‹ L'histoire de FranceChapitre 79 sur 140 · Probablement San^^ar, ou bien Zom-Bathel , en Hongrie · texte numérisé non relu

Probablement San^^ar, ou bien Zom-Bathel , en Hongrie

Quelque amour qu'il eût pour la retraite, il fut contraint à quinze ans de s'engager dans la milice, où il demeura environ cinq ans, près de trois ans jusqu'à son baptême, qu'il reçut âgé de dix-huit ans (en 334) et deux ans encore depuis; c'est-à-dire qu'il s'est retiré âgé de vingt ans, en 336, à la fin du règne de Constantin. On sait avec quelle vertu il vécut étant dans les troupes. Car l'action célèbre qu'il fît étant encore catéchumène, lorsqu'il donna à un pauvre la moitié de sa casaque à la porte d'Amiens, ne fut pas la seule occasion où il fit paraître alors sa vertu. Ce fait nous apprend que saint Martin était enrôlé dans les armées des Gaules. Les fidèles bâtirent depuis un oratoire au lieu où il avait revêtu le pauvre, et on y établit des religieuses, qui honoraient la pauvreté de saint Martin par la leur. Après son baptême, il n'attendit deux ans pour quitter les troupes qu'afln d'attirer avec lui son tribun, qui voulait aussi se retirer. Il demanda son congé la veille d'une libéralité, que le prinae, sans doute le jeune Constantin, devait faire aux soldats.

§ 2. — SAINT MARTIN SE RETIRE AUPRÈS DE SAINT HILAIRE DE POITIERS ET CONFESSE LA FOI EN ILLYRIE.

Sulpice Sévère dit que saint Martin, ayant quitté les armes, se retira auprès de saint Hilaire, évêque de Poitiers. Saint Hilaire, ayant connu le mérite de celui que l'estime de la vertu lui avait acquis pour disciple, voulut l'attacher à son Église en l'élevant au diaconat; mais tout ce qu'il put obtenir de l'humilité de Martin fut de lui faire accepter le rang d'exorciste, n fut même obligé de consentir peu après que

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saint Martin se séparât de lui pour aller travailler en Illyrie à la conversion de sa famille; mais ce ne fut qu*en Fobligeant par beaucoup de larmes à lui promettre de revenir. Il convertit, en passant les Alpes, un voleur qui le voulait dépouiller, et fit fuir le démon qui voulait l'intimider par ses menaces, en lui répondant qu'il ne craignait rien, parce que Dieu était son secours. Il n'eut pas la gloire de gagner son père à Dieu, mais sa charité fut plus efficace à l'égard de sa mère et de beaucoup d'autres.

Saint Martin acquit dans l'Illyrie le titre de confesseur , en souffrant publiquement le fouet pour la divinité de Jésus-Christ, contestée par les hérétiques ariens, et il se trouva seul à y défendre cet article capital de la foi contre la perfidie des prélats Orsace et Valens, évêques de cette province. Saint Paulin appelle saint Martin un très-illustre confesseur. Ce qu'il souffrit d'Auxence de Milan, et la mort à laquelle il s'exposa depuis plusieurs fois, non-seulement lui ont confirmé ce titre, mais l'ont fait juger digne de la gloire et de la couronne des martyrs.

§ 3. — SÉJOUR DE SAINT MARTI5 A MILAN. — SON RETOUR A POITIERS. — FONDATION DU PREMIER MONASTÈRE DE GAULE.

Il se retira à Milan vers la fin de 356, après avoir appris que saint Hilaire avait été banni, et y vécut quelque temps dans la solitude. Auxence, qui l'en chassa, avait été établi sur le siège de cette Église en 355, et il y demeura jusqu'en 374, époque oCi la mort le contraignit de le céder à saint Ambroise.

L'île Gallinaire, où saint Martin se retira après qu' Auxence l'eut chassé de Milan, est une petite île

déserte de la mer de Toscane auprès d'Albenga sur la côte de Gênes. Mais, comme il avait promis à saint Hilaire de retom^ner avec lui, dès qull sut que Constance Tavait renvoyé en son Église, ce qui se fit en 360, il alla au-devant de lui jusqu'à Rome. Il y apprit que saint Hilaire était déjà passé, il le rejoignit et le suivit à Poitiers.

Comme la solitude faisait dès Fenfance toutes ses délices, il établit un monastère auprès de Poitiers, environ à deux lieues de la ville. Il subsistait encore du temps de saint Grégoire de Tours, qui en parle. Saint Martin y réunit des moines, en forma ainsi le premier monastère que nous sachions avoir été établi en Gaule. On peut dire même que ce monastère est le premier de l'Occident, s'il est vrai, comme le dit Sozomène, que, jusqu'au temps de Constance et de saint Martin, cette partie du monde n'avait point encore de congrégations de moines.

§ 4. — FONDATION ET PREMIERS TEMPS DE l'ÉGLISE DE TOURS. .SAINT MARTIN, ÉVÉQUE DE CETTE VILLE.

L'Église de Tours, que le nom de saint Martin a rendue si célèbre, a eu pour premier évoque saint Catien, qui y vint de Rome vers le temps de Dèce, comme saint Grégoire, l'un de ses plus illustres successeurs, le dit souvent, c'est-à-dire vers l'an 250. Il y demeura cinquante ans, parmi les persécutions continuelles des paysans.

Après sa mort, qui doit être arrivée vers l'an 300, son siège vaqua durant trente ans, les persécutions des païens, qui y étaient les maîtres même sous les empereurs chrétiens, ayant empêché durant tout ce tempslà que la ville de Tours ne jouît de la bénédiction

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épiscopale ; car les fidèles étaient alors contraints de se cacher pour célébrer l'office divin, et quand les païens reconnaissaient que quelqu'un avait embrassé la foi, ou ils le déchiraient à coups de fouet, ou même ils lui ôtaient la vie par Fépée.

Enfin néanmoins saint Lidoire (ou Litoire), qui était de Tours même, en fut ordonné le second évêque vers le commencement de Tan 338, et gouverna cette Église durant trente-trois ans, jusqu'à la huitième année de Valentinien I®' en. 371 ou 372. C'était un homme de grande piété, et, comme de son temps le nombre des chrétiens se trouva fort augmenté, il fit bâtir le premier une église dans la ville, s' étant servi à cet effet de la maison d'un sénateur. Cette égiise porta depuis son nom, et il y fut enterré après sa mort. Saint Grégoire lui donne le titre de saint et témoigne que la ville de Tours célébrait sa fête en l'église de son nom (13 septembre).

L'Église de Tours étant donc vacante par la mort de saint Lidoire, saint Martin en fut établi le troisième évoque par les suffrages de tout le peuple de Tours et même des villes voisines. Il fallut user d'artifice, tromper sa charité, et employer même la violence pour l'arracher du r^pos de son monastère. Il fut sacré le mercredi 4 juillet, selon saint Grégoire de Tours et les martyrologes de Bède, de saint Jérôme, d'Osoard, d'Adon, et de plusieurs autres, car l'Église a fait une mémoire salennelle de cette ordination.

§ 5. — SAINT MARTIN FONDE l' ABBAYE DE MARMOUTIER ET VA A LA COUR DE VALENTINIEN.

Après l'ordination de saint Martin, saint Sulpice place la fondation du monastère que ce saint établit

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de Tautre côté de la Loire, c'est-i^-dire de la célèbre abbaye de Marmoutier. Il y bâtit une église en l'honneur de saint Pierre et de saint Paul. 11 établit ce monastère afin de continuer toujours les saints exercices de la vie religieuse, dont il ne voulut rien diminuer, joignant Thumilité d'un moine avec l'autorité et la dignité de l'épiscopat. Il y avait assemblé quatre-vingts religieux, dont plusieurs furent ensuite faits évoques de diverses villes. Ils étaient nourris par l'Église, sans avoir rien qui appartint à la communauté, et le saint ae souffrait pas même qu'on y reçût des aumônes, dans quelque nécessité que fût la maison.

Il parait qu'il faisait sa demeure ordinaire dans ce monastère, et que c'était de là qu'il partait pour venir à l'église faire le service. Quand il était arrivé, en attendant que le peuple fût assemblé et qu'il fût temps de commencer l'office, il demeurait seul dans une sacristie, tout debout, ne s'asseyant jamais ni dans ce lieu ni dans l'église. Dans son logement, qui était environné d'une fort petite cour, il s'asseyait sur un petit siège de bois. Lorsqu'il allait à la campagne, c'était toujours en la compagnie d'un grand nombre de ses saints disciples, c'est-à dire de ses moines, mais en sorte néanmoins qu'il marchait toujours seul séparé des autres. Outre ce que saint Sulpiee dit de l'autorité de saint Martin et de ses dbciples, saint Paulin écrit à saint Sulpice môme qu'il n'eût pas désiré, comme il faisait, la compagnie du très-heureux Martin, s'il n'eût méprisé la faim et la délicatesse des viandes.

Valentinien l*' régnait lorsque saint Martin fut élevé à l'épiscopat. Il était même alors dans les Gaules et y demeura jusque vers le printemps de l'an 373, qu'il

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passa en Italie. Il en revint Tan 374, au printemps, et y fut encore environ un an. Son séjour ordinaire était la ville de Trêves. Ce prince aimait Tordre et la discipline en toutes choses, et il avait du zèle pour la foi catholique, dans laquelle il avait été baptisé. Mais il était dur et cruel, et l'impératrice Justine, sa seconde femme , était arienne. Saint Martin ayant donc été obligé d'aller à la cour pour quelque affaire dans le commencement de son épiscopat, c'e«t-à-dire dans les premiers mois de l'an 373, cette princesse indisposa tellement son mari contre lui, qu'on lui refusa même plusieurs fois l'entrée du palais ; mais ses prières la lui ouvrirent enfin. Valentinien, qui reconnut la majesté de Dieu en sa personne par des signes extraordinaires, lui accorda au delà de ce qu'il demandait et lui offrit beaucoup de présents, que le saint refusa, parce que la pauvreté lui était plus chère que toutes choses.

8 6. — SAINT MAKTÏN DÉTRUIT LES SUPERSTITIONS ET l'idolâtrie DANS LES GAULES.

11 y avait près de Tours un autel dressé sur le tombeau d'un homme qu'on honorait comme un martyr, sans qu'on eût cependant aucune connaissance particulière de ce qu'il avait fait pour mériter ces honneurs. Le saint, qui n'avait pas moins de sagesse que de piété, ne voulut ni s'opposer à cette dévotion populairsy ni l'autoriser jusqu'à ce qu'il e» eût su l'origine. Dieu lui découvrit que ce prétendu martyr était un voleur exécuté pour ses crimes, et alors il fit ôter l'autel et délivra son peuple de cette superstition.

Saint Sulpice raconte ensuite divers miracles de saint

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Martin qui regardent la destruction* de Tidolâtrie ; car, quoique le christianisme eût été prêché dans les Gaules dès les premiers temps de l'Éghse, quoiqu'il y eût été étahli et entretenu par le sang de beaucoup de martyrs et par les prédications de plusieurs illustres évêques; quoiqu'il s'y fût sans doute beaucoup augmenté depuis que les empereurs furent devenus chrétiens , néanmoins peu de personnes y connaissaient encore là vérité en comparaison du grand nombre des idolâtres, jusqu'à ce que Dieu eût choisi saint Martin par un effet tout particulier de sa miséricorde et l'eût tiré du lieu de sa naissance pour l'envoyer éclairer les Gaules. Les évêques du vi« siècle qui signalent ce fait ajoutent que Sodnt Martin, quoique postérieur aux apôtres, n'a pas laissé de posséder une grâce apostolique. S'il leur a été inférieur dans l'ordre, la gloire dont il a été récompensé a suppléé à ce défaut. Voilà le témoignage que rendent à saint Martin les plus saints et les plus savants prélats de leur siècle.

Valentinien défendit les sacrifices profanes dans les dernières années de sa vie, qui étaient les premières de l'épiscopat de notre saint; mais du reste il laissait aux païens un assez libre exercice de leur religion. Leurs statues, leurs autels, leurs temples subsistaient encore, et on souffrait qu'ils promenassent solennellement leurs idoles par les campagnes. Ce fut donc saint Martin qui, comme un nouvel apôtre, vint détruire le règne du démon et remplir non-seulemeot de chrétiens, mais même de saints moines , des pap entiers où le nom de Jésus-Christ n'avait presque pas encore été connu.

C'était particulièrement à la campagne que le démon régnait alors; son culte était presque banni des villes par la présence et la sollicitude des évêques,

d'où vient que Ton commençait déjà à donner aux idolâtres le nom de payens, qui dans son origine signifie des paysans. Aussi il semble que saint Martin

Fig. 16. — ÂDneau chrétien.

Fig. 17. — Anneau en ivoire trouvé à Lyon.

se soit principalement appliqué à détruire Tidolâtrie à la campagne , où toutes les histoires que saint Sulpice rapporte de lui se sont passées. C'est donc pro-

Fig* 18. — Bagues du iii« siècle, appartenant au cardinal de fionald.

prement de la campagne qu'il peut être appelé le prédicateur et l'apôtre, ce qui ne lui est pas peu glorieux; et rien ne convient mieux à cet amour de l'humilité et de la pauvreté qui paraît avoir été son caractère particulier*

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Saint Sulpice décrit avec étendue le miracle qu'il fit en faisant tomber d'un autre côté un arbre qui était prêt à Fécraser. Ce fait acquit à Jésus-Christ un grand nombre de païens qui le virent , et presque tous les habitants des pays voisins, où il n*y avait auparavant que très-peu de chrétiens et qui furent aussitôt remplis d'églises et de monastères bâtis sur les ruines des temples. Dans le même temps, ayant mis le feu à un temple fort ancien, il Tempêcha de passer à une maison qui le joignait. Il eut besoin de demander à Dieu Fassistance de ses anges pour démolir un autre temple en un village qu'on croit être Loroux, près de Mantelan, en Touraine; mais aussi le secours visible qu'il en reçut convertit presque tous les païens qui s'étaient opposés à cette démolition. Il obtint encore que Dieu détruisît par des miracles visibles le temple d'Amboise et une colonne sur laquelle il y avait une idole. Il ruinait les temples jusqu'en Bourgogne et dans le pays d'Autun, où il présenta une fois la tête à un paysan, qui l'eût tué si Dieu ne l'eût renversé par terre. En une autre occasion semblable, le fer dont on le voulait percer échappa à l'homicide et disparut même. Outre les temples qu'il détruisit, il y en eut plusieurs qu'il fit détruire par ceux mêmes qui étaient venus pour les défendre, après les avoir touchés par la force de ses prédications et leur avoir fait connaître la vérité. 11 semble qu'il se fût fait une règle de n'entrer jamais chez un païen. Ce fut pour convertir on grand bourg sur le chemin de Chartres, dont tous les habitants étaient païens, qu'il -ressuscita un enfant mort, à la vue de tous ces païens qui étaient venus au-devant de lui, et, après ce miracle, il leur imposa les mains à tous en pleine campagne pour les faire catéchumènes. Après que le saint avait détrait an

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temple, il faisait aussitôt bâtir en la place une église ou un monastère. C*est de cette sorte qu'il bâtit des églises à Langest, à Sonne, à Amboise, à Chizeausur-le-Cher, à Toumon et à Cande, tous lieux de son diocèse. Il a consacré l'autel d'un lieu nommé Sirojabe. Il paraît qu'il y avait aussi un monastère h Amboise. Le prêtre Marcel restait au même lieu; mais il n'osa entreprendre d'y ruiner le temple des idoles, quoique le saint l'en pressât souvent.

g 7. — SAINT MARTIN VA A TRÊVES ; IL MAN6Ë A LA TARLB DE l'empereur maxime.

L'an 383, Maxime se révolta contre Gratien dans la Grande-Bretagne. Il passa aussitôt en Gaule, où il vainquit Gratien; et ce prince ayant été tué à Lyon le 25 août de la même année, il demeura maître absolu des Gaules, de la Grande Bretagne et de l'Espagne. Il établit le siège de son empire à Trêves, où beaucoup d'évêques le vinrent aussitôt trouver de divers endroits, pour obtenir de lui la grâce des criminels, la liberté des prisonniers, le soulagement des personnes accablées, quelque consolation pour les affligés, le retour et le pardon des exilés, les biens et la vie de ceux qui avaient eu le malheur d'être proscrits. Mais, à force de solliciter, ces prélats commencèrent à dégénérer de leur sainte fermeté et à l'avilir par des flatteries, des bassesses et des déférences, plus dignes de l'asservissement de ces courtisans ambitieux que de l'ancienne gravité des évêques. Tout le inonde remarqua cette lâche complaisance des prélats et cet avilissement indigne de la dignité sacerdotale. Il n'y eut que saint Martin qui soutint l'honneur et

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rantorité de son ministère apostolique, par une générosité convenable à son caractère, et qui, en s'humiliant et se rabaissant aux yeux de Jésus-Christ, s*éleya toujours au-dessus du faite et de la vaine grandeur du siècle. Il était venu pour demander la grâce de quelques personnes, pour faire délivrer des prisonniers, rappeler des bannis et rendre des biens cx>nfisqués. Mais il sollicita ces grâces d^une manière si noble , qu'il parut plutôt commander que supplier. Ce saint orgueil le fit estimer de ceux mêmes qu'il paraissait mépriser, et l'empereur Maxime le pria plusieurs fois de venir manger à sa table. Son humilité lui faisait haïr et -éviter de recevoir des grands ces témoignages d'honneur. Mais, outre cette raison, il disait librement qu'il ne pouvait s'asseoir à la table d'un homme qui avait tué son prince, de peur de participer à son crime par cette espèce d'approbation. Il le faisait sans doute à l'imitation de saint Ambroise, qui, étant venu trouver Maxime sur la fin de l'an 383, avait refusé pour ce même sujet de communiquer avec lui. Néanmoins, comme Maxime tâchait de se justifier de sa révolte et de la mort de Gratien, saint Martin, vaincu ou par ses raisons ou par ses prières, consentit à aller manger chez lui. Maxime en fut si réjoui, qu'il convia à ce festin les plus illustres de sa cour, comme à une solennité extraordinaire. Il y avait entre autres son frère Uarcellin que Yalentinien loi avait renvoyé, son oncle paternel, et Évade, préfet du prétoire et depuis consul. On donna un siège à, saint Martin auprès de Maxime, à sa droite , seloa Paulin ; et un prêtre qu'il avait amené fut placé entre le frère et l'oncle de l'empereur.

Quand il fallut donner à boire, l'ofûcier qui avati cette charge présenta la coupe à Maxime» qui la âl|

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porter au saint éyêque, voulant la recevoir de sa main^ afin que, sanctifiée par Tattouchement d'one bouche si sainte, elle communiquât une bénédiction céleste au vin qu'on y avait mis. Mais le saint, après avoir bu^ ou plutôt après avoir un peu trempé ses lèvres dans la coupe, au lieu de la présenter à Maxime, qui l'attendait, la présenta à son prêtre, ne jugeant point qu'il y eût personne dans la compagnie qui fût plus digne de cet honneur que lui, et ne croyant pas lui pouvoir préférer ni aucun des grands, ni l'empereur même.

§ 8. — LUIPéllATlUCB OFFRE UN FESTIN A SAINT MAATINi

Maxime ayant obtenu du saint le pardon des crimes qu'il avait coinmis en acceptant Tempire, cultiva cette grâce en lui rendant tous les devoirs dont il se pou-* vait aviser. C'était pour cela qu'il le mandait sou* vent et le faisait venir en son palais, où il le traitait avec beaucoup d'honneur et de respect. Il ne s'entretenait avec lui que de la manière dont il faut passer cette vie, que de ce que nous avons à craindre et à espérer dans l'autre, que de la gloire des fidèles, que du bonheur étemel des saints. Dang les entretien* qu'ils eurent ensemble, le saint ne veulut point lui cacher ce que le Saint-Esprit lui faisait connaître ; et il l'assura que s'il passait en Italie pour faire la guerre à Yalentinien le jeune , comme il en avait déjà le dessein, il remporterait d'abord la victoire, mais qu'il périrait peu de temps après. Et cela ne manqua poipt d'arriver de la sorte.

La femme de Maxime (dont l'histoire ne nous a pas conservé le nom) ne témoignait pas moins de piété 4|ue son mari, ni moins d'amour pour le saint. Elle

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était appliquée jour et nuit à l'écouter, et imitant cette femme de l'Ëvan^ile, elle arrosait ses pieds de ses larmes, et les essuyait de ses cheveux* Saint Martin n'avait jamais souffert qu'aucune femme le touchât ; mais il ne pouvait empêcher que cette pieuse princesse ne fût toujours auprès de lui avec une assiduité qui pouvait paraître une servitude. Elle ne se souvenait ni de ses richesses ni de sa dignité. Elle ne pensait ni au diadème, ni à la pourpre impériale. On ne pouvait la faire lever de terre, ni l'arracher d'auprès du saint. Après avoir fait l'office de Marie, elle voulut faire celui de Marthe. Elle obtint de son mari la permission de faire elle-même un festin au saint ; et Masime, joignant ses prières aux siennes, conjura le saint de vouloir leur donner cette satisfaction. Les instances d'un empereur, la foi diune impératrice, la nécessité des temps, et l'espérance de servir les personnes pour qui il était venu intercéder, l'emportèrent sur la constance du saint, et il n'eut pas la force de rejeter leur prière. Aussi l'âge de soixantedix ans, qu'il avait alors, suffisait pour empêcher qu'on n'abusât de cette condescendance.

L'impératrice prépara donc de ses propres mains tout l'appareil du festin. Elle accommoda le lit où il devait s'asseoir, elle mit la table, elle lui donna à laver, elle apporta les viandes qu'elle avait fait cuire elle-même, et, durant qu'il était assis à table, elle se tint debout, éloignée de lui, sans se remuer, avec toute l'humilité et la modestie qu'on peut demander à une servante. Elle lui versa à boire et lui présenta le verre de sa main. Après que le repas fut fini, elle recueillit avec soin, comme pour récompense de son travail, les morceaux et les miettes du pain que le saint avait mangé, sa foi lui enseignant à préférer ces reste» à h

LA QAULE GHaéTIENNB

magniacenoe de la table impériale. Et elle mérita, par Tardeur de sa piété, d'être comparée et môme préférée en quelque chose à cette autre reine qui vint des extrémités de la terre pour écouter Saiomon.

§ 9. — MORT DE SAIînr MAITIH. — IL API^RAIT A SAWT

suLPice ET A d'autres.

Saint Sulpice rapporte la mort de saint Martin dans une lettre qu'il écrivit de Toulouse à sa belle-mère. Dieu avait fait connaître au saint longtemps auparavant en quel temps elle devait arriver, et, quoiqu'il vît ce temps déjà proche, il ne laissa pas d'aller à Cande, qui était à l'extrémité de son diocèse, du côté d'Angers, pour y terminer quelque différend survenu entre les ecclésiastiques de ce lieu et finir sa vie par la paix. Il

y fut accompagné à son or- Fig. I». — Vase en terre rouge dinaire par un grand nom- propre à eontenir du charbon ou

bre de ses saints disciples <>«•«>«■;?".. d'.prt. ubUnt

. -^ .. *^ (Inscriptions de la Gaule chré-

et fit encore paraître en tienne).

chemin le pouvoir qu'il

avait sur les oiseaux mêmes. Il passa quelques jours à Cande et rendit la paix à cette église. Mais, lorsqu'il voulut s'en revenir à son monastère de Marmoutier, il se trouva tout d'un coup sans forces et dit à ses disciples que sa dernière heure était proche. Les larmes qu'ils répandirent lui en firent répandre aussi, et

LA GAULE GHttéTIENNB

ce fut sur cela qu'il dit cette parole que saint Bernard a tant estimée : qu'il était prêt de travailler encore sur la terre si c'était la volonté de Dieu. La fièvre le tint quelques jours, «ans pouvoir l'obliger d'interrompre ses prières continuelles et de quitter même le cilice et la cendre, qui était son lit ordinaire, disant qu'un chrétien ne devait mourir que sur la cendre. Il ne voulut pas seulement se soulager en se tournant sur le côté, pour ne point cesser de regarder le ciel, où il espérait aller bientôt. Ce fut après cela que, voyant le diable auprès de lui. il lui dit avec le courage que sa confiance en Dieu lui inspirait : « Que cherches-tu ici, cruelle bête?

Fiff. 20. — Vase à "^^ "® trouveras rien en moi qui boire oa à mesurer t'appartienne. Je serai reçu dans le des premiers temps gg^^ d'Abraham. » Et en achevant d'^préî^tan ™:,: ««^te parole il rendit l'esprit. oriptions») Après qu'il eut rendu l'esprit, son

corps, et particulièrement son visage, parurent avoir la splendeur et la beauté d'un corps glorieux. Ceux de Poitiers et de Tours, qui s'étaient rendus en grand nombre à Cande sur la nouvelle de sa maladie, prétendirent chacun devoir avoir son corps. Mais ceux de Tours l'enlevèrent la huit suivante, durant que les autres dormaient, et l'on montrait encore longtemps après la fenêtm de la chambre par laquelle on l'avait descendu. Ce saint corps fut porté à Tours par la Vienne et par la Loire. Toute la ville et les peuples des envûrons vinrent au-devant pour le recevoir, et l'on vit jusqu'à deux mille moines. Il fut conduit au tombeau au milieu de ce glorieu3ç triomphe» parmi les chants des

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psaumes et des hymnes, et fut enterré à Tours, à 550 pas de la ville. Et c'est le lieu même où on Fa toujours honoré depuis durant bien des siècles, sainte Perpétue n'ayant fait que le transporter d'une place à Faotre dans la même église. Le» ravages des Normands obligèrent de le porter à Auxerre, à Gormeri et peut-être encore en d'autres endroits. Mais il a toujours été rapporté dans son église, et y est demeuré vénéré de tous les fidèles i.

1. Quelques-une» des s«ènes les plus intéressantes de la vie de saint Martin font Tobjet d'une décoration à fresque qui existe dans la célèbre église de Saint-François à Assise ; elle est Tœuvre de Scipione Memmi, disciple du fameux Giotto, Tun des premiers maîtres de la Renaissance italienne.

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