‹ L'histoire de FranceChapitre 133 sur 140 · RT DU ROI DES VISIG0TH8, THÉODORIC · texte numérisé non relu

RT DU ROI DES VISIG0TH8, THÉODORIC

« Pendant que le roi Théodoric parcourait son armée pour Tencourager, il fut désarçonné, foulé aux pieds par les siens et perdit ainsi la vie, dans un âge avancé. D'autres affirment qu'il tomLa frappé d'un trait lancé par Andox, du côté des Ostrogoths, qui étaient sous les ordres d'Attila. Ce fut l'accomplissement de la prédiction faite à Attila par ses devins, bien que celuî-ci pensât qu'elle visait Aétius. Alors les Visigoths, se séparant des Alains, se ruèrent sur les Huns, et Attila lui-même eût été égorgé, s'il n'eût pris prudemment la fuite, sans les attendre, et ne se fût enfermé avec les siens dans son camp, qu'il avait fortifié avec des chariots. Ce fut derrière ce frêle rempart que cherchèrent un refuge contre la mort ceux que naguère ne pouvaient arrêter les places les plus fortes. Thorismund, fils du roi Théodoric, et le même qui, de concert avec Aétius, s'était emparé de la colline et en avait chassé les Huns, trompé par les ténèbres de la nuit et pensant retourner au milieu des siens, vint donner contre les chariots des ennemis; tandis qu'il combattait vaillamment, il fut blessé à la tête et jeté à bas de son cheval ; mais les siens, qui veillaient sur lui, le sauvèrent, et il put se retirer du combat. De son côté, Aétius, qui s'était également égaré dans la confusion de la nuit , errait au milieu des ennemis , tremblant qu'il ne fût arrivé malheur aux Goths; il retrouva enfin le camp des alliés et passa le reste de la nuit à veiller derrière un rempart de boucliers. Le

LES INVASIONS BÂRBAIIB8 125

lendemain, au point du jour, voyant les champs couverts de cadavres et les Huns qui n'osaient sortir de leur camp, persuadés d'ailleurs qu'Attila avait dû éprouver de grandes pertes pour avoir abandonné ainsi le champ de bataille, Aétius et ses alliés ne doun tarent plus de leur victoire. Toutefois, malgré sa défaite, Attila n'avait point une contenance abattue; et, faisant sonner ses trompettes et résonner le cliquetis des armes, il menaçait de revenir à la charge. Tel un lion pressé par les chasseurs, adossé à sa caverne, n'ose pas s'élancer sur eux et pourtant ne cesse pas de jeter l'épouvante aux alentours par ses rugissements ; tel ce roi belliqueux, tout assiégé qu'il était, faisait encore trembler ses vainqueurs. Aussi les Goths et les Romains tinrent conseil pour savoir ce qu'ils devaient faire d'Attila vaincu : on n'ignorait pas qu'il lui restait peu de vivres, et d'ailleurs ses archers, postés derrière les chariots, faisaient bonne garde; il fut convenu qa'on le lasserait en le tenant bloqué. On dit que, dans cette situation désespérée, Attila, toujours grand, malgré l'adversité, fit dresser un bûcher formé de selles de chevaux, prêt à se précipiter dans les flammes, si les ennemis fcH'çaient ses retranchements, soit pour que nul ne pût se glorifier de l'avoir frappé, soit pour ne pas tomber lui, le maître des nations, au pouvoir de ses redoutables ennemis. »

§ 7. — TRORISMVND PHOCLAMÉ ROI DES VISIOOTHS.

« Pendant le répit que donna ce blocus, les Visigoths et les fils de Théodoric s'enquirent les uns de

leur roi, les autres de leur père, tous étonnés de son absence au milieu du bonheur qui leur était arrivé. Après l'avoir cherché pendant longtemps, selon la coutume des braves, ils le trouvèrent enfin sous un monceau de cadavres, et, ayant chanté ses louanges, ils l'enlevèrent sou» les yeux des ennemis. On put voir des bandes de Goths, aux voix rudes et discordantes, s'occuper des soins pieux des funérailles au milieu des fureurs d'une lutte toujours menaçante. Les larmes coulaient, mais c'étaient de celles que les braves ont coutume de répandre. La perte était pour nous, mais la présence des Huns la rendait glorieuse; c'était, en effet, une assez grande humiliation pour leur orgueil de voir emporter av^c ses insignes le corps d'un si grand roL Devant ce corps, les Goihs, au bruit des armes, proclamèrent roi le brave Thorismund, qui acheva les obsèques de son père comme il convenait à un fils. Après cela, Thorismund, emporté pai' l'impétuosité de son courage et par la dou* leur de sa perte, brûlait de venger son père sur ce qui restait de Huns. Il consulta sur ce point le patrice Aètius, à cause de son âge et de sa prudence consommée; mais celui-ci) craignant que, une fois les Huns écrasés, les Visigoths ne tournassent leurs forces contre l'empire romain, le décida par ses consolis à retourner dans sa capitale et à occuper le trône que son père lui avait laissé, de peur que ses frères, s'emparant du trésor royal, ne se rendissent maîtres du royaume des Visigoths, ce qui engendrerait une guerre sérieuse et peut-être malheureuse. Thonsmund, ne se doutant pas de la duplicité de ce con-

seil, mais y voyant plutôt une grande sollicitude pour ses intérêts, laissa là les Huns et rentra dans ses États. C'est ainsi que la fragilité humaine, en s*abandonnant aux soupçons, perd l'occasion de faire de grandes choses. On rapporte que dans cette mémorable bataille entre les plus vaillantes nations, il périt de part et d'autre cent soixante-deux mille hommes; sans compter quinze mille Gépides et Francs, qui, avant l'action principale, tombèrent des coups qu'ils se portèrent dans une rencontre nocturne, les Francs combattant pour les Romains et les Gépides pour les Huns. A la nouvell« du départ des Visigoths, Attila, comme cela arrive souvent dans les événements imprévus, sentit redoubler sa défiance. H pensait que ses ennemis lui tendaient un piège, et il se tint longtemps enfermé dan» son camp; à la fin, détrompé par le long silence qui suivit ce départ, son courage se releva jusqu'à s'attribuer la victoire ; il fit éclater sa joie, et ses idées se reportèrent aux anciennes prédictions *. »

« Ce sauvage et fér'oce Attila, avec Une haute clair^ voyance, crut devoir se reposer sur la garantie de l'illustre saint Loup pour sa propre sauvegarde et le salut de son armée. Il ordonna à l'évêque de venir avec lui, jusqu'à ce que l'on vît les flots du Rhin, et lui promit qu'on le renverrait alors dans ses foyers. Quand on est arrivé à ce point, on offre à l'évêque de s'en retourner; loin de lui refuser le retour, on

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