‹ L'histoire de FranceChapitre 38 sur 140 · Mummius Lupercusr · texte numérisé non relu

Mummius Lupercusr

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de bataille même, sa trahison fût d'un plus grand prii. Givilis s'était entouré des enseignes enlevées sur nos cohortes, dans l'idée que le spectacle de leur gloire récente enhardirait ses soldats et que le souvenir de leur défaite intimiderait ses ennemis. De plus, il ordonne à sa mère et à ses sœurs, ainsi qu'aux femmes et aux enfants de chaque soldat, de se tenir derrière eux, pour les encourager à vaincre, ou leur faire une honte de plier. Bientôt le chant des guerriers et les hurlements des femmes eurent donné le signal du combat; il s'en fallut de beaucoup que nos légions et nos cohortes y répondissent par un en égal. Notre aile gauche avait été dégarnie par la désertion de la cavalerie batave, qui s'était tournée aussitôt contre nous. Malgré ce contre-temps, le soldat légionnaire gardait ses armes et son rang. Il n'en fut p^s ainsi de ces auxiliaires ubiens et ti^évires, qui, s'abandonnant à une fuite honteuse, se dispersèrent dans toute la campagne. Ce fut à eux que s'attachèrent les Germains, ce qui donna le temps aux légions de gagner un de leurs camps, nommé Vetera «. Le préfet de la division de cavalerie batave, Claudius Labéo, jaloux de Civilis par cet esprit de rivalité si commun dans les petites villes, inquiétait ce dernier. Civilis, craignant ou de révolter les siens par un assassinat, ou, en gardant Labéo, d'entretenir un germe de dis^ corde, le fait passer chez les Frisons. »

1. Xanten, près de Clèves, non loin de J'endroit où le Rhin commence à se partager en plusieurs branebes.

§ 4. — NOUVELLES DÉFECTIONS. PUSILLANIMITÉ ET FAUTES d'hOR- DÉONIUS. SANGLANTE DÉFAITE DES ROMAINS A BONN.

« Dans le même temps, des cohortes de Bataves et de Carminéfates étaient en marche pour se rendre à Rome sur les ordres de Vitellius ; un courrier, dépêché par Civilis, les atteignit en chemin. Soudain ces barbares, gonflés d'orgueil et d*audace, demandent, pour prix de leur voyage, le donativum, un doublement de paie, une augmentation dans le nombre de leurs cavaliers : toutes choses, il est vrai, promises par Vitellius, mais sur lesquelles ils n'insistaient qu'afin d'être refusés et d'avoir un prétexte de sédition; et Hordéonius, en cédemt plusieurs points, n'avait fait que les exciter à demander plus vivement ce qu'ils savaient qu'on ne leur donnerait pas. Sans égard pour leur général, ils gagnent la basse Germanie, pour s'y joindre à Civilis. Hordéonius assembla les tribuns et les centurions; il eut l'idée un moment de réprimer par la force la désobéissance de ces troupes. iPuis, cédant à sa pusillanimité naturelle et aux terreurs de son conseil, que remplissaient de perplexités les dispositions équivoques des alliés et toutes ces nouvelles levées qiii composaient les légions, il résolut de rester dans son camp. Il s'en repentit ensuite ; et, sur les reproches de ceux mêmes qui avaient donné le conseil, il sembla vouloir sortir ; il écrivit à Hérennius Gallus, lieutenant delà première légion, qui campait à Bonn, de fermer le passage aux Bataves; qu'il allait, avec son armée, arriver sur leurs derrières. Et, en effet, ils étaient per-

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dus, si Hordéonius et Gallus, faisant marcher leur troupe chacun de leur côté, eussent enfermé les Bataves entre deux armées. Hordéonius renonça à ce projet, et. dans une autre lettre, il manda à Gallus de ne po i:

Casque gaulois (M usée de Saiot-Qermain).

inquiéter leur marche. De là le soupçon que les lieutenants se plaisaient à fomenter la guerre, et que tous les maux qu'on avait éprouvés, ou qu'on craignait, ne devaient être imputés ni à la lâcheté du soldat, ni à la valeur de l'ennemi, mais à la perfidie des généraux.

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« Lorsque les Bataves approchèrent da camp do ^onn, ils députèrent vers Gallus pour expliquer leurs intentions ; ils étaient loin de vouloir la guerre contre les Romains, pour qui ils l'avaient faite si longtemps ; las d'un service long et infructueux, ils cherchaient •leur patrie et du repos ; si l'on ne faisait point de résistance, ils passeraient tranquillement; s'ils rencontraient des armes devant eux, il avaient du fer pour s'ouvrir un chemin. L'irrésolution du lieutenant fut •entraînée par ses soldats, qui voulurent à toute force tenter le sort des armes. Il y avait trois mille légionnaires, un corps de Belges levés tumultuairement, et un gros d'habitants et de vivandiers, troupe lâche, tnais insolente avant le péril. Ils sortent tous à la fois par toutes les portes, afin d'envelopper les Bataves, inférieurs en nombre. Ceux-ci, vieillis dans la guerre, se forment en coin dans un ordre profond sur toutes 3es faces, manœuvre qui mettait leur front, leurs der- .rières et leurs flancs en sûreté. Amsi resserrés, ils eurent bien vite enfoncé notre ligne, qui était mince. Les Belges lâchant pied, les légionnaires reculent aussi; et ils regagnent, en désorcLre, les retranchements et les portes. Là se fit le plus grand carnage; les morts comblèrent le fossé ; et il en périt moins par le fer •de l'ennemi que par leur chute et par leurs propres ^rmes. Les vainqueurs, évitant Cologne, ne comnoi- Tent plus d'hostilités sur le reste de leur route ; il s'ex.- -cusaiQnt du combat de Bonn sur ce qu'ils avaient demandé la paix, et que, sur le refus, il avait bien falla se défendre.

« Depuis la jonction de ces vieilles cohortes, Civilis

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avait une armée organisée. Toutefois, encore incertain dans ses projets, réfléchissant sur la puissance romaine, il se borne à faire reconnaître Yespasien par toutes ses troupes; il députe vers les deux légions, qui, après leur défaite dans le premier combat, s'étaient retirées à Vetera-Castra, et leur fait demander un serment pareil. On lui répond qu'on ne prenait pas conseil d'un traître ni d'un ennemi ; qu'ils avaient pour empereur Vitellius. Cette réponse, rapportée à Civilis, l'enflamma de colère ; il entraîne à la guerre tous ses Bataves ; les Bructères et les Tenctères se joignent à eux; la Germanie, excitée par ses émissaires, s'ébranle pour venir partager le butin et la gloire. »

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