LA GAULE SOUS LES DERNIERS EMPEREURS DE LA MAISON D'AUGUSTE
(37-69 ap. J.-C.)
§ 1. — CALI6ULA * EN GAULE (40 ap. J.-C).
« Caïus ayant épuisé tout Targent qu'il avait pu se procurer, tant à Rome que dans le reste de Fltalie, par des expédients de toute nature, se trouva dans rimpossibilité de se créer de nouvelles ressources, et cependant il y avait des dépenses urgentes. L'emperenr se mit alors en marche sur la Gaule sous prétexte que les Germains, ces cruels ennemis de Rome, commençaient à remuer de nouveau ; en réalité , son dessein était de piller aussi Fargent de la Gaule et de l'Espagne, provinces très-florissantes. Il n'annonça pas ouvertement son départ; car il se rendit
i. Le règne de Caligula (37-41), fils de Germanicus, fut celui d'un fou. Au bout de quatre ans d'un gouvernement odieux, le poignard d'un tribun des soldats, Chéréas, débarrassa le monde de ce monstre.
dans un faubourg, d'où il partit tout à coup, emmenant avec lui un grand nombre d'histrions et de gladiateurs, des chevaux, des femmes, tout un attirail complet de luxe et de débauches.
« Lorsqu'il fut arrivé en Gaule, il ne fît aucun mal aux ennemis (car, à peine se fut-il avancé quelque peu au delà du Rhin, qu'il retourna sur ses pas) ; il partit ensuite comme pour marcher contre la Bretagne, mais il s'éloigna des bords mêmes de l'Océan. Si quelqu'un de ses lieutenants remportait quelques succès, il témoignait son irritation; quant aux peuples soumis, aux alliés et aux citoyens, il les traita avec la plus grande cruauté. Ici, il rançonne les propriétah^es, sous tous les prétextes ; là , ce sont des présents magnifiques qu'il se fait apporter, soi-disant de leur plein gré , par les particuliers et les villes. Plusieurs sont mis à mort, sous l'accusation de révolte ou de conspiration contre lui. Le crime conunun de tous, c'était d'être riches. Il vendait lui-même les biens de ses victimes, pour en retirer plus d'argent; car on était obligé de payer ces objets un prix beaucoup plus élevé que leur valeur. Mais ces gains ne lui profitaient pas. Il était obligé de contkiuer ses dépenses habituelles; il donna en outre des spectacles à Lyon, et il lui fallait entretenir les légions ; il rassembla jusqu'à deux cent mille soldats suivant quelques historiens, et deux cent cinquante mille suivant d'autres, n fut sept fois, autant de fois qu'il le voulut, salué imperator par eux, sans avoir remporté la victoire dans aucun combat et sans avoir tué un seul ennemi. U fit, il est vrai, charger de chaînes un petit nombre d'en-
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nemîs dont il s'était emparé par ruse. Une fois qu'il jouait aux dés, informé qu'il n'avait plus d'argent, il demanda qu'on lui apportât les registres du cens en Gaule, et, après avoir commandé de mettre à mort les plus riches habitants, il revint trouver ses compagnons de jeu. « Vous, leur dit-il, vous vous disputez quelques drachmes; moi, je viens d'en ramasser à peu près soixante millions. » Il fit donc mourir ces hommes, sans aucune raison ; l'un d'entre eux, Julius Sacerdos, citoyen d'une grande fortune, mais dont les richesses n'étaient cependant pas assez considérables pour attirer sur lui un pareil danger, périt néanmoins, à cause de son prénom de Jules ; c'est ainsi que tout se faisait sans forme de justice. A l'occasion de ces meurtres, il distribue de l'argent aux soldats, comme s'il eût vaincu des ennemis, et envoie à Rome trois poignards à Mars Vengeur J . »
Suétone décrit de la façon suivante les fantastiques opérations militaires de Caligula :
« Quant à la guerre, voici comme il la fit. Il était venu visiter le fleuve Clitumnus et les bois qu'il arrose, et s'était avancé jusqu'à Mévanie. On l'avertit de recruter sa garde batave. L'idée lui vint aussitôt d'attaquer la Germanie. Il ne perdit pas un moment. Il fit venir de tous côtés des légions, des troupes auxiliaires et de nouvelles levées faites avec la plus grande rigueur, des provisions telles qu'on n'en av$tît jamais vu, et se mit en marche si rapidement, que les co-