GAULE
aux questions qu'on leur adressait sur ce qu'ils avaient vu ou entendu dire. Dans les villes, on entourait les marchands étrangers et on les obligeait de raconter .de quelle contrée ils venaient et ce qu'ils avaient appris dans leur route. La crédulité avec laquelle les Gaulois acceptaient les bruits venant de pareilles sources les entraînait souvent à de graves résolutions, et plus d'une fois, ils eurent lieu de se repentir des décisions qu'ils avaient prises d'après des rumeurs incertaines. Aussi, certaines cités, qui passaient, au dire de César, pour être le mieux administrées, ne se montraient pad moins habiles dans la distribution des nouvelles que bien des gouvernemwits de nos jours. Une loi ordonnait à tous ceux qui apprendraient un fait pouvant intéresser l'Etat d'en informer immédiatement les magistrats sans le communiquer à personne; et les magistrats^ en gens prudents et avisés, ne faisaient part au public que de ce qui leur convenait.
Les funérailles étaient somptueuses et magnifiques. On brûlait les corps et on entassait sur le bûcher tout ce que le défunt avait aimé pendant sa vie, même les animaux, et bien peu de temps encore avant l'arrivée de César, jusqu'aux serviteurs et aux esclaves favoris. Suivant Diodore, on y jetait aussi des lettres destinées aux parents et aux amis déjà partis pour l'autre monde.
A la fin du iv« siècle, les habitants des campagnes avaient encore la coutume de promener à certaines époques, à travers champs, les images des idoles couvertes d'un voile blanc. Cette superstition dura jusqu'au siècle suivant où S. Mamert y mit fin par l'institution de la fête chrétienne des Rogations,
Habillemenl des Gaulois.
Les Gaulois aimaient passionnément la parure. Ils se cmrvrmVnt de bijoux; et leurs colliers d*or,
Bracelets et autres ornements des Gaulois.
les anneaux de même métal qui entouraient leurs bras et leurs poignets rendaient sur les champs do
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bataille leur dépouille précieuse pour leurs \'ain« queurs.
Bracelets et colliers des Gaulois.
Quant à leur habillement qui a dû varier plus ou moins suivant les temps et les pays, voici le peu que
nous en savons : Ils portaient une tunique à mctnches descendant jusqu'au bas des reins. Elle était teinte de couleurs éclatantes, et parsemée de fleurs: celle des chefs était brochée d^or. On la serrait avec ^ne ceinture argentée ou dorée. Le nom de ce vêtement tout à fait analogue à notre blouse, ne nous a point été conservé. En outre, ils avaient un manteau appelé saie ou sayon (saga, sagum) ; il était d'une étoffe rayée, divisée en une multitude de petits carreaux ornés de Heurs. Ses dimensions ohangèrent suivant les époques, et si à un certain moment il fut assez court pour ne couvrir que les épaules, il ne fut jamais très-long. On rattachait avec des agrafes. Enfin ils portaient des braies, culottes larges et flottantes. De là vint le nom de Gaule à braies {Gallia braccata), que les Romains donnèrent aux premiers pays qu'ils soumirent et qui formèrent plus tard la province narbonnaise (Languedoc, par* tie de la Provence et du Dauphiné).
Citons ici une piquante remarque d'Ammien Marcellin. c Les Gaulois, dit-il, sont toujours propres et soignés. Chez eux, et surtout en Aquitaine, on ne trouvera jamais, ce qu'on rencontre si souvent ailleurs, des hommes ou des femmes sales et déguenillés. »
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Armes des Gaulois.
L'arme principale des Gaulois fut d'abord un satre long, sans pointe et qui ne pouvait frapper que
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der taille. Il était attaché à une chaîne de fer ou de bronze et pendait sur la cuisse droite. Lors de leurs premières guerres contre les Romains, ce sabre était d'une si mauvaise trempe qu'il se tordait à chaque coup et que le soldat était obligé de le redresser avec le pied, ce qui pendant un moment Texposait sans défense à Tennemi. Aussi cette infériorité d'arme fut-elle en plus d'une bataille la cause de leur défaite.
Ce sabre fut plus tard remplacé par des épées qui varièrent de longueur et de largeur. On en rencontre en bronze et en fer, ainsi que des dagues, dans un grand nombre de collections publiques ou privées.
f Quelques Gaulois, dit Strabon, se servent d'arcs et de frondes. Ils ont encore une arme de jet, une sorte de haste en bois, qu'ils lancent sans courroie et seulement avec la main plus loin qu'une flèche; ils s'en servent de préférence même pour la chasse à l'oiseau, t De ces traits les uns portaient le nom de gsesum, d'autres celui de materis ou madaris. Ce dernier nom se conserva pendant tout le moyen âge où sous une forme peu altérée, matras, il désigna un trait d'arbalète.
f Leurs piques, que dans leur langue ils appel* lent lances, dit à son tour Diodore, ont un fer long d'une coudée (50 cmitimètres) et large environ de deux palmes (16 centimètres). Le fût n'est guère plus long que le fer. De leurs javelots, les uns sont droits, les autres recourbés de manière à couper et à meurtrir les chairs qu'ils déchii^nt encore quand on les retire de la blessure. »
Pendant longtemps, par mépris de là mort et par jactance, ils ne voulurent d'autres armes défensives
Bouclier gaulois.
Épée gauloise.
SO t'A QAULE
que le bouclier et le casque, et encore beaucoup se fiant à leur force et à leur courage tenaient à honneur de combattre nus.
Casque gaulois.
Les boucliers étaient de la hauteur d'un homme, et, suivant le caprice et la richesse du guerrier, chargés de figures d'animaux en airain artistement travaillées qui servaient à la fois de défense et d'ornement. Les casques en airain étaient surmontés
SI
de grands appendices destinés à servir d'épouvantail , comme des cornes, des images d'oiseaux ou de quadrupèdes.
— Les épées, les boucliers et les casques étaient incrustés de corail dont, au dire de Pline, le meilleur venait des îles StaBchades (iles d'Hyères).
Les premières cuirasses des Gaulois furent des cuirasses de mailles de fer dont Diodore leur attribuait l'invention. Puis ils adoptèrent des cuirasses fort légères en bronze.
Les spécimens qu'en possèdent divers musées sont, en général, d'un travail remarquable. Ilyen avait aussi d'or.
Fsulassio» çauloi?.
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mais elles étaient plus propres à servir de parure que de défense.
Les gladiateurs que Ton appelait murmillons ou mirmiUons portèrent d'abord le nom de Gaulois, parce que leur armure, dit Festus, était celle de ce peuple* On voyait sur leur oasque l'image d'un poisson.
Comme tous les peuples sauvages les Gaulois connaissaient certains poisons dans lesquels ils trempaient leurs flèches, mais ils s'en servaient uniquement à la chasse. L'un de ces poisons était l'ellébore qui, selon eux, avait la propriété de rendre plus tendre la chair des bêtes où il avait pénétré. Seulement ils avaient soin d'enlever un large morceau de chair autour de la blessure. Ils en employaient encore un autre qu'ils appelaient le poison du cerf; ils le tiraient d'une plante nommée par enxlimœum et dont on n'a pu déterminer l'espèce.
Les fiaulois à la guerre. — Leur mépris de la morl.
Il est un point sur lequel Grecs et Latins s'accordent pour louer les Gaulois , c qui n'ont jamais craint les funérailles », suivant l'expression d'Horace. C'est le mépris de la mort qui ne se retrouvait au même degré chez aucun peuple, t Les Celtes, dit Elien, sont de tous les hommes ceux qui aiment le plus le danger. Aussi composent-ils
des chants en Thonneur des guerriers qui sont vaillamment tombés dans les batailles, et ils vont au combat le front ceint de couronnes. Ils dressent des trophées en souvenir de leurs exploits^ pour laisser, comme les Grecs, des monuments de leur vertu à la postérité. C'est pour eux une telle honte de fuir que souvent ils refusent de se retirer des maisons qui s'écroulent ou que le feu enveloppe de toutes parts. Il y en a qui combattent la mer montante, qui se jettent tout armés contre les flots et reçoivent leur choc Tépée nue et la lance à la main, comme s'ils voulaient les blesser ou les effrayer. •
€ A la guerre, dit Diodore, les Gaulois se servent d'un char à deux chevaux qui est monté par un cocher et un combattant. Ils attaquent les cavaliers et, après avoir lancé le trait qu'ils appellent sauniurriy ils descendent du char et se battent à Tépéo. Quand les armées sont près d'en venir aux mains» il y en a toujours qui sortent des rangs et, en brandissant leurs armes, provoquent le plus bravé des ennemis à un combat singulier. Si quelqu'un se présente, ils se mettent h chanter les exploits de leurs ancêtres et leurs propres vertus, et cherchent par des paroles à enlever tout courage à leur adversaire. » — Les historiens romains nous ont conservé la mémoire de plusieurs de ces duels, mais bien entendu ils n'ont mentionné que ceux où la victoire est restée à leur champion.
c Ils coupent la tête des ennemis tombée et l'attachent au cou de leurs chevaux, et leurs dépouiller ensanglantées ils les donnent à porter en trophée à leurs serviteurs, tandis qu'eux-mêmes chantent l'hymne de la victoire ; et, comme des prémices du butin, ils les clouent aux vestibules de leurs mai«
sons, ainsi qu'ils le font pour les bètes fauves qu'ils ont tuées à la chasse. Quant aux tètes des plus illustres de leurs ennemis, ils les oignent d'huile de cèdre, les conservent soigneusement dans des cassettes et se glorifient qu'un de leurs ancêtres, leur père ou eux-mêmes n'aient point voulu céder ces tètes pour de fortes sommes d'argent. Quelquesruns, pour donner une haute idée de leur barbare grandeur d'âme, poussent la jactance jusqu'à raconter qu'ils ont refusé d'échanger ces crânes contre leur poids en or. »
Quoique depuis la conquête romaine leur ardeur guerrière se fût bien afîaiblie, Ammien Marcellin au iv» siècle disait encore d'eux : t A tout âge, les Gaulois sont soldats, et le vieillard et l'adulte courent au combat avec la même ardeur. Jamais on ne verra, parmi eux, comme en Italie, des hommes se couper le pouce pour échapper au service militaire. » Meilleurs cavaliers que fantassins, ce fut chez eux que Rome recruta l'élite de sa cavalerie. — Suivant Strabon, les populations les plus belliqueuses de la Gaule étaient celles qui habitaient la région du nord et dans le voisinage de l'océan.
Ce n'était pas seulement sur les champs de bataille que les Gaulois faisaient bon marché de leur existence. Athénée nous raconte qu'on en voyait sur le théâtre qui après avoir, en échange de leur vie, stipulé une somme d'or ou d'argent ou un certain nombre de tonneaux de vin qu'on devait partager après leur mort aux plus chers de leurs amis, se couchaient par terre sur leur bouclier, et tendaient tranquillement le cou à celui qui devait les égorger.
fiouTernemenl des Gaulois.
La forme du gouvernement la plus répandue chez les Gaulois était la forme aristocratique, ou mieux, féodale. En vertu d'un usage immémorial chaque citoyen tous les ans se choisissait un chef. Il n'y avait d'estimés et honorés que les Druides (comprenant les Bardes et les Vatès) et les chevaliers, f La multitude, dit César, traitée presque en esclave, n'était jamais admise à un conseil. La plupart, accablés par les dettes, par Fénormité des impôts et la tyrannie des puissants, se livraient en servitude aux nobles qui avaient sur eux les mêmes droits que le maître sur ses esclaves. •
Gomme au nombre des ambactes (serviteurs) et des clients se mesurait la puissance des chevaliers, ceu3k-ci cherchaient par tous les moyens à augmenter la multitude des gens qui suivaient leur fortune. C'était du reste un des caractères distinctifs de la race gauloise, et qui malheureusement s'est perpétué chez nous jusqu'à nos jours, que le besoin de s'attacher à un homme et de personnifier en lui la patrie. Athénée nous en cite un curieux exemple :
Le roi des Sotiates (dans l'Aquitaine) avait une troupe d'élite de 600 hommes que l'on nommait Silodures, c'est-à dire liés par un vœu. Ils passaient leur vie aux côtés du roi, participaient au gouver-
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nement, et étaient vêtus et nourris comme leur maître, et quand il venait à mourir, ils devaient, suivant leur vœu, ne pas lui survivre, t De mémoire d'homme, dit l'écrivain grec, jamais il n'est arrivé qu'un silodure ait refusé de suivre le roi au tombeau. »
Si les rivalités des familles nobles qui se disputaient Finflucnce dans les cites y étaient une cause incessante de troubles et d'agitation, la question de prépondérance politique amenait à chaque instant des guerres entre les divers États de la Gaule où les peuples les plus puissants s'efforçaient d*attircr les plus faibles dans leur clientèle. Ce furent ces funestes divisions, dont les Romains surent habilement profiter, qui leur livrèrent notre pays.
A l'époque de César, la royauté avait été presque partout abolie en Gaule, et les rois semblent avoir été en général remplacés par des magistrats électifs. A Bibracte, capitale des Edues, ce magistrat portait le nom de Vergobret. Ses fonctions étaient annuelles et lui conféraient le droit de vie et de mort. — Il est bon de remarquer que, jusqu'à la Révolution, le premier magistrat d'Autun portait encore le nom de Vierg ou Vergf.
Il se tenait périodiquement, et probablement tous les ans, des assemblées des députés de touto la Gaule, appelées à délibérer sur les intérêts généraux de la nation.
Avec le caractère emporté des Gaulois ces rcunions devaient être fort tumultueuses ; aussi on avait imaginé un singulier moyen pour rappeler à l'ordre les perturbateurs. Quand l'un des assistants, dit Strabon^ s'avisait d'interrompre bruyamment
Torateup ou causait quelque désordre, le licteur ou oillcier public s'avançait vers lui Tépée à la main, et lui commandait le silence. S'il continuait, le licteur après avoir répété son ordre deux ou trois fois, enlevait à la saie du tapageur un morceau assez large pour que le vêtement fût hors d'état de servir. Heureusement que cet usage ne s'est pas maintenu jusqu'à nos jours ; sans cela, Dieu sait que d'habits coupés on verrait au sortir de certaines séances de nos chambres !
Au commencement d'une guerre, on convoquait un conseil armé où les jeunes gens de la nation devaient se rendre en armes; et d'après^ une loi barbare, celui qui arrivait le dernier était mis à mort au milieu des tourments, en présence de la multitude. — Tous les ans, chaque peuple élisait son général.
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Les Druides. — Leurs fonclions,leiirs éoclriies religieuses.
c Chez tous les peuples gaulois sans exception, dit Strabon, trois classes d'hommes sont l'objet d'honneurs extraordinaires : les Bardes ou chantres sacrés, les Vatès ou devins qui président aux sacrifices et interrogent la nature ; enfin les Druides qui, outre la physiologie ou philosophie naturelle, professent l'éthique ou philosophie morale. Ils passent pour les plus justes des hommes, et sont les arbitres des
contestations publiques ou privées. Jadis oi^ leur soumettait les causes mêmes des guerres et on les a vus quelquefois arrêter les belligérants au moment où ils allaient en venir aux mains. Mais ce qui leur appartient spécialement, c'est le jugement des crimes de meurtre, et chose remarquable, la fréquence des condamnations pour ce crime, leur paraît présager Tabondance et la fertilité. Ils proclament Timmortalité des âmes et celle du monde, ce qui ne les empêche pas de croire qu'un jour le feu et l'eau prévaudront sur tout le reste. »
César, qui avait dû obtenir des renseignements précis du chef des Edues, de son fidèle allié, le druide Divitiac que Cicéron eut pour hôte et pour ami, César dit à son tour :
c Les Druides président aux choses divines, font les sacrifices publics et particuliers, et interprètent les doctrines religieuses. Une nombreuse jeunesse, avide de sinstruiro, accourt auprès d'eux et les tient en grand honneur. Ils sont en effet les juges de presque tous les différends publics ou privés. Ce sont eux qui prononcent quand un crime ou un meurtre a été commis, quand il y a une contestation sur un héritage ou sur des limites. Ils dispensent les récompenses et les châtiments. Si un particulier ou un homme public refuse de souscrire à leur sentence, ils lui interdisent les sacrifices, ce qui est chez eux la peine la plus grave. Ceux qui en sont frappés sont mis au rang des impies et des scélérats, tout le monde s'éloigne d'eux, fuit leur rencontre et leur entretien, de peur que leur contact ne devienne funeste. Aucune action en justice no leur est permise et ils ne jouissent plus d'aucun honneur. A tous les Druides commande un aeul
chef qui a sur eux une autorité suprême; à sa mort son successeur est le plus éminent en dignité, ou bien, s^ils sont plusieurs d'un rang égal, on procède à une élection qui ne se passe pas toujours sans bataille. Les Druides, à une certaine époque de Tannée, se rassemblent dans un lieu consacré, sur la frontière du pays des Carnutes (pays chartrain) qui passe pour être le centre de la Gaule, et c'est là que se jugent les différends. On croit que leurs doctrines ont pris naissance en Bretagne (Angleterre) d'où elles ont été importées en Gaule ; aussi c'est là que se rendent ordinairement ceux qui veulent les étudier d'une manière plus approfondie. »
f Les Druides ne vont point à la guerre, ne payent point d'impôts, et sont affranchis de toutes charges. Attirés par de si grands avantages, beaucoup de Gaulois viennent auprès d'eux de leur propre mouvement ou y sont envoyés par leurs parents. Là, dit-on, ils apprennent un grand nombro de vers et quelques-uns passent vingt ans dans cette étude. Les Druides ne croient pas permis de confier leur doctrine à récriture, et pourtant dans presque toutes les affaires publiques ou privées ils se servent de l'alphabet grec. Je trouve à cela deux motifs : l'un, c'est qu'ils ne veulent pas divulguer leur science, l'autre que l'écriture rend les hommes plus paresseux à apprendre et à exercer leur mémoire. Ce qu'ils cherchent avant tout à persuader, c'est que les âmes ne meurent pas et qu'après la mort elles passent d'un corps dans un autre, et ils pensent que cette croyance, en enlevant la crainte de la mort, est plus propre que tout à exciter le courage. Ils s'occupent aussi des astres et de leurs mouvements, de la grandeur du monde et des
terres, de la force et de la puissance des Dieux immortels, et enseignent toutes ces choses à la jeunesse. •
Ce dogme de rimmortaîilo de râm3 , cette croyance à une autre vie paraissent avoir frappé vivement Tcsprit des Romains, fort étonnés de ne point retrouver chez un peuple barbare leur Tartare et leurs Champs-Elysées; et les écrivains qui ont parlé de la Gaule n'ont point manqué de signaler le fait, c Un des préceptes des Druides, dit Pomponius Mêla, précepte qui à pour but de rendre les hommes plus intrépides à la guerre, c'est que les âmes sont éternelles et qu'il y a une autre vie chez les Mânes. Aussi les Gaulois brûlent-ils et ensevelissent-ils avec les morts ce qui leur a servi pendant la vie, et jadis ils ajournaient jusqu'en l'autre monde le règlement de leurs affaires et le paiement de leurs dettes. Il y en avait même qui se jetaient de gaîté de cœur sur le bûcher de leurs proches, comme pour aller revivre avec eux. •
c Suivant vous, s'écrie le poète Lucain, les ombres ne descendent pas dans les muettes demeures de l'Érèbe ni dans les pâles et profonds royaumes de Pluton. Le même souffle anime les corps dans un autre monde et la mort n'est plus que le milieu d'une longue vie. Heureux certes dans leur erreur, ces peuples du Nord qui sont délivrés de la plus grande des terreurs, de la crainte du trépas I De là vient leur ardeur à se ruer sur les épées ; de là cea âmes capables d'envisager la mort, et pour qui c'est une lâcheté d'épargner une vie qui doit renaître. »
Un petit rapprochement, chemin faisant. Au milieu du XVI* siècle, un combat s'étant engagé à Rome entre des Français et des Espagnols, et ceux-ci
ayant été battus^ les Italiens disaient aux vaincus en leur reprochant leur défaite : t Ne saviez- vous donc pas que les Français vont à la mort coinme 8*ils devaient ressusciter le lendemain ? >
Forèls droidiqQes. — Cneillelle du Gui.
C'était au fond des cavernes et dans des bois sacrés que les Druides enseignaient leurs dogmes à la jeunesse et pratiquaient les rites souvent homicides de leur sombre et mystérieuse religion ; et c'est bien une forêt druidique avec toutes ses terreurs que Lucain a voulu décrire au troisième livre de la Pharsale; seulement, pour Tintérêt de son sujet (le siège de Marseille par César), il Ta transportée près de la ville phocéenne.
' Il est, dit-il, un antique bois sacré qui jamais n'a été profané; l'air est plein de ténèbres et Tombro glaciale sous ses rameaux entrelacés que ne percent jamais les rayons du soleil. Ce n'est point la demeure des Pans champêtres, ni des syl vains, ni des nymphes qui régnent dans leâ forêts : là on adore les Dieux par un culte barbare -, là s'élèvent des autels sinistres, et chaque arbre est arrosé do sang humain. S'il faut en croire les dires des aïeux, l'oiseau n'ose s'arrêter sur ses branches, ni la bête fauve se coucher dans ses tanières. Jamais les vents, jamais la foudre chassée des sombres nuées ne l'ont frappé. L'horreur règne sous son feuillage
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que n'agite aucun zéphyr. C'est une onde noire que Ton voit couler des sources nombre\xses qui le traversent Des troncs grossièrement taillés offrent les terribles et informes images des Dieux, et la moisissure du chêne pourri remplit d'épouvante. Les divinités représentées sous des formes connues ne sont point aussi redoutables, tant est grande la terreur qu'inspirent des dieux inconnus I Souvent, dit-on, des mugissements sortent de la profondeur des cavernes ébranlées par un tremblement de terre ; les ifs se courbent et se relèvent ; des feux illuminent la forêt sans la brûler et des dragons se glissent le long des chênes qu'ils entourent de leurs replis. Les peuples n'osent s'approcher de ces lieux sacrés qu'ils ont abandonnés aux Dieux. Que Phébus soit au milieu de sa course ou que la nuit obscure couvre le ciel, le prêtre lui-même n'y pénètre qu'avec effroi, et craint de surprendre le maître de ce séjour. »
La variété de chêne appelée rouvre était l'objet d'un culte particulier pour les Druides qui n'accomplissaient aucune cérémonie religieuse sans son feuillage, c Tout ce qui naît sur cet arbre, dit Pline, ils le regardent comme un envoi du ciel et un signe que l'arbre a été choisi par la divinité elle-même. » Aussi rien n'était plus sacré à leurs yeux que le gui excessivement rare, qui vient sur le rouvre et qu'ils appelaient d'un nom signifiant remède universel. Quand on en avait découvert un, on le cueillait en grand appareil, le 6« jour de la lune. On préparait, sous le rouvre, selon les rites, des sacrifices et des festins, et l'on y amenait deux taureaux blancs dont les cornes n'avaient pas encore été attachées. Le prêtre, en vêtements blancs,
montait sur Tarbre, et avec une serpe d'or détachait le gui que Ton recevait en bas sur une saie blanche. Puis on immolait les victimes en implorant la faveur du dieu, c Tant chez la plupart des peuples , ajoute Pline , de vains objets sont entourés d'un respect religieux ! »
Sacrifices bomains. — Soperslilioiis. — Œol des Serpents
c Toute la nation gauloise, dit César, est adonnée aux superstitions. Ainsi ceux qui sont affectés de maladies graves, ceux qui sont exposés à la guerre ou à des dangers immolent des victimes humaines ou font vœu d*en immoler, et les Druides sont les ministres de ces sacrifices. Ils croient qu'une vie humaine ne peut être rachetée que par la vie d'un homme, et qu'on ne saurait apaiser autrement les dieux immortels. Ils ont même institué des sacrifices publics de ce genre. Quelquefois on remplit d'hommes vivants l'intérieur d'un immense mannequin d'osier auquel on met le feu et les malheureux périssent au milieu des flammes. Ils pensent que le supplice de ceux qui sont coupables de vol, de brigandage ou de quelque autre crime est le sacrifice le plus agréable aux Dieux immortels. Cependant quand les coupables manquent, ils les remplacent par des innocents. »
Strabon confirme et complète le récit de César : c II était d'usage, chez les Gaulois, dit-il, que le
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malheureux choisi pour victime reçût un coup do sabre à l'endroit des fausses côtes, puis Ton prédisait Tavenir d'après le genre de ses convulsions, et cela avait Heu en présence des Druides sans lesquels on ne pouvait faire aucun sacrifice. Il y avait encore chez eux d'autres formes de sacrifices-humains. Tantôt la victime était tuée lentement- à coups de flèches ; tantôt ils la crucifiaient dans leurs temples ; ils fabriquaient encore avec du bois et du foin un mannequin colossal qu'ils remplissaient d'hommes et d'animaux et auquel ils mettaient le feu. •
Un commentateur du poète latin Stace mentionne un autre genre de sacrifice qui ne devait être en usage que dans quelquecité d'origine grecque. Quand on devait purifier la ville par un sacrifice expiatoire, on séduisait à force de présents quelque pauvre diable bien misérable qui consentait à vendre sa vie à ses concitoyens. Une fois le marché conclu, il était, pendant une année entière, nourri aux frais du trésor public des mets les plus exquis, et le jour solennel arrivé on le promenait par la ville; puis on le conduisait hors des murs où le peuple le mettait à mort.
La domination romaine fit disparaître ces coutumes odieuses, et au premier siècle de notre ère il n'en restait d'autre trace que celle-ci rapportée par Pomponius Mêla. On traînait bien encore une victime humaine à l'autel, mais au lieu de l'égorger, on se contentait de lui faire une égratignure avec le couteau sacré. C'était là une concession que le conquérant, pour mieux atteindre son but, avait dû faire aux superstitions populaires; et ce que personne no nous semble avoir remarqué c'est que quelque gouverneur lettré a pu fort bien puiser dans VIphi'
génie en Tauride d'Euripide Tidéo de cet innocent subterfuge. Ecoutez plutôt ce que Minerve dit à Oreste, sauvé au moment même où il allait être sacrifié sur Tautel de Diane, i Dans les fêtes que le peuple (athénien) célébrera en mémoire du pardon accordé à ton meurtre (le meurtre de Clytemnestre). tu établiras pour loi qu*on approche le glaive nu du sein d'une victime humaine, et qu'on en tire quelques gouttes de sang, pour que la déesse (Diane) reçoive les honneurs qui lui sont dus. •
Les écrivains de Tantiquité ne parlent qu'avec horreur de ces barbares superstitions. • Est-co qu'il ne valait pas mieux pour les Gaulois et les Scythes, s'écrie Plutarque, de n'avoir aucune notion, aucune idée, aucune connaissance des Dieux que do croire que le sang des hommes égorgés plaisait à la Divinité et que de pareilles victimes étaient les plus agréables à ses yeux ? • Il oublie, le bon Plutarque, que, sans parler des peuples orientaux chez lesquels la vie humaine ne comptait pas pour grand'chose, les Romains longtemps après être sortis de la barbarie observaient aussi ces rites sanglants. Ainsi vers l'an 225 av. J.-C, pour obéir aux prescriptions des livres sacrés, un Gaulois et une Gauloise, un Grec et une Grecque furent enterrés vivants, à Rome, au marché aux bœufs, dit Tito-Live, dans un lieu fermé par d'énormes pierres et déjà ensanglanté par des victimes humaines. Et cette horrible exécution se renouvela plus d'une fois. Ce ne fut, suivant Pline, que l'an 657 de Rome (96 av. J.-C.) qu'il fut défendu par un sénatusconsulte d'immoler une victime humaine ; ce qui prouve que jusqu'à cette époque on pratiquait ces affreux sacrifices. Mais la défense fut loin d'être
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observée, car il ajoute ailleurs, lui qui vivait un siècle et demi plus tard : • Cela s'est vu même de notre temps, > et en parlant ainsi il faisait peutêtre allusion à un fait du genre de celui-ci rapporté par Dion Cassius : c A la suite d'une sédition de soldats à Rome, César fit d'abord punir l'un des coupables qu'il avait arrêté lui-même, puis par son ordre • deux autres furent immolés en sacrifice dans le champ de Mars, non par le bourreau mais par les pontifes et le flamine (prêtre) de Mars, et leurs têtes furent exposées auprès de la basilique de ce dieu, i
Auguste porta le premier coup au druidisme. Il l'interdit aux citoyens. Son successeur, Tibère, suivant Pline, € supprima les Druides et toute cette race de devins et de médecins. • c Après lui, Claude abolit complètement, dit Suétone, cette religion si cruelle. »
Pline n'a pas tort en parlant de cette race de charlatans ; car le collège des Druides ne se composait pas seulement de ceux que Diodore appelle les philosophes et les théologiens, il comprenait encore les Bardes et les Vafès (appelés Eubages par Ammien Marcellin) dont nous avons parlé plus haut Ces derniers qui présidaient aux sacrifices remplis* saicnt à la fois les fonctions de médecins, de devins et de sorciers, fonctions qui sont toujours réunies chez les peuples sauvages. Ce que Pline nous raconte de l'œuf des serpents peut donner une idée des mensonges au moyen desquels ils se jouaient de la crédulité des gens.
Cet œuf doué de vertus miraculeuses était, suivant eux, le produit de la bave et de la transpiration des serpents lorsque ceux-ci , à une épo*
que de Tannée, se réunissent et s'entrelacent de manière à former une espèce de pyramide. Se le procurer n'était pas facile. Il fallait, à un certain jour de la lune, arriver d'abord près des serpents juste assez à point pour saisir Tœuf au moment où leur soufïle le lançait en l'air, puis se sauver bien vite à cheval ; car les reptiles ne manquaient pas de courir immédiatement à la poursuite du ravisseur et ne la quittaient qu'à la rencontre d'une rivière. On montra à Pline un de ces œufs qu'en sa qualité de naturaliste il examina curieusement. • Il était, dit-il, rond et gros comme une pomme de moyenne grandeur. Sa coque était cartilagineuse et avait de nombreuses capsules semblables à celles des bras des poulpes. • Au dire des Druides, cet œuf merveilleux avait, entre autres, la propriété de faire gagner les procès à son possesseur et de lui faciliter l'accès auprès des princes. Il en advint malheur à un pauvre chevalier romain du pays des Voconces (pays de Vienne, en Dauphiné). On en découvrit un sur lui, dans un procès, et l'empereur Claude le fit mettre à mort immédiatement.
Nulle part dans les écrivains de Tantiquité , il n'est question de Druidesses avant l'époque impériale. On ignore même si les Druides étaient mariés. Q y avait toutefois dans deux îles des côtes de Brc-
tngne des prophétesses, des sorcières et des bacchantes dont Pomponius Mêla et Strabon nous racontent ce qui suit :
c L'île de Sena (aujourd'hui Sain , vis-à-vis de la pointe méridionale de la rade de Brest), dit le premier, est célèbre par un oracle d'un dieu gaulois. Il y a là des prêtresses, vouées à une virginité perpétuelle, et qui sont, dit-on, au nombre de neuf. Oa les appelle gallicènes. On prétend qu'elles ont l'étrange pouvoir d'exciter les vents et de troubler la mer par leurs enchantements, de prendre à leur gré la figure d'animaux, de guérir des maladies incurables, de connaître et de prédire l'avenir. Mais elles ne répondent qu'à ceux qui ont fait le voyage dans l'unique but de les consulter. »
Strabon, d'après Posidonius, parle à son tour, d'une petite île située en face de l'embouchure do la Loire et habitée par des femmes des Namnètcs. f Possédées de la fureur bachique, dit-il, elles cherchent par des mystères et d'autres cérémonies religieuses, à apaiser le dieu qui les tourmente. Nul homme ne pénètre dans leur île, et ce sont elles qui, de temps en temps, vont voir leurs maris. Une fois par an, elles enlèvent la toiture du temple de Bacchus et le recouvrent dans une même journée avant le coucher du soleil , chacune d'elles apportant sa charge de matériaux. Celle qui en travaillant laisso tomber son fardeau, est immédiatement mise en pièces par ses compagnes, et au cri d'Éuoë, elles promènent les membres de la victime autour du temple. Jamais le travail ne se termine sans que l'une d'elles éprouve cette fatale destinée. »
On voit que, dans ces deux passages, le mot do
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dniidesse n*est pas prononcé. On le trouve pour la première fois dans les historiens latins du iu« siècle, qui le donnent à des devineresses, probablement parce qu'après la destruction du druidisme, elles avaient remplacé les eubages mentionnés plus haut, dans le métier de dire la bonne aventure. Mais rien, absolument rien, n'autorise à les rattacher d'une manière quelconque à l'institution des Druides.
Quoi quMl en soit, la crédulité des historiens nous a conservé, le souvenir de quelques-unes de leurs prédictions, qui, à leur dire, se sont vérifiées, car bien entendu, on ne parle jamais que de celles-là.
L'empereur Alexandre Sévère partait en 235 pour une expédition contre les Germains quand une druidesse se présenta tout à coup devant lui, et lui dit en gaulois : c Pars , mais n'espère pas la victoire et ne te fie pas à tes troupes. • — Quelque temps après, il fut massaeré par ses soldats.
€ Dioclétien, dit Vopiscus, n'ayant encore qu'un grade inférieiu*, logeait une fois dans une auberge des Tongres en Gaule. Un jour qu'il faisait avec son hôtesse qui était druidesse le compte de sa dépense quotidienne, celle-ci lui dit : t Dioclétien, tu es trop économe, trop avare. • Il lui répondit en riant : c Eh! bien, je serai généreux lorsque Je serai empereur. » — Ne plaisante pas, lui dit-elle ; car tu seras empereur dès que tu auras tué un sanglier. • Depuis ce moment, il eut toujours à l'esprit la pensée de régner, et il raconta à l'aïeul de Vopiscus, Maximien, la prophétie de la druidesse. Mais comme il était prudent, il en plaisanta et sut se taire. Pourtant à la chasse, il ne laissait jamais échapper une occasion de tuer des sangliers. Quand il eut vu arriver à l'empire Aurélien, Probus. Tacite et Carus,
il disait : t Jo tue toujours des sangliers, mais c'est toujours un autre qui les mange. • Numérien, fils et successeur de Carus, ayant été Tannée même de son avènement, en 284, assassiné à Chalcédoine par son beau-père, le préfet du prétoire Aper (dont le nom en latin signifie sanglier), les soldats se saisirent du meurtrier. Ils ramenèrent devant Dioolétien qui était alors comte des domestiques, c'est-àdire gouverneur de la maison impériale , et qu'ils proclamèrent empereur. Dioclétien, après avoir jure qu'il n'avait trompé en rien dans l'assassinat do Numérien, descendit de son tribunal et perça Apcr de son épée, en s'écriant : t J'ai donc enfin tué le sanglier fatal. » t Mon aïeul, dit Vopiscus, assurait avoir ouï dire à Dioclétien lui-même qu'il n'avait frappé Aper de sa main que pour accomplir la prédiction de la druidcsse et affermir son trône ; car il n'aurait pas voulu, surtout dans les premiers jours de son règne, si la . nécessité ne l'y avait poussé, montrer tant de cruauté et commettre un pai'eil meurtre. »
Monuments celtiqacs.
Jusque dans ces dernières années, on a toujoui-a désigné sous le nom de celtiques et même de drui« diqucs diverses espèces de monuments étranges, dont la destination n'est que bien imparfaitement connue et qui sont répandus d'une maniàre fort
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tnégale sur notre territoire. Ils n*ont entre eux qu'un seul point commun, c'est qu'ils consistent en pierres énormes, et non taillées. En voici Fénumération :
Menhirs, pierres debout ou peulvans. Ce sont do grandes pierres que Ton rencontre, isolées ou en groupes, surtout dans les contrées de rOuest, et entre autres dans le pays des Venètes (Morbihan).
A Trédion, dans l'arrondissement do Vannes, il y en a deux qui se terminent par des têtes grossièrement sculptées et que le peuple a surnommées Babouin et Babouine.
Ces menhirs sont, dans certaines localités, rangés de façon à former des séries de lignes parallèles comme à Pluherlin. Les plus célèbres de ces alignements sont ceux de Carnac (Morbihan) qui couvrent une étendue de 3 kilomètres et se composent, ou mieux se composaient jadis de 4000 pierres.
Quand les menhirs, au lieu d'être alignés parallèlement, sont rangés en cercles ou en ellipse, on leur donno le nom de Cromlechs, Le plus complet de ces monuments se trouve à Abury, dans le comté de Wilts en Angleterre»
Mealiir oa pierre deboat.
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C'est do ces monuments que tirent leurs nomski nombreuses localités de Pierre fitte et Pierrefiche, disséminées dans toutes les parties de la France.
On appelle Dolmen (Daul, table, men, pierre' i
Ali^'iTnents de Garnac»
un monument ordinairement formé de deux pierres posées de champ qui en supportent une troisième placée sur elles en forme de table. La majorité des dolmens sont des tombeaux. Les morts qu'on y a ensevelis y sont enliers^ c'est-à-dire n'ont point élu
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incinérés. Si avec les squelettes on trouve fréquemment des instruments en pierre, on y rencontre rarement du bronze et jamais de fer.
Cromlech.
DoImeD.
Les allées couvertes sont de longues suites de dolmens placés les uns à côté dos autres.
oes monuments ne sont point particuliers à la Gaule ; on en rencontre en Angleterre, en Ecosse, en Irlande , en Allemagne , en Danemark, en Italie, en Espagne , dans Tlnde, dans la Cappadoco , en Afrique et dans TAmérique du Nord. Aussi dans ces derniers temps les savants se sont-ils élevés contre leur attribution à des populations celtiques, et ils ont proposé avec raison de comprendre menhirs , cromlechs et dolmens , sous le nom général de monuments mégalithiques (du grec, mégas, grand, lithos, pierre).
Fondation de larscille. — Son histoire.
Vers le milieu du vi« siècle av. J.-C, une troupe do Grecs cherchant aventure, partit de Phocée (ville maritime de l'Asie Mineure, dans Tlonie), toucha aux côtes d'Italie près de l'embouchure du Tibre, et fit alliance avec les Romains; puis longeant les rivages de la Méditerranée arriva à Tembouchuro du Rhône. La beauté du climat et du pays les frappa vivement, et de retour dans leur patrie, ils en firent de tels récits à leurs concitoyens qu'un "^ nouvelle expédition s'organisa sous la conduite do deux chefs, Simos et Protis. Débarqués près de Tembouchure du Rhône, au milieu des peuplades ligures, ils allèrent trouver Nannus, roi des Segobrigcs, sur les frontières duquel ils voulaient fonder une ville» et lui demandèrent son amitié. Ce Jour-là,
dit Justin, le roi s'apprêtait à célébrer les noces de sa fille Gyptis qui, suivant Tusage, devait elle-même choisir son époux au milieu d'un repas. Tous ceux qui prétendaient à sa main, ainsi que les nouveaux venus, furent invités au festin. Quand Gyptis parut au milieu d'eux, son père lui ordonna d'offrir de Teau à celui qu'elle désirait pour époux. Aussitôt, laissant de côté les autres convives, elle se tourna vers les Grecs et présenta l'eau à Protis, qui, d'hôte du «roi devenu son gendre, reçut de son beau-père le territoire qu'il demandait. Il y bâtit une ville qu'il appela Massalia, ou Massilia. C'est aujourd'hui Marseille.
A la mort de Nannus, la nouvelle ville dont la rapide prospérité avait éveillé la jalousie et la crainte des barbares faillit trouver sa perte dans une conspiration habilement ourdie. Un Ligure vint trouver Comanus, fils et successeur de Nannus, lui prédit que s'il n'écrasait pas Marseille dès sa naissance, elle deviendrait assez puissante pour l'écraser un jour lui-même, et afin de mieux le convaincre il lui raconta l'apologue que La Fontaine a mis en vers sous le titre de la Lice et sa compagne. Le roi se laissa persuader. Un jour où les nouveaux colons célébraient la fête des Florales, il envoya une bande d'hommes braves et résolus leur demander l'hospitalité, en même temps que d'autres soldats s'introduisaient dans la ville, amenés par des chariots couverts de roseaux et de feuillage. Lui-même se cacha avec ses troupes dans les montagnes environnantes, prêt à envahir la cite quand profitant du sommeil et de l'ivresse des habitants, ses gens lui en auraient ouvert les portes. Mais une parente du roi, éprise d'un jeune Grec, l'avertit
du complot qu'il alla aussitôt révéler aux magistrats. Tous les Ligures introduits dans les murs furent saisis et égorgés. Une embuscade fut tendue au roi qui y périt avec 7,000 des siens. Le souvenir du danger qu'ils avaient couru laissa une impression profonde aux Massaliotes. Au premier siècle de notre ère ils avaient encore conservé Thabitude de fermer leurs portes les jours de fêtes, de faire le guet sur les remparts, de surveiller les étrangers et de garder leur ville dans la paix avec la même vigilance qu'en temps de guerre.
Des luttes fréquentes et heureuses contre les Ligures et les Gaulois qui les entouraient de tous les côtés permirent aux Massaliotes d'augmenter considérablement leur territoire et d'y fonder plusieurs villes dont il ne reste aujourd'hui que Nice et Antibes. A leur contact, les Gaulois se dépouillèrent peu à peu de leur barbarie. Ils apprirent à entourer leurs villes de murailles, à cultiver la terre, à tailler la vigne, à planter Tolivier, et grâce à leur vive intelligence, il s'opéra chez eux un tel changement quMl semblait, dit Justin, non pas que la Grèce eût émigré en Gaule, mais que la Gaule fût transportée en Grèce.
Ce n*est pas seulement avec ses voisins que Mar* seille eut à guerroyer. Des rivalités de commerce l'engagèrent dans des luttes contre les Carthaginois dont elle battit plus d'une fois les flottes et qu'elle força à demander la paix. Alliée de Rome naissante, elle lui garda une fidélité inébranlable et les deux peuples trouvèrent dans cette union de grands avantages. S'il faut en croire Justin, Marseille prit le deuil à la nouvelle du sac de Rome par les Gaulois et lui envoya l'or et l'argent nécessaires pour
compléter sa rançon. Lors des guerres puniques, et de leurs premières expéditions en Gaute, comme à répoque de Tinvasion des Cimbres et des Teutons , les Romains reçurent encore des Massaliotes d^importants services dont ils se montrèrent reconnaissants. Ils respectèrent leur indépendance, et dans les spectacles leur assignèrent une place parmi les sénateurs. Enfin quand le sénat eut, après la guerre d*Antiochus et la défaite d'Aristonicus (130 av. J.-C.) décrété la destruction de Phocée qui avait pris part à ces deux guerres , Marseille obtint des Romains le pardon de la ville d'où étaient sortis ses fondateurs.
Lorsque éclata la lutte entre Pompée et César, Marseille ferma ses portes au vainqueur des Gaulois (49 av. J.-G.) qui la fit assiéger par ses lieutenants Gains Trebonius et Decimus Brutus. Après deux défaites navales, les habitants furent forcés par la famine de capituler. César leur laissa leur indépendance municipale, leurs biens et leurs lois, mais ils -durent livrer leurs navires, leurs armes, tout l'argent du trésor public, et recevoir une garnison.
< La constitution de Massalia avec sa forme aristocratique, dit Strabon (trad. Tardieu), peut être citée comme le modèle des gouvernements. Il y a un premier conseil qui compte 600 membres nommés à vie et appelés timouques. Cette assemblée est présidée par une commission supérieure do quinze membres chargée de régler les affaires courantes et présidée elle-même par trois de ses membres, qui, sous la présidence do Tun d'eux, exercent le souverain pouvoir. On ne peut être timouque, si Ton n'a point d'enfants, et si l'on n'appartient point
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à une famille ayant droit de cité depuis trois générations. Les lois sont les lois ioniennes; elles sont toujours exposées en public. »
Le théâtre était interdit aux mimes, et rentrée de la ville fermée à ceux qui, sous le faux semblant de pratiques religieuses, ne cherchaient qu'à vivre de leur paresse. Devant les portes, il y avait deux caisses dont l'une était destinée aux corps des hommes libres, et Tautre à ceux des esclaves ; on les portait de là sur un chariot au lieu de la sépulture, mais sans cris et sans lamentations. Le jour des funérailles le deuil finissait par un sacrifico domestique suivi d'un repas de famille. On gardait dans un dépôt public un poison mêlé de ciguë que l'on distribuait à ceux qui alléguaient devant le sénat des raisons suffisantes pour désirer la mort. Enfin le vin était complètement défendu aux femmes qui, quel que fût leur âge, ne buvaient ou ne devaient boire que de l'eau.
Malgré leur prospérité, les moeurs des Massaliotes, au dire de Strabon, étaient restées simples et modestes, et il en donne pour preuve que chez eux la dot la plus forte était de cent pièces d'or, auxquelles on pouvait en ajouter dix autres, savoir cinq pour les habits et cinq pour les bijoux. La loi ne permettait pas davantage. Cette simplicité finit pourtant par disparaître, et à une certaine époque, les Massaliotes s'habillaient avec tant de recherche de robes peintes et traînantes , ils se parfumaient et arrangaient leur chevelure avec tant d'afféterie qu'il courait sur eux un dicton. Pour désigner un homino efféminé, on disait : Il revient de Marseille; ou il va à Marseille.
Première guerre des Gaulois contre les Romains. — Prise de Rome.
c L'an do Rome 364 (388 av. J.-C), le plcbcicn M. Cœdicius déclara aux tribuns, raconte Tite-Live, que dans la rue Neuve, à l'endroit où s^élève aujourd'hui une chapelle, au-dessus du temple de Vesta, il avait entendu, dans le silence de la nuit, une voix plus éclatante que la voix humaine. Ello lui ordonnait d'annoncer aux magistrats l'arrivée des Gaulois; mais Tavis fut négligé, et parce qu'il venait d'un homme du commun, et parce que lo peuple gaulois était si loin qu'il était à peu prè inconnu aux Romains, t
C'est par ce beau prodige que Tite-Live fait précéder son récit de la première guerre dos Romains contre les peuples gaulois, qui s'étaient rendus maîtres des plaines du Pô. D où venaient ces peuples ? Suivant une tradition rapportée par lui avec des circonstances prêtant fort à la critique, et qui paraît avoir été complètement inconnue à Polybe, ils seraient partis du centre n:cme de la Gaule, du pays des Bituriges (Berri), et les premières peuplades envahissantes, suivies bientôt de plusieurs autres, auraient franchi les Alpes vers la fin du 5« siècle avant notre ère.
Quoi qu'il en soit, les derniers des envahisseurs.
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les Sénons, à la recherche d'un territoire où ils pussent s'établir, vinrent, vers 389 ou 390 avant J.-C, mettre le siège devant la ville étrusque de Clusium (aujourd'hui Chiusi , en Toscane), t Les habitants épouvantés, dit Tite-Live, de la multitude des Gaulois, de leurs armes et de la renommée do leurs exploits, implorèrent le secours de Rome. » Le Sénat envoya aux Gaulois trois membres de la famille de Fabius pour les inviter à se désister de leur entreprise. Malheureusement cette mission, toute pacifique, était confiée à des hommes d'un caractère emporté c et plus semblables aux Gaulois qu'aux Romains. » Les Gaulois leur répondirent que, bien qu'ils entendissent parler des Romains pour la première fois, ils ne refuseraient point d'accepter la paix si les Glusiens consentaient à leur céder une partie de leurs terres qu'ils ne pouvaient cultiver. Les députés leur ayant demandé de quel droit ils agissaient ainsi, ils leur répondirent fièrement qu'ils portaient leur droit dans leurs armes. Rentrés dans la ville, les Fabius prirent part à une sortie des habitants, et l'un d'eux ayant tué un chef gaulois fut reconnu pendant qu'il dépouillait le vaincu. Aussitôt les Gaulois firent sonner la retraite et envoyèrent immédiatement à Rome demander qu'en expiation de cette indigne violation du droit des gens on leur livrât les ambassadeurs. Leur demande fut rejetée par le peuple dont les largesses des Fabius avaient acheté le vote. Bien plus, 1^ coupables furent, par une orgueilleuse bravade, nommés tribuns militaires et chargés de diriger les préparatifs de guerre. A la nouvelle de cette insulte, les Gaulois lèvent leur camp et marchent sur Rome, disant partout aux populations effrayées qu'ellesi
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n'avaient rien à craindre et qu'ils n'en voulaient qu'aux Romains.
Ceux-ci, à rapproche de leurs nouveaux ennemis, s'étaient mis en campagne avec une armée aussi forte que la leur, et qui, suivant Plutarque, comptait 40,000 fantassins. La bataille eut lieu (16 juillet) près du confluent de TAllia et du Tibre, à onze milles de Rome. Elle ne fut pas longue.
Les Romains ne purent tenircontre les habiles dispositions du Brenn gaulois (Bre/m veut dire chef, et de ce titre les Romains ont fait le nom propre d'un général, Brennus), et l'enthousiasme de son armée. Ils furent enfoncés au premier choc. Du petit nombre de ceux qui purent échapper au carnage , la plupart se retirèrent à Veïes. Bien peu rentrèrent à Rome.
Trois jours après, les Gaulois pénétrèrent dans la ville, où il ne restait que des vieillards; les jeunes gens, l'élite du Sénat, les femmes et les enfants s'étaient réfugiés avec leurs richesses dans la citadelle, le Capitole ; le reste des habitants avaient cherché un asile dans les cités voisines. Les vieillards furent massacrés, la ville livrée aux flammes, et le Capitole investi. Le siège dura sept mois, pendant lesquels divers assauts furent repoussés, et entre autres une escalade nocturne où les oies sacrées de Junon. donnèrent l'éveil à la garnison endormie. Puis, t rappelés dans leur pays, dit Polybe, par une invasion des Venètes ( du pays de Vannes ) , les Gaulois firent la paix avec les Romains, leur rendirent la ville et s'en retournèrent chez eux. i — t Les Romains, dit à son tour Diodore, envoyèrent des parlementaires aux Gaulois, et ceux-ci consentirent à quitter le territoire moyennant mille livres pesant d'or, t
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Ce récit, fort simple, qui vient si bien à Tappui du premier, est autrement vraisemblable que celui de Tite-Live^ suivant lequel les Romains auraient été délivrés par une victoire du dictateur Camille, survenant à Finstant mémo où Ton posait Tor de la rançon de la ville, et où le Brenn venait de prononcer le mot célèbre : Malheur aux vaincus! Au dire de la légende consacrée par Thistorien latin, les Gaulois, vaincus dans cette première bataille, auraient été si complètement exterminés dans une seconde, que pas un seul homme n'aurait échappé pour porter la nouvelle du désastre. Quant à î'or qu'ils avaient reçu, il leur fut, bien entendu, repris avec tout leur butin.
Cette légende de Camille victorieux, reprenant rançon et butin aux ennemis, est aujourd'hui rejetée complètement par la critique ; elle n'était guère du reste acceptée par l'antiquité elle-môaie. Polybe raconte, et sans s'inscrire en faux contre leur allirmation, que les Insubres et les Boïens, voulant entraîner la tribu gauloise des Gésates dans une guerre contre Rome, rappelaient qu'ils avaient pris cette ville, c et qu'après l'avoir occupée sept mois, ils l'avaient rendue de leur plein gré et avec la reconnaissance des vaincus, et qu'ils étaient revenus sains et saufs dans leur patrie, chargés de tout leur butin, f
Enfin, dans la vie de Tibère, Suétone rapporte que c Drusus, envoyé comme propréteur en Gaule, en rapporta l'or donné autrefois aux Sénons lors du siège du Capitole, et qui ne leur avait point été repris par Camille, comme on le prétend. »
On comprend, du reste, que Rome ait cherché à se tromper elle-même sur l'immensité de sa défaite; et elle avait d'autant plus besoin de cher-
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cher à se relever à ses propres yeux, en transformant à sa plus grande gloire cette période néfaste des annales de la République, que ses revers lui furent plus d'une fois durement reprochés par ses ennemis.
Quand vers 220 av. J.-C, les ambassadeurs romains vinrent enjoindre aux Etoliens d'évacuer les villes de TAcarnanie, dont ils s'étaient emparés, les Etoliens leur répondirent avec hauteur, dit Justin, que Rome devait se souvenir qu'elle n'avait pu résister aux Gaulois, et que leur ville prise, ils ne l'avaient pas défendue avec le fer, mais rachetée avec de l'or. — Le même historien rapporte ailleurs la harangue de Mithridate à ses soldats au moment d'engager la guerre avec la République, harangue où il leur rappelait que c les Gaulois, l'éternel effroi de Rome, ayant non-seulement vaincu les Romains, mais pris leur ville, ne leur avaient laissé d'autre asile que le sommet d'une montagne, et que c'était l'or et non le fer qui les avait éloignés, i
Rome garda, du reste, un profond souvenir des désastres dont l'avait frappée le peuple qui, jusqu'à la conquête de César, fut son ennemi le plus redoutable. € Les Celtes , dit l'historien grec Appien, étaient si formidables aux Romains, que dans la loi qui accordait l'immunité du service militaire aux prêtres et aux vieillards, il était stipulé que cetto exemption cesserait lors d'une guerre contre ce peuple. Tous alors, sans exception, devaient prendre les armes. > — i Au moment où finissait la guerre de Jugurtha (104 av. J.-C), dit Salluste, Quint us Csepion et Cneius Mallius furent battus par les Gaulois (c'est-à-dire en Gaule. Voy. plus loin, ch. XXIII). Ce revers fit trembler toute l'Italie,
ear les Romains d'alors, comme ceux d'aujourd'hui, disaient que tout était facile à leur courage, mais que quand ils avaient affaire aux Gaulois, ils combattaient non pour la gloire, mais pour leur salut, t C'était cette même terreur des Gaulois qui avait fait créer à Rome un trésor spécial destiné exclusivement à la guerre contre eux ; et des exécrations publiques avaient été prononcées contre celui qui oserait y toucher pour un autre motif. César, à son retour de la conquête des Gaules, c fit briser, dit Âppien, les portes du trésor public et enleva cet argent, malgré l'opposition du tribun du peuple Métellusqui voulait s'y opposer et qu'il menaça de mort s'il persistait dans sa résistance. Il disait que la République était libérée de son serment, puisqu*il avait soumis les Gaulois et que Rome n'avait plus aucun péril à craindre de ses éternels ennemis. >
Goerm des fiaulois Gisalpios contre Rome, aianl ADoibal.
L*expédition où avait failli périr le nom romain lut le prélule d'une longue suite de guerres acharnées qui finirent par la soumission ou la destruction des tribus gauloises établies en Italie. Trente ans après la prise de Rome (360 av. J.-C.) les Gaulois s'avancèrent jusqu'à quelques lieues do la ville sans avoir rencontré un seul ennemi qui osât leur disputer le passage. Douze ans plus tard. Us recommencèrent leurs incursions. En 298^ sut
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le point d'être attaqués par les Gaulois transalpins, ils parvinrent, à force de présents et en invoquant leur communauté d'origine, à les entraîner contre Rome, traversèrent le pays des Étrusques qui s'étaient joints à eux, pillèrent et ravagèrent sans obstacle le territoire de la République. Mais le partage des dépouilles suscita entre les alliés une querelle qui dégénéra en bataille où fut détruite la plus grande partie du butin et de leur armée, c Ces querelles, dit Polybe, sont assez ordinaires aux Gaulois lorsqu'ils ont fait quelque butin, surtout quand ils se sont gorgés de vin et de nourriture, b
£n 294, réunis aux Samnites, ils firent essuyer près de Clusium une sanglante défaite aux Romains qui, au bout de quelques jours, prirent une terrible revanche. Victorieux près d'Arretium (Arezzo) dans une nouvelle invasion (285), ils ne tardèrent pas à éprouver une telle défaite que les vainqueurs s'emparèrent de tout le pays des Sénonais et envoyèrent pour la première fois sur un territoire gaulois une colonie qui, non loin de l'Adriatique, bâtit une ville nommée Sena ou Seno* gallia, du nom des habitants du pays. C'est aujourd'hui Sinigaglia.
Cette conquête amena bientôt une nouvelle guerre où les Boîens unis aux Étrusques furent battus deux années de suite et obligés de demander la paix, c De cette fatale fureur de guerre que la Fortune soufïlait aux Gaulois, dit Polybe, les Romains tirèrent deux avantages : Le premier fut que, frappés par eux de nombreux désastres, ils ne pou* valent désormais voir ou redouter rien de plus terrible que ce qu'ils avaient éprouvé ; et le second, qu'ayant soumis les Gaulois ils se trouvèrent libres de tout
empèchemeat pour disputer d'abord l'Italie à Pyr^ rhus, puis la Sioile aux Carthaginois. >
La paix dura quarante-cinq ans ; mais après ce temps, dit encore Polybe, ceux qui avaient été les témoins oculaires des malheurs de leur patrie étant sortis du nombre des vivants, ils eurent pour successeurs des jeunes gens, pleins d'une témérité passionnée, et dépourvus de Texpérience que donnent l'adversité et les malheurs de la guerre. Les Gaulois, comme c'est le propre de la nature humaine, commencèrent à se remuer et à se courroucer contre les Romains pour des motifs futiles. Ils s'allièrent aux Gaulois transalpins. Ce furent les chefs seuls, qui, bsoïb l'assentiment de la nation, se livré* rent secrètement à ces menées. Aussi lorsque l'armée des Transalpins se fût avancée jusqu'à Ariminium (Rimini), les Boîens, ayant peu de confiance en elles, se soulevèrent contre leurs chefs et contre leurs alliés. Ils massacrèrent leurs propres rois Atis et Galatus, puis en vinrent aux mains en bataille rangée. Les Romains, effrayés de l'invasion des Gaulois, avaient mis leurs troupes en campagne, mais rentrèrent chez eux, quand ils surent le désastre que leurs ennemis s'étaient infligés à euxmêmes. »
Cinq ans plus tard, les Romains décrétèrent le partage des terres du Picenum (aujourd'hui la Marche d'Ancône) dont ils avaient chassé les Séno- I nais. Cette mesure qui fut, au dire de Polybe, la principale cause de la corruption de leurs mœurs» souleva l'indignation des nations gauloises, et les 1 deux plus puissantes d'entre elles, les Insubres et Y les Bolens, se liguèrent et envoyèrent une ambassade à l'un des peuples les plus belliqueux de la
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Gaule, les Gésates, qui habitaient entre le Rhône et ^es Alpes. Les envoyés surent si bien, par leurs promesses et leurs présents, enflammer l'ardeur guerrière des Gésates que ceux-ci, auxquels se joignirent d'autres tribus transalpines, franchirent les Alpes avec 50,000 hommes de pied, 20,000 chevaux et autant de chariots. A cette nouvelle Tépouvante se répandit à Rome où Ton fit d'immenses préparatifs. Les peuples alliés ou tributaires de la République accoururent de tous les côtés grossir son armée, car cette fois il s'agissait de sauver l'Italie d'une invasion de barbares.
Les Gaulois pénétrèrent sans obstacle en Etrurie où ils firent un butin immense; ils n'étaient plus qu'à trois journées de Rome lorsqu'ils rencontrèrent les ennemis auxquels ils tuèrent six mille hommes. Mais bientôt ils se trouvèrent enfermés entre deux armées auprès de Telamon (aujourd'hui Talamone, dans la province de Sienne.) La bataille fut terrible (225 av. J.-C). f Les Insubres et les Boîens, dit Polybe^ étaient vêtus de leurs braies et d'une saie légère. Mais l'orgueil et la présomption des Gésates furent tels qu'ils se mirent tout nus au premier rang, n'ayant gardé que leurs armes, afin d'être plus agiles et de ne pas être gênés dans leurs mouvements par les buissons dont était couvert le champ de bataille et qui auraient accroché leurs vêtements. Les hurlements des soldats, le bruit de leurs innombrables cors et trompettes, répétés au loin par les échos, et la vue des soldats placés au premier rang et dont la nudité faisait ressortir la beauté et la vigueur glaçaient d'épouvante. lia avaient tous le cou et les bras ornés de colliers et de bracelets d'or* » La discipline et la supé*
riorité de Tarmement des Romains décidèrent la victoire. Quarante mille Gaulois restèrent sur le champ de bataille ; dix mille furent pris avec leur roi Concolitan. Un autre de leurs chefs, Ané« roeste, échappé au carnage, se tua aveo quelques compagnons qui Pavaient suivi dans sa fuite, pour ne pas tomber au pouvoir des vainqueurs* Les dépouilles des vaincus furent envoyées à Rome, où les drapeaux, les colliers, et les bracelets allèrent orner le capitole. — De nouveaux désastres assaillirent les Gaulois dans deux autres campagnes. Milan, la capitale des Insubres, fut emporté d'assaut et sa prise amena la fin de la guerre.
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Passage SknM à travers la Gaole et les Alpes.
La première guerre punique avait été terminée au bout de 22 ans, en 242 avant Jésus-Christ, et avait donné la Sicile aux Romains. La seconde commença en 219 et fut provoquée par la prise d'une ville espagnole^ alliée des Romains, Sagonte, dont s'empara, après huit mois de siège, le général carthaginois, Annibal, le plus grand homme de guerre de l'antiquité. Dès qu'elle fut déclarée, Annibal, qui n'avait que vingt-huit ans, se prépara à mettre à exécution le gigantesque projet qu'il avait formé de transporter le théâtre des hostilités en Italie, au cœur de la domination romaine, en tra* versant les Pyrénées^ la Gaule et les Alpes. Depuis
longtemps il avait expédié des émissaires à tous les petits rois de la Gaule, tant à ceux qui régnaient en deçà, dit Polybe , qu'à ceux qui habitaient les Alpes mêmes. Ils revinrent avec des réponses
Ânnibal.
favorables sur les dispositions des populations dont il devait traverser le territoire; mais ils ne lui dissimulèrent pas les obstades que la longueur de la route et la hauteur des montagnes devaient apporter à son entreprise.
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De son oôté^ Rome avait envoyé en Espagne des députés pour en soulever les habitants contre les Carthaginois. Forcés de quitter le pays après avoir échoué dans leur mission , ils se rendirent en Gaule et n*y reçurent pas meilleur accueil, t Là, dit Tite-Live, s'offrit à eux un spectacle aussi nouveau que terrible, quand les Gaulois arrivèrent à rassemblée tout armés, suivant leur coutume. Lors^ que nos députés exaltant la gloire, la vertu du peuple romain et la grandeur de son empire, leur demandèrent de ne pas livrer passage aux Carthaginois qui se disposaient à porter la guerre en Italie, on accueillit leur harangue avec un tel frémissement et de tels éclats de rire, que les magistrats et les anciens parvinrent à grand'peine à calmer la jeunesse; tant la demande de détourner la guerre de Fltalie pour l'attirer sur la Gaule parut sotte et impudente. Le tumulte enfin apaisé, on répondit aux députés que l'on n'avait reçu aucun service des Romains ni aucune injure des Carthaginois pour prendre les armes contre ceux-ci en faveur de ceux-là. On avait, au contraire, entendu dire que des peuples de race gauloise avaient été chassés de leur territoire et de Pltalie par les Romains qui les accablaient de tributs et d'indignes vexations. Une réponse semblable leur fut donnée dans toutes les autres assemblées de Gaulois, et ils n'entendirent de paroles pacifiques ou hospitalières qu'à Marseille, cette fidèle alliée de Rome, t
Au printemps de l'année 218 avant Jésus-Christ, tous ses préparatifs étant achevés, Annibal partit de Carthagène et commença l'expédition la plus prodigieuse dont l'histoire ait gardé le souvenir. Il traversa l'Espagne^ en soumettant, chemin faisant.
les populations hostiles» et lorsqu'il arriva au pied des Pyrénées, il avait avec lui 50,000 fantassins, 9000 cavaliers et 37 éléphants. Il ne lui restait plus que 26,000 soldats quand il entra en Italie, et c'est avec une aussi faible armée qu'il alla chercher et vaincre les Romains qui, au dire de Polybe, pou* vaient avec leurs alliés lever 700,000 hommes d'in* fanterie et 70,000 de cavalerie.
Il parvint sans trop de difficultés sur les bords du Rhône, à quatre journées de marche de l'embouchure du fleuve, qui, à cet endroit, offrait une largeur moins considérable qu'ailleurs. Il acheta l'amitié des populations riveraines, acquit d'elles des barques et des navires, et en outre fit en deux jours construire un nombre considérable de bateaux. Mais au moment où il allait embarquer ses troupes il vit sur fautre rive une multitude de barbares qui, entonnant leurs chants de guerre, poussant de longs hurlements, agitant leurs boucliers au-dessus de leurs tètes et brandissant leurs jave-* lots, se disposaient à lui disputer le passage.
Au commencement de la nuit, il fit partir, sous les ordres d'Hannon, fils du* roi Bomilcar, une partie de son armée qui remonta la rive jusqu'à environ 200 stades (37 kilomètres) et gagna une petite île située au milieu du fleuve. En peu de temps, Hannon y fabriqua assez de radeaux pour faire passer ses soldats sur l'autre rive où ils occupèrent un poste avantageux et, après un jour do repos, se disposa à exécuter le plan qui avait éto convenu.
Il s'élait avancé près des barbares quand Annibal, averti de son approche par la fumée d'un grand feu , donna le signal du passage. € Les sol-
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dats pesamment armés montèrent sur les plus grands bateaux et Tinfanterie légère sur les plus petits qui étaient placés au-dessous des premiers afin d'avoir moins à souffrir de la violence du courant. On fît suivre les chevaux à la nage, et un homme placé à l'arrière des barques en tenait par la bride trois ou quatre de chaque côté. On put ainsi en amener sur le bord un assez grand nombre à la fois. Â Tinstant où les Barbares engagèrent le combat avec les Carthaginois débarqués, ils furent pris à dos par les troupes d'Hannon qui incendièrent leur camp et les mirent bientôt en déroute complète.
Une partie des troupes d'Ânnibal était restée sur Tautre rive; le lendemain à la pointe du jour il lui fit franchir le passage devenu libre par la victoire de la veille. Ce qui lui donna le plus de peine, ce fu* rent ses 37 éléphants. On construisit d'immenses radeaux attachés les uns aux autres et dont les premiers étaient couverts do terre et de gazon afin de dissimuler aux animaux sur quel chemin ils allaient s'aventurer, et pour les décider à y arriver on fit marcher devant deux femelles qu'ils avaient l'habitude de suivre partout. Dès que les radeaux eurent quitté le rivage, les animaux pleins d'effroi et d'inquiétude commencèrent à aller de côté et d'autre, mais se voyant environnés d'eau de toutes parts, ils fmii*cnt par rester tranquilles. Néanmoins il y en eut quelques-uns qui saisis d'épouvante au milieu du trajet, se jetèrent dans le fleuve, c Mais, dit Polybc, leurs conducteurs indiens périrent seuls; car pour eux, ia longueur de leurs trompes leur permettait de la maintenir hors de l'eau et de respirer, et ils gagnèrent ainsi lô bord, i
Trois jours après, parut sur la rive que les Oare thaginois venaient de quitter une armée romaine commandée par Publius Cornélius qui, ayant dé« barque à Marseille et appris rapproche d'AnnibnU s'était immédiatement porté à sa rencontre. Le voyant hors de toute atteinte, il rebroussa chemin et se rembarqua immédiatement pour Tltalie, espérant arriver avant lui de Tautre côté des Alpes.
Annibal remonta le cours du Rhône, jusqu'au delta que forment à leur confluent le Rhône et l'Isère (dép. de la Drôme), et dont deux frères se disputaient alors la possession. Choisi pour arbitre, il donna raison à Taîné nommé Brancos^ qui par reconnaissance lui fournit les vivres, les chaussures et les vêtements dont il avait besoin, remplaça les armes brisées et hors de service, et enfin raccompagna avec ses troupes, à travers le redoutable pays des Allobroges, jusqu'au pied des Alpes.
Au bout de dix jours de marche, Annibal ayant parcouru 800 stades (148 kilom.) depuis le passage du Rhône, atteignit les montagnes que jusqu'alors des populations gauloises avaient seules traversées, et commença à les gravir; mais là de nouveaux dangers l'attendaient au milieu des tribus belliqueuses des Allobroges qui, sans Sa merveilleuse habileté , auraient certainement détruit son armée. Ils lui tendirent toutes sortes d'embûches, et profitant de leur connaissance des lieux, lui disputèrent le terrain pied à pied. Il en fit un grand carnage, prit une de leurs villes où il trouva des approvisionnements en abondance, mais soit par la difficulté des chemins, soit par les attaques des ennemis, il perdit un nombre considérable d'hommes et de bêtes. Enfin, après neuf jours de marche et de combats»
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il parvint au sommet des Alpes où il séjourna deux jours pour faire reposer ses soldats et donner aux traînards le trmps do le rejoindre. Pendant cette halte, il eut la joie de voir revenir une foule de che* vaux et de bètes de somme que Ton avait crus perdus et qui, sur la route , s'étant débarrassés de leurs fardeaux, avaient suivi les traces de l'armée.
Mais, bien qu'il n'eût plus désormais d'ennemis à combattre, les plus terribles épreuves lui étaient réservées dans la descente. On était à la fin de Pautomné et déjà la neige avait couvert le sommet des montagnes. Voyant ses soldats abattus et par le souvenir de leurs fatigues précédenteset par la penséede celles qui les attendaient, il les rassembla et comme le ût deux mille ans plus tard un autre grand capitaine, il leur montra les vastes et riches plaines arrosées par le Pô, leur dit de quelles bonnes dispositions étaient animés à leur égard les Gaulois qui les habitaient, et leur désigna au loin la direction où se trouvait Rome.
Il releva ainsi leur courage, et le lendemain il oommença la descente pendant laquelle Tescarpement des lieux et la neige lui enlevèrent presque autant d'hommes que la montée. La route était étroite, et la pente très-raide ; le soldat ne pouvait, à cause de la neige, distinguer où il mettait le pied, et quiconque s'écartait du chemin tombait dans un précipice*
Endurcies à la fatigue, les troupes supportèrent encore celles-ci, mais on arriva à une pente longue d'environ un stade et demi (277 mètres) si étroite que les éléphants et les bêtes de somme ne pouvaient y passer, et dont l'escarpement avait été encore augmenté par un récent éboulement. An-
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ni bal songea d'abord à tourner ce passage, mais la neige tomba en telle abondance qu'il dut y renoncer, f En effet, dit Polybe, la nouvelle neige qui venait s^ajouter à celle qui était restée do l'hiver précédent, étant molle à cause de sa date récente et de son peu de profondeur, cédait facilement sous les pas; mais quand elle eut été foulée, on marcha alors sur la neige ancienne qui était durcie par la gelée et résistante, et les deux pieds manquaient à la fois aux soldats, comme cela arrive à ceux qui cheminent sur un sol glissant. Puis, ceux qui tom« baient et voulaient se relever en s'aidant des ge« noux et des mains, entraînaient avec eux, à cause de la déclivité du terrain, tout ce à quoi ils s'étaient accrochés pour se retenir. Quant aux bêtes de somme, en se débattant pour se relever, elles brisaient la glace recouverte par la neige fraîche, et comme glacées elles-mêmes restaient immobiles sans pouvoir, à cause du poids de leur charge, se tirer du trou qu'elles avaient fait dans la glace. Annibal désespérant de réussir campa alors en avant du passage dont on enleva la neige; puisses soidats, à force de travail, parvinrent en un jour à pratiquer au milieu des précipices une route accessible aux chevaux et aux bêtes de somme. Il les fit avancer immédiatement, et ayant transporté son camp dans un lieu sans neige il les envoya au pâturage. Pendant ce temps les Numides se relayant tour à tour, et au prix d'un labeur infini, agrandirent assez le chemin pour que les éléphants qui étaient à moitié morts de faim pussent y passer. Alors il | descendit avec toutes ses troupes, et atteignit les 1 plaines du Pô et le territoire des Insubres, trois! jours après avoir quitté ce passage, ayant perdu ea
route une foule de soldats et de chevaux. Depuis cinq mois et demi il était parti de Carthagène et la traversée des Alpes lui avait coûté quinze jours. Son armée ne comptait plus que vingt mille fantassins, dont douze mille Africains et huit mille Espagnols, et six mille cavaliers ; ainsi l'attestait une inscrip« tion qu'il fit graver sur une colonne à Lacinium. (Aujourd'hui le cap Colonne, dans la Calabre).
Dans ce court récit nous avons surtout suivi lun des plus grands historiens de l'antiquité, Polybe, qui naquit vers 206 avant Jésus-Christ, environ onze ans après l'arrivée d'Annibal en Italie. Afin de parler avec autorité des faits qu'il avait à raconter, non content de s'en informer soigneusement auprès de ceux qui en avaient été témoins, il alla faire un périlleux voyage en Gaule et dans les Alpes pour visiter les lieux où le grand capitaine avait passé. Tite-Live , né près d'un siècle et demi plus tard (59 avant Jésus-Christ) l'a copié en divers endroits, a donné beaucoup plus de détails , et entre autres un, qui tout erroné qu'il soit, a jadis fort exercé la sagacité des savants. Il rapporte que quand les Carthaginois, lors de la descente, arrivèrent à cette arête si étroite et si raide que les éléphants ne pouvaient y passer, les soldats firent un bûcher d'arbres énormes qu'ils abattirent, y mirent le feu et versèrent sur la roche brûlante du vinaigre pour l'amollir. Aujourd'hui ce fait est rejeté comme une fable ridicule, et l'on n'hésite plus à s'en tenir au récit de Polybe qui ne dit pas un mot de cette circonstance.
Une autre question que bien des gens regardent comme insoluble a donné lieu à de nombreuses âiscu£»ions : Par quoi col Annibal a-t-i) franchi les
Alpos?La plus grande incertitude régnait à'^cet égard du temps même de Tite-Live qui s'en étonnait avec raison. Chez les modernes, on a proposé tour à tour le grand et le petit Saint-Bernard, le Saint-Gothard, le col Lacroix, le Mont-Genèvre et le Mont-Cenis, etc. C'est ce dernier passage qui semble^ rait réunir en sa faveur le plus de probabilités.
Les Gauliûs Cisalpins pendant la perre d'innibaL
A peine la nouvelle de la marche des Carthaginois à travers, la Gaule se fut-elle répandue en Italie, que les Boîens nouvellement soumis et les Insubres se soulevèrent, assiégèrent Mutine (Mo^ dène) et détruisirent dans une forêt la plus grande partie d'une armée romaine commandée par Lucius Manlius. Quand Annibal descendu des Alpes eût refait son armée il attaqua et soumit les habitants du territoire de Thurinum (Turin) qui étaient en guerre avec les Insubres. La victoire qu'il r^n* porta sur Scipion dans la plaine qui longe le Tes«» sin, fît accourir sous ses drapeaux les Gaulois du voisinage, et, à lenr exemple, ceux qui servaient comme auxiliaires dans l'armée du consul ne tar^* dèrent pas à trahir les Romains, alors campés prèd de Plaisance. A la pointe du jour, ils sortirent de leurs tentes au nombre de deux mille fantasskis et environ deux cents cavaliers, se jetèrent sur le» troupes (romaines les plus proches, tuèrent et blés*
seront un grand nombre de soldats , et apportèrent aux Carthaginois les têtes des morts. Annibal leur fit un excellent accueil, les combla de louanges et de promesses, et les renvoya chez eux pour qu'ils entraînassent leurs concitoyens dans son parti. C'est ce qui ne manqua pas d'arriver, et à la bataille de la Trebia où il fit éprouver au consul Sempronius une défaite complète, ses auxiliaires gaulois qui y essuyèrent de grandes pertes, étaient déjà fort nombreux. Pourtant il se méfiait tellement de ses nouveaux alliés que, pour mettre sa vie à l'abri d'une trahison, t il eut recours, dit Polybe, à une ruse tout à fait carthaginoise. Il se fit faire des perruques qui convenaient à des hommes d'âges différents, les mettait tour à tour et changeait aussi souvent d'habits. Ces déguisements lui réussirent si bien que non-seulement il était méconnaissable aux yeux de ceux qui ne le voyaient qu'en passant, mais que ses familiers eux-mêmes avaient peine à le reconnaître. »
Cependant les Gaulois cisalpins avaient hâte de voir la guerre transportée hors de leur pays; et cédant à leurs réclamations Annibal^ pour aller chercher le consul Flaminius, exécuta à travers les marais de l'Ëtrurie, au printemps dé l'année 217 av. J.-C, une marche où pendant quatre jours et quatre nuits les soldats eurent les pieds dans l'eau sans pouvoir prendre un instant de sommeil. Se méfiant de la constance des Gaulois, il les avait places au milieu de son armée, avant la cavalerie qui avait ordre de les faire avancer de gré ou de force ; précaution qui ne fut pas inutile. Lui-même, monté sur le seul éléphant qui lui restait, fut atteint é*ime ophtalmie qui lui fit perdre l'œil gauche.
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Quelque temps après il gagna la victoire de Tra» Bimène où Flaminius périt de la main d'un Gaulois. Il resta sur le champ de bataille quinze mille Ro*mains et quinze cents seulement de Tarmée carthaginoise. La plupart de ceux-ci étaient gaulois. A la bataille de Cannes (216 av. J.-C.)où 50, 000 Carthaginois exterminèrent presque complètement Tarmée de Varron qui comptait plus de 86,000 hommes, il périt du côté des vainqueurs 4,000 Gaulois et seu* lement 1500 Espagnols ou Africains. Cette disproportion s'explique par l'infériorité des armes des Gaulois, leur ardeur et l'habitude à laquelle ils.nV valent pas renoncé de combattre nus. — Au même moment une armée que commandait un préteur fut tout entière taillée en pièces par les Gaulois dans la Cisalpine.
Onze ans après l'arrivée d'Annibal (207 av. J.-C), les Carthaginois, sous la conduite de son frère Asdrubal, passèrent pour la seconde et dernière fois d'Espagne en Italie, mais ils ne rencontrèrent aucun des obstacles qui avaient rendu la première expédition si pénible et si périlleuse, en Gaule et dans les Alpes, c Les Arvernes d'abord, dit Tite- Live, puis les autres peuples de la Gaule et des Alpes non-seulement l'accueillirent mais se joignirent à lui. Les routes suivies par son frère et alors infranchissables étaient devenues praticables par douze ans de communications continuelles qui avaient adouci la sauvagerie des habitants. Auparavant sans rapports avec les autres peuples, n'ayant jamais vu l'étranger dans leur pays, ils étaient hostiles à tout le genre humain. D'abord, ignorant le but d'Annibal, ils avaient cru qu'il voulait s'emparer de leurs rochers et de leurs forteresses et enlever les tix)Ui*
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peaux et les hommes. Mais le bruit de la guerre allumée depuis douze ans en Italie leur avait assez appris que les Alpes n^étaient qu'un passage et que des villes séparées par une vaste étendue de mers et de continents se disputaient la puissance et Tem* pire. » La campagne d'Asdrubal, qui avait emmené à sa suite des milliers de Gaulois, se termina par la célèbre bataille livrée sur les bords du Métaure où son armée fut anéantie et où il périt lui-même les armes à la main.
Ce ne fut pas la dernière fois que les populations gauloises prirent part à la guerre. En 205 av.J.*C., un autre frère d'Annibal, Magon, débarqua à Gènes à la tète de 14,000 hommes, et, grâce aux secours que les populations gauloises lui donnèrent, il putpé* nétrer dans la Gaule cispadane, et, pendant deux ans, y tenir tète aux Romains. Il ne quitta l'Italie que rappelé en Afrique par le gouvernement de Carthage.
Ajoutons qu'à la bataille de Zama (200 av. J.-C.) qui termina la seconde guerre punique, le tiers de l'armée d'Annibal qui y fut vaincue par Scipion était composé de Gaulois.
fiaerres des ftomains dans la Gaule Transalpine aianl César
Ce fut Tan 155 av. J.-C. que Rome commença à porter ses armes dans la Gaule transalpine. Marseille, sa fidèle alliée, assiégée par les peu-
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plades des Oxybiens et des Décéates, (territoire de Fréjus, dép. du Var) ayant réclamé son secours, elle envoya aux assiégeants trois ambas-" sadeurs. Un seul, Flaminius, ayant pu débarquer, fut assailli par les Ligures qui pillèrent ses bagages, tuèrent deux de ses gens, le blessèrent luimême et le forcèrent de se réfugier en toute hâte sur son navire. Il ne tarda pas à être vengé. Une armée commandée par Popilius pénétra par terre dans leur pays, prit d'assaut la ville d'Egitra dont les habitants furent réduits en esclavage, et défit dans deux combats les Oxybiens et les Décéates auxquels il imposa de rudes conditions de paix. Ils durent céder une partie de leur territoire qui fut donnée aux Marseillais.
De nouvelles plaintes de ceux-ci contre les Salyens ramenèrent les Romains en Gaule, Tan 125 av. J.-C, et cette fois ils y prirent pied pour toujours. Les Salyens furent vaincus, leur territoire conquis, et le consul 0. Sextius Calvinus, près d'un endroit où il avait remporté une victoire considérable et où se trouvaient de nombreuses sources froides et chaudes, bâtit une ville à laquelle il donna son nom AquseSextiœ (Aix), la première que Rome ait fondée au delà des Alpes.
Le roi des Salyens, Teutomal, s'était réfugié chez les Allobroges. Il fut redemandé par le consul romain Domitius iBnobarbus qui, sur le refus de le lui livrer, leur déclara la guerre et leur tua 20,000 hommes vers le confluent du Rhône et de la Sorgues (122 av. J.-C). Au moment où il allait pénétrer sur leur territoire se présenta à lui un ambassadeur du roi des Arvernes, Bituit (Bititus, Bitulius ou Betultus) leur allié , qui venait intercéder et bien inuti*
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lement pour le roi salyen : c L'ambassadeur, dit Appien, était somptueusement équipé, accompagné U'une escorte parée comme lui et d'une troupe de chiens ; car dans ce pays les chiens tiennent lieu de gardes. A sa suite, se trouvait un poète, qui, dans un chant barbare , célébrait les louanges du roi Bituit, des Allobroges et de l'ambassadeur, vantant kur noblesse, leurs vertus et leur puissance, i
Les Arvernes étaient alors un des peuples les plus puissants de la Gaule. Maîtres de l'Auvergne à laquelle ils ont donné leur nom, leur domination s'étendait des bords du Rhône aux Pyrénées et à rOcéan. Leurs rois possédaient des richesses dont peut donner une idée le fait suivant que, d'après Posidonius, Athénée raconte de Louern ou Luern, que l'on dit père de Bituit. c Pour gagner l'affection de son peuple, dit-il, il avait l'habitude de parcourir le pays, monté sur un char et jetant l'or et l'argent à la foule des Celtes qui se pressaient autour de lui. Une fois, dans une enceinte carrée de 12 stades (2420 mètres), il fît placer des cuves remplies d'une boisson exquise et de tels amas de provisions que, pendant un grand nombre de jours, tous ceux qui voulaient entrer trouvaient à s'y désaltérer et à s'y rassasier, i — Une autre fois, un poète étant arriva après un festin donné par Luern , il se pré« senta devant lui, en chantant ses louanges et ses vertus , mais en se lamentant sur sa mauvaise chance qui l'avait fait arriver si tard. Luern, charmé de son chant, demanda une bourse pleine d'or et la jeta au poète qui courait à côté de son char. Le poète la ramassa et entonna un nouveau chant où il disait que sur la terre foulée par son char, les hommes récoltaient l'or et les bienfaits.
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Un autre peuple puissant de la Gaule, les Edues dont le territoire s'étendait entre la Saône et la Loire» rendit aux Romains le même service que le49 Marseillais. Il s'allia aveo eux, en reçut le titre de frères et, attaqué par les Allobroges et les Arvernes , il implora l'assistance de la république qui ne lui fit pas défaut. Les armées romaine, et gauloise se rencontrèrent au confluent do la Sorgues et du Rhône. Les éléphants du consul Domitius .^Inobarbus épouvantèrent les Gaulois qui^ battus, perdirent 20,000 hommes et 3,000 prisonniers (121 av. J.-O.) Les vaincus ne déposèrent pas les armes et Bituit, rassemblant toutes ses forces, vint au* devant du consul Fabius avec une armée que les historiens latins font monter à 200,000 hommes. Fabius n'en avait que 30,000, et Fhistorien Paul Orose raconte que le roi arveme, voyant le petit nombre des Romains, s'écria : c qu'il n'y avait pas là un repas pour ses chiens, t La bataille se livra le 10 août 121 av. J.-C, au confluent de l'Isère et du Rhône. La défaite des Gaulois fut complète et tout ce qui ne périt pas dans le Rhône fut massacré ou pris. Bituit, qui avait échappé au carnage, se résolut à demander la paix et s'adressa au collègue de son vainqueur, Domitius, qui l'invita à venir le trouver et paya sa confiance de la plus noire perfidie, c II Tattira chez lui, dit Valère Maxime, sous prétexte d'un entretien, le reçut sous la foi de l'hospitalité, puis le chargea de chaînes et l'envoya à Rome. Le Sénat ne voulut ni approuver ni annuler le fait, craignant que, de retour dans son pays, Bituit ne recommençât la guerre ; il le relégua en prison à Albe ; t et le pauvre roi figura au triomphe de son vainqueur tel qu'il
ET LES QAULOIS
avait combattu , couvert d'armeâ de diverses couleurs et monté sur un char d'argent.
t Un fait, dit Florus, permet de juger quelle joie avaient causée ces victoires* Domitius ^nôbarbus et Fabius Maximus élevèrent sur les champs de
' MaisoD carrée h Nlmos.
bataille des tours de pierre, sur lesquelles ils érigèrent des trophées ornés des armes des ennemis. Jamais auparavant le peuple romain n'avait insulté à la défaite des nations dont il avait triomphé, t
Des peuples vaincus, les AUobroges et les Salyens turent les seuls que la République mit au nombre
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de ses sujets, et leur territoire, que d'autres conquêtes agrandirent plus tard, prit le nom de Province romaine. La première colonie romaine fut fondée : à Narbonne Tan 118 av. J.-C, parle consul Q. Marcius. Cette ville, qui atteignit bientôt un haut degré de prospérité, devint, suivant l'expression de Ci-
▲mphithéàtr» do NIme8«
céron, la sentinelle du peuple romain et son rempart contre les populations gauloises.
Cette même année 118 av. J.-C, le même consul- Q. Marcius attaqua une peuplade de Gaulois indépendants qui habitait au pied des Alpes, c Les malheureux, se voyant entourés de tous côtés par les Romains, dit Paul Orose, et comprenant qu'ils suc-
comberalent dans une lutte inégale, massacrèrent leurs femmes et leurs enfants et se jetèrent dans les flammes. Ceux qui étaient déjà tombés au pouvoir de Tennemi^ mirent fin à leurs jours en se poignardant, en se pendant, ou en ae privant do nourriture. Et de tout ce peuple, il n'y en eut pas un, si petit qu'il fût, qui par amour de la vie pût se résigner à la servitude, t
Quelques années auparavant les Vole» Arecomici étaient devenus les alliés des Romains. Quand Auguste (16 av. J,-C.) y eut envoyé une colonie de vétérans, leur capitale Nîmes {Nemetmag, NemàU' sus) parvint à un haut degré de splendeur qu'attes* tent encore aujourd'lrui de magnifiques monuments et entre autres TAmphithéâtre et la Maison carrée (Voy. p. 85 et 86.)
Les Cimbres et les Teolons en Gaule. — Leurs premières licloires.
f Rome, dit Tacite, avait déjà six cent quarante années d'existence quand le bruit des armes des Gimbres résonna pour la première fois, t Vers 113 av. J.-C. , les hordes barbares parties de la presqu'île du Jutland, et auxquelles se joignirent d'autres hordes germaniques, que les écrivains de l'antiquité désignent sous le nom de Teutons, «'avancèrent vers le Danube. Repoussées par les
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Boîes, (Gaulois habitant la Bohème)/ elles ixiiu*cfaèrent sur Tltalie. Après avoir battu le consul Pa«pirius Caiix) près de Noreia (Carinthie) et ravagé rillyrie pendant trois ans, elles passèrent dansTHel» vétie. c Les Helvètes, dit Strabon, étaient un peuple riche et paisible, mais voyant que leur propre ri* chesse était bien inférieure à celle que les Cimbres s'étaient procurée par le pillage, ils en furent telles ment jaloux, surtout les Tigurini (Canton de Zurich) et les Toygeni (Cantons de Zug et des Waldstœtten) qu'ils s'associèrent à leurs expéditions, i
Les Cimbres étaient au nombre de trois cent mille combattants et traînaient après eux leurs femmes et leurs enfants, c II y avait en outre dans leur armée, dit Strabon, des prêtresses qui prédisaient l'avenir. Ces prêtresses, en cheveux blancs, et habillées de blanc, portaient des manteaux de carpasus (lin très-fin), relevés avec des agrafes et une ceinture de cuivre. Elles marchaient pieds nus, et après un combat, venaient, Tépée à la main, audevant des prisonniers* Après les avoir couronnés, elles les menaient à un bassin qui pouvait contenir vingt amphores^ et où elles montaient à l'aide d'un marche-pied; elles y élevaient chaque prisonnier jusqu'aux bords, lui coupaient la gorge, et tiraient des présages de la manière dont le sang coulait dans le bassin : d'autres prêtresses ouvraient» le cadavre, en examinaient les entrailles et annonçaient la victoire à leur armée. Dans les combats, elles frappaient les peaux tendues autour de la banne des chariots; ce qui produisait on bruit horrible, t
En 110 av. J.-G. , trois ans après leur victoire sur Papirius Carbo, on retrouve les Cimbres dans
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la Gauld en face du consul Silanus. c Avant d*en venir aux mains, ils envoyèrent à lui et au Sénat, dit Florus» des députés demandant que le peuple de Mars leur donnât quelques terres, à titre de solde, et qu'il employât, du reste, comme il vou* drait, leurs bras et lem-s armes. Mais quelles terres pouvait leur donner le peuple romain chez qui les lois agraires allaient exciter la guerre civile? t Leur demande ayant été repoussée, ils livrèrent bataille à Silanus qui fut complètement battu et dont la défaite fut le prélude d'effroyables malheurs.
Deux ans plus tard, en 108, le consul Lucius Cassius, ayant attaqué les Tigurins près de l'Océan, fut tué dans une embuscade ainsi que Tun de ses lieutenants, Lucius Piso. Son autre lieutenant, C. Popilius, ne put éviter la destruction du reste de l'armée qu'en concluant avec le général ennemi, Divicon, un traité honteux, Il lui livra des otages et la moitié des bagages de ses soldats qui, pour obtenir la vie sauve, durent tous passer bous le joug.
L'or de Toulouse. — Désastre de Cœpion.
Pendant leur séjour en Gaule, les Cimbres y cherchèrent des ennemis aux Romains, et ils parvinrent à entraîner dans leur alliance les Gaulois Tectosages qui avaient pour capitale Toulouse (Tolossa), une des plus opulentes cités de la Gaule,
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et OÙ étaient accumulées d'immenses richesses, f Comme la contrée abondait en mines d*or, dit 8trabon, et que les habitants étaient à la fois trèssuperstitieux et très-simples dans leur manière de vivre, il s'y était formé des trésors sur différents points. Les lacs ou étangs sacrés surtout offraient des asiles sûrs où Ton jetait Tor et l'argent en lingots, t La ville possédait un temple dédié à Belen (identifié à Apollon par les Romains) et qui était un objet de vénération pour une partie de la Gaule. Les offrandes en métaux précieux y affluaient de toutes parts, et la piété des populations préservait de toute atteinte ces richesses accumulées pendant des siècles.
Les Tectosages s'étaient bon gré, mal gré, faits les alliés et les fédérés des Romains qui, à ce titre, entretenaient une garnison dans leur ville. Séduits par les promesses des Gimbres et Fespérance de s'affranchir, ils la désarmèrent et la jetèrent en prison ; mais avant qu'ils eussent pu recevoir du secours de leurs nouveaux alliés, des habitants introduisirent la nuit dans leurs murs les troupes romaines commandées par le consul Csepion. La ville fut prise; le temple pillé, ainsi que les trésors jetés dans les étangs sacrés (106 av. J.-C). La somme des richesses qui y furent trouvées en lingots d'or et d'argent représentait, au dire de Posidonius, une valeur de 15,000 talents (environ 83 millions de francs). Mais, dit Dion Gassius , ces richesses ne profitèrent guère au trésor public de Rome. En effet CsBpion, sous prétexte de les mettre en sûreté, les expédia à Marseille, puis pendant ce long trajet, il fit massacrer l'escorte qui accompagnait le convoi et se les appropria complètement.
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Plus tard, devenus possesseurs tranquilles du pays, les Romains vendirent les étangs sacrés au profit du domaine public, et c aujourd'hui encore, dit Strabon, les acquéreurs y trouvent des lingots d'argent battu, ayant la forme de pierres meulières. »
Les Barbares ne lurent pas longtemps sans faire porter à Gsepion la peine de son crime. Continué dans son commandement comme proconsul, il fut rejoint avec une armée (105av. J.-C.)par Tun des nouveaux consuls, Gneius Maliius. La mésintelligence se mit entre eux, et battus une première fois; les Romains dans une seconde rencontre essuyèrent une épouvantable défaite. Leurs camps furent forcés. Les deux fils du consul, 80,000 Romains ou alliés, 40,000 valets et vivandiers, restèrent sur le champ de bataille, et c à peine dix hommes, dit Orose, purent s'échapper pour aller annoncer cette fatale nouvelle. Les Barbares, possesseurs des deux camps et d'un immense butin^ vouèrent à la destruction tout ce qu'ils avaient pris, par une nouvelle et insolite exécration. Les habits furent déchirés et dispersés; l'or et l'argent jetés dans le Rhône, les cuirasses brisées, les colliers des chevaux mis en pièces, les chevaux eux-mêmes noyés, les hommes pendus aux arbres, de sorte qu'il n'y eut ni butin pour le vainqueur, ni pitié pour le vaincu. >
Quatre peuples avaient pris part à cette victoire : les Cimbres, les Teutons, les Tigurins et les Ambrons. A ces derniers, suivant Plutarque, revint le principal honneur du triomphe.
Au nombre des dix hommes échappés au carnage te trouvaient le jeune Sertorius qui joua plus tard
un si grand rôle dans la guerre civile, en Espagne, et Csepion. Celui-ci, dont la témérité avait causé la perte de l'armée, fut condamné par le peuple et vit ses biens confisqués. Dix ans plus tard, une nouvelle accusation au sujet de ses vols ayant été dirigée contre lui, il fut chassé du sénat, exilé, et alla probablement mourir en Asie. Un châtiment infâme frappa ses filles qui périrent misérablement. Le malheur s'acharna sur tous les complices de ses crimes et donna lieu à un proverbe qui eut cours longtemps en Itahe : Il a de l'or de Toulouse, disait-on d'un coupable atteint par la vengeance publique.
A un conseil tenu après leur victoire, les Barbares firent amener un lieutenant du consul Mal- 11 us, Aurelius Scaurus, qui avait été défait et pris dans un premier combat. Interrogé par eux^ il leur déclara que, s ils franchissaient les Alpes, Tltalie serait leur tombeau et que les Romains étaient in« vincibles. Cette hardiesse mit dans une telle colère le jeune roi Boîorix qu'il se précipita sur lui et le perça de son épée.
ExlermmatioD des Ambrons et des Teutons par larios.
A la nouvelle du désastre de Cœpion, c la terreur, dit Eutrope, fut aussi vive à Rome que du temps d'Annibal, et l'on craignit d'y voir apparaître une seconde fois les Gaulois. > Heureusement
|Kmr la République que les vainqueurs, au lieu de pénétrer en Italie, tournèrent leurs armes d'un autre o6té. Les Teutons se mirent à parcourir l'intérieur de la Gaule ; les Cimbres dévastèrent toute la région située entre le Rhône et les Pyrénées, puis passèrent en Espagne. Chassés au bout de deux ans par les Geltibères, ils revinrent joindre les Teutons en Gaule, où ils ne furent arrêtés dans leurs ravages que par les Belges qui les empêchèrent de franchir leurs frontières. Ce que notre malheureux pays eut alors à souffrir de ces hordes sauvages, rien ne peut mieux le peindre qu'une affreuse particularité rapportée par TArverne Critognat dans un discours qu'il prononça à Alésia assiégé et affamé par César : c Nous devons faire, dit-il, ce que firent nos ancêtres, dans la guerre bien moins terrible qu'ils soutinrent contre les Cimbres et les Teutons. Renfermés dans leurs oppida et en proie comme nous à la famine, ils prolongèrent leur vie en se nourrissant de la chair de ceux que leur âge rendait inutiles à la guerre, et ne se livrèrent pas aux ennemis, t
Décidés enfin à franchir les Alpes, les Barbares se séparèrent de nouveau après avoir concerté leur plan d'invasion. Les Cimbres gagnèrent, par le Norique ^avière et Autriche), l'Italie où les Ambrons réunis aux Teutons, devaient de leur côté parvenir par la Ligurie, en suivant le bord de la mer ; mais il fallait auparavant écraser l'armée que la République avait envoyée dans la Province Romaine avec son plus grand général Caius Marins, et qui campait au confluent de l'Isère et du Rhône. - Les Barbares ne partirent pas tous pour la Province et l'Italie. Ils laissèrent en deçà du Rhin, à
la garde des bagages et du butin qu'ils ne pouvaient emporter, un corps de six mille hommes qui, après Textermination de leurs compatriotes, eurent avec
leurs voisins pendant ^j-5^^^ plusieurs années, des
/:;::JlC^'^ '^t' ^^^ guerres tantôt offensi-
" ves, tantôt défensives.
Enfin, ayant fait la paix, ils s'établirent dans le pays de Namur, et là formèrent le noyau d'un peuple assez considérable que Ton retrouve sous le nom d'Aduatici au temps de César qu'ils combattirent, et qui, comme nous le verrons ^"*''^'' plus loin , après s'être
emparé de leur ville, en fit vendre 53,000 à l'encan. Les Ambro-Teutons ne tardèrent pas à se trouver en face des Romains, c Ils se présentèrent à eux, dit Plutarque, en nombre immense, ayant un aspect terrible, différents des autres hommes par la voix et les cris. Campés dans une grande plaine, ils provoquèrent Marins au combat. Le consul , sans s'émouvoir de leurs défis, retint ses troupes enfermées dans les retranchements , gourmandant âprement ceux qui demandaient le combat, les appelant traîtres à la patrie et leur disant qu'il ne s'agissait pas ici de combattre pour gagner un triomphe et des trophées, mais de sauver l'Italie en dissipant ce nuage et cet orage de guerre. Il faisait ces remontrances en particulier aux tribuns militaires et aux autres officiers; quant aux soldats, il
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les envoyait tour à tour stationner sur les retranchements pour contempler les ennemis et s'habituer à leur aspect, à leurs cris de guerre, à leurs évolutions et à leurs armes. Cette précaution eut un succès complet, et bientôt les soldats revinrent de leur première terreur. Irrités par les menaces et la jactance des ennemis, et par la vue des ravages qu'ils exerçaient autour d'eux, ils se plaignirent vivement à Marius de la défiance qu'il avait de leur valeur; mais rien ne put ébranler sa résolution de combattre à son jour et à son heure. Enfm les Barbares, voyant qu'ils ne pouvaient l'attirer hors de son camp, allèrent l'y assaillir; ils furent tellement accablés de traits qu'ils se retirèrent avec perte. Décidés alors à gagner l'Italie , ils se mirent en route et passèrent devant les Romains. C'est là qu'on put juger de leur multitude. Leur défilé dura six jours entiers; et en s'approchant des retranchements, ils demandaient ironiquement aux soldats s'ils avaient quelque nouvelle à mander à leurs femmes, car bientôt ils seraient auprès d'elles.
Marius partit à son tour et les suivit de près, ayant soin chaque soir de choisir un emplacement où il pût rester la nuit en toute sécurité. Quand il arriva près d'Aix, il campa dans un lieu fortifie naturellement, mais dépourvu d'eau. Sur les plaintes de ses soldats que dévorait la soif, il leur répondit, en leur montrant la rivière (l'Arc) qui coulait près des Barbares, qu'il fallait acheter l'eau avec le sang, et qu'avant de les mener à l'ennemi il était nécessaire de fortifier le camp. Les soldats obéirent; les valets de l'armée n'ayant à boire ni pour eux ni pour leurs bêtes se réunirent en
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grosse troupe et s'approchèrent du ffeuve avec des vases et armés les uns de cognées, les autres de haches^ d'épées et de lances. La plupart des Barbares s'étaient mis à tabte. au sortir du bain, les autres se baignaient encore dans les sources d'eau chaude fort abondantes en cet endroit. Au premier bruit, on vit accourir les Ambrons que, ce jour-là, la bonne chère et le vin avaient excités plus que de coutume. Au nombre de trente mille ils s'avancèrent contre les Romains avec ordre, sans pousser de clameurs confuses, mais faisant résonner leurs armes en mesure ils marchaient d*un pas cadencé, et pour s'animer répétaient à chaque instant leur nom Ambrons^ Ambrons.
Marius, voyant qu'il ne pouvait plus retenir ses troupes, fît avancer en première ligne les Ligures, qui, dès qu'ils eurent entendu le cri des ennemis, y répondirent par le même cri Afnbrons, disant que c'était le nom de leur nation. (Suétone en efîet mentionne des Ambrons établis probablement en Ligurie.) Alors, avant qu*on en vînt aux mains, le même cri fut répété des deux côtés, chaque armée s'efTorçant d'étouffer les clameurs de l'autre, et s'a* nimant par ses vociférations. Les Ambrons avaient la rivière à traverser et avant qu'ils pussent se remettre en bataille sur le rivage, les Ligures, puis le reste de l'armée romaine les chargèrent avec tant de vigueur qu'ils les mirent en pleine déroute. Le carnage fut affreux ; ceux qui regagnèrent l'autre bord ne purent se rallier et furent poussés jusqu'à leur camp; mais là les Romains trouvèrent un ennemi auquel ils ne s'attendaient pas. Les femmes des Ambrons sortirent avec des épées et des haches, poussant des hurlements jde
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rage et de douleur^ et frappjBint indistinctement poursuivis et poursuivants, elles cherchaient à arracher aux vainqueurs leurs boucliers et leurs épées, et se laissaient tuer plutôt que de lâcher prisé.
Le combat finit avec le jour. Les Romains, retirés dans leur camp qui n'était pas fortifié, loin de songer, dit Plutarque, à célébrer leur succès par des chants de triomphe et de victoire, passèrent la nuit dans les angoisses et sans pouvoir prendre un instant de repos. De leur camp que rien ne protégeait contre une attaque^ c ils entendaient les Ambrons échappés au combat pousser des clameurs et des gémissements qui ressemblaient moins à des cris humains qu'à des hurlements de bètes sauvages, et ce concert de lamentations et de menaces, répété par les échos d'alentour frappait de terreur et d'anxiété et les soldats et Marins lui-même qui redoutait le désordre et le tumulte d'un combat nocturne. » Cependant les Barbares ne tentèrent aucune attaque cette nuit ni le lendemain, et ne firent autre chose que de se préparer à une nouvelle ba<» taille.
Elle s'engagea le jour suivant. Grâce aux habiles dispositions du général romain, elle ne fut pas un instant douteuse. Suivant Plutarque, cent mille Ambrons ou Teutons furent tués ou pris. Leurs chariots, leurs tentes, leurs bagages tombèrent au pouvoir des vainqueurs qui, d'une voix unanime, les donnèrent à Marius. Mais le consul fit vendre le butin à vil prix pour que chaque soldat pût en avoir sa part. Il réserva seulement les plus belles armes pour en orner son triomphe; le reste fut amoncelé sur un vaste bûcher auquel lui-même mit le feu. (102 av. J.-G.)
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Bien peu des Âmbro-Teutons purent s'échapper Plusieurs de leurs rois et entre autres, Tun d'eux nommé Teutoboçhus, qui avaient pu gagner les montagnes, y furent pris par les Séquanais et livrés aux Romains.
En mémoire de son triomphe, Marius bâtit sur une montagne auprès d'Aix un temple à la Victoire, temple que les chrétiens remplacèrent par une église dédiée à sainte Victoire. Le champ de bataille sur lequel fut élevée une pyramide, fertilisé par les milliers de cadavres que Ton y avait ensevelis, prit le nom de Champ-pourri. C'est aujourd'hui le village de Fourrières ; et pendant longtemps ce furent des ossements humains qui servirent aux habitants à enclore leurs vignes.
Quant aux Cinibres qui étaient parvenus en Italie, ils furent Tannée suivante (101 av. J.-C.) exterminés dans les plaines de Verceil par Marius et son collègue Catulus.
Conquèle de la Gaule par César,
(58-51 av. J.-G.)