MORT DE PONTICUS ET DE BLANDINE
(( Sur la fin du jour^ Blandine et Ponti^s, son frère^ jeune homme âgé de quinze ans, que l'on avait toujours tenus présents pour les épouvanter par la vue des tourments des antres martyrs, reçurent commandement de jurer au nom des dieux païens. Mais le mépris qu'ils firent de ces dieux excita si fort la colère du peuple, que, n'ayant ni compassion pour l'âge de l'un, ni respect pour le sexe de l'autre, il leur fit souffrir toute sorte de supplices, les pressant toujours inutilement de jurer. Ponticus étant soutenu par les exhortations que sa sœur lui faisait en présence des payens mêmes, mourut au mDieu
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des tourments. La bienheureuse Blandînô demeura la dernière et courut avec joie pour rejoindre les chrétiens ses frères, comme si elle eût été menée au lit nuptial, au lieu d'être exposée aux dents des bêtes. Après avoir été battue de verges, déchirée par les dents des bêtes, mise . sur la chaise de fer, enfermée dans un filet et exposée à un taureau, qui la fit plusieurs fois sauter en Tfir, elle eut enfin la tête tranchée. Les païens avouèrent eux-mêmes que jamais une personne de son sexe n'avait enduré tant de supplices. »
§ 8. — OUTRAGES INFUOiS AUX CORPS DEt MARTYRS*
« Leur cruauté n'en fut pas pourtant satisfaite, et la fureur que le démon leur inspirait se déchargea sur les corps des saints. Transportés d'une trop grande folie pour avoir honte d*avoir été vaincus, le président et le peuple n'en devinrent que plus animés contre nous, afin que cette parole de l'Ecriture fût accomplie : « L'injuste deviendra encore plus injuste, et le juste encore plus juste, » Ils jetèrent aux chiens les corps de ceux qui étaient morts dans la prison et les gardèrent jour et nuit , de peur que nous ne leur rendissions l'honneur de la sépulture. Ils gardèrent de la même sorte les têtes et les restes que le feu et les bêtes avaient épargnés. Les uns grinçaient les dents contre les morts et enrageaient de dépit de ne pouvoir plus les tourmenter ; les autres en faisaient de sanglantes railleries et donnaient de grandes louanges à leurs dieux. Les moins emportés, et qui semblaient avoir quelque compassion de notre malheur, disaient, comme par reproche : « Où est maintenant leur Dieu ?
et de quoi leur a servi leur religion, qu'ils ont préférée à leur vie ? » Nous avions cependant un cruel regret de ne pouvoir donner la sépulture aux corps des saints. Les païens les gardaient avec tant de soins, que nous ne pouvions ni les prendre à la faveur de la nuit , ni les obtenir par argent ou par prières. Après que les corps des martyrs eurent été exposés
pig, 5, — . Résurreclion de Tabithe, d'aprèi le sarcophage de saint Sidoine à Aix.
six jours et déshonorés par toute sorte d'outrages, ils furent brûlés par les impies, et les cendres furent jetées dans le Rhône, afin qu'il n'en demeurât aucun reste sur la terre. Ils en usèrent de la sorte, coname s'ils eussent pu triompher de la puissance de Dieu. « Ils n'auront plus, disaient-ils, après cela, l'espérance de la résurrection, sur laquelle ils s'appuient, quand
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ils introduisent une nouvelle religion, qu'ils méprisent les tourments et qu'ils vont si gaiement à la mort. Voyons maintenant s'ils ressusciteront , et si Dieu aura le pouvoir de les secourir et de les tirer d'entre nos mains *. »
i. Eusèbe. Histoire ecclésiastique , liv. V, ch. i. Eusèbe est né en Palestine vers la fin du règne de l'empereur Gallien (267) ; il mourut vers 338. Surnommé le Père de rHistoire ecclésiastique, W rédigea la profession orthodoxe du concile de Nicée, auquel il assista.