LES BIOGRAPHIES INDIVIDUELLES
divers titres, tout en ne cachant pas leur sympathie, se sont acquittés de leur tâche, toujours avec conscience, bien souvent avec réflexion et méthode, et ne sont pas à priori de perpétuels et détestables flatteurs. Les indications fournies par eux doivent être sans doute contrôlées et soumises à une critique rigoureuse; mais, si l’on veut acquérir une information complète, elles ne peuvent être négligées.
= Parmi ces narrateurs, il convient, toutefois, de faire une distinction pour savoir, avec précision, ce que l’on peut trouver dans leurs œuvres.
Les uns ont vécu dans l’entourage, quelquefois même dans l’intimité, du personnage : ils ont été constamment mêélés à son existence, ont occupé fréquemment auprès de lui des fonctions qui leur ont permis d’être renseignés amplement sur ses projets et sur ses actions et de pénétrer aussi ses pensées et ses sentiments. Ils ont pu ainsi écrire des ouvrages, dont il ne faut, certes, pas vanter outre mesure le mérite psychologique, mais qui, par leur exactitude chronologique, tout au moins, ont servi de base aux travaux postérieurs. Qui a mieux connu Lesdiguières, par exemple, que son secrétaire Videl? Et, malgré les écrits modernes, la vie de Pascal, rédigée par sa sœur, M®° Périer, n'est-elle pas encore aujourd’hui une source précieuse ?
D’autres, ayant été peu ou point admis dans la familiarité du héros, ont été évidemment moins bien placés pour observer avec méthode et pour fixer sans erreur les diverses étapes de la vie. Mais, à d’autres titres, ils sont fort utiles à l'historien. Très souvent, en effet, ils ont composé leurs biographies d’après des pièces et des mémoires, qui leur ont été confiés par la famille ou les amis du défunt. On est autorisé à considérer leur témoignage, leurs appréciations, comme étant d’une importance secondaire; les documents qu'ils nous transmettent ne le sont pas : ce sont eux, au contraire, qui donnent à leurs livres une valeur exceptionnelle. N'est-ce pas surtout à ce point de vue que l’on devra toujours consulter, par exemple, la vie de Turenne par Ramsay, ou celle de l’'évèque d’Alet, Nicolas Pavillon, par Lefèvre de Saint-Mare et La Chassagne ?
Là ne réside pas seulement l'intérêt de ces biographies indivi-
duelles. Beaucoup de ces écrivains ne parlent pas uniquement d
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hommes et de leurs actions personnelles. Ils Pt
autres, s’y intéressent suivant le degré de leurs aptitudes, s ae | de les expliquer nee de manière à à mettre en pese lun
de son protecteur Harlay de Champvallon, il ne se borne pas seé résumé SRroAOIEMue : il nous montre An de =
débats, parfois violents, auxquels elles ont donné RE nous : vrant ainsi des particularités curieuses sur la politique de Louis X Est-il possible de ne pas retenir ces renseignements qui nous «
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essayé de nous faire connaître cette partie 16 la bourgeoisie recherchait avant tout les fonctions judiciaires et fit preuve, à plu ! sieurs reprises, d’un esprit d'indépendance, désordonné sans do réel néanmoins. Ces recueils, dus à des contemporains, n’ont peu être pas une valeur extrême : il est possible, cependant, d'e extraire une date, un détail, un fait curieux, plus rarement u idée générale. Que la brièveté de ces résumés biographiques
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LES RECUEILS DE BIOGRAPHIES. : at >
souvent trop grande, il serait puéril de le nier; mais quand ils sont l’œuvre d’un Perrault ou d’un Fontenelle, par exemple, ils se distinguent assurément par des qualités de méthode, par une précision partielle, par l’absence de toute flatterie outrée et, aussi, par la sûreté des informations : ce sont non seulement des modèles littéraires, mais des sources historiques non négligeables.
Parmi ces recueils biographiques, il en est certains auxquels
nous devons réserver une mention particulière : ce sont ceux qui
regardent les familles nobles. On est tout d’abord surpris de leur nombre et amené par suite à se demander pourquoi il en a tant surgi au xvi° siècle. A-t-on été entraîné par l'exemple d'André Duchesne qui, dans le premier tiers de ce siècle, avait déjà établi la généalogie et l’histoire de multiples maisons, mais dont nous ne pouvons guère nous servir, puisqu'il s'arrête généralement avant 1610? Ou bien est-ce le désir fort humain de montrer que l’on appartient à une haute et digne famille, que l’on est supérieur aux autres, sinon par la fortune, du moins par l'ancienneté, et qu’en tout cas on ne tient pas à être confondu avec le « commun »? N'est-ce pas aussi et plutôt par intérêt? A plusieurs reprises, la royauté, pour des raisons financières, a ordonné des « recherches de noblesse », afin de soumettre à l'impôt ceux qui s’en étaient indüment exemptés. Cela n’a-t-il pas poussé les nobles à écrire ou à faire écrire l’histoire de leurs familles, de façon à prouver qu'ils avaient le droit d’être maintenus dans la classe des privilégiés? Tous ces motifs, qui semblent plausibles, acquièrent une importance primordiale quand on se propose de déterminer la valeur de ces ouvrages. On s'aperçoit aisément que les auteurs, à gages ou non, ont été souvent tentés de falsifier ou d'inventer des documents : L'Hermite de Soliers, Vulson de La Colombière, Salvaing de Boissieu, Cristofle Justel, Haudicquier de Blancourt, etc., n’ont pas fait preuve de scrupules bien fermes à cet égard. En outre, ils ont trompé des esprits, cependant avisés, et la mésaventure de l’honnèête Baluze, à propos de la maison de La Tour d'Auvergne, est pour nous un exemple caractéristique. Enfin, des corrections et des annotations brutales et dures, que nous avons constatées sur plusieurs volumes à la Bibliothèque nationale et qui émanent pour
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la plupart de Charles René d’'Hozier, augmentent encore la défiance que l’on éprouve vis-à-vis de ces recueils. Beaucoup d’entre eux devront donc être rejetés sans hésitation. On en trouvera seulement quelques-uns qui, par les textes de toutes sortes qu'ils contiennent,
permettront de fixer quelque point de détail, une date, plus rare-.
ment les origines et le milieu de personnages ayant tenu un rôle, petit ou grand, dans l’histoire du xvn° siècle.
Des biographies d’un caractère tout à fait spécial, les oraisons funèbres, ont été, elles aussi, jugées avec une extrême sévérité jusqu’à nos jours. Cette animosité et même parfois cette malveillance,
que les historiens leur ont montrées, ont certainement pour cause”
l'uniformité de conception et de but qu'ont eue les auteurs et l’obligation pour eux de tenir compte de l'auditoire particulier et restreint auquel ils devaient s'adresser. Généralement, en eflet, les orateurs ont été chargés de prononcer un panégyrique devant une assemblée choisie, présidée, peut-on dire, par les parents du défunt, et vis-à-vis de laquelle ils-devaient garder des ménagements et une
certaine réserve. Comme, d'autre part, ils appartiennent, le plus
souvent, à l’église séculière ou régulière, leur principal souci a été de tirer de l’existence du héros un exemple pour les vivants, de faire principalement œuvre de sermonnaires. Ces exercices d’éloquence et de morale sont embarrassés et alourdis par d’innombrables citations de textes, extraits de livres sacrés ou profanes, et par des commentaires d’une inutile prolixité : ils sont incontestablement d’un faible secours pour l'historien. d
La lecture attentive et minutieuse de ces opuscules nous à cependant portés à penser qu'il ne fallait pas, de parti pris, délaisser cette source, si médiocre soit-elle, et qu’au milieu de tout ce fatras, exceptionnellement littéraire, presque toujours ennuyeux, il y avait peut-être à glaner. Comment justifier ce que l’on pourrait appeler une indulgence excessive?
Tout d’abord, il est arrivé, plus fréquemment qu’on ne le croit, que des orateurs, tout en observant la retenue à laquelle ils étaient obligés, n’ont voulu ni composer un éloge outré et faux d'un per: sonnage, ni même passer entièrement sous silence ses défauts et ses
faiblesses. Ils ont évité l’exagération, les uns avec maladresse, les …