Dion Cassius, liv. LIX, ch. xxi, xxn
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hortes prétoriennes furent obligées, pour le suivre, de mettre leurs enseignes sur des bêtes de somme. Pour lui, il finit pas se faire porter mollement dans une litière par huit esclaves, et les habitants des villes voisines avaient ordre de nettoyer les chemins et de les arroser pour abattre la poussière.
« Lorsqu'il fut arrivé au camp, pour se montrer exact et sévère dans le commandement, il renvoya avec ignominie les Ueutenants qui étaient arrivés trop tard avec les troupes qu'ils devaient amener, et, dans la revue qu'il fît de l'armée, il cassa, sous prétexte de vieillesse, la plupart des centurions dont le service allait finir. A l'égard des autres, il leur reprocha leur avidité, et restreignit la récompense des vétérans à six mille sesterces. Il ne fît point d'autres exploits que de recevoir dans son camp Adminius, fîls de Cynobellinus, roi des Bretons, qui, chassé par son père, s'était réfugié auprès de lui avec une suite peu nombreuse. Alors, comme s'il eût subjugué tout le pays, il écrivit à Rome des lettres fastueuses, en avertissant les courriers de ne descendre qu'à la porte du sénat et de rendre ses lettres aux consuls dans le temple de Mars.
« Ensuite, ne sachant à qui faire la guerre, il fît passer au delà du Rhin quelques Germains de sa garde et leur ordonna de se cacher. Comme il sortait de table, on vint en tumulte lui annoncer que l'ennemi paraissait. Aussitôt il s'élance dans la forêt prochaine avec ses amis et une partie de ses gardes, coupe des branches d'arbre qu'il fait porter comme des trophées, et revient à la lueur des flambeaux, reprochant à ceux
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qui ne Tavaient pas suivi leur paresse et leur lâcheté. Ceux au contraire qui avaient pris part à sa victoire reçurent de lui des couronnes qu'il appelait exploratoires et sur lesquelles étaient représentés le solei], la lune et les astres. Il fit aussi enlever secrètement et emmener de jeunes otages qui étaient dans, une école, et tout d*un coup il quitta son repas pour les poursuivre avec sa cavalerie comme ces fugitifs, et les fit mettre aux fers, passant toujours les bornes de ce qui est humainement droyable dans ses farces extravagantes.
« Il reprocha durement, par un édit, au sénat et au peuple de s'occuper tranquillement de jeux et de festins, tandis que César s'exposait aux dangers et aux fatigues.
« Enfin, il s'avança vers les bords de l'Océan avec un grand appareil de machines, comme s'il eût médité quelque entreprise considérable, et, lorsque personne ne pouvait deviner son dessein, tout d'un coup il ordonna qu'on ramassât des coquillages et qu'on en remplit les casques. C'étaient, disait-il, des dépouilles de l'Océan dont il fallait orner le Gapitole et le palais des Césars. Il éleva pour monument de sa victoire une tour très-haute, où il fit placer des fanaux comme sur un phare, pour éclater les vaisseaux pendant la nuit ^ Il annonça aux soldats une gratification de cent deniers d'argent, et, comme si c'eût été le comble de la libéralité, il leur dit : « Allez -vous-en riches et contents. »
« Occupé ensuite du soin de son triomphe, il choisit pour eu faire l'ornement, outre les prisonniers et les transfuges barbares, ceux des Gaulois qui étaient de la taille la plus haute et, comme il le disait, la plus triomphale, et même quelques-uns de leurs princes. Il les obligea à se peindre les cheveux à la manière des Germains, à apprendre leur langue et même à se donner des noms germaniques. U fit transporter par terre à Rome les galères sur lesquelles il était entré dans l'Océan. Il écrivit à ses intendants de lui pré-
1. Ce phare a subsisté jusqu'en 1644, où il s*écroùIa* on l'appelait la Tour d*ordre.
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parer un triomphe plus magnifique qu'aucun de ceux
qu'on eût encore vus, mais cependant le moins coûteux qu'ils pourraient ^. »
1, Suétone, Caliguta, oh. xu et sqq*