‹ L'histoire de FranceChapitre 43 sur 140 · Elle était opposée à la porte dite décumane. La · texte numérisé non relu

Elle était opposée à la porte dite décumane. La

jouer d'énormes pièces de bois, et on lança des poutres qui la mirent en pièces ; tous ceux qui étaient en haut furent écrasés, et, dans ce moment de désordre, une sortie brusque eut un grand succès. Les légionnaires avaient bien plus d'art et d'habileté ; ils opposaient aux barbares des machines en bien plus grand nombre. Une entre autres les intimidait singulièrement : c'était une bascule légèrement suspendue et très-mobile, qui, s'abaissant subitement, saisissait à leur vue un ou plusieurs des leurs, les enlevait en l'air, et, en retombant de l'autre côté, les précipitait dans le camp. Civilis, désespérant de forcer la place, se borna encore au blocus, redoublant les négociations et les promesses, pour ébranler la foi des légions. »

§ 8. — VICTOIRE DE VOCULA SUR CIVIUS. LEVliE DU SIÈGE DE VÉTÉRA. SOULÈVEHEmr DES LÉGIONS ROMAINES CONTRE LEURS CHEFS. MORT d'HORDÉONIUS.

« Voilà ce qui se passa en Germanie avant la journée de Crémone. La défaite des Vitelliens fit sur les esprits des impressions différentes. Les auxiliaires de la Gaule, qui n'avaient ni amour ni haine pour le parti, qui servaient sans affection, entraînés par leurs préfets, se détachent aussitôt de Vitellius : les vieux légionnaires balançaient. Toutefois, sur l'ordre d'Hordéonius, sur les instances des tribuns, ils prononcèrent le

IM)rte prétorienne était la plus voisine de l'ennemi» comme l'autre en était la plus éloignée.

% LA GAULE ROMâINB

fforment, Mai» d'un air et d'un cœur contraints. Us répétaient bien distinctement tons les autres mots ; msàs, pour le nom de Vespasien, ils hésitaient, ou le murmuraient tout bas ; la pk^art môme le passèrent entièrement.

« CiviKs, gardant une partie dtes^ troupes, envoie contre Totîula ses vieilles cohortes de Bataves et ce qu'il y avait de plus brave parmi les Germains. Julius Maïimus et Clkudius- Victor, fils de Ik sœur de Civilis, commandaient ce détachement. fl!s enlièvent, en passant à Asburg*, les quartiers d'une division de cavalerie. De là, ils fondirent sur le camp de Vocuia si brusquement, que celui-ci n'eut Te temps ni de haranguer ses' troupes, nr dfe éfévetopper sa ligne. Tout ce qu'il put faire dans une alarme si subite fut de recommander qu'on fortifiât le centre en y portant les légionnaires ; les auxiliaires se jetèrent confusément sur les ailes. La cavalerie fit une charge ; mais, reçue par un ennemi serré et en bon ordre, elle tourna le dos et se rejeta sur les nôtres. Ce fut, depuis, une boucherie, non un combat. Pour surcroît^ les cohortes des Nervîens, soit frayeur, soil perfidie, laissèrent nos flancs â découvert. Ainsi l'on pénétra jusqu'aux légions, qui, après avoir perdu leurs enseignes, se laissaient culbuter en dedans des retranchements, lorsque, tout â coup, un secours inattendu change la face du combat. Des cohortes de Gascons,^ troupe enrôlée par Galba, avaient été mandées alors. Ayant entendu, en approchant du camp, le cri des conû>attants, elles tombent par derrière sur l'ennemi^ qui était tout occupé de sa bataflle, et elles causent une

LA ftAULE ROMAINE 99

t«Frrefiir pîas grande fot'on n*eût dû Fattendre de leccr petit nombre, parce que Fennemi s^^imagina, les uns que c'était le corp» de Noys, les autres eeltrr de Ma^ence qui arrivait tout entier. Cette erreur rend le courage aux Romains, et, en comptant sur les forces

Gaulob- eombaitant. -*- IToprèar te sftrcoj^age de la vigne

d'autrui, ils recouvrent les leurs. Ce quH y avait de plus intrépide- dans Tinfanterie batave est écrasé ; la cavalerie se retira avec les ensdgnes et les prisonniers qu'on avaâ* enlevés au commencement. Dans cette jottmée, le nombre desmorts fut plus ^and de notre

côté ; mais nous perdîmes nos plus mauvaises troupes, les Germains leurs meilleures.

« Les deux généraux firent la môme faute; ils s'attirèrent leur malheur et manquèrent à leui» fortune. Civilis, s'il eût porté au combat de plus grandes forces , n*eût jamais pu être enveloppé par un si faible détachement, et il eût détruit le camp qu'il avait forcé. De son côté, Vocula ne prit aucun soin pour être informé de l'approche des ennemis : ce qui fit qu'à peine sorti, il fut battu ; ensuite, son peu de confiance dans la victoire lui fit perdre plusieurs jours avant de marcher à l'ennemi, au lieu que, s'il l'eût pressé dans le moment et qu'il eût poursuivi son succès, il pouvait, du même coup, faire lever le siège des légions. Dans l'intervalle, Civilis avait cherché à surprendre les assiégés, en leur faisant croire que les Romains étaient perdus sans ressource et que les siens avaient eu la victoire. On promenait en triomphe les enseignes et les drapeaux ; on étala aussi les prisonniers. L'un d'eux, par un courage bien héroïque, osa élever la voix et déclarer la vérité, malgré les menaces des Germains, qui le percèrent sur-le-champ de mille coups : ce qui donna plus de créance à son rapport. D'ailleurs, les dévastations et l'embrasement des villages qu'on voyait tout en feu annonçaient assez l'approche d'une armée victorieuse. Arrivé devant Vétéra, Vocula ordonne qu'on plante les drapeaux et qu'on s'entoure d'un fossé et d'un rempart ; débarrassés de leurs bagages, ils combattraient plus librement. A cet ordre, il s* élève un cri conti^e le général ; ils demandent le combat en me-

LA QAULE nOMAINE 101

naçant ; c'était leur usage. Sans se donner même le temps de se ranger en bataille, tout en désordi^e et fatigués , ils commencent Tattaque. Civilis avait marché à eux, ne se fiant pas moins aux fautes de l'ennemi qu*à la valeur des siens. Chez les Romains, le sort de la bataille varia, et tous les séditieux furent lâches. D'autres, tout remplis de leur victoire récente , gardaient leur place, frappaient l'ennemi , s'encourageaient eux et leurs camarades ; le combat rétabli, ils firent signe de la main aux assiégés de saisir l'occasion. Ceux-ci, qui voyaient tout du rempart, sortent à la fois par toutes les portes ; et par hasard Civilis ayant été renversé de cheval, on crut, dans l'une et dans l'autre armée, qu'il était blessé ou mort; il est incroyable combien ce bruit inspira de frayeur à l'ennemi et d'ardeur aux Romains. Cependant Vocula, au lien de poursuivre un ennemi qui fuyait, augmentait les fortifications de Vétéra. Puis- il évacua le camp, emmenant une partie des légions.

« Civilis remit alors le siège devant cette ville. Vocula se retira à Gelduba, et de là à Nuys. Civilis prend Gelduba. Peu de temps après, il donna, non loin de Nuys, un combat de cavalerie, où il eut l'avantage. Mais les succès et les revers animaient également le soldat à la perte des généraux. A peine renforcés par ce détachement de la cinquième et de la quinzième }égion, ils demandent le donativum (on savait que Vitellius avait envoyé de l'argent) ; et Hordéonius, sans se faire longtemps presser, le donna au nom de Vespasien. Ce fut le principal aliment de la sédition. Se livrant aux débauches et aux festins,

1<62 Là, GAULE BOUAmC

s'attroupant la nuit, ils répriment leur ancienne fareiir coutee Hordéonius; et personne, parmi les lœiitenants on les tribuns, n'osant leur résister (car la nuit leiv a¥ait fait perdre ternie pudeur), ils Taira* chent de son lit et le tuent. Us réservaient le même sort à Vocula, si, déguisé en esclave, il n'eût prolité de l'obscurité pour s'échapper sons êtne reo^mn. Sitût que l'empoitement eut fiait place A la p^ir, ils firent partir des centurions avec des lettres, pour aller <ians les Gaules solliciter des seemirs d'hommes et d'argent.

. •« La préci|Htatîon, les terreurs paniques, l'irrésolution, sont le partage de to4ite multitude sans dief. A l'approeSie de Givilis, ils eoureiit aux .armes tout en désordre, les jettMit l'instant d'après et prennent la fuite- L'adversité eaifanta la discorde; la quatrième et la dix-huitièine légion ^ se détadaèrent pour former un parti séparé. Et toutefois * elles rétablirent dans leur camp et dans les cantons «des Belges les plus voisins, les images de Vîtellius, quoique Vitellius fût 4éjà mort Puis, changeaal encore et se repartant, elles liront, amsi que la ppemâère ^ , ppemlre Yocola pour général; elles renouvellent, entre ses mains, le .^ei»nent à Vespasien, et, de là, marchent au secours ^ if ajrence, assiégée par une armée de €atbes, d'dsîpiens et de Mattiaques; mais cette ruinée s'était ééjà

L (^ui composaient l'armée du haut Hhin.

2. Comme avait fait Tannée du bas iUûn, dont elles B^étaient séparées.

3. "Qm, avec la cinquième, la quinzième et la seizième, i^kimait l«D«née du bas Shm.

2U. GAULE aOMAIKI iÛ^

î^ia»ée, rassasiée de iiutia, et arec f Holqac perte. Ko^

Poioteii de laoctis gauloises.

EJpées gauloises (Musée de Saiat-Gormàin).

soldats, les ayant trouvés dispersés sur la roule, les

avaient surpris et battus. De leur côté, les Trévires avaient élevé, le long de leurs frontières, une palissade bordée d*un retranchement; et ils faisaient aux Germains une guerre tour à tour sanglante pour les deux nations. »

§ 9. — AGITATION EN GAULE. CONSPIRATION DE CLASSICUS, TUTOR ET 8ARINUS, COHHANDANTS DE TROUPES INDIGÈNES.

(( Cependant la mort de Yitellius, répandue dans les Gaules et dans la Germanie^ avait produit deux guerres pour une. D'un côté, Civilis, quittant la feinte, s'acharne sur tous les Romains indistinctement; d'un autre, les Vitelliens aimaient encore mieux reconnaître des étrangers pour maîtres que Vespasien pour empereur. Les Gaulois avaient repris courage, s'imaginant que le sort de nos armées était partout le même; le bruit courait que les Sarmates et les Daces tenaient les légions de Pannonie et de Mésie assiégées ; on en disait autant de celles de Bretagne. Mais rien n'avait contribué à leur persuader la chute prochaine de l'empire comme l'incendie du Capitole. Rome, jadis, avait été prise par les Gaulois ; mais le temple de Jupiter ayant subsisté, l'empire s'était maintenu; aa lieu qu'alors cet embrasement fatal était le signe de la colère céleste, et, pour les nations transalpines, le présage de l'empire du monde. Voilà ce que la vaine superstition des druides publiait. On débita aussi que les chefs de la Gaule, avant de marcher au secours d'Othon contre Vitellius, avaient arrêté entre eux qu'ils ne négligeraient pas la liberté de leur pays, s'ils voyaient qu'une suite

LA GAULE RONAINB 105

continue de guerres civiles et des désastres domestiques eussent affaibli les Romains.

ce Ayant le massacre d*Hordéonius, il ne transpira rien qui pût faire soupçonner la conjuration. Hordéonius mort, il y eut de fréquents mess^nres entre Civilis et Classicus, préfet d*un corps de cavalerie trévire. Classicus, en naissance et en richesse, l'emportait sur les autres Gaulois.

Son extraction était royale, et sa race illustre dans la paix comme dans la guerre. Il se vantait d'être, par ses aïeux, l'ennemi du peuple romain plutôt que son allié. Julius Tutor et Julius Sabinus entrèrent dans le complot. L'un était de Trêves, l'autre de Langres. Tutor avait été préposé à la garde du Rhin par Yitellius ; Sabinus, naturellement vain, se repaissait encore de la chimère d'une descendance glorieuse, parce que sa bisaïeule avait plu à Jules-César, dans le «^ MyeltrvVoo. temps de la guerre des Gaules, et qu'on avait parlé de leur adultère. Ces trois hommes sondent en secret les esprits. On envoya dans la Gaule des émissaires qui travaillèrent à la soulever. Pour eux, ils feignirent de rester soumis, afin de mieux surprendre Vocula. Toutefois, les avis ne manquèrent point à ce général; mais la force

186 LA GAULB ROMAINE

pour Téprimer lui manquait, avec des logions fii incomplètes et si peu sûres. Placé «entre des soldats suspects et des ennemis icachés, ce qu'il crut le plas convenable pour le moment, jcb fut de se défendre .par les mêmes armes qu'on l'attaquaiL ûissimnlant donc aussi, il se rendit <à Gologna. Là, on vit arriver Labé®. î>nTavait arrêté, comme je J'ai dit, et envoyé dans !La F^âsBt pour le sonstraire aux regards de :sa naiâfiiL Ajamt gpagné ses ^gardes, il s'était sauvé; «t a^QECs il m fdsaît fort, jnû])?;ennant quelques troi^>es q^'.&Bi Hm ioumirait, «d'aller cbez les fiataves et de ramener la majeure pairtie de ia (Dation dans J'^liance des Momains. €omme on ne lui donna ^qu'un trèspetit corps d'infanterie ei 4e .tmx^aleide^ il ne ^put rien enti'eprendre chez les fiat«ves mêmes; il fît prenire les armes à q^^^q^es iNenniens ^et Bétasiens ^^ avec lesquels il inquiéta les Canninéfates »t ^.Marffîques^ par des incursions furtivss, qui ne mérilent pas le nom de gnerra. Vocuk., séduit par les insinuations des "Ganloisj xaarcha conjure Oiivàiis. ai

g iO. — TRkmsm des atsiuàiabs «onGÈiiBs er iKâFBCODK

DES TROUPES ROmAINBS. ,m&ASSilHAS DtU 'eÉTXÉAèL ROHAIH VO- CULA. PaOGLAlIATION DE L^EMPIRE JIBS «AULEB BAR tCLÂfiSlCUS.

« Il n'était pas loin de Tétera, lorsque Classicos^t Tutor prennent les devants, sous prétexte d*aller reeoiinaître l'ennemi, et Tont ratifier leur traité -avei les chefs des Germains. Puis, commençant à se déta-

i. Peuple du Brafhsift.

2, ils occnpaJBnt la Nard-Hollande.

LA GAULE fiOMAlKE 167

<sher des légions, ils campeat et «e ii^3mBd[ient à part. Vocala «ut beau représenter avec fcwrce que les guerres <;kiles n'avaieut pas aiaibM la puissance romaine au point de la nûidre métprisaÛe à des Trévires «ta des Langroîs. Givilis et Tutor peirsistaient dans leur per&die. Voeula rd^roiisse dieoaoin et se retire à Nuys. Les fiembis vinrent cioaper à deux mlQes «des Romains. A cette pooiâfliité, les centurions et les soldai ne cessant d*«ller et de venir, «xn les mardLanda; et «oân, diose inouïe, ime «rmée romaine Vengngeft à prêter rserment ii des étraiigers, et, pour gage d'un pareil forfait, eUe pasunit de mx&^ ^sacrer ou de mettre aux fera ses généraux. La plupart conseillaient la fuite à Vocula,

« Il se retira dans sa tente, et il songeait à quitter la vie. de furent ses a^EnancàK et s^ esclaves «qui l'empèdiÂrent de prévenir ainsi aine mort infâme, car €lasslcus ne taida pœnt à lui envoyer iËmilius Longinua, déserteur de la premiëra légion, qui le massacra sur-de^ckamp^ Pour les (deux lieutenants, Numisiiis ^ Hérenodus, on se contenta de les mettre aux fei^s; €^ aussitôt Classicns, ^^naitt les msigiies des généraux romains, se randit an icain^ Quoique endurci contre toute honte, il ne fut pas capable de prononcer ^'autres mots que ia faismïte du serment: elle portait pour V'emfnre >âe8 Gmâes. la serment fut prêté par tous ceux qui lâtaient (présents* Il élève aux premiers grades Tassassin de ¥ocula ; d'auti^s, -sehm la part qu'ils avaient eue ^ tant de crimes, sont (égal^xient {récompensés, f ntos* et Classicns se partag'è* cent eaiisuite les opéitfdÂans* TuJ2or, tesnasKt les lial>v-

tants de Cologne, et tout ce qu'il y avait de soldats sur le Haut-Rhin, investis par un corps de troupes considérable, les contraignit de se lier par un serment pareil. Il avait fait tuer à Mayence les tribuns, et chasser le préfet de camp, qui le repoussaient. Qassicus, choisissant dans ces transfuges ce qu'il y avait de plus corrompu , les fait partir pour Vétéra , avec ordre de promettre aux assiégés leur pardon, s'ils cédaient aux conjonctures; sinon, point d'espérance : on les dévouait au glaive, à la famine et aux plus horribles extrémités. Les députés ajoutèrent à ces motifs leur exemple. »

Page 1