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Fil8 de Drusns, neveu de Tibère

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vaines prétentions Tesprit grossier et crédule du soldat. « Le temps était venu, pour les vétérans, de hâter leur congé; pour les jeunes soldats, d'exiger une plus forte paye; pour tous, d'obtenir un terme à leur misère et de punir la cruauté des centurions, »

« Et le lieutenant ne s'opposait à rien, car leiir nombre et leur rage lui ôtaient toute sa fermeté. Tout à coup, ces furieux se jettent, l'épée à la main, sur les centurions, de tout temps l'objet de la haine du soldat et ses premières victimes ; ils les renversent, les chargent de coups, se réunissent soixante contre un seul, puis ils les déchirent, les mettent en pièces et les jettent, morts la plupart, devant les retranchements ou dans le Rhin.

« Cependant Germanicus reçoit la nouvelle de la mort d'Auguste. Il avait épousé sa petite-fille Agrippine, dont il avait plusiem^s enfants. Il était fils de Drusus, neveu de Tibère, et petit-fils d'Auguste; mais ces titres ne le rassuraient pas contre la haine secrète de son oncle et de son aïeule (Livie), haine d'autant plus ardente qu'elle était injuste. La mémoire de Drusus était grande auprès des Romains, et l'on croyait que, s'il fût parvenu à l'empire, il eût rétabli la liberté. Le jeune César avait l'esprit populaire et des manières affables qui contrastaient merveilleusement avec l'air et le langage de Tibère, si hautains et si mystérieux.

« Mais plus Germanicus pouvait prétendre au rang suprême, plus il s'efforçait d'y affermir Tibère. Il lui lit d'abord prêter serment par les cités les plus voisi-

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nés, celles des Séquanes et des Belges. Puis, apprenant la révolte des légions, U part en diligence. Il rencontre à quelque distance du camp les soldats^ dont les regards baissés vers la terre semblaient annoncer le repentir. Dès qu'il est entré dans l'enceinte, des murmures confus- commencent à s'élever, quelques-uns lui prennent la main comme pour la baber, et, mettant ses doigts dans leur bouche, lui font toucher leurs gencives dépouillées de leurs dents; d'autres lui montrent leurs corps courbés par la vieillesse. Tout le monde était assemblé pêle-mêle; il leur ordonne de se former par compagnies; qu'ils entendront mieux sa réponse; de prendre les drapeaux, qu'au moins il distinguera les cohortes. On qbéit, mais lentement. Alors, commençant par l'éloge d'Auguste, il passe aux victokes et aux triomphes de Tibère; il exalte surtout les belles campagnes de son oncle dans cette même Germanie, avec ces mêmes légions; il leur peint l'Italie unanime, les Gaules fidèles, partout la concorde ou la soumission.

c Ces paroles furent entendues en silence, ou tout au plus avec un faible murmure. Mais lorsque, venant à la sédition, il leur demanda ce qu'était devenue la subordination militaire, où était le respect de l'ancienne discipline, ce qu'ils avaient fait de leurs tribuns, de leurs centurions, alors, se dépouillant tous à la fois, ils lui montrent les cicatrices de leurs blessures, les traces des coups de verges; puis, avec des clameurs confuses, ils se plaignent de la cherté des exemptions, de la modicité de la solde, de la dureté des travaux, les spécifiant tous par leurs noms : fossés,

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retranchements, transports de fourrage, de bois et de matériaux, enfin tous les ouvrages qu'on ordonne pour les besoins du service ou contre l'oisiveté des

Légionnairei des cantonnement» da Rhin.

camps. Les vétérans surtout, ceux qui comptaient trente ans de service ou au delà, criaient avec le plus d'emportement qu'on soulageât leurs maux; que la

mort ne fût point le terme de travaux aussi pénibles; qu'ils obtinssent du moins pour leurs derniers jours le repos et la subsistance. Il y en eut aussi qui réclamèrent le legs d'Auguste, en ajoutant des vœia pour Germanicus, et l'offre de leurs bras, s'il voulait rempire. A ce mot, comme s'il se fût cru souillé d'un crime, Germanicus s'élance de son tribunal et veut s'éloigner. Les soldats lui présentent la pointe de leurs armes et le menacent s'il ne remonte ; mais lui, criant qu'il mourra plutôt que de trahir sa foi, tire son épée, et il allait se l'enfoncer dans la poitrine, si ceux qui l'entouraient n'eussent saisi sa main avec force. Il y eut un moment de relâche dont les amis de Germanicus profitèrent pour l'entraîner dans sa tente.

« Là, on tint conseil sur le choix des remèdes : on annonçait en effet que les séditieux préparaient une députation pour attirer dans leur parti l'armée du Haut-Rhin, qu'ils projetaient de saccager la ville des Ubiens, et que, les mains une fois souillées de celte proie, ils se jetteraient sur les Gaules et y porteraient le ravage. Enfin, après avoir balancé toutes les raisons, on prit le parti de supposer une lettre de Tibère, laquelle accordait aux soldats le congé absolu après vingt ans, la vétérance après seize, à condition de rester sous le drapeau, sans autre devoir que de repousser l'ennemi; quant au legs d'Auguste, qu'ils avaient réclamé, il serait payé et porté au double.

« Le soldat comprit que c'était une ruse pour gagner du temps et demanda à être satisfait sur-le-champ.

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Les tribuns se hâtent de donner les congés ; pour les largesses, on les remettait aux quartiers d'hiver. Mais la cinquième légion et la yingt et unième ne

Cavolicr du premier tiftole. -^ D'oprù* on baf-relief da Loavre.

se retirèrent qu'après avoir été payées, dans ce même camp d*été, avec l'argent que César et ses amis avaient apporté pour leurs besoins personnels de voyage. Gécina ramena dans la ville des Ubiens la première légion et la vingtième, marche honteuse, où Ton portait, au milieu des enseignes et des aigles

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romaines, le trésor enlevé au général. Germanicus se pendit à l'armée supérieure pour recevoir son serment. La seconde légion, la treizième et la seizième^ le prêtèrent sans balancer. La quatorzième hésita quelque temps; on lui offrit de l'argent et des congés, quoiqu'elle n'en eût pas demandé.

« Il y eut un commencement de sédition chez les Chauques, où les vexillaires ^ des légions i*ebellcs étaient en garnison. Le préfet de camp Manius Ennius la réprima pour le moment, en faisant exécuter sur-lechamp deux soldats. La nécessité d'un exemple, plus que le pouvoir de son grade, l'y autorisait. Bientôt, Forage grossissant, il s'enfuit et se cache ; mais, se voyant découvert, il cherche son salut dans l'audace. « Ce n'est pas, leur dit-il, un préfet qu'ils attaquent, c'est Germanicus leur général, c'est Tibère leur empereur. » Intimidant ceux qui lui résistent, il saisit l'étendard, le tourne vers le fleuve, et, menaçant de traiter comme déserteur quiconque s'écartera des rangs, il les ramène à leurs quartiers d'hiver, encore tout animés, mais n'ayant rien osé»

<c Cependant les envoyés du sénat trouvèrent Germanicus déjà revenu à l'Autel des Ubiens. Deux légions, la première et la vingtième, y étaient en quartier d'hiver, avec les soldats à qui l'on venait d'accorder

1. On désignait primitivement sous ce nom le soldat qui portait le vexillum ou étendard. Sous Tempire on appelait vexillaires un corps distinct que Ton suppose avoir été composé de vétérans qui continuaient à être enrégimentés sous un drapeau séparé, pour servir de renfort à l'année réguUère»

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la vétérance. L'inquiétude naturelle à la mauvaise conscience leur persuade que le sénat n'envoie ces députés que pour révoquer les grâces qu'ils avaient extorquées par la sédition ; et, comme c'est la coutume de la multitude de fixer sur quelqu'un ses soupçons, même mal fondés, ils accusent le consulaire

Camp romain.

Munatius Plancus, chef de la députation, d'être l'auteur du sénatus-consulte. Vers le milieu de la nuit, ils demandent à grands cris le drapeau, qu'on gardait dans la maison de Germanicus.

« En ces moments critiques, tout le monde blâmait Germanicus de ne point se rendre à l'armée supérieure, où il trouverait de robéiasaùce et du secom^s

contre les rebelles» Les togesses, les congés, sa mollecondescendance, n'avaient, dit-on, que trop enhardi leur audace. S'il méprisait le soin de sa vie, pourquoi laisser sa femme enceinte, son fils en bas âge, à la merci d'une troupe de furieux, qui violaient les droits les plus saints? Qu'il les rendit au moins à son aïeul, à l'État. Germanicus balança longtemps. Agrippine repoussait l'idée de fuir, protestant qu'aucun péril n'était capable d'étonner une petite-fille d'Auguste. Enfin, après bien des larmes, après mille embrassements donnés à sa femme et à son fils, Germanicus ia décide à partir. On vit alors un. spectacle digne de pitié : l'épouse d'un général, fugitive et emportant son enfant dans ses bras ; autour d'elle, les femmes épi orées de leurs amis, qu'elle entraînait dans sa " fuite, et ceux qui restaient non moins tristes que les <iutres.

« Cet aspect d'un César dépouillé de sa splendeur, non plus dans son camp, mais pour ainsi dire dans une ville prise ; ces pleurs, ces gémissements frappent les yeux et les oreilles des soldats eux-mêmes. Ils sortent de leurs tentes. Quels sont ces cris lamentables ? quel malheur est-il donc arrivé ? Des femmes d'un si haut rang, et pas un centurion, pas un soldat pour les défendre I La femme de leur général sans suite, sans aucune des marques de sa grandeur ! et c'est à Trêves qu'elle se réfugie, chez des étrangers! Alors la honte, la pitié, le souvenir de son père Agrippa, de son aïeul Auguste, de son beaupère Drusus, l'heureuse fécondité d'Agrippine ellemême et son admirable chasteté, cet enfant né sous

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la tente, élevé au milieu des légions, qui lui avaient donné le surnom militaire de Caligula, parce que, afin de le rendre agréable aux soldats, on lui faisait souvent porter leur chaussure, tout cela les émeut. Mais rien ne les ramène comme la jalousie qu'ils conçoivent contre les Trévires. Ils courent après Agrippine, ils Tarrêlent, ils la supplient de revenir, de rester parmi eux. Une partie demeure auprès d-elle ; les autres retournent auprès de Germanicus. Lui, encore plein de douleur et de colère, parle ainsi à ceux qui l'environnent :

« Ame du grand Auguste, reçue au séjour des immortels, image de mon père Drusus, toujours présente à nos yeux, venez avec ces mêmes soldats, sur qui l'honneur et la vertu reprennent leurs premiers droits, venez effacer la honte des Romains et tourner contre l'ennemi les fureurs qui les armaient contre eux-mêmes. Et vous, dont les visages m'an- ■ noncent le changement de vos cœurs, si vous voulez rendre au sénat ses députés, à l'empereur ses soldats, à moi ma femme et mon fils, fuyez la contagion, séparez-vous des séditieux : ce sera le garant de votre repentir, le gage de votre fidélité. »

« Touchés du discours qu'il leur tient, les soldats . tombent à ses pieds ; ils conviennent de la vérité de ses reproches et le conjurent de punir les coupables, de pardonner aux faibles, de les mener à l'ennemi, de rappeler sa femme et le nourrisson des légions, de ne point livrer aux Gaulois un otage si précieux. Germanicus allégua contre le retour iTAgrippine l'hiver et sa grossesse trop avancée ^

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promit son fils, remettant le reste entre leurs mains ; devenus d'autres hommes, ils courent arrêter les plus séditieux, et les traînent enchaînés deyant G. Getronius, lieutenant de la première légion, qui les fit juger et punir de cette manière. Les légions, répée nue, entouraient le tribunal; «haque prisonnier y montait successivement; un tribun le montrait aux soldats ; s'ils le déclaraient coupables, on le précipitait en bas, où il était massacré. Les légionnaires versaient ce sang avec joie, croyant par là s'absoudre eux-mêmes, et Germanicus ne s'y opposait point, satisfait qu'on ne pût lui imputer une rigueur dont tout l'odieux retombait sur le soldat. Les vétérans suivirent cet exemple. Peu de temps après, on les fit partir pour la Rhétie, sous prétexte de défendre la province menacée par les Suèves, mais dans le fond pour les arracher d'un camp non moins exécrable . par la violence du remède que par l'atrocité du crime. On fit ensuite la revue des centurions. Chacun d'eux, cité par le général, déclarait son nom, sa compagnie, son pays, ses années de service, les belles actions qu'il avait fsdtes, les récompenses militaires qu'il avait reçues. Si les tribuns et la légion attestaient son mérite et sa probité, on lui conservait sa compagnie ; on le cassait si le bruit public Taccusait de cruauté ou d'avarice. Ainsi fut réprimée la sédition des légions du Rhin ^ . »

1. Tacite, Annales y Ht. I, eh. xxxi à xlv. «—On sait peu de chose de la vie de Tacite. Le lieu de sa naissance n'est pas connu. Il naquit probablement vers l'an 51,

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0 3. — RÉVOLTES DE JULIUS FLORUS ET DES TRÉYIRES, DE SACROVIR ET DES ÉDUENS (21 ap. J.-C).

« Cette année, les Gaulois, écrasés de dettes, firent une tentative de révolte. Les plus ardents instigateurs de ce mouvement furent Julius Florus chez les Trévires, et Julius Sacrovir chez les Éduens. Distingués

sous le règne de Néron. Il vécut sous les règnes de Vespasien, de Titus, de Domitien, de Nerva et de Trajan, suivit les leçons de Quintilien et servit dans les armées, comme tous les jeunes Romains. Il entra dans les magistratures publiques sous Vespasien et devint préteur sous Domitien. Il est probable qu'il fut exilé sous ce règne. Aussitôt après la mort de Domitien (96), Tacite fut élevé au consulat par le nouvel empereur Nerva. L'année suivante il écrivit la Vie (TAgricola; en 98 il composa son traité des Mœurs des Germains. Sous Trajan, il écrivit les Histoires^ qui embrassent le récit des événements arrivés depuis la mort de Néron jusqu'à la mort de Domitien (68-96). Nous n'avons que les quatre premiers livres des Histoires et le commencement du cinquième. Les Aniiales suivirent les Histoires ; elles s'étendaient de la mort d'Auguste à la mort de Néron (de 14 à 68 après J.-C); i! ne nous reste qu'une partie des seize livres dont se composait cette histoire. « Il laissait en mourant, dit M. £mik Jacob (Œuvres de Tacite, texte latin. Paris, Hachette, 1875), avec un monument impérissable de son génie, le chef-d'œuvre de la littérature latine sous l'empire, la protestation éloquente de la conscience humaine outragée par le despotisme, un exemple de constance et de digja^ peraoïmeUe, fécond en consolations et en enseignemexits j^wp le» temps d'oppression politique et de reUbdiemeiit meraàr » Nous^ nous servons de lai tra<îaetiQii de Dure«u de la Malle, revue par M« Mskecna. Lihfaide. HaeheUa.

tous deux par leur naissance et les belles actions de leurs ancêtres, ils étaient devenus citoyens romains dans un temps où cette récompense se donnait rarement, et toujours au mérite. Ces deux hommes, après de secrètes conférences, après s'être associé les caractères les plus entreprenants, tous ceux à qui la misère et la crainte des supplices ne laissaient de ressources que le crime, conviennent entre eux de soulever, Florus les Belges, Sacrovir les Gaulois de son voisinage. Se mêlant donc dans toutes les assemblées générales et particulières, ils se répandaient en discours séditieux sur la perpétuité des impôts, sur 'énormité de F usure, sur Torgueil et la cruauté des commandants. « Le soldat romain, disaient-ils, était en proie aux dissensions, depuis qu'il avait appris la mort de Germanicus * ; jamais l'occasion n'avait été plus favorable pour recouvrer leur liberté ; ne voyaient- 1 s pas eux-mêmes combien le9 Gaules étaient florissantes, l'Italie dénuée de ressources, le peuple de Rome efféminé, et que les étrangers faisaient seuls la force de ses armées?

« n n'y eut presque pas de canton où ils n'eussent semé les germes de la révolte. Les Andécaves (Angers) et les Turoniens éclatèrent les premiers. Le lieutenant Acilius Aviola, avec une cohorte qui tenait garnison à

1. Germanicus, après avoir vengé dans deux expéditions victorieuses (15-16 après J.-C.)» le désastre de Varus, avait excité la jalousie de Tibère, qui Tenvoya en Asie. Après avoir visité l'Egypte et réglé les affaires d'Arménie, il fat enlevé, par une mort prématurée que Ton aitribua à un empoisonnement*

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Lyon, fit rentrer le^ Andécaves dans le devoir. Les Turoniens forent défaits par un corps de légionnaires que le même Aviola reçut de Visellius Varron, gouverneur de la Basse-Germanie, et auquel se joignirent des nobles gaulois, qui, en attendant une occasion plus favorable, masquaient ainsi leur défection. On vit même Sacrovir combattre pour les Romains, la tête découverte, afin, disait-il, de montrer son cou* rage; mais les prisonniers lui reprochaient de ne s'être fait aiasi reconnaître des siens que pour n'être point en butte à leurs traits. On consulta Tibère, qui dédaigna Favis, et, par sa négligence, fomenta la rébellion.

c< Cependant Florus poursuivait ses projets. On avait levé à Trêves un corps de cavaliers, qu'on disciplinait suivant la méthode romaine. Il mit en œuvre la séduction pour les engager à massacrer les négociants romains et à commencer la guerre. Quelques-uns se laissèrent corrompre; la plupart restèrent fidèles. Mais la foule des débiteurs et des clients de Florus prit les armes; et ils cherchaient à gagner la forêt des Ardonnes, lorsque des légions des deux armées de Visellius et de G. Silins, arrivant par des chemins opposés, leur fermèrent le passage. On avait aussi envoyé en avant, avec un corps d'élite, Julius Indus, concitoyen de Florus, son ennemi personnel, et, par là même, plus ardent à nous servir. Gelui-ci eut bientôt dissipé cette multitude, qui n'était encore qu'un attroupe* ment. Florus, à la faveur de retraites inconnues, trompa quelque temps les recherches du vainqueur. Enfin, voyant toutes les issues occupées par les. sol-

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dats, il se tua de sa propre main.^ Ainsi finit la révolte des Trévires.

« Celle des Éduens fut plus sérieuse, et par la puissance de ce peuple, et par Téloignement de nos forces. Sacrovir, avec les auxiliaires de sa nation, s'était emparé d*Augustodunum (Autun). Cette capitale du pays, en le rendant maître de toute la jeune noblesse qu'y rassemble la réputation de ses écoles, lui répondait des familles. On avait fabriqué des armes secrètement : il les fît distribuer aux habitants. Bientôt il fut à la tête de quarante mille hommes, dont un cinquième était. armé comme nos légionnaires; le reste avait des épieux, des couteaux et d'autres instruments de chasse. Il joignit les esclaves destinés au métier de gladiateurs, et que dans ce pays on nomme <irupellai7'es. Une armure de fer les couvre tout entiers, et les rend impénétrables aux coups, mais incapables d'en porter eux-mêmes. Ces forces s'augmentaient par l'ardeur d'une foule de Gaulois voisins, qui, sans attendre un concours public de leurs cités, venaient séparément offrir leurs services, et par la mésintelligence de nos généraux, qui se disputaient le commandement. Enfin Varron, infirme et vieux, le céda à Silius, qui était dans la vigueur de l'âge.

« Cependant, à Rome, ce n'étaient pas seulement, disait-on, les Trévires et les Éduens qui se révoltaient, mais soixante-quatre cités de la Gaule; les Germains s'étaient ligués avec elles; les Espagnes étaient diancelantes. On enchérissait encore, comme c'est TordinaiTe, sur les exagérations de la renommée. Tibère affecta encore plus de sécurité; il ne changea ni da

séjour ni de visage; il continua ses occupations ordinaires, soit dissimulation, soit qu'il sût le péril moindre qu'on ne Tavait publié.

« Cependant Silius, ayant fait prendre les devants à une troupe auxiliaire, marche avec deux légions et dévaste le territoire des Séquanes, qui étaient les plus proches voisins, les alliés des Éduens, et qui avaient aussi pris les armes. De là il gagne Augustodunum à grandes journées; les porte-enseigne signalaient à Fenvi leur impatience; les moindres soldats s'indignaient du repos accoutumé, des retardements de la nuit : « qu'ils vissent seulement l'ennemi, disaient-ils, qu'ils en fussent aperçus, c'était assez pour vaincre. » A douze milles d' Augustodunum, on découvrit dans une plaine l'armée de Sacrovir. Il avait placé en première ligne ses hommes bardés de fer, ses cohortes sur les flancs, et, par derrière, les bandes à moitié armées. Lui-même, sur un cheval superbe, entouré des principaux chefs, parcourait tous les rangs, rappelant à chacun les anciens exploits des Gaulois et tout le mal qu'ils avaient fait aux Romains; combien la liberté serait glorieuse après la victoire, et la servitude plus accablante après une nouvelle défaite.

« Son discours ne fut ni long ni d'un grand effet, car les légions s'avançaient en bataille, et ce ramas d'habitants sans discipline, sans la moindre connaissance de la guerre, déjà ne voyait plus, n'entendait plus rien. De son côté, Silius, quoique des espérances si bien fondées rendissent toute exhortation superflue, ne cessait de crier qu'il serait honteux pour les vainqueurs de la Germanie de regarder des Gaulois comme

des ennemis; qu'une cohorte avait suffi contre les Turoniens rebelles, une seule division de cavalerie contre les Trévires, quelques hommes de cette même armée contre les Séquanes ; que les riches et voluptueux Éduens étaient encore moins redoutables. « Romains, dit-il, vous avez vaincu ; songez à poursuivre. » Un grand cri s*élève à ce discours. La cavalerie enveloppe les flancs, llnfanterie attaque le front de Tennemi. Les ailes ne firent aucune résistance : on fut un peu arrêté par les crupellaires, dont Tarmure résistait au javelot et à Tépée ; mais les soldats, saisissant des cognées et des Jiaches, enfoncent ces murailles de fer, fendent le corps avec Tarmure ; d'autres, avec des leviers et des fourches, culbutent ces masses lourdes et immobiles, qui, une fois renversées, restaient comme mortes, sans pouvoir faire le moindre effort pour se soulever. Sacrovir, avec ses plus fidèles amis, se sauva d'abord à Augustodunum, et de là, craignant d'être livré, il se retira dans une maison de campagne voisine'', où il se pcHgnarda lui-même ; les autres s'entre-tuèrent : le feu qu'ils avaient mis aux bâtiments servit à tous de bûcher.

« Alors enfin Tibère fit part au sénat de ces événements, annonçant la révolte avec la soumission, n'ajoutant, n'ôtant rien à la vérité. « Du reste, disaitil, le dévouement et la bravoure de ses lieutenants, et la sagesse de ses propres mesures avaient triomphé de tout. » En même temps il expliqua pourquoi ni loi iii Drusus n'étaient partis pour cette guerre, exaltant « la grandeur de l'empire, qui ne permettait point à des chefs de quitter, pour quelques troubles dans une

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OU deux villes, la capitale, d'où partent les ordres qm régissent tout l'univers. Maintenant qu'on ne pouvait plus attribuer son départ à la crainte, il irait voir le désordre et le réparer. » Les sénateurs décrétèrent des vœux pour son retour, des supplications et autres honneurs ^ »

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