VIII. — siéoE d'alésia
La défection des Edues avait entraîné dans la cause nationale tous les peuples de la Gaule à Tezception des Rèmes et des Lingons restés fidèles aux Romains, et des Trévires qui, menacés par les Germains, durent garder la neutralité. Une assemblée générale des confédérés fut convoquée à Bibracte, et malgré la rivalité des Edues, Vercingétorix fut de nouveau acclamé comme chef suprême. Il rassembla une armée de plus de 80,000 hommes de pied et de 15,000 cavaliers avec laquelle il projeta de barrer aux Romains le chemin de la province Romaine contre laquelle il expédia un corps d'armée qui ne parvint pas à franchir le Rhône. César, voyant qu'il ne pouvait tirer de secours ni de la Province ni de l'Italie, fît venir de la Germanie des cavaliers et des fantassins armés à la légère accoutumés à combattre avec eux. c  leur arrivée, ne trouvant pas leurs chevaux assez bien dressés, il leur distribua ceux des tribuns, des autres offîciers et même des chevaliers et des vétérans. >
Vercingétorix vint ei) trois marches se camper devant César, et après avoir fait jurer par le serment le plus sacré à ses cavaliers de ne plus rentrer dans leurs maisons, de ne plus revoir leurs entants, leur famille, leurs femmes, s'ils n'avaient traversé deux fois les rangs ennemis, il engagea le combat. La victoire, longtemps douteuse, fut enfin décidée par les auxiliaires germains de César.
César courut à cette occasion le plus grand danger peut-être auquel il ait été exposé. Dans la mêlée, il fut entouré et pris. Un ennemi l'empor-
140 LA OAULB
tait déjà tout armé sur son cheval quand survint un autre Gaulois qui reconnaissant le proconsul, probablement au manteau de pourpre qu*il revêtait les jours de combat, cria au cavalier; caecos Cœsar, ce qui en celtique signifiait : Lâche César; le Gaulois, obéissant à Tordre qui lui était donné peut-être par un traître, laissa aller Toppresseur de sa patrie. Les Commentaires ne nous parlent point do cet incident, mais César Tavait consigné dans le journal de ses campagnes, et c'est là que Ta puisé le seul auteur où il soit mentionné, le grammairien Servius qui, au vi« siècle, écrivit un long commentaire sur Virgile.
Plutarque raconte de son côté que les Arvernes montraient, pendue dans un de leurs temples, une épée qu'ils disaient avoir gagnée sur César, et luimême passant un jour par là la vit et se mit à rire. Ses amis voulaient enlever ce trophée, mais il s'y opposa en leur disant que c'était une chose sacrée et qu'il ne fallait pas y toucher.
Vercingétorix, battu et ayant perdu Télite de sa nombreuse cavalerie, se retira en toute hâte, vivement poursuivi et alla s'enfermer dans une ville dos Mandubiens, Alesia (Alise-Sainte-Reine dans la Côte-d'Or, suivant les uns ; Alaise dans le Doubs, suivant les autres), t Cette place, dit César, était située au sommet d'une colline tellement élevée qu'il fallait un siège pour la prendre. Deux rivières en baignaient les pieds de deux côtés différents. Une plaine d'environ 3,000 pas de long s'étendait devant la ville que sur tous les autres points entouraient des collines assez rapprochées et d'une hauteur égale ; sous la muraille, la partie de la colline qui regardait le levant était entièrement occu-
pée par des troupes gauloises protégées par un fossé et un mur, en pierres sèches, de six pieds de haut. La ligne de circonvallation que tracèrent les Romains forma un circuit de onze milles pas. Le camp était dans une position avantageuse et on y construisit vingt-trois forts dans lesquels étaient placés des postes pour parer aux attaques soudaines ; la nuit il s'y tenait des sentinelles et de fortes garnisons. »
Vuo d'Alisc-Sainte-Reine et de la statue de VerciD{$étorix.
Le siège d'Alésia est peut-être le fait^ d*armes le plus glorieux de la vie de César, celui où il déploya toutes les ressources de son génie militaire, secondées par Tadmirable valeur de ses soldats. Dans les premiers jours du siège, il y eut un nouveau combat de cavalerie où les auxiliaires germains appuyés par les légions firent éprouver des pertes impor-
142 Lk OAULE
tantes a\ix Gaulois. Vercingétorix, se voyant hors d'état d'empêcher les travaux des Romains et profitant de ce que leur circonvallation n'était pas encore achevée, renvoya de nuit tous ses cavaliers, f Avant leur départ, dit César, il leur recommanda d'aller chacun dans leur pays et d'enrôler les hommes en âge de porter les armes : il n'avait plus que pour quinze jours de vivres, mais en les ménageant, il pouvait tenir plus longtemps et attendre le secours ; puis il ordonna d'apporter le blé de la ville, décréta la peine de mort contre ceux qui ne lui obéiraient pas, distribua par tête le bétail dont les Mandubiens avaient réuni une grande quantité, et partagea de même le froment; puis il fit rentrer les troupes qui campaient hors des murs. •
Les cavaliers partirent et accomplirent fidèlement leur mission. Pendant que César complétait par une immense circonvallation l'investissement d'Alésia et entourait son camp de prodigieux travaux de défense pour soutenir l'attaque des ennemis de l'extérieur, la Gaule presque entière répondait à l'appel de Vercingétorix. Les trente jours qu'il avait fixés comme le terme fatal de sa résistance étaient déjà écoulés et une famine affreuse sévissait à Alésia quand parut l'armée de secours. Elle était forte de 240,000 fantassins et de 8,000 cavaliers, et commandée par l'Atrébate Comm, les Edues Virdumar et Eporedorigh, et l'Arverne Vergasillaunn, parent de Vercingétorix. Ils prirent position sur l'une des collines qui entouraient la plaine, à mille pas des retranchements romains. Â cette vue, la joie éclata dans Alésia dont les vaillants défenseurs, croyant toucher au moment de la
BT LB8 GAULOIS 143
délivranoe, firent sortir toutes leurs troupes de la ville.
César engagea le combat par sa cavalerie qui fut d'abord fort maltraitée. La lutte dura depuis midi jusqu'au coucher du soleil. Alors une dernière charge des cavaliers germains mit en pleine déroute la cavalerie gauloise qui fut poursuivie jusqu'à son camp.
Les confédérés employèrent le jour suivant à fabriquer des claies, des échelles et des harpons, et au milieu de la nuit, ils se précipitèrent sur le camp romain. Avertis par leurs cris, Vercingéforix fit une sortie ; la lutte se prolongea jusqu'à l'aube, mais avant qu'il eût pu surmonter les obstacles sans nombre dont César avait hérissé les approches de son camp, les alliés avaient été repoussés et il dut rentrer dans la ville. Malgré ces deux échecs, une attaque générale fut décidée pour le surlendemain, et Vergasillaunn fut mis à la tète d'un corps choisi de 60,000 hommes qui alla pendant la nuit occuper une colline que son étendue avait empêché les Romains d'enfermer dans leur circonvallation. C'était l'endroit faible de leurs retranchements, et c'est par là que vers midi il commença l'attaque. La bataille fut longue et meurtrière, et soit par le nombre des troupes engagées des deux côtés, soit par l'acharnement que montrèrent les trois armées, la plus terrible peu^ètre que le proconsul eut encore livrée dans la Gaule. Mais les eff(H*ts désespérés des alliés et de Vercingétorix, qui de son côté avait fait une sortie furieuse, se brisèrent contre la valeur disciplinée des JElomains et les habiles manœuvres de César. Les Gaulois du dehors et les aissiégés pénétrèrent en vsJn dèm le
retranchement; ils ne purent franchir l'espace qui les séparait et se rejoindre. Les troupes de Vergasiilaunn chargées dans leur retraite parla cavalerie furent en partie anéanties, lui-même fut pris. En voyant cette déroute, les assiégés cessèrent le combat et rentrèrent dans Alésia. Aussitôt qu'ils le surent, les alliés, abattus par leur défaite, évacuèrent leur camp, et cette grande armée, dit Plutarque, s'évanouit tout à coup comme un songe.
La résistance des assiégés, abandonnés désormais à eux-mêmes, n'était plus possible. Le lendemain Vercingétorix qui, suivant Dion Cassius, aurait pu fuir, les convoqua en assemblée, t II leur dit, rapporte César, qu'il n'avait pas entrepris cette guerre dans un but d'intérêt personnel, mais pour la défense de la liberté commune ; que puisqu'il fallait céder à la fortune, il s'offrait à eux pour qu'ils pussent apaiser les Romains soit en le mettant à mort, soit en le livrant vivant. On envoya alors des députés à César qui ordonna de lui apporter les armes et de lui amenef les chefs. Vercingétorix partit seul de la ville et parut tout à coup en présence de César qui siégeait alors sur son tribunal. Son apparition causa un certain effroi parmi les assistants, car il était d'une haute stature, et revêtu de ses plus belles armes montait un cheval harnaché magnifiquement. Il tourna autour de César, puis sautant à terre enleva à son coursier tous ses ornements, se dépouilla de ses armes qu'il jeta sur le sol, et sans proférer une parole alla, au milieu d'un profond silence» s'asseoir aux pieds du proconsul. Cette scène émut vivement les assistants, mais le vainqueur se montra sans générosité envers le héros vaincu. Evoquant leurs relations passées, il l'accabla de repro-
Statue de Vercingétorix k Alise-Sainte-Heine,
U6 LA OAULE
ches sanglants et commanda de le charger de chaînes. Plus tard (45 av. J.-C.) après l'avoir traîné à son triomphe à Rome, il le fit tuer dans sa prison. Quant aux défenseurs d'Alésia, il les distribua par tête à chaque soldat, à titre de butin, à Texc^ tion toutefois des Edues et des Ârvernes quMl rendit plus tard à ces peuples pour les regagner à sa çAuse. c Ces événements ayant été annoncés à Rome par les lettres de César, on ordonna vingt jours de prières publiques, i