‹ L'histoire de France, racontée à la jeunesse. Éd. stéréotype, augmentée d'une table analytiqueChapitre 16 sur 87 · LA REINE FR£D£GONDE · texte numérisé non relu

LA REINE FR£D£GONDE

mais quand elle vît qu'elles ne pouvaient rien lui apprendre, elle leur fit endurer toutes sortes de tourments, tels que de leur faire mettre les pieds sur des charbons ardents, jusqu'à ce qu'elles déclarassent qu'elles avaient elles-mêmes causé la mort des petits princes, en faisant usage de œrtains secrets de leur art, pour satisfaire plusieurs personnes qui haïssaient Frédégonde, et dont celte furie avait résolu la perte.

H n'y avait pas un mot de vrai dans tout cela; mais ces misérables femmes aimèrent mieux accuser des innocents pour obéir à la reine, que de soufinr plus longtemps d'aussi efiroyables tortures.

Tous ceux qu'elles avaient eu la faiblesse de nommer, périrent dans les supplices; et parmi eux, quelques-uns des plus grands seigneurs de Neustrie. Ainsi la douleur de Frédégonde causa la perte de plusieurs hommes honnêtes, qui étaient complètement innocents du prétendu crime dont on les accusait.

Je suis sûr que vous dites déjà, comme moi, qu'il n'y eut jamais au monde une aussi méchante créature que cette Frédégonde; mais vous allez voir par un nouveau trait, que rien n'était au-dessus de l'atrocité de cette femme.

Un soir que le roi Chilpérîc revenait de la chasse, où il avait passé presque toute la journée, il fat ftappé d'un coup de poignard par un homme que l'on ne reconnut pas d'abord, et qui disparut aussitôt dans l'obscurité. Le monarque tomba de son cheval, et expira peu d'instants après. Ce fut avec horreur que, le lendemain, tout le rronde apprit que le rc»i avait été poignardé par un jeuiio

homme, appelé Landri, qui était le favori de la reine.

Alors personne ne douta que Frédégonde re fût encore l'auteur de ce meurtre, dont elle protendit accuser Brunehaut et ses Austrasicns.

Quoiqu'elle n'ignorât pas les soupçons qui planaient sur Landri, elle continua de le garder auprès d'elle, et le fit même maire du palais du jeune Clotaire, son fils : ce qui était la plus haute dignité du royaume, en Neustrie comme en Austrasie.

Quoique le sort de Chilpéric eût été bien affreux^ puisque ce fut dans sa propre famille qu' il rencontra ses plus implacables ennemis, il ne se trouva parmi les Franks personne qui le regrettât, parce que c'était en accordant toute sa confiance à la plus méchante des femmes, qu'il avait causé le malheur de tant d'innocents, et la perte d'uno partie de sa race.

Depuis Van 584 jusqu^à Van 621.

Clotaire, fils -de Chilpéric 1^ et de Frédégonde, n*était âgé que de six mois, lorsque, par la mort de son père, il se trouva roi de Neustrie. Sa mère aurait bien voulu régner à sa place, jusqu' à ce qu'il fût en âge de gouverner par lui-même; mais les seigneurs neustriens refusèrent d'obéir à npfte méchante femme, et ce fut Gontran, onclo monarque et roi de Bourgogne, qui de- 'teur et celui de son royaume.

LA ICORT DE BBUNEHAUT. 43

Gontran n'était pas un mauvais prince; mais les Franks d'Austrasie, auxquels il refusa de livrer Frédégonde qu' ils réclamaient pour la punir de tous ses crimes, lui suscitèrent mille embarras, qui rendirent son règne bien pénible. Par un reste de pitié pour cette femme scélérate, il voulut bien ne pas l'abandonner à ses ennemis; mais ne pouvant lui-même supporter sa présence, il la relégua dans cette même ville de Rouen, oii naguère Brunehaut, par ordre de cette princesse, avait subi une si dure captivité.

A cette époque, il était si ordinaire de voir des princes égorgés par leurs parents, ou par leurs sujets, que Gontran, quoiqu'il ne fît de mal à personne, ne pouvait s'empêcher de trembler pour sa propre vie. Un jour donc qu'une foule de peuple était réunie dans une vaste église, il éleva la voix au moment où le prêtre allait commencei la messe, et supplia les assistants de le laisseï vivre encore trois ans, afin, leur dit-il, qu'après ce temps, Ghildebert II, roi d'Austrasie, qui commençait Il devenir grand, pût à son tour protéger son petit cousin Clotaire.

Pendant ce temps, Frédégonde se voyant abandonnée de tout le monde (car un pareil monstre avait trouvé des complices, mais n'avait jamais eu d'amis), était tombée dans un désespoir affreux, de n'être plus une grande reine comme auparavant, et surtout de n'avoir plus le pouvoir de se venger de ses ennemis. Au fond de sa retraite, elle ne pouvait pardonner à Gontran de l'avoir ainsi confinée, ni oublier la haine qu'elle nourrissait depuis tant d'années contre Brunehaut et son fils Ghildebert, qui lui avait échappé si heureusement, lorsqu'il

n* était encore qu'un enfant. Toute prisonnière quelle était, elle trouva le moyen de satisfaire sa soif de vengeance, et paya des misérables, capables de tous les crimes, qui empoisonnèrent ce dernier prince pendant un repas.

Le vieux Gontran ne survécut pas longtemps à son neveu Childebert II, et leur mort fut le signal de nouveaux malheurs et de nouvelles guerres; les Franks d'Austrasie et ceux de Neustrie se disputèrent les débris du royaume de Bourgogne, et Frédégonde profita de ce moment de trouble pour sortir de sa prison, et revenir à la cour de son fils Clotaire, qui n'avait encore que treize ans; elle y redevint souveraine maîtresse, comme par le passé ; et Dieu sait toutes les méchancetés qu'elle aurait encore faites, si la mort n'était venue la surprendre au moment peut-être qu'elle y pensait le moins; car la Providence permet quelquefois que les grands coupables tombent ainsi tout à coup dans ses mains redoutables, sans avoir eu le temps de se repentir.

Cependant, le jeune roi de Neustrie que Ton appelle Clotaire II, pour le distinguer de son aïeul Clotaire, dont je vous ai raconté l'histoire, grandissait sous les yeux de Landri, ce maire du palais, qui avait assassiné Chilpérîc; et cet homme lui avait appris de bonne heure à détester Brunehaut, et à lui souhaiter tout le mal possible.

Depuis la mort de son fils Childebert, la reine d'Austrasie s'était chargée d'élever ses petits-fils, dont l'aîné, tout jeune encore, se nommait Tiii- ERRi; mais au lieu d'en faire des princes généreux et vaillants, elle avait eu soin de leur donner une •: --.-.-—.î^ éducation, qu'ils étaient tout à fait ina^ouvemer leur royaume, et surtout de

se faire respecter des chefs austrasiens qui, pour la plupart, étaient des gens turbulents et difficiles à contenir. Cette ambitieuse princesse agissait ainsi, pour qu'ils ne lui redemandassent pas un jour la couronne de leur père, dont elle voulait jouir tant qu'elle vivrait. En même temps, comme elle se méfiait beaucoup des seigneurs qui autrefois avaient été les leudes du roi son mari et ses plus fidèles amis, elle en fit périr plusieurs dans des embûches secrètes: ce qui acheva d'exciter contre elle la haine de tous les autres. Dès ce moment, ces seigneurs indignés, de concert avec les principaux chefs barbares que Sigebert avait appelés autrefois de Germanie, n'attendirent plus qu'une occasion favorable, pour se venger d'une manière terrible de cette princesse, avec laquelle ils résolurent de perdr** toute la race royale des Mérowings d'Austrasie.

Sur ces entrefaites, le jeune roi Thierri, étant venu à mourir, laissa quatre petits garçons que leur aïeule voulut encore faire élever à sa manière ; mais pour cette fois, sa tyrannie devint si insupportable, que ses ennemis prirent la résolution de ne pas différer davantage l'instant de leur vengeance.

Il y avait alors parmi les seigneurs austrasiens, an général nommé Varnachaire, qui était trèshabile et très-courageux ; c'était lui qui commandait les soldats de Brunehaut, lorsqu'Û lui prenait fantaisie de guerroyer contre les Neustriens ou les Bourguignons, et il n'allait jamais à la bataille qu' il ne remportât la victoire.

Or, il faut que vous sachiez que, lorsque les rois sont défiants et injustes, il se trouve toujours autour d'eux des gens qui viennent leur faire de

faux rapports, dans Tespoir d'obtenir quelque récompense; ce qui est bien affreux de la part de ces gens-là, car il n'y a rien de plus odieux que de calomnier des innocents.

Un jour, quelqu'un de ces calomniateurs vînt avertir Brunehaut que Vamachaire ne cessait de se plaindre d'être obligé de la servir : il n'en fallut pas davantage pour mettre la reine dans une colère affireuse, et elle écrivit aussitôt à uu homme qui était de ses amis, pour lui ordonner de faire périr ce général.

Lorsque sa lettre fiit achevée, elle voulut la relire avant de l'envoyer; et, comme il arrive souvent à ceux qui s'abandonnent à un premier mouvement de colore, regrettant d'avoir écrit des choses qui devaient causer la mort d'un si vaillant homme, elle déchira sa lettre en mille morceaux, et la jeta sous sa table.

Brunehaut croyait bien que personne au monde ne connaîtrait la mauvaise pensée qu'elle avait eue contre Vamachaire ; mais un domestique, qui était peut-être gagné par ses ennemis, ramassa soigneusement tous ces petits morceaux de parchemin, et alla les porter au général lui-même, qui, après les avoir rapprochés pour les lire, comprit que peu s'en était fallu que, dans un instant d'impatience, la reine ne le fit mettre à mort ; il craignit qu'une autre fois elle ne se ravisât pas assez tôt, et pour mettre sa propre vie hors de danger, il proposa au roi de Neustrie, qui ne demandait pas mieux, de lui livrer sa grand* tante et tous ses jeunes cousins, pour en faire ce qu'il voudrait.

Voua savez déjà que Glotaire II aalssait mortellement cette princesse ; il accepta donc la pro-

position avec empTessement, et promit à Yamacbaire de le faire maire du palais de Bourgogne, s'il voulait lui amener la reine pieds et poings liés. Presque tous les seigneurs Austrasiens et Bourguignons entrèrent dans ce complot, et Brunehaut ne trouvant plus un seul défenseur, fut livrée an roi de Neustrie, avec tous ses petits-fils.

Ce fut un terrible spectacle, mes amis, que celui de cette Brunehaut qui avait été si puissante et pourtant si malheureuse pendant toute sa vie, traînée par des soldats devant le roi, son neveu. Ce prince ordonna aussitôt qu'on la dépouillât du manteau royal dont elle était vêtue, et qu'on lui arrachât la couronne d'or que son front portait encore.

On la revêtît ensuite de misérables haillons, et elle fut promenée pendant trois jours de suite sur un vieux chameau, à la vue des soldats et de la populace, qui l'accablèrent de boue et d' injures ; car, la plupart du temps, c'est une satisfaction pour les gens grossiers, de maltraiter ainsi ceux qui ont été leurs maîtres, et dont ils n'ont plus rien à craindre ni à espérer.

Après cela, on amena un cheval sauvage ; la pauvre reine fat attachée par les cheveux à la queue de ce fougueux animal, qu'on lâcha ensuite, après lui avoir enfoncé dans les flancs des éperons aigus, pour le rendre encore plus furieux.

La malheureuse Brunehaut fut donc traînée par ce cheval, qui s'enfuit avec une efirayante rapidité, et son corps fiit bientôt mis en pièces.

Longtemps après la mort de cette princesse, on trouva dans un tombeau les restes de son corps mutilé, et parmi des lambeaux de vêtements^ on

48 LES MONASTàRES.

reconnut un des éperons de fer qui avaient été attachés aux flancs du cheval, pour Texciter dans sa course.

Quant aux petits-fils de Brunehaut, ils furent tous mis à mort par Tordre de Clotaire II, qui, comme vous voyez, n'était pas meilleur que son grand-père, et avec eux finit toute cette famille de rois austrasiens, que tant de crimes et de désastres avaient frappée.

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Depuis Van 621 jusqu!à Van 638.

Clotaire II, devenu maître de rAustrasie par sa victoire sur Brunehaut, et par Textermination de sa famille, voulut réunir ce pays à ses royaumes de Neustrie et de Bourgogne, qu'il gouvernait déjà au moyen de ses maires du palais; mais il s'aperçut bientôt que les seigneurs austrasiens qui s'étaient donnés à lui, murmuraient d'être comptés pour si peu de chose dans l'empire des Franks, et il résolut de leur donner pour roi son fils Dagobert, qui était im prince aimable et vaillant. Il céda donc à ce jeune prince cette couronne d'Austrasie,« achetée par tant de crimes ; et lorsque Clotaire 'mourut, après un long règne, Dagobert se trouva roi de toute la Gaule, et même de plusieurs provinces germaniques, comme son père l'avait été.

A cette époque, mes jeunes amis, les Franks se

liraient bien différents de ce qu'ils avaient été

y de Clovis et de ses fils : au lieu de se

cesse prêts à faire de nouvelles expédi*

LES VOMABTiRfifl. 49

tionB, et à fonner de nouvelles armées, ils s^ étaient dispersés snr tonte la surface du territoire des Gaules, où chacun d'eux avait commencé à cultiver un coin de terre, ou à le faire labourer par des esclaves ; mais, selon leur ancienne coutume, ils avaient soin de ne pas s'éloigner de la demeure où leurs anciens chefs s'étaient fixés, comme s'ils eussent voulu les retrouver en cas de besoin.

Chaque année, lorsque la saison du champ de mars était arrivée, on ne les voyait plus accourir de toutes parts, armés de leurs redoutables francisques, pour presser leurs rois de les conduire à quelque guerre où ils pussent exercer de nouvelles rapines. Le goût de ces courses périlleuses s'était éteint chez la nation franke ainsi disséminée, et il ne se trouvait plus dans ces assemblées, autreibis si tumultueuses, que les capitaines des guerriers barbares, auxquels on donnait le nom de DUCS et de comtes; les jsvêques des cités, décorés du titre de prélats, et enfin les leudes des rois, enrichis de la possession des terres salîques, ou des BJÉNEFiCES qu 'ils tenaient de la munificence royale. Ce mot de bénéfice, mes amis, signifie une terre donnée en présent, comme les chevaux et les armes que les rois ûranks distribuaient autrefois à leurs compagnons, pour les attacher plus fortement à leur service, et s'assurer leur fidélité.

Au milieu de ces assemblées, on remarquait les maires de Neustrie, de Boiu*gogne et d'Austrasie, véritables chefs des seigneurs de ces royaumes. Celui qui étsiit revêtu de cette dignité chez les Austrasiens, portait le nom de Fepin, et on Ta surnommé lb Vieux, pour le distinguer de deux autres Pépin, dont je vous parlerai par la suite.

50 LES UONASTiBES.

Diiçobert, qui reconnut dans ce seigneur on esprit supérieur et nn caractère turbulent, et qui cnùgnait qu'il ne se mtt i la tét« des mêconteato, le dépouilla de sa di^ité, pour en revêtir un Frank neustrieu, nosunê Œoa, dout il coonaiesait la fidélité.

Comme les Austrasicns se plaignaient encore de n'avoir point un roi qui habitât parmi eux, il leur envoya son fils aîné, âgé de trois ans, et le fit roi d'Âustrane, sous le nom de Sigebert III, parce qu'il y avait eu, avant lui, deux mouarqueB de ce nom dans ce royaume. Le second de sea fils, qui se nommait Clovis II, reçut pour son lot la Neustrie et la Bourgogne ; et une assemblée des seigneurs franks et bourguignons approuva ce partage ; mais cette précaution n'empécba pas que de grands malheurs ne vinssent fondre sur la ffimille des Mérowings, comme nous le verrons tout à l'heure.

lAjreqne je vons tû raconté les malheurs de Mérovée, que Frêdégonde fit enfermer dans un cloître, après l'avoir privé de sa longue chevelure, je n'ai pas en le temps de vons faire connaître quels étaient les moines qui habitaient ces sortea de retraites, auxquelles on donnût ausBÎ le nom

de MONASTÈRES.

Ces moines, dont la seule occupation avtùt été d'abord de prier Dieu toute la journée, et quelquefois même de ae relever la unit pour chanter irent ensuite de grands services est i eux que nous devons la laucoup de connaissances prâleura travaux, ne seraient point

Dn temps du roi Dagobert, il j avait trè8-pt*u de personnes qui eussent appris à lire et à écrire, et l'on ne savait pas encore imprimer des livres, comme on le fait si aisément à présent: il fallait donc qne tous les livres fussent écrits à la main ; et comme ce travail demande beaucoup de soins et de temps, il était très-difficile de s'en procurer, même à prix d'argent; car, si vous vouliez seulement copier un petit volume comme celui-ci, cela vous prendrait pendant bien des jours toutes vos récréations, et encore je doute que votre patience pût aller jusqu'au bout.

Eh bien, ces moines, qui pour la plupart étaient plus instruits que les soldats et les autres hommes de leur temps, parce qu'ils avaient le loisir d'étudier, copièrent un grand nombre de bons livres, qu'ils conservèrent précieusement dana leurs monastères. Au lieu de rester oisifs toute la journée, lorsqu' ils n'avaient plus rien à faire à l'église, ils s'occupaient sans relâcbe de devenir savants, pour instruire ceux qui venaient leur demander des conseils, ou pour leur enseigner les choses utiles qu'ils avaient étudiées dans leurs livres.

De plus, les uns entreprenaient d'abattre des forêts entières, pour labourer la terre et y semer du blé, et les différentes espèces de végétaux dont l'homme se nourrit; les autres travaHlaient à pratiquer des routes pour communiquer d*un endroit à un autre, ou bien élevaient des digues pour empêcher les rivières de déborder et d' inonder les campagnes.

D'autres fois, ils creusaient de grands fossés auprès des marécages, pour faire écouler Veau '^ *

en croupissant, causait des maladies continuelles dans tous les environs; de sorte qu'il arriva trèssouvent que des marais infects, où Ton n'entendait que le coassement des grenouilles, se trouvèrent transformés par leurs travaux en de belles et vastes prairies, où Ton voyait paître de gras troupeaux de bœufs et de moutons.

Vous voyez par tout ce que je viens de vous dire, que les moines de ce temps-là n' étaient point des paresseux; leur activité devint même trèsprofitable aux autres hommes, qui n'auraient point osé entreprendre des travaux si considérables, dénués, comme ils l'étaient, des moyens et des connaissances nécessaires. Aussi le roi Dagobert, qui pensait être agréable à Dieu en favorisant ceux qui se disaient ses serviteurs, protégea-t-il beaucoup ces gens laborieux; il leur accorda un grand nombre de terres, à titre de bénéfices, comme les autres rois en avaient distribué à leurs capitaines et à leurs soldats, et les combla de toutes sortes de richesses, afin de les encourager à continuer leurs travaux; mais ce prince et ceux qui l'imitèrent, commirent une grande faute en accordant trop de biens à des religieux qui, pour la plupart, avaient fait vœu de pauvreté; car, lorsqu' ils furent devenus riches, ils perdirent tout leur zèle pour le travail, et cessèrent entièrement d'être utiles.

Ce fut aussi pour honorer les moines de Saint- Denis, petite ville des environs de Paris, que Dagobert bâtit dans ce lieu une grande et belle ■A. Qu'il orna des plus magnifiques ouvrages et dont les colonnes, les voûtes et les Tirent décorées de superbes étoffes

LES ROIS FAIKIANT8. 53

tissnes d'or et d'argent, ou brodées de perles on de pierres précieuses. H fit en outre creuser sous cet immense édifice de vastes souterrains, où il ordonna qu'après sa mort on Tenterrât, ainsi que tous les rois firanks qui régneraient après lui ; et en effet, depids cette époque, ces caveaux ont servi de sépulture à la plupart de nos rois.

Dagobert I" rendit un service éclatant à son siècle, en protégeant les hommes instruits, qui étaient fort rares de son temps ; et cela était d'autant plus louable de sa part, qu'il ne savait seulement pas lire; mais il appréciait le mérite de la science, et faisait grand cas de ceux qui la cultivaient.

Plusieurs de ses successeurs l'imitèrent en fondant, comme lui, un nombre considérable de monastères d'hommes et de femmes, qu'ils enrichirent de leurs dons, pour se concilier la faveur du ciel, et se faire pardonner leurs péchés; mais lorsque ces cloîtres se furent ainsi multipliés dans les Gaules, ils servirent d'asile à une foule de paresseux, qui vinrent y chercher une existence douce et inactive, et d'utiles qu'ils avaient été d'abord, ces étabHssement» devinrent bientôt nuisibles.

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LES EOIS FAINÉANTS.

Depuis Van 638 jusqu^à Van 655.

Les princes dont je vais maintenant vous raconter l'histoire, mes jeunes amis, sont ordinairement désignés sous le nom de rois fainiëa^-

54 LES UOiS FAINEANTS.

parce qu'ils aimèrent mieux passer leur temps dans la mollesse et l'oisiveté, que de se donner la peine de faire à leurs sujets tout le bien qu* Ils auraient pu leur procurer.

Cependant, il ne faut pas croire que tous ces rois fainéants aient été nommés ainsi, à cause de leur paresse; la plupart d'entre eux n'ont été que de pauvres enfants qui n'avaient plus de père, et que Ton élevait fort mal, afin qu' ils ne fussent bons à rien; car il n'y a rien de si malheureux pour un jeune homme, que de perdre des parents qui auraient pu lui donner de bons exemples, et lui enseigner tout ce qu'un enfant doit ajjprendre.

TiCS fils de Dagobert, Sioebert III, roi d'Austrjisie, et Clovis II, roi de Neustrie, ont été les premiers monarques franks flétris du surnom de fainéants. A peine âgés l'un de huit ans, l'autre de quatre, lorsque leur père mourut, tous deux se trouvèrent réduits à un vain simulacre de royauté, le premier sous la domination de Pépin le Vieux, que les Austrasiens avaient rappelé, le second sous l'empire d'Œga, ce seigneur neustricn à qui Dagobert avait confié la jeunesse de son fils. Ces deux hommes puissants étaient décorés du titre de maire du palais des deux royaumes, et c' était à eux qu'obéissaient les seigneurs franks et bourguignons, et même une partie des chefs biirbares qui commandaient aux nations germaniques restées de l'autre côté du Rhin. Les ducs du midi de la Gaule reconnaissaient aussi leur puissance, quoique la plupart n'attendissent qu'une occasion favorable, pour s' affranchir d'une monarchie qu' ils '. nrès de devenir le partage de celui qui ^roit pour s'en emparer.

LES KOIS FAINEANTS. 5/)

Sîgebert III ne régna que peu de temps en Anstrasie, et sa mort réunit encore une fois ce royaume à celui de Neustrie dans les mains de Clovis II, le plus indolent des monarques que Ton eût jamais vus, si ceux qui lui succédèrent ne l'eussent encore surpassé en mollesse et en ijonchalance.

De temps en temps, et lorsqu' il ne faisait ni pluie, ni vent, ni soleil, tant il aurait craint d'avoir trop froid ou trop chaud, ce prince, qui vivait retiré dans un château où il ne pensait qu'à s'amuser, à boire, à manger et à dormir, montait sur un chariot attelé de quatre bœufs blancs, dont les cornes étaient dorées, et parcourait lentement les rues de Paris, alors étroites et boueuses, de petu* d'être fatigué, si son char eût été traîné par des chevaux vifs et fringants.

Pendant ce temps, c'était le maire du palais qui gouvernait le royaume à la place du prince; et comme le plus souvent ce seigneur était d'un caractère dur et orgueilleux, personne n'osait contredire ses volontés, pas même le pauvre roi, dont il faisait tout ce qu' il lui plaisait.

Une fois chaque année, le maire du palais permettait au faible Clovis de se montrer en grande cérémonie à l'assemblée du champ de mars, où je vous ai dit que se rendaient les ducs des provinces, les évêques et les leudes royaux, ordinairement accompagnés d' un certain nombre d' hommes de leurs domaines. Alors on couvrait le monarque d' un magnifique manteau de pourpre ; on lui mettait sur la tète une belle couronne d' or, et autour du cou, un collier tout étincelant de pierreries. Ainsi paré, le prince paraissait devant le peuple.

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