FONDATION DE LA BASILIQUE DE SAINT DENTS
Quand la persécution fut passée, la même dame, ajoutent les Actes, fît faire un tombeau sur le lieu de leur sépulture, et les chrétiens ensuite y bâtirent une église. Ce furent les habitants de Paris qui la firent bâtir (vers la fin du v® siècle), à la sollieitaiion d«
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sainte Genevièfve, qui avait une grande déyotion pour le lieu où saint Denys avait souffert et où il était enterré, avec saint Rustique et saint Éleuthère, ses compagnons; et elle le regardait comme un lieu qui devait imprimer la terreur et le respect. Cette église fut le fruit de la foi de sainte Geneviève aussi bien
Fig. 8. — Type des anciennes basiliques. — Basilique primitive de Saint-Pierre de Rome.
que de ses soins, et Dieu l'honora de divers miracles, tant durant qu'on la bâtissait qu'après qu'elle fut bâtie. Sainte Geneviève venait quelquefois la visiter, et même durant la nuit. Cette église devint fort célèbre et fort honorée de tout le monde dès le temps des premiers rois de France. On y venait en pèlerinage des extrémités de la Gaule, comme on le voit
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parla vie de saint Marius, abbé de Beuvôns, au diocèse de Sisteron en Provence, qui y vint vers le temps de Clovis I»"", et, étant tombé malade avant de sortir de Paris, il fut guéri par saint Denys.
On y venait faire serment pour les choses que Ton ne pouvait découvrir par aucun moyen humain. Saint Grégoire de Tours en raconte une histoire «irivée vers le commencement du règne de Chilpéric. Il rapporte aussi quelques exemples de la justice divine contre ceux qui l'avaient pillée. Il y en eut un, entre autres, qui voulut prendre «ne colombe d'or qui' était sur le tombeau du saint (c'était peut-être le lieu où était le Saint- Sacrement, qui se mettait souvent dans des colombes); il fut frappé de mort. Le fils du roi Chilpéric et le roi Dagobert ont été enterrés en cette église.
Le tombeau du saint y était couvert de riches ornements. Il était en forme de tour, ou orné de diverses petites tours. Saint Éloi prit plaisir à l'enrichir extrêmement et en fit un des plus précieux ornements de la France.
§ 6. — FABLES AJOUTÉES A l'hISTOIRB DE SAINT DENTS ; LIEIT DE SA MORT, DE SA SÉPULTURE ET DE SA PREWÈRE ÉGUSE.
Hilduin dit beaucoup de particularités du martyre de saint Denys et lui fait souffrir bien des tourments *. Le four que l'on faisait voir à Saint-Denys-du-Pas ne peut donner aucune certitude de ce que prétend Hilduin, qu'il fut jeté dans un four ardent sans en souf-
1. Il n'en existe aucune mention dans ses Actes, qui sont d'autant moins suspects qu'ils se rapprochent plus de son temps.
frîr aucun mal. Les Actes ne disent point qu'il ait pris sa tête entre ses bras et qu'il ait marché quelque temps en cet état, comme on le lit dans Hilduin, qui écrivait au ix« siècle. Ce n*est qu'une fantaisie des peintres, qui lui ont mis la tête dans ses mains pour montrer qu'on la lui avait coupée; sur quoi, on a ensuite fondé ce qu'on lit dans Hilduin. D'autres supposent aussi que c'est une pure fiction et croient qu'elle peut venir de cette parole métaphorique de saint Ghrjsostome : que les martyrs portent leurs têtes coupées en leurs mains et les offrent à Dieu. On voit par l'exemple de saint Ferréol de Vienne qu'en enterrant les martjrrs on leur mettait la tête entre les mains.
« Parmi les auteurs anciens i qui ont parlé du martyre de saint Denys et de ses compagnons, Hilduin a le premier désigné Montmartre comme le lieu de ce martyre. Bien qu'une charte du roi Robert vienne attester le même fait, bien que deux églises du titre de Saint-Denys existant sur la colline du temps de Louis le Gros, montrent clairement l'accord de la tradition avec les textes, quelques écrivains modernes, contestant l'autorité d'Hilduin, ont cherché ailleurs qu'à Montmartre le lieu de la passion de saint Denys. Mais il y a un fait ancien et méconnu, qui paraît contenir l'indication antique et précise du lieu où l'apôtre des Gaules a souffert pour la foi, et la preuve de la vénération attachée à ce lieu dès les premiers âges de l'Église.
1. Toute la fin du paragraphe est extraite des Inscrip' lions chrétiennes de ta Gaule de M. Leblant, membre de rinstitut.
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c( Élevée^ comme le montre un tableau de 1410, sur le versant de Montmartre, la chapelle du saint martyr est nommée, dès la fin du xi© siècle, dans la donation qu'en firent alors des laïques à T abbaye de Saint- Martin-des-Champs. Les dispositions 4^ cet acte montrent que le sanctum martyrium^ dont tout vient attester d'ailleurs l'antiquité , était encore à cette époque visité pai* de nombreux fidèles, qui y apportaient leurs offrandes.
« La chapelle de Montmartre fut, en 1611, le théâtre d'une découverte constatée par procès-verbal et souvent mentionnée par les écrivains , mais demeurée sans explication jusqu'à ce jour.
« L'an mil six cent onze, dit le procès-verbal rapporté par du Breuil, le treizième jour de juillet... mesdames les religieuses de Montmartre... [voulant faire agrandir et accroistre leur chapelle du martyre de monsieur sainct Denys et ses compagnons, vulgairement dite la chapelle des Saincts-Martyrs... les massons^ travaillant aux fondements des murs nécessaires pour faire ledict accroissement, auroient trouvé au delà du bout et chef de ladicte chapelle , qui regarde du costé du levant, une voulte sous laquelle il y a des degrez pour descendre soubs terre en une cave... en laquelle voulte.., nous serions descendu... et aurions trouvé que c'étoit une descente droitte, laquelle a cinq pieds un quart de largeur. Par laquelle serions descendu trentersept dagrez faicts de vieille massonnerie de piastre, gastée et escornée; le dessus de laquelle descente est voulté, et au bas de laquelle descente aurions trouvé une cave ou caverne prise dans un roc de piastre tant par le haut que par les costés et circuit d'icelle. Laquelle... a de longueur <}epuis rentrée jusques au bout qui est en tirant vers
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la closture desdictes religieuses, trente-deux pieds. L'entrée de laquelle a huict pieds de largeur; et en un endroit distant de ladicte descente de neuf pieds, elle a de largeur seize pieds, et le surplus dlcelie va en estressissant, en sorte qu'au bout, vers la closture desdictes religieuses, elle n*a que sept pieds de largeur. Dans laquelle caye, du eosté de Torient, il y a une pierre de piastre bicomue, qui a quatre pieds de long et deux pieds et demy de large, prise par son milieu, ayant six poulses d'espaisseur, au-dessus de laquelle, au milieu, il y a une croix gravée avec un sizeau, qui a six poulses en quarré de longueur et demy poulse de largeur. Icelle pierre est élevée sur deux pierres de cbacun costé, de moiUon de pierre dure, de trois pieds de hault, appuyée contre la roche de piastre, en forme de table ou autel : et est distant de ladicte montée de cinq pieds vers le bout de laquelle cave, à la main droite de l'entrée, il y a dans la dicte roche de pierre une croix, imprimée avec un poinsson au cousteau, ou autre ferrement ; et y sont ensuite ces lettres MAR. Il y a apparence d'autres qui suivoient : mais on ne les peut discerner. Au même costé, un peu distant de la susdicte croix, au bout de ladicte cave, en entrant, à la distance de vingt-quatre pieds, dès l'entrée, s'est trouvé ce mot escrit de pierre noire sur le roc : CHEMIN, et au costé dudict mot y am^oit eu quelque forme de lettres imprimées dans la pierre avec la pointe d'un cousteau ou autre ferrement où il y a DIO, avec autres lettres suivantes qui ne se peuvent distinguer. La hauteur de la cave en son entrée est de six pieds jusqu'à neuf pieds en tirant de ladicte entrée vers le bout de ladicte cave. Le surplus jusques au bout est rempli de terre et de gravois, etc. »
« La nouvelle de la découverte attira en ce lieu un nombre considérablç de visiteurs, parmi lesquels figuraient la reine Marie de Médicis et plusieurs dames de qualité. Nous avons encore une preuve de la sensation produite par cet événement, dans une jolie gravure au burin donnant une vue de Montmartre et de la crypte, gravure que Nicolas de la Matthonière fit immédiatement exécuter par Jean de Halbeeck et qui, imprimée sur une feuille volante, avec une courte notice, fut répandue dans le public.
« Au premier coup d'œil jeté sur l'estampe, la pensée se reporte involontairement aux chapelles souterraines des catacombes. A Montmartre, de même qu'à Rome, la crypte est creusée dans le sol même; au-dessus d'elle, comme sur les cimetières romains, s'élève un martyrium ; auprès de la pierre qui sert d'autel, figure, dit la notice de la Matthonière, « une forme de fenestre pour mettre les burettes, » c'est-à-dire une de ces petites niches que l'on remarque dans les oratoires des catacombes et qui servaient à déposer les vases sacrés.
« Un dernier point de ressemblance résulte de la présence d'inscriptions tracées sur les parois. En cherchant au cimetière de Saint-Calixte les sanctuaires importants dont il soupçonnait l'existence, M. le chevalier de Rossi a retrouvé, dans une vigne récemment acquise par le saint-père, et sous deux anciennes basiliques chrétiennes, une chapelle souterraine, d'une dimension inusitée et d'une riche ornementation, qui avait servi àe lieu de sépulture à un grand nombre de papes et de martyrs du iii« siècle.
« Outre les épitaphes des chrétiens enterrés sous ces voûtes, écrit à ce sujet M. Noël des Vergers, plus de trois cents inscriptions, tracées à la pointe du stylet
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OU au charbon sur Fenduit qui recouvre les mui*ailles, témoignent de la piété des dévots visiteurs à Tépoque où la crypte était encore accessible et de leur vénération pour cette sainte chapelle. Il est difficile de ne p^s rapprocher de ces anciens actes de visite « les mots escrits de pierre noire sur le roc, ou imprimés dans la pierre avec la pointe d'un poinsson, ou Cousteau ou autre ferrement, » relatés par le procès-verbal de 1611. La ressemblance frappante des lieux, l'identité des procédés graphiques paraissent indiquer qu'à Montmartre, comme à Rome, des pèlerins ont laissé les marques de leur passage.
« Il faut donc voir dans la crypte de Montmartre un sanctuaire creusé aux premiers siècles sur la place, alors sans doute bien connue, où saint Denys et ses compagnons avaient souffert pour la foi; dans les inscriptions murales, les actes de visite des pèlerins qui y sont venus prier ; dans le sanctum martyrium^ un antique édifice s'élevant, selon la coutume, sur le lieu sanctifié par le martyre. »