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LES ORAISONS FUNÈBRES, Ë

autres avec habileté, et se sont tenus dans un juste milieu. Ils ont fait de l’oraison funèbre une œuvre modérée et. acceptable, telle que la définit l'éditeur des OEuvres d'Antoine Anselme, le prédicateur cher à M"° de Sévigné. Elle « ne doit pas être, dit-il, composée d’impostures artificieuses ni de déguisements affectés : elle est instituée pour honorer la vertu, mais il n’y a point de loi qui oblige d’y supprimer les obstacles que cette vertu a rencontrés, à moins qu'on ne la cherche dans un art que la flatterie a inventé et que la religion réprouve »!. Quand il prononçait l'éloge difficile de la Princesse palatine, Bossuet ne comprenait-il pas déjà l’oraison funèbre comme cet éditeur anonyme du xvmf siècle?

Il est une considération beaucoup plus importante. Comme les biographes vrais, les sermonnaires ont pu avoir des relations suivies avec les personnages qu’ils ont eu ensuite à louer et recueillir ainsi eux-mêmes des renseignements exacts et nombreux. Il en fut même quelques-uns qui, jugeant insuffisantes leurs informations personnelles, s’adressèrent à d’autres familiers et leur demandèrent des mémoires, qu'ils prirent pour guides et qui leur servirent à compléter leurs discours. Les récits de M"° de Motteville et de Claude Le Pelletier n’ont-ils pas été les documents auxquels a puisé Bossuet pour composer les oraisons funèbres d’Henriette de France et de Michel Le Tellier?? Les annotations, dont il a barré de traits vigoureux certains passages du second de ces ouvrages, ne prouvent-elles pas quel souci il avait de l'exactitude? Et la question ne se pose-t-elle pas aussi pour Turenne? Il serait assurément d’un réel intérêt historique de rechercher la source première de ces indications, si précises parfois, que l’on rencontre dans les œuvres des sermonnaires : peut-être verrait-on que beaucoup d’entre eux ont imité l’évêque de Meaux.

Dans leurs œuvres enfin, ces orateurs formulent toujours des appréciations sur les personnes ou sur les affaires générales. Sans doute, peut-on objecter, ce sont les opinions d’une seule classe,

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