‹ L'histoire de FranceChapitre 130 sur 140 · Jornandès, ch. xxxv et xxxvi · texte numérisé non relu

Jornandès, ch. xxxv et xxxvi

Seigneur. S'approchant donc du tombeau du bienheureux apôtre, il implorait le secours de sa bonté, se consumant dans Tabstinence et le jeûne, au point de rester deux et trois jours sans manger ni boire, et ne mettant aucun iotervalle entre ses prières. Lorsqu'il eut passé un long espace de jours dans cet état d'humiliation, il reçut, à ce que Ton rapporte, cette réponse du bienheureux apôtre : « Homme « saint, pourquoi me tourmenterainsi?llaétéirrévoa cablement fixé par les décrets du Seigneur que les « Huns viendraient dans les Gaules, et que ce pays « serait dévasté par la plus horrible tempête. Mainte- « nant donc, arme-toi de résolution, fais diligence, dis- « pose ta maison, prépare ta sépulture, aie soin de te « munir d'un Unceul blanc; car voici que tu vas quitter « ton corps, et tes yeux ne veri*ont pas les maux que « les Huns causeront à la Gaule, suivant les paroles « du Seigneur notre Dieu. » Le pontife, ayanft reçu cette réponse du saint apôtre, hâta son voyage et regagna promptement la Gaule. Arrivé à la ville de Tongres, il apprêta ce qui était nécessaire à sa sépulture, et, disant adieu aux ecclésiastiques et au reste des habitants de la ville, il leur annonça avec des pleurs et des lamentations qu'ils ne verraient plus bien longtemps son visage ; ceux-ci, le suivant avec des larmes et des gémissements, le suppliaient humblement et s'écriaient : « Ne nous abandonnez pas, saint père! a ne nous oubliez pas, bon pasteur! » Mais, comme leurs pleurs ne pouvaient le retenir, ils s'en retournèrent après avoir reçu sa bénédiction et ses baisers. Lui donc, étant allé à la ville de Maëstricht, fut atta-

que d'une légère fièvre et mourut. Son corps, lavé par les fidèles, fut enterré auprès du rempart public. « Les Huns, étant donc sortis de Pànnonie, se jeté* rent, dépeuplant le pays, sur la ville de Metz, oti ils arrivèrent, ainsi que quelques-uns le rapportent, la veille du saint jour de Pâques. Ils livrèrent la ville aux flammes, passèrent les habitants au fil de Tépée, et égorgèrent même les prêtres du Seigneur devant les saints autels. Rien n'échappa à Tincendie, si ce n'est l'oratoire de saint Etienne, premier martyr et lévite. Je n'hésite pas à raconter ce quB j'ai entenda dire à quelques personnes au sujet de cet oratoire. Elles racontent qu'avant l'arrivée des ennemis un homme digne de foi eut une vision, dems laquelle il vit le bienheureux diacre Etienne, s' entretenant avec les saints apôtres Pierre et Paul sur ce désastre, et disant : « Je vous c(Mijure, mes maîtres, d'empôcher « par votre intercession que nos ennemis ne brûlent la « ville de Metz ; car elle renferme un lieu où se trouce vent conservées des reliques de mon humble vie ter- « restre ; faites que les peuples connaissent que je puis « quelque chose auprès du Seigneur ; et, si tels sont « les forfaits des habitants, que la ville ne puisse éviter « l'incendie, faites au moins que mon oratoire ne soit « point brûlé. » Ils lui répondirent : « Va en paix, t( très cher frère; l'incendie ne respectera que ton « oratoire. Quant à la ville, nous n'obtiendrons rien, « parce que la volonté divine a déjà prononcé sa sente tence ; car les péchés du peuple ont crû en force, et « le bruit de sa méchanceté est monté jusqu'à Dieu : (( la ville sera donc livrée aux flammes, » Il esl par tt

liianifeste que Tintercession des apôtres a seule préservé Toratoire dans la dévastation de la ville * . »

1. Grégoire de Tours, liv. II, ch. vi. De tous les monuments relatifs à Thistoire des Francs au commencement du moyen âge, le plus important est à coup sur Y Histoire ecclésiastique des Francs de Grégoire de Tours, né en Auvergne le 30 novembre 539. — L'origine deOrégoire de Tours semblait le vouer à l'Église ; la famille de sa grand'mère Léocadie, l'une des plus considérables du Berry, avait donné au christianisme Vettius Epagatus, Fun des premiers et des plus illustres martyrs des Gaules; son père Florentins et sa mère Armentaria descendaient l'un et l'autre de saint Grégoire, évêque de Langres ; il avait pour grand-oncle saint Nicet, évêque de Lyon, et pour oncle saint Gai, évêque de Clermont. En 573, pendant un voyage qu'il fit à la cour de Sigbebert, roi d'Ostrasie, auquel appartenait l'Auvergne, Euphronius, évêque de Tours, vint à mourir; et d'une voix unanime le clergé et le peuple élurent à sa place Grégoire, absent et âgé seulement de 34 ans« Des députés partirent aussitôt pour aller solliciter du roi Sighebert la confirmation de ce choix. Grégoire hésita, mais Sighebert et la reine Brunehaut joignirent leurs sollicitations à celles des députés ; il accepta, fut sacré par iËgidius (Gilles), évêque de Reims, le 22 août 573, et partit aussitôt pour son évêché. Il obtint constamment, dans le cours de son épiscopat, l'affection du peuple de Tours et la considération des rois barbares. Il fut vénéré comme un des plus savants évêques et admiré comme . une des lumières de l'Église ; le 17 novembre 593, l'évêque de Tours mourut, à 54 ans, après vingt ans et quelques mois d'épiscopat, et fut élevé au nombre des saints. Il laissait, en mourant, de nombreux ouvrages dont il a^ttit pris soin de dresser lui-même la liste, et qui, à l'exception de quatre, sont parvenus jusqu'à nous; en voici la liste^et le sujet :

1" V Histoire ecclésiastiqxie des Francs ;

2* Un traité de la Gloire des martyrs, recueil de lé-

114 LÉS INVASIONS BABBARËS

§ l. — SIÈGE d'ORLÉANS par LES HUIfS. RÔLE DE SAINT AIGNAN, ÉVÉQUE DE LA VILLE.

<( Cependant Attila, ayant quitté les murs de Metz, et ravag^eant les cités des Gaules, vint assiéger Orléans et tâcha de s*en emparer en ébranlant ses murs par le choc violent des béliers. Vers ce temps, cette ville avait pour évêque le bienheureux Aignan, homme d'une éminente sagesse et d'une louable

gendes en cent sept chapitres, consacré au récit des miracles des martyrs ;

30 Un traité des Miracles de saint Julien^ martyr à Brioude en Auvergne, en cinquante chapitres ;

4* Un traité de la Gloire des confesseurs^ en cent douxe chapitres ;

5° Un traité des Mimcles de saint Martin de Tours^ en quatre livres ;

6' Un recueil intitulé Vies des Pères, en vingt chapitres, et qui contient l'histoire de vingt-deux saints ou saintes de l'Église des Gaules ;

7" Un traité des Miracles de saint André) sur Tauthen* ticité duquel on a élevé quelques doutes.

Les ouvrages- perdus sont :

!• Un Commentaire sur les Psaumes ;

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