici, d'après Priscus, comment se fit cette découverte : « Un pâtre voyant boiter une génisse de son troupeau, et ne pouvant trouver la cause de cet accident, se mit à suivre soigneusement la trace de sang de l'animal; il arriva ainsi jusqu'au glaive, sur lequel la génisse en broutant avait mis le pied^ le tira de la terre et le porta à Attila. Le prince, fier de ©e don, pensa, dans son orgueil, que ce glaive, en mettant en sa main le sort des batailles, l'appelait à être le maître du monde *. »

§ 2. — CAUSES DE l'invasion DES HUNS.

« Genséric, roi des Vandales ^, voyant Attila tout disposé à ravager le monde, le décida facilement par de riches présents à faire la guerre aux Visigoths. Il redoutait la colère de Théodoiic, leur roi, pour l'indigne traitement qu'il avait fait subir à sa fille. Celleci en effet avait épousé Hunéric, fils de Genséric, et avait d'abord trouvé le bonheur dans une alliance si élevée; mais bientôt Genséric, dont la cruauté sévissait même sur les siens, sur le simple soupçon qu'elle

Page 1