LEXIL DE SAINT HILAIRE
Saint Hilaire fut donc banni au sortir du concile de Béziers, par la faction de Saturnin et des autres Ariens qui étaient avec lui (en l'an 356, avant le mois
Fig. 14. — Suzanne, d'après an bas-relief d'Arles.
de juin). Il se résolut fort volontiers à Texil, plutôt que de céder à ceux qui le voulaient contraindre de consentir à Fimpiété. Il eût même été fort content de demeurer toujours banni, pourvu qu'il pût contribuer, à l'éclaircissement de la vérité. Il eut pour associé dans son exil Rhodane, évêque de Toulouse. Ce prélat, qui était d'un naturel plus doux, et plus facile à dompter, résista aux ennemis de la foij plutôt, dit Sulpice Sévère, par l'union qu'il avait avec saint
Hilaire que par son propre courage. Il mourut dans la Phrygie, où il avait été relégué. <.
Constance, non content d'avoir privé l'Église de Toulouse de son pasteur, y exerça sa fureur par d'étranges violences : les clercs furent battus à tîoups de bâton; les vicaires eurent tout le corps meuïtri avec des fouets armés de plomb; et les sacrilèges portèrent leurs mains jusque sur Jésus-Christ même. Néanmoins rien ne fut capable d'ébranler la fermeté des prélats de Gaule. Quelque violence que Saturnin pût faire, ils ne voulurent jamais le recevoir dans leur communion. Ils demeurèrent au contraire trèsfermes et dans la foi et dans la communion de saint Hilaire. Ils prirent à son exil la part qu'y doivent prendre des frères et ils ne souffrirent point que l'on mît un autre évêque en sa place, puisque le saint témoigne à Constance, en l'an 360, qu*î! distribuait tous les jours la communion à soa Église par ses prêtres.
Saint Hilaire, de sa part, prit le soin de leur écrire souvent de divers endroits, pour les informer des desseins qu'il prenait avec les bons évêques d'Orient pour la défense de la foi, et combien, parmi tous 'ces troubles, le diable faisait produire d'impiétés et de blasphèmes. Il en reçut aussi des réponses dignes de ces grands prélats, quoiqu'elles vinssent plus rarement et plus tard qu'il ne souhaitait, à cause de l'éloignément des lieux et de la difficulté qu'il y avait de le trouver dans le secret de sa retraite.
§ 5. — SAINT HUiAIRE RETABLIT l'ÂGUSE ET LA FOI. CONCILE DE PARIS.
Samt Hilaire revint à Poitiers dès Tan 360. On peut juger quelle joie toute l'Église de Gaule, et celle de
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Poitiers en particulier, eurent du retour de ce saint confesseur. Les peuples, qui se regardaient comme exilés par la privation de leur pasteur, crurent recevoir la liberté de revoir leur patrie, lorsqu'ils virent revenir ce grand évêque.
Saint Hiiaire n'eut pas de désir plus pressant que de réparer les ruines que l'Arianisme avait faites à rÉglise. La révolte de Julien, qui prit le titre d'Auguste dans les Gaules l'an 360, put bien faciliter cette tâche 1. Saint Hiiaire assembla pour ce sujet divers conciles dans les Gaules, et là, presque tous les évoques ayant reconnu l'erreur où ils étaient tombés, il rétablit la foi de l'Église en l'état où elle était auparavant. Saturnin, évêque d'Arles, s'opposait à un dessein si salutaire. 11 fut chassé de l'Église par tous les évêques de Gaule. Ainsi les forces du parti des Ariens se trouvèrent abattues par la perte de celui qui en était le chef dans la Gaule. Paterne, de Périgueux, qui n'avait pas moins de fureur que lui et qui faisait une profession ouverte de l'hérésie, fut aussi déposé de l'épiscopat, et on pardonna à tous les autres.
Nous ne trouvons plus rien de ce qu'a fait saint Hilaii*e jusqu'à sa mort (368) ; il mourut à Poitiers, dans sa patrie, plein de sainteté et de foi; Fortunat rapporte que, dans le moment de sa mort, il entra dans sa chambre une lumière si brillante qu'on n'en pouvait supporter l'éclat. On n'a que des données peu précises sur l'endroit où repose L» corps de cet évêque, qui avait joué un rôle si important dans les affaires religieuses de la Gaule.
1. Voir le volume suivant de la présente collection : L'empire romain et les invasions baroares.