LES ROIS FAINÉANTS
(^ui contemplait son roi, comme on regarde on saint dans une niche. Mais il ne lui était pas permis de parler, et encore moins de rien ordonner, sans l'agrément de son maire du palais.
Aussitôt après, Clovis II était ramené dans son palais, où il avait toutes ses aises, qu' il préférait infiniment aux soucis de la royauté ; car, lorsqu'on est accoutumé à ne rien faire, on ne peut plus s'arracher à la paresse, qui est pourtant le plus honteux de tous les défauts, puisqu'il faut que tout le monde travaille sur la terre, môme les hommes riches et puissants.
De peur que le roi ne s'ennuyât dans son château, et ne voulût en sortir, le maire du palais avait grand soin de lui envoyer de temps en temps, pour le divertir, des baladins qui exécutaient en sa présence des jeux de toute espèce. Quelquefois aussi de prétendus sorciers venaient lui dire sa bonne aventure, ou bien des sauteurs et d'autres charlatans faisaient devant Itd mille tours et mille cabrioles.
Tout cela n'empêcha pas qu'un jour le roi Clovis, étant sorti de son palais pour se promener, ne vît des marchands étrangers qui conduisaient une jeune et belle esclave, pour la vendre sur un marché à qui voudrait l'acheter; car, daJ^s ce temps-là, on vendait de pauvres gens pour de l'argent, comme on vend aujourd'hui des animaux. Ces malheureux étaient ordinairement des hommes et des femmes qui avaient été pris à la ioiffiTe, ou enlevés par des brigands, conune arrivé à cette jeune fille, qui avait nom
dut savoir l'histoire de cette jeune
personne ; il apprit bientôt que c' était une princesse d*un pays très-éloigné, qui, se promenant un Jour sur le bord de la mer, avait été enlevée par des corsaires.
Cette aventure donna envie à Clovis de parler à Bathilde ; il la trouva si aimable, si sage et si intéressante, qu'il Temmena dans son palais, et ne voulut pas avoir d'autre femme qu'elle ; ainsi BatMlde, au lieu d'être vendue comme esclave, se trouva tout à coup une grande reine. Elle méritait bien ce sort, car elle était bonne et vertueuse; et lorsqu'elle fut devenue princesse, elle fit tant de bien aux pauvres, que tout le peuple l'aima à l'adoralion.
Clovis II aurait été heureux de passer une longue vie auprès d'une femme si aimable ; mais il mourut de maladie, étant encore fort jeune, après avoir recommandé à Bathilde d'avoir bien soin de trois petits garçons qu'il laissait après lui, chargés du poids de sa couronne.
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Depuis Van 655 jusqu!à Van 681.
Clotaire III, roi de Neustrie, et Childérig II, roi d'Austrasie, étaient les fils aînés de Clovis et de la reine Bathilde; mais comme ils n'étaient encore que des enfants, ce furent, selon la coutume, deux maires du palais qui gouvernèrent ces royaumes à leur place. Quant à Thierri, leur plus jeune frère, quoique Bathilde eût bien voulu aussi lui donner une couronne, on le laî»—
58 LEB MAIKES DU PALAIB.
à l'écart; et lorsque ea mère pe retira dans un umnastère de-femmes, qu'elle avait fondé & CbeUiES, auprâs de Paris, pereonne ne fit pins att«ntioQ à ce pauvre enfant.
Or, il arriva, dans ce temps-là, qns la reine ayant choiù pour maire du palais de Neustrie un homme habile, uommÉ ëbboïn, qui n'^partenait ni à la classe des seigneurs, ni à celle des ëvéques, ni même à «elle des leudes royaux, ceux-ci virent avec mécontentement son élévation, parce qu'ils se doutaient qu' Ébroîn voudrait abaisser leur orgueil, et les réduire à l'obéissance,
Chez les Âustrasiena, au contrure, le maire du paltûs était un duc nommé Vulfoald, qne ke grands du royaume avaient élevé à cett« dignité, pour qu'il exerçât à lenx profit l'autorité royale; mats comme ce seigneur n'était que leur ég^ il en résulta qn'ua grand nombre de cheâ des Frauks, et de ducs du midi de la Gaule, qui jusqu'alors s'étaient soumis i la puissance du roi d'Austraeie, refusèrent de lui obéir, ainsi qu'au maire qui le représentait.
Sur ces entrefaites, il arriva que Clotiûre III, à peine sorti de l'enfance, mourut en Neustrie ; et Ébioîn, qui ne voulait pas que la mairie de ce royaume lui échappât, alla trouver dans sa retraite le jeune Thierri, dont lui seul peut-être se souvenait encore, et déposa ik ses pieds les in- L roj^auté: c'était un diadème omé de m riche manteau de pourpre maguirodé, et enfin un aupeibe sceptre d'or.
emeura tout Ébloui à la vue de tant tioses, et il ne fiit pas maitre de sa on lui dit qne tout cela allait lui «p-
partenir. H se laissa donc placer par ÉbroTn siir le trône de Neustrîe, que son frère Glotaire avait occupé; mais le pauvre prince ne se doutait pas de tous les malheurs qui Vj attendaient.
En effet, dès que les seigneurs de Neustne et de Bourgogne eurent appris qu'Ébroïn avait osé donner la couronne à ce jeune prince, que Ton nomma Thierri III, sans les avoir assembles pour avoir leur consentement, ils appelèrent à leur aide les grands d'Austrasîe, et ayant surpris ensemble Ébroïn et son petit roi, ils leur coupèrent les cheveux à tous les deux, et les enfermèrent dans des cloîtres séparés, d'où ils ne devaient plus jamais sortir.
Après cela, ils offrirent le trône de Neustrie à Childéric II, qui se trouva ainsi roi de toute la Gaule franke. Il fallut poxui»nt encore qu'il consentît à recevoir de leurs mains, pour maire du palais, un seigneur bourguignon, nommé LioER, qui était un homme altier et turbulent, et pardessus tout, Tennemi déclaré d' Ébroïn; mais bientôt Léger s'étant brouillé avec le roi, ce prince, pour le punir, le fit enfermer dans le même cloître où Ébroïn était déjà, afin que ces deux hommes, qui se haïssaient mortellement, subissent le supplice de 86 trouver sans cesse face à face.
Vous voyez par là que les seigneurs franks de cette époque se croyaient tout permis, et qu'ils supportaient avec bien de la peine, d'être soumis à l'autorité d'un roi. Aussi Childéric II ayant, je ne sais pour quel motif^ fait lier à un poteau, et frapper de verges un jeune comte austrasien nommé BoDiLLOK, celui-ci jura de laver dans le sang du monarque l'affront qu'il venait de recevoir.
Dès que ce honteux châtiment fat connu des grands du royaume, il s'éleva parmi eux un cri d'indignation contre Childéric, qui avait osé infliger à un seigneur un supplice réservé jusqu'alors aux seuls esclaves. Tous les chefs des Franks, en écoutant le récit de Bodillon, regardèrent sa punition comme une insulte personnelle ; et après s'être engagés entre eux par un serment à tirer tôt ou tard de ce prince une vengeance éclatante, ils envoyèrent consulter Léger dans sa prison, sur le moment qu'ils devaient choisir.
A quelque temps de là, Childéric II étant allé à la campagne avec sa femme et ses enfants, l' im* placable Bodillon les surprit dans une forêt, et fit tuer sous ses yeux, sans miséricorde, le roi, la reine et tous les jeunes princes qui se trouvaient là. Un seul échappa à ces meurtriers, parce qu'il était si petit qu'un serviteur fidèle le cacha sous son manteau, et l'emportant dans le cloître de Chelles, près de celui où s'était retirée la reine Bathilde, le fit élever le plus secrètement possible, sous le nom supposé de frère Daniel.
A peine Childéric eut-il rendu le dernier soupir, que les grands qui venaient de commettre ce crime, se rendirent à l'abbaye de Saint- Denis, où Thierri III avait été enfermé, et tirant de sa retraite ce prince dont la chevelure avait eu le temps de repousser, ils le replacèrent sur ce trône dont eux-mêmes l'avaient précipité peu d'années auparavant.
Pendant leur captivité dans le même monastère,
Ébroïn et Léger paraissaient s'être réconciliés
sincèrement, parce que le vénérable abbé qui se
^ouvait chargé de leur garde, avait refusé de leur
PEPIN d'iuêristal. 61
en ouvrir les portes, jusqu'à ce qu'ils eussent fait serment au pied des autels, de ne plus donner aa monde le spectacle de leur inimitié. Mais de pareils hommes se jouaient de tout ce qu*il y a de plus sacré ; aussi le premier usage qu'ils firent de leur liberté, fut-il de se livrer à toute la haine qu'ils ressentaient l'un pour l'autre, et dont le seul terme devait être celui de leur existence. Léger, tombé au pouvoir de son ennemi, après avoir eu les yeux arrachés, eut la tête tranchée par son ordre ; et Ébroîn périt sous le poignard d'un assasçn.
Cependant, au milieu de tant de désastres, les Franks se lassaient de voir les forces de leur monarchie s'épuiser par des crimes et des revers qui semblaient désormais attachés à l'existence des Mérowings ; et vous allez voir bientôt quel fut le sort de cette famille de rois, autrefois si illustre, et maintenant si avilie.
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PEPIN D'HÉKISTAL.
Depuis Van 681 jtisqu^à Van 695.
Il y avait dans ce temps -là en Austrasie, un Jeune homme intrépide et ambitieux, que l'on nommait Pépin D'HiRisTAL, parce qu'il possédait sur les bords de la Meuse, un château de ce nom ; il était petit-fils par sa mère de Pépin le Vieux, dont je vous ai parlé dans l'histoire des rois fiiinéants, et les seigneurs austrasiens, parmi lesquels il occupait un rang distingué, avaient plac^
eu lui toute leur confiance.
62 PEPIN d'héristal.
Le prince qui régnait alors sur ce royaume, por tait le nom de Dagobert II, et passait pour être fils de Sigebert III, frère du dernier Glovis. C'était, comme tous les Mérowings de cette époque, lin véritable roi fainéant, au nom duquel il eût été facile à Pépin de gouverner l'Austrasie ; mais cet ambitieux, dédaignant ce fantôme de roi qui lui était inutile, Tabandonna aux seigneurs révoltés, qui lé firent juger par une assemblée d'évêques de leur parti, et le mirent à mort. Après ce meurtre, Pépin eût pu aisément placer la couronne sur sa propre tête ; mais il voulut bien encore se contenter du titre de duo d'Austrasie, que personne ne fut assez bardi pour lui contester ; et les grands du royaume consentirent à ce que cette dignité demeurât à perpétuité dans sa famille, dans l'espoir de s'assurer les mêmes avan* tages dans les provinces qu'ils possédaient.
Je vous prie de remarquer que ce Dagobert II fiit le dernier prince revêtu de la royauté d'Austrasie, et que depuis cette époque, il n'y eut plus chez les Franks de ce pays d^autre puissance que celle de leurs ducs héréditaires.
Pendant ce temps, le faible Thîerri III, qui depuis la mort d'Ébroïn n'avait cessé d'être le jouet des maires de son palais, eut l'imprudence de se brouiller avec Pépin, en lui reprochant d'accorder asile en Austrasie à tous les Neustriens mécontents de son gouvernement. Ce fut là le prétexte qui alluma entre les deux royaumes une guerre terrible, dans laquelle les Franks des deux partis entrèrent avec fureur. Ce n'était plus alors une simple querelle entre des seigneurs turbulents,
tait la puissance des ducs d' Austrasie achevant
PEPIN DHERISTÂL. 63
d'aocabler la royauté neiistrîenne. Les deux armées s' étant rencontrées près du bourg de Testry, non loin de la ville de Féronne, il s'engagea dans cet endroit une terrible bataille, où le maire de Nenstrie fut vaincu et tué, et où la victoire demeura au redoutable Pépin, que les seigneura aiistrasiens secondèrent de tout leur pouvoir.
Dès ce moment, l'autorité de Pépin sur la Nenstrie fut aussi solidement établie qu'elle l' était depuis longtemps sur l'autre royaume. Thierri I IT, après avoir assisté à la bataille, s'enfuit précipi- •tomment jusqu'à Paris, où le vainqueur entrant en même temps que lui, l'obligea de le recevoir comme maire du palais.
Cette bataille de Testry est un événement extrêmement remarquable, en ce qu'elle établit d'une manière définitive la prépondérance des ducs d'Austrasie sur la monarchie neustrienne ; il y eut bien encore parfois, entre ces deux États, de nouvelles dissensions et de nouveaux troubles, mais ils furent plutêt occasionnés par l'ambition de quelques seigneurs turbulents, que par l'animosité des deux nations, qui désormais n'en formèrent plus qu'une.
Depuis cette époque. Pépin d' Héristal gouverna seul toute la monarchie des Franks, tandis que Thierri III, renfermé dans son palais, se contentait d'y porter les insignes de la souveraineté, et de se montrer de temps à autre aux yeux de son peuple couvert du manteau royal, la tête ceinte du diadème, et portant en main le sceptre qu'il avait acheté si cher. H régna ainsi pendant plusieurs années, comme avait régné son père Clovis II, et méritant comme lui le surnom de fainéant.
Quant à Pépin, comme les ducs des nat^
gennaniques, et les autres seigneurs franks, après lui avoir prêté main-forte pour abattre la Neustrie, prétendaient s'attribuer la même indépendance que lui-même s* était appropriée, il se trouva bientôt réduit à ses propres leudes, dont il avait augmenté le nombre en multipliant ses dons, soit en richesses, soit en bénéfices. Seulement, pour satisfaire à rexi<^ence de ses anciens compagnons d'armes, il rétablit formellement les assemblées du champ de mars, où ils aimaient à venir délibérer, comme autrefois leurs ancêtres, sur les expéditions qu'ils projetaient; car il s'écoula bien des aimées avant qu'une paix véritable existât entre tous ces guerriers barbares. Pépin se vit même forcé, pour être plus à portée de contenir les nations teutoniques <(ui s'agitaient sans cesse de l'autre côté du Rhin, <st parmi lesquelles on distinguait les Frisons, les SuÈVEs, les Bavarois et les Saxons, de placer le siège de son gouvernement à Cologne, sur les bords de ce fleuve, d'où il pouvait à la fois surveiller les peuples germaniques, fit contenir la Gaule franke dans l'obéissance.
Depuis Van 695 jusqu^à Van 741.
Puisque je vous ai parlé des Frisons, des Suèves, des Bavarois et des Saxons, ces peuples germaniques dont le voisinage était une menace continuelle pour la monarchie des Franks, il faut Aue je vous fasse connaître en peu de mots, quels
LA DÉFAITE DES SARBA8IKS. 65
pays habitaient ces nations sanvages, fonnées de diverses tribns idolâtres.
Ces peuples s'étendaient, en Germanie, depuis rembouchure du Rhin dans TOcéan, jusqu'à un autre grand fleuve de cette contrée, que Ton nommait r Elbe ; et il était souvent arrivé que leurs ducs s'étaient avancés sur .les bords de la Meuse, comme s' ils eussent voulu prendre dans les Gaules la place que la tribu salienne occupait autrefois auprès de TYssel.
A présent, mes jeunes amis, si vous apprenez à connaître sur la carte les pays que je viens de vous indiquer, rien ne vous sera plus aisé que de retenir dans votre mémoire quelle était la position de ces peuples barbares, dont j'aurai plus d'une occasion de vous parler, dans le cours de cette histoire. Ce fut à les combattre et à les repousser en Germaniç, que Pépin employa la plus grande partie de son existence, et pendant plusieurs années, ce grand capitaine fut forcé de porter la guerre dans leurs provinces, pour les mettre à la raison.
Les fils de Thierri III avaient vécu, comme leur père, dans l'obscurité de leurs palais, où les honneurs de la royauté les avaient en quelque sorte dédommagés de leur impuissance ; et lorsque CiiiLDEBERT III, le demicr de ces princes, vint à mourir. Pépin consentit encore à placer sur le trône de Neustrie un simulacre de roi, qui, sous le nom de Dagobert III, n'avait d'autre mérite que d'appartenir il Tillustre famille des Mérowings.
Ce prince, à peine âgé de douze ans, n'était pas fait pour donner de l'ombrage à Pépin, parce qu'un A jeune monarque ne pouvait manquer d' être soumis à ses volontés; et cet ambitieux, quoique d^'"
parvenu à la vieillesse, aurait bien regretté de voir s'évanouir la puissance qu'il avait acquise par tant de travaux ; il fallut bien pourtant qu'il mourût comme les autres hommes; et vous allez voir ce qui arriva après sa mort.
Le duc Pépin avait eu deux femmes à la fois, ce qui se voyait assez souvent dans ce temps-là; Alpaîde, l'une de ces princesses, lui avait donné un fils nommé Charles, qui, tout jeune encore, avait déjà montré une si terrible valeur à la guerre, qu'on lui avait donné le surnom de Martei^ p)ur exprimer qu'il était toujours prêt à battre ses ennemis, comme le marteau d'un forgeron bat le fer sur l'enclume.
Plegtrude, seconde femme de Pépin, avait aussi un fils qu'elle voulait faire duc des Austrasiens et maire de Neustrie, ainsi que son père l'avait été; mais ce fils n'était encore qu'un enfant, et comme elle craignait que les Franks ne lui préférassent Charles Martel, à cause de son courage, elle fit enfermer ce jeune homme dans une tour, où elle espérait qu'il périrait bientôt d'ennui et de chagrin.
Sur ces entrefaites, les Neustriens indignés que Plectrude voiilût donner à leur roi Dagobert III on maire du palais qui n'avait pas plus de six ans, se révoltèrent contre cette princesse, et coururent aux armes. Après avoir vaincu les Austrasiens dans une bataille sanglante, ils choisirent pour maire un de leurs chefs les plus vaillants, nommé Baqhenfred, et ayant poursuivi les débris de l'armée ennemie jusqu'aux portes de Metz, ils portèrent le ravage dans toute l'Austrasie.
Cependant, les grands de ce royaume, honteux revers que leur avait attirés l'orgueil d'une
femme, se souvinrent de cet intrépide fils de Pépin, qu'une injuste captivité avait empêché de combattre à leur tête, et se rendant en foule à la prison où il était enfermé, ils lui rendirent la liberté, en le proclamant duc d'Austrasie. Aussitôt Charles Martel marchant contre Tannée des Neustriens, leur livra une nouvelle bataille, où il les défit complètement, tua leur chef Raghenfred, et se fit reconnaître maire du palais de la Neustrie soumise. La méchante Plectrude réduite au désespoir, se vit contrainte d'abandonner au fils d'Alpaïde les trésors et lei châteaux de son père, et Charles eut la générosité de lui pardonner tout le mal qu'elle lui avait fait.
Vers ce temps-là, il arriva qu'un peuple nombreux que Ton nommait les Sarrasins, passa les Pyrénées, qui, comme vous le savez, sont ces hautes montagnes qui séparent la France de l'Espagne, et vint ravager une partie du midi de la Gaule, sans qu'aucune ville ni aucune armée pût les arrêter. Ces Barbares ne se répandaient pas comme un torrent sur toutes les provinces gauloises à la fois, mais leurs troupes se montraient successivement dans une multitude d'endroits, où le pillage et la dévastation marquaient leur passage.
Les Sarrasins, dont il ne faudra point oublier le nom, parce que vous les retrouverez dans celte histoire et dans d'autres, étaient des peuples belliqueux qui venaient de l'Asie; ils n'adoraient qu'un seul Dieu, dont ils croyaient que le prophète était Mahomet, qui leur avait promis de les rendre maîtres de toute la terre.
Il y eut d'abord plusieurs seigneurs, et entre autres un vaillant duc d'Aquitaine, nommé Eudes,
qui essayèrent de défendre contre ces redoutables ennemis les provinces méridionales de la Gaule; mais ils furent tous défaits successivement, et Eudes lui-même fut contraint d'appeler Charles Martel à son secours, en le suppliant de sauver l'empire des Franks d'une destruction inévitable.
Charles ayant donc assemblé autour de sa per* sonne les comtes et les ducs de l' Austrasie et de la Neustrie, qui accoururent suivis d'un grand nombre de soldats, s'avança au-devant des Sarrasins jusqu'aux portes d'une ancienne ville nommée Poitiers, qui est située de Tautre côté de la Loire, et auprès de laquelle il rencontra l'armée mahométane.
Alors 8*eng£igea dans ce lieu une si terrible bataille, que la terre fut couverte au loin des cadavres des ennemis, et que Veau des rivières devint rouge de leur sang. Abd£rame lui-même, le général des Sarrasins, y périt avec presque toute son armée, dont les débris repassèrent précipitamment les Pyrénées, et rentrèrent en Espagne.
Beaucoup de seigneurs et de soldats franks furent tués aussi dans cette bataille; mais il n'y en avait pas un seul dans toute Tannée de Charles, qui n'eût préféré la mort au malheur de voir ces farouches ennemis brûler les villes, ravager les campagnes, et emmener en esclavage leurs femmes et leurs enfants.
Il ne faut pas confondre cette éclatante victoire de Charles Martel, avec cette multitude de batailles sans résultats, dont toutes les histoires sont remplies; celle de Poitiers sauva véritablement la Gaule, et peut-être l'Europe entière du joug des
rrasins, qui s'étaient déjà rendus maîtres do
LA DiVAITB DES dÀRRAeiNS. 69
r Espagne, d où ils avaient chassé les Visigoths. Sans le triomphe de ce grand homme, le croissant du prophète - arabe eût partout remplacé la croix de Jésus-Christ, et nous serions nés mahométans au lieu de naître chrétiens. Charles fat donc appelé avec juste raison le sauveur de la France ; et lorsqu'il traversait les villes, après sa victoire, tout le peuple se pressait sur son passage; il n'y avait pas jusqu'aux petits enfants qui ne demandassent à leurs parents de les lever dans leurs bras, pour contempler aussi ce généreux guerrier.
Cependant, tandis que Charles Martel accomplissait ces grandes choses, deux rois fainéants vivaient et mouraient successivement dans leurs palais, sans que personne prit aucun intérêt à leur sort. Le vaillant duc d'Austrasie était le véritable chef de la monarchie franke, et à peine si les nons de ces princes inutiles étaient connus de leurs contemporains. Charles aimait mieux d'ailleurs faire des rois que de l' être lui-même, et le trône de Neustrîe étant encore devenu vacant, il y plaça ce fils du roi Childéric II, qu'un serviteur fidèle avait fait élever secrètement dans le cloître de Chelles, sous le nom de fî*ère Daniel, après le meurtre de ses parents par Bodillon.
Ce prince, alors âgé d'environ quarante-trois ans, mais plus propre à la vie monastique qu'il avait menée jusqu'à ce moment, qu'à porter le poids d'une couronne, était le seul en âge de régner qui restât encore de la famille de Clovis, et on l'appela Chilpjéric II.
Ce Chilpéric et son successeur Thîerri IV, fils de Dagobert III, sur lequel je n'aurai point d'histoire à vous raconter, sont encore mis au
nombre des rois fainéants; et Charles Martel, avant de mourir, ordonna que ses propres fils, * Pépin et Carloman, continueraient après lui à gouverner les Franks, comme il les avait gouvernés lui-même pendant sa vie.
«w i x nnwwo^wowoioiawwmi
LE COMBAT DU LION, Depuis Van 741 jusqidà Van 768,
Pépin fut surnommé le Bref, à cause de sa petite taille; mais tout petit qu'il était, il avait tant de force et de courage, que les hommes les plus grands de son temps auraient craint de se mesurer avec lui.
Dans ces temps reculés, beaucoup de personnes prenaient im plaisir extrême à faire combattre des animaux les uns contre les autres; c'était un affreux spectacle qu'ils se donnaient làl et il devait être vraiment horrible de voir de pauvres bêtes s'entre-déchirer de leurs griffes et de leurs dents, en poussant des hurlements de fureur.
Un jour Pépin assistait avec plusieurs seigneurs franks au combat d'un lion énorme contre un taureau d'une force remarquable. Vous savez que le lion est un animal si courageux, qu'on le nomme ordinairement le roi des animaux; mais ce que vous ne savez peut-être pas, c'est qu'il est auKsi très-adroit à saisir sa proie, de manière que celleci ne puisse plus se défendre. C'est précisément
qu'avait fait le lion dont je vous ai parlé; il >t saisi le taureau à la gorge, afin que ce
terrible ammal ne pût pas faire nsage contre lui de ses cornes longues et recourbées.
Fepin ne put voir sans pitié ce pauvre taureau à demi étranglé; et quoique plusieurs personnes voulussent l'en empêcher, il sauta dans Tarène, qui était Tespace sablé où combattaient les animaux, et tirant son sabre, il abattit d'un seul coup la tête du lion, tant il avait le bras vigoureux.
Une pareille témérité dans un si petit homme, frappa tout le monde d'étonnement, et Pépin se tournant vers les assistants, leur demanda à haute voix s'ils ne croyaient pas qu'il fut assez courageux pour être roi. Vous pouvez penser que personne n'osa lui dire le contraire, parce que dans ce temps-là on faisait grand cas de la force du corps, à laquelle on ne fait plus attention aujourd'hui, que dans les hommes qui, pour gagner leur vie, sont obligés d'entreprendre toutes sortes de travaux pénibles.
D'après ce qu'avait dit le duc d'Austrasie dans cette occasion, personne ne douta qu'il n'eût l'intention de mettre sur sa tête la couronne de Neustrie, que portait alors un prince enfant, nommé GniLDiRic III, qui fut le dernier de la famille des MiROWiNcs; mais comme Pépin aimait beaucoup son frère Carloman, il ne voulut pas se faire roi, avant d'être sûr que son élévation nfi causerait aucune peine à ce prince.
Carloman était, ainsi que Pépin, un vaillant guerrier qui avait souvent conduit les Franks de l'autre côté du Rhin, poiu* y combattre les Bavarois, les Saxons et les autres peuples germaniques; mais en même temps, il était très-pieux, et il av " raison, car un homme religieux est toujojrs t
leur qu'un autre, parce qu'il connaît ce qui est bien, et serait très-fâché do faire ce qui est hmiI.
Tout à coup Carloman, quoiqu'il eût partage jusqu'alors avec Pépin la puissance que Charles Martel leur père leur avait laissée, résolut de renoncer aux grandeurs de ce monde, et de se retirer dans un monastère, pour y consacrer sa vie à prier Dieu, Il alla donc trouver le papb, qui alors n'était simplement que l'évêque de Rome, et le pria de le recevoir dans un cloître d' Italie, où il fit tout ce qu'il put pour oublier qu'il avait été un très-grand personnage. Il se coupa lai* même les cheveux, et se fit moine, sans que personne l'y obligeât en aucune façon.
Puisque je viens de vous parler du pape, il faut que je vous raconte comment, du temps de Charles Martel, les évèques de Borne avaient formé des relations d'amitié avec les Franks d'Austrasie, qui, depuis cette époque, n'avaient cessé de leur montrer beaucoup de déférence.
Vous savez que les nations barbares de Germanie étaient idolâtres; et il était arrivé bien des fois que des prêtres chrétiens avaient traversé l'Austrasie, pour aller convertir les Barbares à la religion chrétienne, comme autrefois de pieux évèques étaient parvenus à convertir les Gaulois, et les Franks établis dans les Gaules.
La plupart du temps, ces prêtres chrétiens, aux* quels on donnait le nom de inssioNNAiREs, parce que le pape leur avait donné pour mission de répandre leur religion par toute la terre, étaient de vénérables persoimages qui prêchaient partout la paix et la concorde, et invitaient les peuples à
-^voir le baptême pour se laver de leurs péchés.
LE COXIUT DU UQ!f, 73
]^9 8ei«:neiiia austrasiens, et particnlièrement Charles Martel, avaient bien accueilli ces envoyés du pape, et celui-ci par reconnidssance, s'était toujours montré l'ami des ducs d'Austrasie.
Lorsque Fepin se trouva seul maître de l'empire des Franks, il se décida à prendre enfin le titre de roi; mais auparavant, il envoya consulter l'évêque de Borne sur ce dessein, et le pape lui répondit que celui-là seul devait être roi, qui exerçait la puissance royale.
Or, vous savez que depuis les princes fainéants, les maires du palais gouvernaient seuls le royaume, et que les derniers Mérowings n'avaient jamais exercé la royauté. Pépin interpréta donc en sa faveur la réponse du pape; et faisant raser la tète du jeune Gluldérîc IIE, il l'enferma dans un doitre, où il le condamna à passer le reste de sa vie. Après quoi, ayant assemblé autour de lui les seigneurs de Neustrie, d'Austrasie et de Bourgogne, il se fit reconnaître pour roi des Franks par les principaux ducs et comtes du royaume, et par les évèques des cités gauloises.
C'était Tusage chez les Barbares, lorsqu'ils faisaient cboix d'un nouveau monarque, de le faire mcmter sur un pavois, sorte de bouclier que les seigneurs élevaient sur leurs épaules, pour que tout le peuple pût l'apercevoir et le contempler. PejÂn voulut que cette cérémonie s* accomplît à son égard dans la ville de Boissons, comme elle s'était accomplie à l'égard des princes Mérowings; et pour donner encore plus de solennité à cette ioaugaration, il pria saint Boniface, le plus courageux et le plus vénérable des missionnaires de Germanie, de lui poser la oouromie sur la tât-
afin de paraître recevoir de la main de Dlea oo qu'il tenait déjà de celle des hommes.
Il 7 avait à peine quelques mois que Pépin était devenu roi des Franks, lorsqu'il vit arriver dans les Gaules l'évêque de Rome lui-même, qui, couvert de cendre et vêtu d' habits de deuil, venait implorer à genoux sa pitié, et le supplier de délivrer le peuple romain de la domination des IjOmbards, nation d'origine germanique comma les Franks, qui s'étaient rendus maîtres de T Italie et en avaient chassé le pape et la plupart de ses prêtres.
Ce vieillard respectable, nommé Étiennb TTT, ne consentit à se relever que lorsque Pépin lui eul tendu la main en signe d'amitié; ce prince lui de* manda, en retour de sa protection qu'il lui accorda à l'instant même, de le couronner de nouveau avec deux fils qu'il avait, dans une cérémonie religieuse qui consistait à répandre sur la tête du monarque une huile consacrée, que l'on prétendait avoir ét6 apportée miraculeusement par des anges. Ce fiit à cette cérémonie que l'on donna depuis le nom de Sacre du roL
L'année suivante, après avoir passé avec nne armée les Alpes, ces mêmes montagnes couvertes de neige qu'Annibal avait eu tant de peine à fran* chir, lorsqu'il marchait contre les Romains, Pépin défit complètement le roi des Lombards; mais an lieu de s'approprier les provinces d'Italie qu'il avait conquises sur les ennemis, il en fit présent au pape, pour en former le patrimoine de l' Église.
Le bruit des grandes actions que Pépin le Bref avait accomplies, se répandit bientôt sur toute la
"-re. Plusieurs princos, parmi lesquels on comp*
CBABLEMAOïns* 75
tfllt l'empereur d* Orient, qui dans œ temps-là était Tun des plus puissants rois du monde, lui euToyèrent des ambassadeurs, chargés de lui remettre des présents magnifiques, tels que des parfums délicieux, des étoffes d'or et d'argent, et un grand nombre de bijoux précieux. Il joignit à ces présents un orgue, comme vous en voyez aujourd'bui dans les églises, instrument que Ton ne connaissait point encore en France à cette époque, et qui frappa d'admiration tous ceux qui Tentendirent. Vous voyez, mes jeunes amis, que Pépin le Bref, quoiqu'il fût très -petit, n'en devint pas moins un roi puissant et formidable; ce qui doit vous apprendre que ce n'est ni la taille ni la figure qui distinguent les grands hommes, mais un caractère ferme et des talents remarquables qui les élèvent au-dessus de leurs égaux.
mitimMit n %*tkmmi M itMm0it0tm
CHAELEMAGNE.
Dqmis Van 768 jusqu!à Van 814.
Si l'on vous disait qu'il y eut autrefois un roi qui portait habituellement une épée si longue et si pesante, qu'aucun homme aujourd' hui ne serait as- «ez fort pour la soulever; que ce prince, qui n'avait pas moins de courage et de vertus que Pépin le jDTef^ dont il était le fils, était d'une stature si élevée, que la longueur de son pied est la mesure que l'on nomme ordiuidrement le pied de roi ; si l'on ajoutait qu'il réunit sur sa tête plusieurs c^^^- Bonnes aussi puissantes que celle de France
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cjroiriez peut-être que tout cela n'est qu'un conte de féefi, et cependant il n'y a rien de plus vrai que cette histoire, qui est celle de Charlema^e^ c'est-à-dire de Charles le Grand) et l'nne des plm intéressantes que je puisse vous raconter.
Lorsque Charlemagne parvint au trône, après la mort de Pépin, il se vit environné des ennemis que son aïeul et son père avaient eu tant de peine à vaincre. Les Barbares de Germanie, devenus plus hardis, s'étaient rapprochés des bords du Rhin, qu'ils s'apprêtaient à franchir; et les ducs des Frisons, des Bavarois et des Saxons, menaçaient encore une fois de se répandre dans les Gaules^ pour en chasser les Franks, ou les réduire sous leur obéissance. En même temps, les Sarrasins, restés maîtres de V Espagne, depuis que Charles Martel les avait chassés du midi de la Gaule, se prépa* raient de nouveau à passer les Pyrénées; et leF Lombards, vaincus en Italie par Pépin le Brei, étaient prêts à reprendre les armes, et à déposséder le pape des provinces que ce prince de l'Église tenait de la munificence du roi des Franks.
Entouré de tant d'ennemis, le vaillant Charle* magne sut les combattre et les vaincre tous successivement. Ce fut d'abord contre les Saxons, toujours redoutables, qu'il tourna ses armes. Witikind, leur duc, lui suscita de longues guerres, et quoique sans cesse vaincu, il renouvela vingt fois cette lutte sanglante. Ce peuple germanique était le seul dont les missionnaires chrétiens n'eussent pu achever la conversion; et saint Boniface, ce pieux évêque qui avait couronné Pépin le Bref à Soissons, étant encore retourné au milieu d'eux* à un âge très-avancé, fut égorgé par c««
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Barbares, qni auraient dû se prosterner devant tant de courage et de vertus.
Vous êtes surpris peut-être de voir ainsi de saints vieillsurds s'exposer à de si grands dangers, et même à une mort certaine, pour répandre la religion chrétienne parmi les nations idolâtres. Mais vous devez vous souvenir que Jésus-Christ envoya ainsi ses apôtres dans les divers pays de la terre, pour y propager sa parole, et y faire connaître le vrai Dieu. Les missionnaires qui l'avançaient ainsi dans la Germanie et dans les autres contrées du monde, étaient animés du &ême esprit de patience et de charité que les apôtres du Christ, et ce sont eux qui, sans autre appui que leur ferme confiance en Dieu, ont fini par rendre chrétiens successivement tous les peuples de l'Europe.
Charlemagne, lassé de combattre les Saxons, et de lutter sans cesse contre les nations germaines, qui reprenaient les armes aussitôt qu'il s'en éloignait, s'empara de leur pays, et fit transporter un grand nombre de Barbares dans l'intérieur des Gaules, où il les força de s'établir avec leurs femmes et leurs enfants. En même temps, pour être mieux à portée de les contenir dans l'obéissance, il bâtit une ville qu'il appela Aix-la-Chapelle, à peu de distance du Rhin, dans un lieu où il existait une source d'eaux chaudes, autrefois connues des Bomains, sous le nom d'ÂQU^ Sextije; ce fut là qu'il établit la capitale de son vaste empire, et qu'il passa tout le temps que lui laissaient les guerres lointaines qu'il fut obligé d'entreprendre.
Je vous prie de remarquer, à propos de la fr dation d'Aix-la-Chapelle, que jusqu'alors les
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pitales des rois franke araient été Metz, Paris, Reims, Soîssons, Orléans, toutes situées entre la Meuse et la Loire, et que Charlemagne fut le premier qui abandonna la Ghàule centrsde pour se rapprocher de TAllemagne.
Après cela, Charles passa, comme son père, en Italie où les Lombards ne se soumirent à lui qu'après bien des combats et des défaites; il mérita x>ar son courage et ses vertus, qu'on lui mît sur la tête la couronne de Lombardie, qui était toute de fer et armée de pointes aigiiës.
Quant aux Sarrasins, il les chassa entièrement des Gaules, et franchissant les Pyrénées, il s'em* para même d'une des provinces d'£}spagne, qu'ils occupaient, et que l'on nomme atijourd'hai la Ca*
TALOGNE.
Charles se trouvait donc déjà le plus puissant roi du monde, puisqu'il régnait à la fois sur la Gaule, sur la plus grande partie de l'Italie, sur toute la Germanie, jusqu'à I'Elbe, et enfin sur une province espagnole, jusqu'à une grande rivière que l'on nomme I'Èbre, lorsque le pape Léon UI, qui régnait alors à Rome, profitant d'un moment où le monarque s'était mis à genoux pour faire sa prière, lui jeta sur les épaules un riche manteau de pourpre, en lui donnant le titre d' Empereur d'Occident, que les empereurs de Rome avaient porté depuis le partage de l'empire de Constantin le Grand, ainsi que vous avez dû le lire dans l'Histoire romaine, et on na le nomma plus que l'empereur Gharlemagne.
Cependant, au milieu de tant de grandeurs et de prospérités, Charles n'oubliait pas que Dieu ne l'avait placé si haut que pour'ikire le bonheur
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àé ses peuples. Il convoquait de fréquentes itssemblées d'évêqnes, de seigneurs franks et do chefs des autres nations qu' il avait réunies à son empire; et de concert avec ces personnages qu' il se plaisait à consulter, il faisait des lois qui, sous le nom de cafitulairbs, ont été observées en France pendant une longue suite de siècles. En même temps, pour s'assurer que les ducs et les comtes exécutaient fidèlement ses ordres, il chargeait des officiers que l'on nommait ENVOvés du icAÎTRE, de lui rendre compte de tout ce qui viendrait à leur connaissance, en parcourant les provinces.
Aussi, comme les jours eussent été trop courts pour accomplir tant de choses à la fois, il employait une partie des nuits à travailler sans relâche avec ses secrétaires; et souvent il lui arriva de voir reparaître Taurore, avant qu' il eût encore songé à se reposer.
Du temps de ce grand monarque, comme du temps de Dagobert I**, il n'y avait que très-peu de personnes qui eussent appris à lire et à écrire; les seigneurs franks, pour la plupart, ne savaient que manier une épée ou un cheval de bataille, et ne faisaient aucun cas des autres connaissances, qu'ils ne croyaient bonnes que pour des vaincus. Une telle ignorance était vraiment honteuse pour des hommes nobles et courageux, qui commandaient à de nombreux soldats. Ce fut pour cette raison que Gharlemagne fit venir à sa cour des savants de divers pays, qui instniisirent tous ceux qui voulurent apprendre ; le roi ordonna même que ces savants eussent leur demeure dans son propre pal**'" où il se plaisait souvent à s'entTPtenîr avec et
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Charles, après une existence remplie de tant de gloire, mourut à un âge avancé, dans cette même ville d'Aix-la-Chapelle dont il était le fondateur. Une basilique qu'il y avait élevée en T honneur de la Vierge, fut choisie pour être son tombeau. Ce fut dans un des caveaux de ce monument qu' il fut déposé après sa mort^ assis sur un trône de marbre, vêtu de ses habits d'empereur, la tête ceinte d'une couronne, et les pieds posés sur un sceptre et un bouclier d'or, que lui avait donnés le pape Léon III. Sa longue et pesante épée fut attachée à son côté, et sur ses genoux on plaça le livre d'Évangiles dont il se servait habituellement. Enfin, pour que rien ne manquât à la pompe de cette sépulture, le caveau entier fut pavé de pièces d'or, et la porte de bronze du royal tombeau fut fortement scellée dans la muraille, comme pour dérober aux générations à venir la vue du néant de toutes les grandeurs de la terre.
Les princes de la famille de Charlemagne, qui régnèrent après lui, sont ordinairement appelés les Earolinos, ce qui, dans la langue des Franks de ce temps-là, signifiait fils de Charles. En effsti ce grand prince, par ses vertus et ses exploits, méritait de donner son nom à toute sa postérité.
Pour bien comprendre les histoires que j'aurai à vous raconter par la suite, il faudra vous rappeler, et même examiner soigneusement sur une carte géographique, quelle était l'immense étendue dea états de Charlemagne, et quels pays en faisaient partie, depuis l'Elbe en Germanie, jusqu'àl'Èbre en Espagne. Cette remarque est d'autant plus importante à saisir, que c'est de l'empire de ce grand homme que se sont formés, après sa mort, la plu-
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fiart des principaux royaumes de oette partie de ' Europe»