‹ L'histoire de FranceChapitre 55 sur 140 · Xautea · texte numérisé non relu

Xautea

espèce de combat naval. On flottait au milieu des eaux; ou bien, s'il se rencontrait quelque espace solide, tous les eflforts se réunissaient pour s'y main-

Ki^tro ou javelot romain (Masée de Saiat-GermaiD).

tenir, et les combattants se saisissant au corps, s'entrelaçant l'un dans l'autre, les plus habiles nageurs, oeux qui n'étaient point blessés, n'en avaient pas plus

d*avantage ; les autres, en tombant, les entraînaient avec eux au fond de l'eau. Cependant le carnage fat moindre qu'il n'aurait dû l'être dans un tel désordre, parce que les Germains n'osèrent point sortir du marais et rentrèrent dans leur camp. L'issue de ce combat fit, par des motifs différents, désirer encore plus ardemment, à l'un et à l'autre général, une action décisive. Civilis voulait poursuivre sa fortune, Cérialis se laver d'un affront. Les Germains étaient enhardis par le succès, les Romains excités par la bonté ; les Barbares passèrent la nuit dans les cris et dans les chants; les nôtres, dans la rage et dans les menaces.

« Au point du jour, Cérialis garnit tout son front de cavalerie et de cohortes auxiliaires; les légions furent placées en seconde ligne; le général s'était réservé un corps d'élite pour les cas imprévus. Civilis ne donna point d'étendue à sa ligne; il la forma en coin.

(c II mit les Bataves et les Gugernes à la droite; la gauche, qui était plus près du fleuve, fut occupée par les Germains. Les deux généraux ne firent point de harangues en forme pour toute l'armée; ils exhortèrent chaque corps séparément, à mesure qu'ils passaient auprès. Cérialis rappelait la gloire du nom romain, leurs victoires anciennes et récentes. H traitait les ennemis de lâches, de perfides, qu'on avait vaincus mille fois,, qu'il fallait exterminer à jamais, qu'on aurait à châtier bien plus qu'à combattre. Dernièrement, une poignée de Romains n'avait^lle pas renversé toute cette multitude de Germains, la fore©

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de cette armée? Ce qui restait n'était que les fuyards» dont Tesprit était plein de lâches pensées, le corps de blessures honteuses. Ensuite il aiguillonnait chaque légion par des motifs personnels; il appelait la qua* torziéme les conquérantg de ta Bretagne; il faisait honneur à la sixième d'avoir fait seule Galha empereur; il s'a^sait, pour la seconde, de consacrer, dans une première bataille, des enseignes et une aigle toute nouvelle. De là, passait ^.ux légions de Germanie, il leur montrait de la main leur ancien rivage, leur ancien camp qu'il fallait aller ressaisir h travers des flots de sang ennemi. Tous répondirent par des cris d'allégresse, et ceux qui, ennuyés d'une longue paix, ne demandaient qu'à se battre, et ceux qui, fatigués de la guerre, soupiraient après la paix et attendaient des récompenses et du repos pour leur vieillesse.

u Givilis, de son côté, ne garda point le silence : il prenait à témoin de leur valeur ce champ de bataille, où les Germains et les Bataves marchaient sur les traces de leur gloire, où ils foulaient aux pieds les cendres et les ossements des légions, où le Romain ne pouvait faire un pas sans que sa captivité, sa défaite, toutes ces images sinistres ne vinssent épouvanter ses regards. Ils ne devaient point s'alarmer du revers qu'ils avaient essuyé dans les champs de Trêves; c'était leur propre victoire qui avait nui ce jour-là aux Germains, en leur faisant quitter leurs armes pour se charger de butin; mais, depuis, tout leur avait été favorable, et tout contrairt aux ennemis; pour lui, il avait ménagé aux siens tous les

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avantages qui pouvaient dépendre de Thabileté du général, une plaine submergée, dont les gués n'étaient connus que d'eux seuls; des marais défavorables à Fennemi, Faspect du fleuve et des dieux de leur pays. Manqueraient-ils de valeur ayant leurs dieux pour eux, et devant eux leurs femmes, leurs mères, leur patrie? Ce jour les élèverait au-dessus de la gloire de leurs ancêtres, ou les couvrirait d'opprobre parmi leurs descendants. » A peine eurent-ils, suivant leur usage, marqué leur approbation par un bruit d'armes et par des battements de pied précipités, qu'ils engagent l'action par une décharge de pierres, de balles et d'autres armes de trait; nos soldats évitaient d'entrer dans l'eau, et les Germains les harcelaient pour les y attirer.

« Les traits épuisés et le combat s'échauffant, l'ennemi se porte en avant d'un air terrible. Leur taille gigantesque épouvante et leurs lances d'une longueur démesurée atteignent de loin nos soldats, chancelant et flottant sur ce marais. En même temps, un corps de Bructères, partant de la digue qu'on avait, comme je l'ai dit, construite sur le Rhin, arrive sur nous à la nage. Il y eut de la confusion dans cet endroit, et notre première ligne, toute composée de cohortes alUées, allait être rompue, lorsque les légions prirent leur place, arrêtèrent l'impétuosité des ennemis et rétablirent le combat. Dans ce moment, un transfuge batave vient trouver Cérialis; il lui promet de le rendre maître des derrières de l'ennemi, s'il envoie de la cavalerie à l'autre bout du marais; il assure qu'on trouvera là un terrain solide;

que les Gugernes, chargés de ce poste, le gardaient fort négligemment. On expédie, avec le transfuge, deux divisions de cavalerie, qui surprennent les Barbares et les enveloppent. Au premier cri qui annonce le succès, les légions redoublent leurs efforts contre la tête de Tennemi; et les Germains, enfoncés, se sauvent précipitamment vers le Rhin. On eût terminé la guerre ce jour-là, si notre flotte eût fait diligence. La cavalerie même ne poursuivit point, à cause d'une pluie violente qui tomba tout à coup, et de la nuit qui approchait. »

§ 20. — EFFORTS DÉSESPÉRÉS DE CIVIUS CONTRE LES DIFFÉRENTS CORPS DE CÉRULIS.

« Le lendemain, la quatorzième légion partit pour aller sur le Haut-Rhin renforcer Annius Gallus. Cérialis la remplaça par la dixième légion, arrivée d'Espagne. Civilis reçut du secours des Chauques; malgré ce renfort, il n'osa point défendre par les armes les villes des Bataves. Il prend ce qui pouvait s'emporter, met le feu au reste, et se retire dans l'île ; il savait que nous manquions de bateaux pour faire un pont, et qu'il était impossible à des Romains de passer autrement. Il fit plus; il détruisit la digue que Drusus avait fait construire. Le Rhin, que sa pente naturelle précipite vers les Gaules, ne trouvant plus l'obstacle qui l'arrêtait, se reversa de ce côté * ; et le

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