IV. ^* GUERRE CONTRE LES VENÈTES ET o'aUTRES PEUPLES
(55-5« av. J.-G.)
La Gaule semblait pacifiée, et César avait cru pouvoir partir sans inquiétude pour l'Illyrie, au commencement de l'hiver ; mais il fut bien vite rappelé par un soulèvement formidable des peuples nouvellement domptés , soulèvement à la tête duquel étaient les Venètes qui étaient de beaucoup les plus puissants de toute la côte de l'Océan. Habiles et hardis marins, ils avaient une flotte nombreuse et c comme ils étaient maîtres du petit nombre de ports situés sur cette mer orageuse et ouverte, ils avaient pour tributaires tous ceux qui naviguaient dans ces parages. »
César nous donne une description curieuse de la manière dont étaient construits leurs vaisseaux, c La carène, dit-il, en est un peu plus plate que celle dea
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nôtres, ce qui leur permet de se tirer plus facilement des bas-fonds et de mieux résister au reflux. Les proues sont très-élevées, ainsi que les poupes, pour braver la grandeur des vagues et le redux. Les navires, entièrement en chêne, peuvent supporter toute espèce de chocs. Les rameurs ont pour bancs des poutres d'un pied d'épaisseur attachées avec des clous en fer de Tépaisseur d'un pouce ; Ica ancres sont retenues non point par des cordes, mais par des chaînes de fer. Les voiles sont faites de peaux souples et amincies, soit qu'ils manquent de lin ou ne sachent pas d'en servir, soit, ce qui est plus probable, qu'ils trouvent ces peaux plus propres à soutenir la violence des vents et des tempêtes de rOoéan et à diriger leurs pesants navires. Dans une lutte avec de tels vaisseaux les nôtres ne pouvaient l'emporter que par les mouvements rapides et vigoureux des rames ; car leurs éperons devenaient inutiles contre des navires aussi solides, que leur hauteur même mettait à l'abri des traits et qui pouvaient braver les écueils. Lorsqu'ils étaient assaillis par une tourmente et qu'ils s'abandonnaient aux vents, ils y résistaient plus facilement, s'arrêtaient sans crainte sur les bas-fonds, et lors du reflux n^avaient à redouter ni les rochers ni les récifs ; circonstances qui étaient toutes à craindre pour nos vaisseaux. »
Les places fortes des Venètes étaient pour la plupart bâties à l'extrémité de langues de terre et sur des promontoires. La marée les rendait inaccessibles aux gens de pied et aux navires qu'en se retirant elle laissait à sec.
Cette position topographique jointe à leur supérioté maritime, leur inspirait une grande confiance.
f Ils savaient, dit César, que les routes de terre étaient interrompues par les marées, et que la navigation serait difficile pour nous à cause de notre ignorance des localités et de la rareté des ports» Ils s'attendaient à ce que le manque de vivres empêchât notre armée de séjourner longtemps chez eux ; et dans le cas où Tévénement tromperait leur espoir, ils se fiaient en leur flotte. »
Malgré tant d'obstacles, les Romains n'hésitèrent pas à former le siège de ces villes; mais quand, h force de travail, ils étaient parvenus à contenir la mer par des digues et des môles, et à élever leurs terrasses jusqu'à la hauteur de la muraille des assiégés, ceux-ci montaient sur leurs navires où ils avaient transporté leurs biens et gagnaient une ville voisine. Cette tactique leur réussit pendant la plus grande partie de Tété et leur fut d'autant plus facile que les vents contraires arrêtaient la flotte romaine qui éprouvait de grandes difficultés 6ur une mer ouverte et à hautes marées.
César, après avoir enlevé, et sans profit, plusieurs places des Venètes, comprit que pour obtenir un résultat décisif, il fallait détruire leur flotte, et il fit venir la sienne. Dès qu'elle fut en vue, deux cent vingt de leurs vaisseaux parfaitement équipés et armés sortirent du port et vinrent présenter la bataille aux ennemis, c Brutus, le chef de la flotte, les tribuns militaires et les centurions qui commandaient chaque vaisseau hésitaient sur la manière d'engager un combat où serait sans effet l'cperon de nos galères dont les tours, si élevées qu'elles fussent, ne pouvaient atteindre même la poupe des Vaisseaux des barbares qui, sans qu'on pût leur répondre, nous accableraient do leurs
traits. Une invention des nôtres nous servit grant dément : Au moyen de faux très-aiguisées, em« manchées à de longues perches semblables à celles qui sont en usage dans les sièges, on accrochait les cordages qui attachent les vergues aux mâts, et on les rompait en faisant force de rames. Les cordages coupés, les vergues tombaient et leur chute réduisait à rimmobilité les navires gaulois dont toute la force résidait dans les voiles et les agrès. L'issue du combat ne dépendait plus que de la valeur de nos soldats qui, en cela remportaient sur les ennemis, d'autant plus qu'ils combattaient à la vue de César et de toute l'armée à qui aucune action courageuse ne pouvait échapper, car les collines et les hauteurs situées près de la mer étaient occupées par nos troupes. Dès qu'un vaisseau était ainsi désemparé, deux ou trois de nos galères l'entouraient et nos soldats s'élançaient à l'abordage avec la plus vive ardeur. Les barbares, hors d'état de résister et voyant une partie de leurs navires tombés en notre pouvoir, essayèrent de chercher leur salut dans la fuite. Déjà ils avaient tourné leurs navires du côté du vent^ quand survint un tel calme qu'il leur fut impossible de se mouvoir. Cette circonstance favorable rendit notre victoire complète, en permettant aux nôtres de les attaquer et de les prendre l'un après l'autre. Bien peu, grâce à la nuit, purent regagner la terre. Le combat avait duré depuis la 4« heure du jour (dix heures du matin) jusqu'au coucher du soleil. »
Cette victoire qui fut probablement chèrement achetée, quoique César n'en dise rien, mit fin à la guerre. Les Venètes, qui avaient perdu leur flotte i et l'élite de leur population, se rendirent au vain*
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quear avec tout ce qu'ils possédaient. César les traita avec sa cruauté habituelle. Il fit mettre à mort leur sénat et vendre à Tencan le reste des habitants.
Pendant qu'il triomphait ainsi des Venètes, un de ses lieutenants, Titurius Sabinus, mettait en déroute complète Vtridoriz, chef supitme des Unelles (peuple du département de la Manche) auxquels s'étaient joints divers peuples voisins, les Âulerques, les Bburovices et les Lexoviens. « Toutes les cités de cette contrée se soumirent, dit César ; car si le Gaulois est (urompt et ardent à commencer la guerre, il n'a ni constance ni fermeté dans les revers. »
Les armes romaines ne furent pas moins heu« reuses dans TÂquitaine dont presque tous les peuples se soumirent àCrassus, après qu'il eut pris la capitale des Sotiates et emporté d'assaut un camp retranché où périrent près de quarante mille Gaulois.
César voulut terminer la campagne par une expé« ditlon contre les Morins et les Ménapes qui restaient en armes et ne lui avaient jamais envoyé demander la paix. Ces peuples, instruits par l'expérience de leurs voisins, ne voulurent pas risquer de grandes batailles ; ils se retirèrent avec leura biens dans les bois et les marais et assaillirent à Vimproviste les Romains, qui commençaient à for« tifier leur camp. Ils furent repoussés mais non Bans leur avoir fait subir des pertes sensibles. Les jours suivants. César fit travailler à abattre la forêt qui leur servait d'asile et avançant peu à'peu s'était déjà emparé d'une partie de leur bétail, quand las plaies d'automne vinrent l'arrêter dans sa mar*
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cho et le forcèrent de se mettre en retraite poui prendre ses quartiers d'hiver.
L'année suivante fut occupée par une guerre contre diverses tribus de Germains qui avaient envahi le territoire des Ménapes. Il les battit, les poursuivit au delà du Rhin, et fut le premier général romain qui franchit ce fleuve. Puis il fit une descente dans Tile de Bretagne pour punir ses habi« tants des secours qu'en diverses circonstances Ub avaient fournis aux Gaulois. Â son retour, les Morins ayant assailli une partie de ses troupes qui venaient de débarquer, T. Labiénus fut envoyé contre eux et, comme les marais qui les avaient protégés Tannée précédente étaient dessédiés, ils tombèrent presque tous en son pouvoir. En même temps deux autres lieutenants dévastèrent le pays des Ménapes.
Lorsque la nouvelle de ces victoires fut parvenue à Rome, le Sénat décréta vingt jours d'actions de grâces, malgré la vive opposition de Caton qui, alléguant une perfidie que César avait commise en retenant prisonniers des ambassadeurs germains, déclara, au dire de Plutarque, qu'il fallait le livrer aux barbares pour décharger la république du crime do foi violée et en détourner la malédiction sur celui-là seul qui en était coupable.
V. — aUERnE CONTRE LES GABNUTES El LES ÉBURONS* (54-53 tf. J.-C.)
César qui, suivant son habitude, était allé passer rhiver au delà des Alpes, avait fait faire en son absence de grands préparatifs pour une nouvelle
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expédition dans Pile de Bretagne. De retour en Gaule, après avoir apaisé quelques mouvements chez les Trévires , il s'embarqua au port Itius (Wissant, dans le Pas-de-Calais, aujourd'hui à plusieurs centaines de mètres de la mer). Les dissensions des insulaires facilitèrent ses succès. Mais rappelé en Gaule par la mauvaise saison et par l'agitation du pays il revint vers le milieu de septembre, sans avoir obtenu d'autre résultat de ses victoires qu'un certain nombre d'otages et la promesse d'un tribut.
Pendant son absence une vaste conspiration s'était ourdie contre lui. La haine que les cruautés et les exactions du conquérant avaient excitée fut poussée au comble par sa tyrannie envers les peuples alliés ou soumis. Partout il cherchait à détruire les institutions républicaines et à mettre à la tête des cités des hommes propres à lui servir d'ins* truments dans les assemblées générales des députés de la Gaule qu'il s'était arrogé le droit de convoquer tous les ans.
Le mouvement éclata chez les Carnutes (pays chartrain). c II y avait chez eux, dit César, un homme d'une haute naissance, Tasget, dont les ancêtres avaient régné sur la cité. César, à cause de sa valeur, de son attachement à sa personne et des grands services qu'il lui avait rendus dans toutes les guerres, l'avait rétabli sur le trône de ses aïeux. Il régnait depuis trois ans quand ses ennemis, ayant pour complices un grand nombre de ses sujets, le massacrèrent publiquement. » A cette nouvelle. César, craignant un soulèvement général, se hâta d'expédier une légion avec ordre de saisir et de lui amener ceux qui avaient trempé dans le meurtre de Tasget.
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Vers la même époque, Titurius Sabinus et Cotta, envoyés avec une légion pour passer Phiver dana la Belgicfue, avaient reçu un excellent accueil des chefs éburons, Ambiorix et Cativolke. c Mais ceuxei, dit César, séduits par des émissaires du trévire Indutiomar, soulevèrent le pays, • assaillirent subitement nos soldats qui faisaient du bois, et en foule attaquèrent le camp. Repoussés, ils demandèrent avec grands cris, suivant leur coutume, que quelques-uns d'entre nous vinssent s'entretenir avec eux sur des choses de grande importance. »
Plusieurs officiers étant allés trouver Ambiorix. il leur raconta qu'une conjuration générale était organisée dans la Gaule entière, et que le jour était fixé pour attaquer à la fois tous les cantonnements des Romains. Il les engageait dans leur intérêt à aller rejoindre les camps de Q. Cicéron et de Labiénus, leur promettant libre passage sur ses terres.
Au retour des officiers, une orageuse discussion 8*éleva dans le conseil sur le parti à suivre. Malgré une vive opposition, Titurius se décida à ajouter foi au perfide conseil d* Ambiorix, et l'armée se mit en marche. A peine fut-elle engagée dans une vallée profonde qu'elle fut assaillie de tous côtés par les Gaulois embusqués dans les bois d'alentour. Les Romains soutinrent vaillamment le choc et combattirent depuis le point du jour jusqu'à deux heures de l'après-midi, sans avoir rien fait d'indigne d'eux, dit César, mais la plus grande partie avait péri ; et Sabinus, perdant tout courage et toute dignité, envoya supplier Ambiorix d'accorder la vie à lui et au reste de ses soldats. Se fiant encore à ses promesses, il se rend avec plu-
sieurs de ses officiers près de lui, et dépose les armes ; mais au moment où il discutait les conditions de la capitulation, il est massacré avec son escorte. Ce fut le signal de la déroute des siens. Ceux qui purent échapper au carnage se réfugièrent dans le camp qu'ils avaient quitté le matin, y repoussèrent les ennemis jusqu'à la chute du jour et dans la nuit s'entretuèrent jusqu'au dernier. Quelques fuyards se sauvèrent à travers les forêts et gagnèrent le camp de Labiénus à qui ils annoncèrent cet affreux désastre.
Aussitôt après cette victoire les peuples de la Belgique, prévenus par des courriers d'Ambiorix, prennent les armes et vont assaillir le camp de Q. Cicéron, le frère du célèbre orateur, camp situé chez les Nerviens. Peu s'en fallut que, dans le premier moment de surprise, il ne fût emporté d'assaut. Repoussés, ils en firent le siège et l'environnèrent d'un rempart et d'un fossé, t Ils avaient, dit César, appris cet art de nous dans les campapagnes précédentes, et s'en faisaient instruire^ par des prisonniers; mais faute des instruments nécessaires, ils en étaient réduits à enlever le gazon avec leurs épées et à porter la terre dans leurs mains ou dans leurs sacs. Du reste on peut juger par là de leur multitude, car en moins de trois heures, ils construisirent un retranchement de quinze mille pas de circuit ; les jours suivants, ils se mirent à élever des tours à la hauteur de notre rempart, à préparer et à faire des faux ainsi que leur avaient montré les prisonniers, i
Le septième jour du siège, les Gaulois au moyen de balles d'argile rougies au feu et de traits enflammés parvinrent à incendier les cabanes des
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soldats recouvertes de chaume c à la manière gau* loise ; » en même temps ils donnèrent l'assaut. Là se montra dans tout son éclat cette admirable discipline des Romains qui leur donna Tempire du monde, c QuoiquHls fussent brûlés de tous côtés par la flamme et accablés d'une grêle de traits, dit César, quoiqu'ils comprissent que toute leur fortune et tous leurs bagages étaient dévorés par Tincendie, pas un d'eux ne songea à quitter le rempart, ni même à détourner les yeux. Ce fut pour nous une journée rude et pénible. » Elle tourna à l'avantage des Romains qui firent subir de grandes pertes aux assaillants.
Cependant, à mesure que le siège se prolongeait, les forces des Romains s'épuisaient. Cicéron avait beau envoyer à César messagers sur messagers, les courriers étaient arrêtés et mis à mort à la vue du camp. Enfm un chef nervien qui l'accompagnait depuis le commencement des hostilités parvint à décider un de ses esclaves à se charger d'une lettre qu'il emporta attachée à son javelot. Le Gaulois so mêla à ses compatriotes sans exciter leur défiance et put arriver près de César.
Les communications avaient été si rigoureusement ~ interceptées que César connut à la fois le massacre des soldats de Titurius et les dangers où se trouvait Cicéron. Dans sa douleur il jura de ne couper sa barbe et ses cheveux (il était chauve) que quand il les aurait vengés. Prenant alors ses mesures avec une rapidité extraordinaire, il expédia de divers côtés des ordres pour rappeler trois légions, dont deux seulement purent le rejoindre. La troisième que commandait Labiénus était tellement entourée par les Trévires que cet habile général ne crut pas
prudent de sortir de ses quartiers. Malgré ce contretemps César partit à marche forcée, et arriva sur les terres des Nerviens où des prisonniers lui ap« prirent la détresse extrême où était réduit Cicéron. c II décida alors à prix d'argent un cavalier gaulois à porter à son lieutenant une lettre qu'il écrivit en caractères grecs afin qu'elle ne pût être lue dans le cas où elle tomberait au pouvoir des ennemis. S'il ne pouvait arriver jusqu'aux assiégés^ il devait rattacher à la courroie de son Javelot et la jeter dans leurs retranchements. Le javelot lancé dans le camp se ficha par hasard sur une tour et y resta deux jours. Le troisième, il fut aperçu par un soldat qui le porta à Cicéron. La lecture de la lettre fut faite en présence des soldats et y excita dos transports de joie. Bientôt on ne put avoir de doute sur l'approche des légions que signalait au loin la fumée des incendies allumés sur leur pas-
Les Gaulois, avertis par leurs coureurs de l'arrivée de César, levèrent le siège et marchèrent à sa rencontre. Cicéron dégagé put à son tour lui envoyer un messager pour le prévenir de leur marche . Par ses habiles manœuvres, César sut attirer les ennemis dans une position désavantageuse, se laissa attaquer par eux et, grâce à une rapide offensive, dispersa avec un grand carnage leur armée forte de 60,000 hommes. Le même jour il rejoignit Cicéron ; et frappé d'étonnement à la vue des travaux élevés par les assiégeants, il lui donna ainsi qu'à ses soldats les éloges que méritait bien leur valeureuse défense, car il y en avait à peine un dixième qui fût sans blessure.
Le bruit de la victoire de César fut porté chez
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les Rèmes à Labiénus avec une incroyable rapidité, ait César. Quoique la distance qui lo séparait des quartiers de Cicéron fût de plus de 60^000 pas, il en fut instruit le même jour avant minuit, c'est-à-dire au bout de neuf heures. Il devait être attaqué le lendemain par les Trévires, mais à cette nouvelle Indutiomar rentra précipitamment dans son pays. Il y rassembla des troupes pendant l'hiver, et revint attaquer Labiénus qui dans une sortie mit en fuite les assaillants. Suivant les ordres de leur général, les cavaliers alliés s'acharnèrent à la poursuite d'Indutiomar qui fut atteint et tué; sa tête fut apportée au camp. Cette déroute amena la dispersion des corps que les Eburons et les Nerviens avaient déjà réunis et « César ne tarda pas à voir la Gaule un peu plus tranquille. »
Ce calme ne fut pas long. Informé des mouvements des Trévires, des Nerviens, des Âduatikes et des Ménapes, et de l'attitude menaçante des Senons et des Carnutes, César, qui avait pu faire venir d'Italie trois légions, fondit à Timproviste , avant la fin de l'hiver, sur le territoire des Nerviens hors d'état de soutenir une pareille attaque, leur enleva un grand nombre d'hommes et de bestiaux qu'il distribua à ses soldats, dévasta leur pays et les força de se rendre et de livrer des otages. Puis il convoqua l'assemblée générale des cités gauloises à Samarobrive (Amiens) où refusèrent de paraître les Senons et les Carnutes. Il transféra alors rassemblée à Lutèce, capitale des Parisiens, et le même jour partit à la tête des légions et se rendit à grandes journées chez les Senons.
Les Senons, à l'instigation d'un chef nommé Acoo, avaient chassé et proscrit le roi Cavarin, qui leur
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avait été imposé par le proconsul. La brusque arrivée de celui-ci déjoua leurs plans de résistance. Grâce à Tintervention de leurs anciens alliés les Edues^ ils obtinrent leur pardon en livrant cent otages et entre autres Acco qui plus tard fut mis à mort. Les Carnutes, à la prière des Rèmes dont ils étaient les clients , furent aussi épargnés. Libre de ce côté, il se tourna contre les Nerviens, les Ménapes et les Trévires que la dévastation de leur pays força bientôt à la soumission, et lança ses troupes sur les terres des Eburons qu'il avait voués à l'extermination. Pour rendre leur destruction plus sûre et plus complète, il convia au pillage par des messagers les peuples voisins , même les Germains ; c Gaulois et Sicambres, dit Dion Cassius, se jetèrent en foule sur cette proie, i Tous les bourgs et toutes les habitations furent brûlés ; tout fut livré au pillage. Les pluies et les orages détruisirent le blé qui n'avait pas été consommé, et les malheureux qui échappèrent au massacre ou à la captivité périrent de faim et de misère. Quant à Ambiorix, bien que sa capture eût été mise à haut prix, il sut déjouer les poursuites, c On semblait toujours , dit César, ne l'avoir manqué que de peu d'instants, et toujours des cavernes et des bois nous le dérobaient. Il gagna ainsi à la faveur de la nuit d'autres régions et d'autres retraites, n'ayant pour escorte que quatre cavaliers, les seuls auxquels il osât conller sa vie. »
Toutefois les Romains faillirent payer cher leurs dévastations. Avertis par un Eburon prisonnier que leur butin était entassé à Aduatika sous la garde de troupes peu nombreuses, les Sicambres &anchirent en quelques heures la distance qui les en
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séparait, épieront, dit Dion Gassius, le moment où les Romams étaient sortis pour fourrager et envahirent leur camp. Ceux-ci étant accourus pour le défendre, les barbares en firent un grand carnage, puis, craignant la colère de César, ils rentrèrent précipitamment dans leur pays. »
VI. — SOULÈVEMENT DB LA OAULE. — VERCmOÉTORIX. — 8IÉQB ET PRISE d'aVARIGUU.
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César était parti pour Tltalie. La nouvelle des troubles sanglants qui agitaient alors la République fit croire en Gaule qu'ils retiendraient César au delà des Alpes, et y augmenta la fermentation causée par le supplice d'Acco. Les principaux chefs tinrent des conciliabules dans des lieux écartés et dans les bois ; et à leur dernière réunion un soulè« vement général fut résolu. Les Carnutes avaient déclaré qu'ils étaient décidés à braver tous les dangers pour la cause commune, et qu'ils prendraient les armes les premiers; et, comme de peur d'être découverts, ils ne pouvaient se donner mutuelle* ment des otages, ils demandèrent à leurs alliés de leur jurer sur les étendards réunis de ne point les abandonner quand ils auraient commencé la guerre.
Ce serment qui était le plus sacré parmi eux ayant été prêté, on fixa l'époque de la prise d'armes. Au jour dit, les Carnutes sous les ordres de deux chefs déterminés, Cotuat et Conetodun, se jet« tent à un signal convenu sur la ville de Genabiun (Orléans). Los Romains qui s'y trouvaient pour
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affaires de commerce sont massacrés et leurs biens pillés, f La nouvelle» dit César, en parvint rapidement à toutes les cités de la Gaule; car dès qu*il survient un événement important, les Gaulois se rapprennent par des cris à travers les campagnes d'un pays à l'autre. Ceux qui les entendent les transmettent à leur tour aux plus proches, comme on Otà cette occasion. Aussi, bien que les Arvemes fussent à environ 160 milles de Gonabum, ils surent avant la fin de la première veille ce qui s'y était passé au lever du soleil. »
Il y avait alors parmi les Arvemes un jeune homme nommé Vercingétorix qui appartenait à une illustre famille. Son père, Celtill, qui tenait le premier rang en Gaule, avait été mis à mort par les gens de sa cité comme coupable d'aspirer à la royauté. César cherchant à substituer partout dans les cités gauloises la monarchie au gouvernement aristocratique, il est fort probable qu'il favorisa la tentative de Celtill et qu'à cette occasion Vercingétorix eut avec le proconsul des relations d'amitié que celui-ci reprocha plus tard amèrement au vaincu d'Alesia.
Quoi qu'il en soit, lors du soulèvement des Car* nutes, Vercingétorix voulut entraîner dans leur cause, ia cité, Gergovie (bâtie sur le mont Gergoie, près de Clermont), mais il en fut chassé par son oncle Gobanitio et d'autres chefs qui refusaient do se lancer dans une aventure aussi périlleuse.
Il recruta alors des partisans dans les campagnes et à la tète de forces considérables il rentra dans la ville, en expulsa ses adversaires, et proclamé roi des Arvemes, il envoya immédiatement des députés ihez tous les peuples confédérés pour réclamer
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Texécution de leurs serments. Tels étaient à la fois et son ascendant et la disposition des esprits qu'il entraîna les Senons, les Parisiens, les Lemovikes, (Limousin) les Pictons (Poitou), les Cadurkes (Cahors), les Turons (Touraine), les Andes (Anjou), etc., et les peuples riverains de TOcéan. Tous s'accordèrent d'une voix unanime à lui déférer le commandement.
C'était là le jeune héros contre lequel César allait avoir à soutenir la lutte la plus opiniâtre et la plus terrible; malheureusement le vainqueur est à peu près le seul historien de cette guerre pleine de péripéties émouvantes ; mais à certains passages épars dans quelques écrivains de l'antiquité, on peut deviner avec quel soin il a pallié ou dissimulé les échecs que sa fortune éprouva pour la première fois en Gaule.
Le plan des confédérés était, en même temps qu'ils soulèveraient tous les peuples de la Gaule qui ne s'étaient pas encore joints à eux, d'aller attaquer la Province Romaine et d'empêcher César, alors en Italie, de rejoindre ses légions. Avant que celui-ci eût passé les Alpes, le cadurke Luctère envoyé chez les Ruthènes (Rhodez) leur fit prendre les armes ainsi qu'aux Nitiobriges (Agénois) et aux Gabales (Gevaudan), et avec une nombreuse armée se jeta sur le pays de Narbonne. César, à cette nouvelle, se hâta d'y arriver et par ses habiles dispositions arrêta l'invasion. Puis, à la tête des troupes qu'il avait rassemblées chez les Helviens (Vivarais), malgré la rigueur de la saison et la neige épaisse qui couvrait les montagnes, il franchit les Gévennea et tomba à l'improviste sur les terres des Ar« vernes.
Vercingétorix, qui était alors chez les Bituriges (Berri), accourut pour défendre son pays; mais César ne l'attendit pas. Il se rendit en hâte à Vienno (Dauphiné) d'où il ramena avec une célérité merveilleuse sa cavalerie, et ramassant en route toutes les légions, fît lever le siège de Gergovie des Boîes (Moulins) à Vercingétorix, s empara de Vellaudunum (Beaune, dans le Loiret), de Genabum qu'il livra à Fincendie et au pillage, et après un combat de cavalerie où les Gaulois furent battus se dirigea vers la plus forte et la plus grande place des Bituriges, Avaricum (Bourges).
Ces revers n'abattirent pas le courage de Vercin* gétorix. Dans un conseil de guerre qu'il convoqua, il démontra qu'il fallait changer la tactique suivie jusqu'alors; on devait employer tous les moyens pour priver l'ennemi de vivres et de fourrage, ce qui serait aisé aux Gaulois grâce à leur nombreuse cavalerie; les Romains, obligés de se disperser pour 8*en procurer, seraient facilement détruits en détail ; les intérêts particuliers devaient être sacrifiés au salut public et il fallait se résoudre à incendier les bourgs et les maisons aussi loin que les Romains pouvaient s'étendre, et à brûler même les villes qui par leurs fortifications ou leur position naturelle pouvaient offrir un asile aux Gaulois déserteurs ou un but aux Romains qui, s'ils les emportaient, y trouveraient butin et provisions.
Ce plan énergique fut adopté. En un seul jour plus de vingt villes des Bituriges furent livrées aux flammes. La même destruction s'exerça dans les pays environnants. Partout, dit César, on ne voyait qu'incendies. Puis, dans une assemblée générale on agita la question de savoir si on défendrait ou si on
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détruirait Avaricum. « Les Bituriges se jetèrent aux pieds des autres Gaulois ; ils les supplièrent de ne pas les forcer à mettre le feu de leurs propres mains à la plus belle ville de presque toute la Gaule, la force et l'ornement de leur patrie, et que grâce à sa position, ils défendraient facilement, i Vercingétorix, après les avoir combattus, céda à leurs prières; et cette fatale détermination décida du sort de la campagne.
César parut bientôt devant Avaricum et en fit immédiatement le siège.
La ville était entourée presque partout soit de marais, soit de rivières (TAuron et TYèvre). A ces défenses naturelles s'ajoutaient des fortifications d'un genre particulier usité en Gaule et dont César nous décrit ainsi la construction : c On place sur le sol, dit-il, dans le sens de leur longueur, des poutres séparées entre elles par un intervalle de deux pieds. On les assujettit intérieurement entre elles et on les recouvre de terre. Sur le devant on garnit de grosses pierres les intervalles. A ce premier lit de pierres et de poutres on en ajoute un second, construit absolument de la même manière, en ayant toujours soin que les poutres ne se touchent pas ; et Ton continue ainsi cette superposition de poutres et de pierres jusqu'à ce que la nauraille ait atteint la hauteur voulue. Non-seulement cette fortification composée de rangs alternatifs de bois et de pierres n'est point laide, à cause de la variété qu'elle offre à la vue^ mais elle est encore de la plus grande utilité pour la défense des villes; car le mur est protégé par la pierre contre Tincendie et par le bois contre le bélier, et on ne peut rompre ni disjoindre un assemblage de poutres de
Soldat gaulois.
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quarante pieds de long pour la plupart reliées entra elles à Fintérieur. »
Le siège dura vingt-huit jours. Assiégés et assiégeants rivalisèrent d'intrépidité et d'héroïsme. Vercingétorix qui tenait la campagne avec une nombreuse cavalerie interceptait si bien les convois que les Romains restèrent trois jours sans blé. Malgré leurs pertes incessantes, malgré leurs privations et leurs souffrances, les légions refusèrent obstinément de lever le siège, t A la valeur singulière de nos soldats, les Gaulois, dit César, opposaient des stratagèmes de toute espèce, car c'est une race extrêmement industrieuse, et d'une rare aptitude à imiter et à exécuter tout ce qui lui est enseigné. Ainsi, ils détournaient les faux avec des lacets, et quand ils les îivaient saisies, ils les attiraient à eux au moyen de machines. Ils ruinaient notre terrasse par des galeries souterraines avec d'autant plus d'habileté que. grâce à leurs nombreux gisements de fer, ils connaissent et pratiquent toute espèce de mines. Ils avaient de tous côtés garni leurs murailles de tours recouvertes de cuir, et dans leurs nombreuses sorties de jour et de nuit, ils incendiaient nos ouvrages ou assaillaient nos travailleurs. L'élévatioh que gagnaient nos tours par l'exhaussement journalier de la terrasse, ils la donnaient aux leurs. Ils arrêtaient nos tranchées avec des pieux aigus et durcis au feu, de la poix bouillante, des pierres énormes, et nous empêchaient de les approcher de leurs remparts. »
Enfm après vingt-cinq jours de travail, les Romains surmontant tous les obstacles, bravant le froid et les pluies continuelles, parvinrent à élever une terrasse large de 330 pieds et haute de 80,
Soldat rôitiain.
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qui touchait presque au mur de la ville. César qui, suivant son habitude, passait la nuit dans les ou» vrages, exhortait les soldats à ne pas interrompre leur travail quand tout à coup, un peu avant la troisième veiUe, on vit de la fumée sortir de la terrasse à laquelle les Gaulois avaient mis le feu au moyen d'une mine. En même temps ils firent une sortie par deux portes, tandis que du haut dea remparts d'autres lançaient sur la terrasse des torches, du bois sec, de la poix et d'autres matières incendiaires. Il en résulta pendant quelque temps . un affreux tumulte, mais César pourvut à tout et, après un combat acharné qui dura presque iusG[u*à l'aube, le feu de la terrasse fut éteint et les assaillants repoussés dans la ville. Le proconsul no put s'empêcher d'admirer le courage déployé par les Gaulois qui s'étaient battus, comme si le ssdut de la Gaule avait dépendu de leur succès. Nous vîmes alors, dit-il, un fait digne de mémoire* Devant la porte de la ville se tenait un Gaulois à qui l'on passait de main en main des boules de Buif et de poix qu'il jetait pour activer l'incendie. Un trait lancé par un scorpion lui perce le flanc droit et le renverse mort. Un de ses voisins passe sur son cadavre et le remplace. Il est frappé à son tour, et le poste fut toujours rempli jusqu'à la fin du combat. •
Le lendemain Vercingétoriz envoya à la gar* nison l'ordre d'évacuer la ville. La nuit venue, elle commençait ses. préparatifs de départ quand lea femmes^ sortant éplorées de leurs maisons^ se jetèrent aux pieds des soldats, les suppliant de ne pas les abandonner; puis voyant que leurs prières étaient inutiles, elles poussèrent de grands cria
pour avertir les Romains de leur fuite ; les Gaulois effrayés craignirent que la cavalerie romaine ne vint leur barrer le passage et renoncèrent à leur projet.
Le jour suivant^ il survint une grande pluie» et César, remarquant que les remparts étaient moins gardés que d'habitude, fit donner Tassant. Chassés de leurs tours et de leurs remparts, les Gaulois s'étaient rangés sur la place publique et dans les endroits spéciaux décidés à une défense acharnée quand, voyant les Romains occuper les remparts sans en descendre, la crainte de se voir couper la retraite leur causa une panique effroyable ; ils jetèrent leurs armes et coururent vers l'extrémité de la ville. Les Romains se précipitèrent sur eux et en firent un épouvantable carnage. Rien ne fut épar« gné, ni les femmes, ni les vieillards, ni les enfants. c De toute cette multitude qui se montait à environ 40,000 âmes, à peine en arriva-t-il sans blessures, près de Vercingétorix, huit cents qui dès le commencement du tumulte s'étaient jetés hors de la ville. Les vainqueurs trouvèrent à Avaricum de grands s^provisionnements qui rendirent inutiles les dévastations auxquels on avait livré la contrée.