L*APOSTOLAT DES GAULES A L'ÉPOQUE DE SAINT-DENYS
Vers 273 après J.-G.
g 1. — ÉCLIPSE DI LA FOI CHRÉTIEimE EN GAULE APRÂS LA PERSÉCUTION DE MARC-AURÈLE. — LES SEPT EVÉQUBS MIS* SIONNAIRES.
La piété et la science de saint Irénée, successeur de saint Pothin à Lyon, donnèrent sans doute une nouvelle vigueur à TÉgUse des Gaules. On sait qu'il y assembla des conciles; ce qui prouve qu'il y avait des évoques établis en plusieurs lieux, et il dit luimême qu'il y avait alors des Églises fondées dans la Germanie et parmi les Celtes ^ TertuUieii, qui n'est postérieur que de peu d'années, dit aussi que les diverses nations des Gaules étaient soumises à Jésus-Christ.
Cependant, soit que la persécution de Sévère eût emporté un fort grand nombre de chrétiens, soit qu'après la mort de saint Irénée il se trouvât peu de
1. Il périt dans la cinquième persécution, qui dura de 199 à 202, sous Septime Sévère.
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chrétiens dans les Gaules capables de maintenir et d*étendre la foi; on n'y voyait vers le milieu du ni* siècle que peu d'églises et un assez petit nombre de fidèles. G'.est ce que nous lisons dans les Actes de saint Saturnin et ce que confirment saint Germain de Paris et sept autres des principaux évêques de Gaule^ écrivant à sainte Radegonde (vers le milieu du vi« siècle) que la foi ayant commencé à être plantée dans les Gaulés dès la naissance de la religion chrétienne, la connaissance de la vérité s'y répandit néanmoins dans peu de personnes jusqu'à l'arrivée de saine Martin.
Cet état des Églises des Gaules toucha les évêques des pays voisins, et l'on donna, dit saint Grégoire de Tours, l'ordination épiscopale à sept personnes pour les envoyer prêcher dans les Gaules. Ces sept évêques sont saint Catien de Tours y saint Trophime d' Arles, saint Paul de Narbonne, saint Saturnin de Tou- Fig. 6. — Insignes des évoques, louse, saint Denvs de Paris, ,^T;.„''v"':Jr..er """"samt Austremoine de Cler, mont et saint Martial de Limoges. Saint Grégoire de Tours nous apprend qu'ils furent envoyés par les évêques de Rome, et Fortunat (qui vivait à la même époque) dit que saint Saturnin fut envoyé de Rome. Il en est de même pour la plupart des autres : ainsi il parait que c'était la croyance commune dès le vi« siècle au moins. *
Il j avait sans doute aussi une tradition, dans les Églises de France^ qui voulait que ces sept évêques y fussent venus à peu près dans le même temps,
c'est-à-dire vers Tan 250. On peut donc penser qu'Us avaient été envoyés ou tous ensemMe, ou séparément, durant la paix liont l'Église jouit sous Philippe ; ce fut sans doute par le pape saint Fabien^ qui occupa le siège de Rome de l'an 236 jusqu'au commencement de 250. Le martyrologe romain dit que c'est lui qui a envoyé saint, Catien.
Ces sept évoques furent envoyés dans les Caules comme des apôtres et des'évangélistes, pour prêcher l'Évangile partout où l'Esprit de Dieu les conduirait, sans qu'il soit nécessaire de croire quion les ait destinés à Rome pour de certaines églises. Mais, s'étant ensuite arrêtés particulièrement en de certains lieux, ou les ayant consacrés par leur martyre, ils en ont été considérés comme évéques.
Ces saints sont même honorés dans chacun de ces lieux, comme en étant les apôtres et les premiers évêques, soit qu'effectivement ils y aient les premiers prêché la foi et formé l'Église, soit qu'ils aient seulement achevé ce que d'autres avaient commencé et aient rétabli ce que le défaut de ministres ou d'autres causes pouvaient avoir interrompu, car il est fort possible qu'il y eût déjà eu des chrétiens à Toulouse, à Paris et autres lieux, surtout à Arles, avant qu'ils y vinssent. Il n'est pas impossible même qu'il y eût eu aussi des évêques, mais qui n'avaient point laissé de successeurs. Ces sept évêques peuvent avoir été accompagnés de plusieurs personnes et ministres inférieurs. En effet, les actes de saint Fuscien et saint Victoric portent que non-seulement ces deux saints, mais encore saint Crépin et saint Grépinien, saint Rufin et saint Val ère, saint Lucien de Beauvais, saint Régule ou Rieule, saint Quentin, saint Piaton et saint Marcel, sont vemis de Rome avec
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saint Denys. Il est vrai que Ton peut bien avoir fait compagnons de la mission de saint Denys ceux qui ont eu seulement quelque liaison avec lui ou qui ont pris quelque part dans ses travaux, soit qu'ils fussent venus de Rome comme lui, soit qu'il les eût trouvés ou les eût formés dans les Gaules.
§ 2. — sAms DEMYS, l'apôtre des gaules.
Il y a quelque apparence que ces sept apôtres des Gaules arrivèrent d'abord à Arles et y établirent peut-être saint Trophime pour évéque. D'après une tradition, saint Denys, y étant arrivé avec ceux qui l'accompagnaient, y trouva quelque chrétiens, y prêcha quelque temps l'Évangile avec beaucoup de fruit et y consacra une église. On trouve même dans les Diptyques * de l'Église d'Arles un Denys mis à la tête des évoques de cette Église avant saint Trophime, ce qui peut donner lieu de croire que saint Denys était le chef de cette mission. De là ce titre d'apôtre des Gaules qu'en lui a donné. Ce qui est certain, c'est que, des «ept évoques qui vinrent avec lui, c'est lui qui a porté le plus loin la prédication de l'Évangile.
§ 3. — SAINT DEKTS ÉVANOiLISE PARIS ; iOll HARTTRB.
Les autres étant demeurés dans les pays plus méridionaux, il s'avança jusqu'à Paris, accompagné des onze saints cités plus haut, s'il en faut croire les Actes de saint Fuscien et saint Yictoric. Ceux de saint
1. Ce sont, à proprement parler, les registres des églises primitives, relatant leur histoire.
Denys disent, en outré, qu'avant de venir à Paris il avait déjà souffert beaucoup pour la foi, et ils portent qu'on tenait que ce saint avait été envoyé prêcher la parole de Dieu aux Gentils par les successeurs des apôtres, c'est-à-dire par Its évêques de Rome, comme on ]e trouve dans Usuard, dans Adon et dans les actes de divers saints dont on le fait compagnon. Ils ajoutent que, étant arrivés à Paris, il y convertit beaucoup de personnes par ses prédications et par ses miracles; qu'il y établit un clergé, et qu'il y bâtit même une église, n'y en ayant point eu jusqu'alors. La tradition ne nous apprend point où était cette église, qui fut apparemment ruinée avec les autres en l'an 303. La vie de saint Marcel donne quelque lieu de croire que sous Prudence, prédécesseur de ce saint, et sur la fin du iv^ siècle, l'Église cathédrale n'était pas fort éloignée de la Seine.
Les Actes de saint Denys disent encore qu'une persécution s' étant tout d'un coup élevée contre l'Église, comme on cherchait partout les chrétiens dans l'Occident, les pei-sécuteurs trouvèrent saint Denys à Paris et le prirent, avec saint Rustique, prêtre., et saint Éleuthère, archidiacre. Ils confftasèrent tous ^fois la foi qu'ils enseignaient, et, après avoir été éprouvés par les fouets et plusieurs autres supplices, ils eurent la tête tranchée. La tradition de l'Eglise de Paris est que saint Denys fut quelque temps en prison dans le lieu qu'on appelait Saint-Denys-de-la-Chartre. Le nom de ce lieu et ^ situation basse près de la rivière donnent en effet sujet de croire que c'a été autrefois une prison et un cachot, ce qui ressort également des actes de la fondation de cette église sous le roi Robert. Par un autre acte de l'an 1200, on voit que la créance commune de ce temps-là était que le heu
précis où saint Denys avait été mis en prison était l'église de Saint-Symphorien, près de Saint-Denys-dela-Ghartre. Le juge qui condamna saint Denys s'appelait Fescenninus selon Usuard, et Sicinnius Fescenninus selon Adon.
Saint Grégoire de Tours dit, comme ces Actes, que saint Denys souffrit divers supplices pour Jésus-Christ et eut enfin la tête tranchée. Bède et les autres écrivains postérieurs lui donnent pour compagnons de son martyre saint Rustique, prêtre, et saint Eleuthère, diacre. On trouve le même détail dans quelques exemplaires du martyrologe de saint Jérôme. D'autres ne donnent à saint Rustique que le titre de confesseur et le mettent après saint Eleuthère. Néanmoins la vie de sainte Geneviève, écrite au comnaencement du vi« siècle, porte que saint Denys avait souffert et avait été enterré avec saint Rustique et saint Eleuthère, ses compagnons. Ils sont nommés tous deux avec saint Denys dans les litanies, et même dans le canon d'un sacramentaire de Saint-Martin de Tours, écrit au plus tard sous Gharles le Chauve. On les trouve de même dans des litanies qui peuvent avoir été faites il y a mille ans, ot dans plusieurs monuments du viii^ siècle et du ix« siècle.