‹ L'histoire de France, racontée à la jeunesse. Éd. stéréotype, augmentée d'une table analytiqueChapitre 19 sur 87 · LOUIS LE DÉBONNAIRE · texte numérisé non relu

LOUIS LE DÉBONNAIRE

Depuis Van 814 jusqu'à Van 840.

Beaucoup de rois de France, mes jeunes amis, ont porté le nom de Louis, mais la plupart de ces princes ont reçu des surnoms par lesquels on les distingue aisément ; le fils de Gharlemagne est le plus ancien de tous ces rois, et on l'appelle ordinairement Louis I®% ou LB DÉBONNAiRS, ce quî veut dire doux et pacifique.

Après la mort de Gharlemagne, Louis I^, qui, du vivant de son père, avait porté le titre de roi d'Aquitaine, fut proclamé empereur d'Occident et roi des Franks, comme ce grand prince l'avait été ; et le pape Etienne IV, qui régnait alors, vint lui-même à Reims, pour y célébrer la cérémonie de son sacre, dans cette même cathédrale où Clovis avait autrefois reçu le baptême.

Louis avait un neveu nommé Bbrnasd, roi d' Italie, auquel Gharlemagne, dont il était le petit* fils, avût donné, avant de mourir, la couronne de fer que ce grand homme avait autrefois conquise sur les Lombards. Ce jeune roi, qui était aimable, vaillant et spirituel, ayant eu l'imprudence de se brouiller avec son oncle, et même de lui déclarer la guerre, son armée fut battue par celle de Louis, et ce dernier envoya des soldats qui saimrent le malheureux prince, et le jetèrent dans une étroits prison.

Qaoique Ton doime oïdinaîrement à Louis l^ le somom de Débonnaiie, cependant, lorsqu'il se croyait offensé, rien ne pouvait désarmer son ressentiment: rinfortnné Bernard eut beau prier son oncle de lui pardonner sa faute, dont il éprouvait un regret sincère, ce prince impitoyable eut la cruauté de faire paraître son pauvre neveu devant une assemblée de seigneurs franks, qui le condamnant à avoir les yeux crevés.

£n apprenant le sort afireux qui lui était réservé, Bernard s'écria qu'il aimait mieux mourir que de subir un si épouvantable supplice; il arracha VLùe épée des mains d'un soldat, et tua à lui seul cinq de ses bourreaux; mais à la fin, les autres le désarmèrent, et ils furent assez barbares pour crever les yeux à ce malheureux prince, qui mourut peu de jours après, des suites de ce ^alternent inhumain.

A peine cette terrible vengeance fut-elle accomplie, que Louis sentit toute la grandeur du crime abominable qu' il avait commis, en faisant mourir son neveu; un repentir amer s'empara de son âme, et des remords qui ne peuvent être comparés qu' à ceux que Clotaire I*' avait éprouvés du meurtre de eoa fik Ghramnès, firent de son existence entière un véritable supplice. On le vit alors, la tète couverte de cendre, et vêtu d'un cilice, sorte de sac grossier que portaient les grands coupables, lorsque l'Église les condamnait à une pénitence pnbâque, se prosterner devant une assemblée d*évéqneB et de seigneurs franks réunis à Attiony, auprès de Boissons, et demander pardon à haute voix à Dieu et aux hommes du meurtre du malheureux Bernard. Mais la Providence réservait è

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LoUid un châtiment pins terrible, et oe fut dans propres fils qii41 trouva ses plus cruels ennemis.

A cette époque, on pouvait remarquer une grande diversité entre toutes les nations que la puissance de Charlemagne avait réunies sous le même sceptre: on y distinguait des Espagnolsy des Saxons, des Bavarois, des Italiens, des Frajiks, des Gaulois, des Frisons, des races d' hommes enfin tout aussi différentes par leur langage, que par leurs mœurs et le climat qu'elles habitaient. Tous ces peuples, sans se haïr, sentaient également le besoin de ne plus appartenir au même empire, que la force leur avait imposé, et ils n'attendaient qu'une occasion favorable pour parvenir à ce but.

Or, Louis le Débonnaire avait trois fils, qui tous trois étaient déjà parvenus à l'âge d' homme. Il voulut donner de son vivant à Lothaire, Tainé de ces princes, l'empire de Eome, et se contenter d'être roi des Franks; mais les deux autres princes, nommés Louis et Charles, qui n'avaient reçu en partage que les petits royaiuncs de Bavière et d'Aquitaine, irrités de cette préférence, se révoltèrent contre leur père, et ayant marché contre lui avec une armée, ce prince eut la douleur de voir l'ingrat Lothaire et toute son armée se joindre aux rebelles, au pouvoir desquels il tomba lui-même avec le reste de sa famille. Le lieu où Louis le Débonnaire se vit ainsi abandonné de tous les siens, que l'on appelait auparavant le CHAMP RouoE, reçut le nom de champ du mensonge, en souvenir de cette trahison.

Ce fut pendant ces dissensions de la famille de Louis le Débonnaire, que l'on vit pour la première luis les différents peuples dont je vous ai parlé, se

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Ééparer yiolemment les uns des autres; qnoiqn'îls demeurassent tous soumis à des Earolings, chacuu de ees princes commandait en quelque sorte à une nation distincte; l'empereur Lothaire conduisait une armée d'Italiens; Louis de Bavière commandait à des Bavarois et à des Saxons; Charles d'Aquitaine ne comptait guère dans son armée que des Gaulois méridionaux; et enfin Louis le Débonnaire n'était plus obéi que par les Franks établis entre le Bhin et la Loire, que ^quelques historiens ont nommés les Gallo-Franks.

Cependant, les trois princes, qui venaient à leur tour de commettre un grand crime, en oubliant le respect qu'ils devaient à leur père, j avaient mis le comble, en retenant le pauvre roi dans une prison, d'où ils ne lui avaient permis de sortir que pour déposer, en présence de son peuple assemblé à Soissons, la ceinture militaire, qui était la marque du commandement chez les Franks, en déclarant qu'il renonçait à la couronne en punition de ses péchés.

Le royaume de Louis devait ensuite être partagé ^tre ses enfants, comme ils l'entendraient; mais tous les témoins de cette humiliante dégradation furent attendris jusqu'aux larmes, et il se trouva parmi les Franks un grand nombre de seigneurs qui, après avoir soustrait ce pauvre prince à une si triste captivité, le rétablirent sur ce trône où il avait déjà tant souffert.

Le roi Louis le Débonnaire avait été marié pluneurs fois, et sa dernière femme, qui était une belle et noble princesse, nommée Judith, lui avait donné un petit garçon, qui fut depuis le roi Charlks LE CiiAL*VEy aiiud surnommé, parce qu'il perdit

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de bonne heure tous ses cheveux. Ce fut à ce jeune prince que Louis résolut de donner la phis belle partie de son empire; et dès qu'il fut en âge de régner par lui-même, il força ses fils aînés à abandonner à leur frère la presque totalité du royaume de France, depuis Tancienne Neustrîe, jusqu'à rOcéan et aux bords de V Èbre en Espagne. Les autres princes, malgré leur mécontentement, durent se contenter de la part qu'il voulut bien laisser à chacun d'eux; pour lui, désabusé de toutes les grandeurs de la terre, et accablé d'années et de chagrins, il se retira dans un cloître, où il voulut finir paisiblement des jours si agités. A quelque temps de là, il parut une comète.

Alors presque tout le monde était très-ignorant, et l'on croyait généralement que l'apparition d'un pareil astre était un signe infaillible de malheur.

Le roi Louis, à travers les grilles du cloître où il s'était retiré, vit briller cette comète sur laquelle tous les regards étaient fixés avec anxiété, et il ne douta pas que cet astre ne vînt lui annoncer une mort prochaine, car il ne voyait partout que malheurs et mauvais présages; et en effet, il en ressentit une si grande frayeur, qu* il mourut peu de jours après.

Ijes fils de Louis le Débonnaire, qui s'étaient rendus si coupables par leur révolte contre leur père, trouvèrent en eux-mêmes le châtiment de leur crime : ils se battirent entre eux à outrance, et se montrèrent mauvais frères, comme ils avaient été mauvais fils. Charles d'Aquitaine étant mort peu de temps avant son père, son royaume finit presque avec hii; l'ingrat Loth aire, toujours revêtu de la dignité impériale, s'cfibrça vainement de con-

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traindre ses frères à robdissance, prétendant que les rois devaient se soumettre aux empcrenrs, et pérît misérablement en Italie; la Germanie, écbne en partage à Louis de Bavière, qn' à cause de cela on surnomma le Germanique, se sépara entièrement de l'empire fondé par Charlemagne, et Charles le Chauve eniîn conserva le royaume de France tel que Louis le Débonnaire le lui avait laissé.

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LES CHATEAUXF0RT8.

Depuis Van 840 jusqu'à Van 877.

Charles le Chauve régnait encore en France; et même après la mort de son frère Lothaire, il avait pris le Utre d'empereur d'Occident, qui lui donnait la souveraineté de V Italie et de plusieurs antres pays encore, lorsqu 'il arriva que des peuples sauvages, que Ton ne connaissait point encore, se présentèrent sur des vaisseaux à l'embouchure de plusieurs rivières, telles que le Rhin et la Seine, et ayant débarqué en grand nombre sur les côtes voisines, y exercèrent de terribles ravages. Le pays des Frisons et celui des Neustriens furent tes premiers dévastés par ces Barbares, qui détruisaient tout ce qu' ils ne pouvaient emporter, et auxquels on donnait le nom de Northmans ou Normands, ce qui veut dire hommes du Nord; mais ensuite ils envahirent successivement les autres provinces des Gaules, où, profitant des querelles des princes, ils portèrent le carnage et la désolation dans les campagnes, parce qu'ils n*osaient point encore attaquer les villes.

90 LES chItbaux forts.

Or, il faut que tous sachiez que depuis l'époque où Clovis avait conduit les Franks dans les Gaules, la plupart des seigneurs de cette nation, accoatumés à une vie active et aventureuse, avaient préféré s'établir dans les campagnes, au milieu des esclaves qui cultivaient leurs terres, plutôt que d'aller habiter les villes, où ils se seraient regardés comme en prison.

Leurs maisons de campagne, où ils réunissaient souvent à un grand nombre de serviteurs, quelquesuns de leurs anciens compagnons d'armes, avaient été jusqu'alors à l'abri du pillage pendant les guerres que les Franks se faisaient entre eux; mais lorsque les Normands se furent répandus de tous côtés, leurs portes et leurs murailles ne se trouvant plus assez fortes pour résister à de pareils ennemis, chacun se mit à entourer sa demeure d'un large fossé, et bientôt après, à élever de fortes murailles, surmontées de hautes tours, d'où Ton pouvait découvrir tout ce qui paraissait à une très-grande distance. C'est à ces sortes d'habitations, où se retirciit chaque seigneur frank avec sa suite, et dont ^es fossés étaient si profonda et les murs si épais et si hauts, qu'on ne pouvait 1rs aborder d'aucun côté, que l'on a donné le nom de chIt^aux forts. On ne pouvait y pénétrer que par une seule ouverture, au moyen d'un pontlevis, c'est-à-dire, d'un large pont mobile en bois, garni de fer, qui s'abattait à volonté sur le fossé, pour laisser entrer et sortir les soldats, ou les paysans qui venaient se réfugier dans la forteresse, à l'approche des Normands.

Rien n'était plus triste, à vous dire le vrai, que ces demeures. A peine si le jour pouvait y péné«

LES ciiItbaox forts. 91

trer à travers d' étroites lucarnes, pratiquées dans l'épaisseur des murailles, ou dans l'élévation des tours. Partout de fortes grilles de fer, comme aux croisées d'une prison; point d'autre promenade que la plate-forme des murs toujours garnis de machines de guerre, et pour musique, le coassement des grenouilles, dont les fossés du château ne manquaient jamais d* être peuplés.

Cette mode de châteaux forts devint si générale en France, sous le règne de Charles le Chauve, qu'en peu d'années, on vit toutes les campagnes se hérisser de ces sortes de demeures ; les monastères eux-mêmes furent entourés de murs et de fossés, les moines ne se croyant plus à Tabri du pillage sans cette précaution. Il semblait en vérité que tous les Franks se fussent condamnés à la captivité la plus rigoureuse, lorsqu'on voyait les habitations qu' ils s' étaient choisies.

Cependant, ces forteresses construites de tous côtés, pour se préserver des ravages des Normands, et des autres aventuriers qui, comme au temps de l' invasion des Barbares, passaient encore leur vie à courir les champs, au lieu de servir à réprimer les brigands, n'avaient fait qu'en augmenter le nombre. Beaucoup de seigneurs franks, que la vie monotone qu'ils menaient dans leurs châteaux, ne pouvait dédommager du plaisir qu'ils trouvaient à guerroyer dans les temps de troubles, reprenaient de temps en temps leur ancien métier ; Os détroussaient sur les chemins les marchands et les voyageurs; ils les emmenaient même quelquefois dans leurs châteaux, oil ils les retenaient en prison, jusqu'à ce que ces malheureux eussent payé, pour se racheter, une forte somme d'argent»

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qu'on nommait rançon. H n'y avait alors personne qui pût empêcher de pareilles violences; et l'empereur Charles le Chauve lui-même était trop occupé de ses propres affaires, pour pouvoir défendre contre les seigneurs châtelains, la vie et la liherté de tant de pauvres gens, qui ne se mettaient plus en route pour le moindre voyage^ sans recommander leur âme à Dieu.

Alors il s'éleva des plaintes si générales dans le royaume contre la construction de ces châteaux, dont le nombre augmentait tous les jours, que ce prince fut obligé d'ordonner, par un capitulaire, de démolir tous ceux qui avaient été élevés sans sa permission, et de défendre d'en bâtir de nouveaux ; mais on ne tint compte ni de ses ordres, ni de sa défense, parce qu'on savait bien qu'il n'avait pas assez de soldats pour se faire craindre, puisqu'il ne pouvait pas empêcher les Normands de se répandre de tous côtés, et même de remonter avec leurs bateaux les rivières, dont les bords étaient constamment dévastés par eux.

En même temps, les comtes et les ducs qui, comme vous savez, étaient dans l'origine des officiers que les rois envoyaient dans les provinces pour y commander en leur nom, ne craignant plus un prince qui n'avait pas la force de se faire obéir, profitèrent de la circonstance pour devenir à leur tour des seigneurs puissants et redoutables; ils se construisirent, comme les autres, des châteaux forts ; et lorsque Charles le Chauve leur envoya l'ordre de les démolir, ils se moquèrent de ses capitulaires, lui répondirent qu'ils étaient les maîtres de la province qu'il leur avait confiée, et l'obligèrent même à souffrir qu'après eux, leury

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