‹ L'histoire de France, racontée à la jeunesse. Éd. stéréotype, augmentée d'une table analytiqueChapitre 21 sur 87 · LE SIÈGE DE PARIS · texte numérisé non relu

LE SIÈGE DE PARIS

Depuis Van 877 jusqu'à Van 88(f.

Je n*aiiraî point d'histoire à vous raconter, mos jeunes amis, sur Louis II, dit le Bègue, ainsi nommé à cause de re^^trême difficulté qu'il éprouvait à parler; vous saurez seulement que ce prince, qui était fils de Charles le Chauve, monta sur le trône de France, après la mort de son père ; mais il ne régna pas comme lui sur V Italie, dont les fils de Louis le Germanique s'étaient emparés. Louis le Bègue, après un règne de deux années seulement, mourut très-jeune encore, laissant trois fils, qui furent tous trois rois des Français, et dont je vous parlerai successivement.

Les deux fils aînés de Louis le Bègue se nommaient Louis III et Cârloman. Comme une grande partie de la France était déjà envahie par les comtes et les seigneurs qui refusaient de se soumettre plus longtemps aux Earolings, ces deux princes se partagèrent entre eux le reste du royaume, et Louis III eut pour sa part la Neustric, pendant que Cârloman se fit roi d'Aquitaine.

Jamais peut-être, dans aucun temps, le pauvre peuple de France n'avait été aussi malheureux qu'à cette époque. Pendant que les Norman<1s poursuivaient de tous côtés leurs ravages, dépeuplant les campagnes, et ne laissant debout sur leur passage, ni châteaux, ni villages, ni mon as* tères, les petits- fils de Charlemagne étaient w)ntsainta de marcher constamment les armes à la

LS aiioS D£ PARIS. 95

maiiif ponr se défendre des seigneurs rebeDes, qui leur disputaient les lambeaux de leur héritage.

L'amitié la plus touchante régnait entre euZ| Bans que jamais la moindre jalousie la troublât un moment ; car la jalousie, qui est un grand défaut, quel qu'en soit l'objet, devient un vice odieux entre deux frères, dont le devoir est de tout partager, sans dispute et sans regret.

Lorsqu'il leur arrivait d'aller ensemble à la guerre, c'était à qui des deux empêcherait son frère de s'exposer aux coups des ennemis, ou à de trop grandes fatigues ; et ils n'étaient jamais plus heureux que lorsqu' ils pouvaient se dire l'un à l'autre tout ce qu'ils pensaient, car une confiance mutuelle est le premier plaisir d'une véritable amitié.

De tels princes semblaient faits pour un meilleur siècle, et en effet la Providence ne fit que le« montrer à la terre. Un jour le roi Louis III étant monté sur un cheval fougueux, fut emporté par cet animal avec tant de violence sous une porte basse, qu' il eut la tête fracassée.

Son frère Carloman était encore tout entier à la douleur de sa perte, lorsque les seigneurs de Neustrie l'appelèrent à recueiller son héritage, en le suppliant de les secourir contre les Normands, dont les ravages dans leur pays menaçaient de ne pas laisser pierre sur pierre. Carloman se rendit à le\irs prières ; mais depuis la mort de son frère, la vie lui était devenue à charge, et chaque fois qu'il allait à la guerre ou à la chasse, il se précipitait au milieu des dangers, et exposait une existence qui n'avait plus aucun charme à ses yeux. Uu jour donc que ses chiens poussaient avec

96 L£ SliOE DS PARIS.

acharnement nn sanglier JFîirîenz, le jenne roi se précipita devant ce terrible animal, qui l'atteignit d'un coup de boutoir, et le tua sur la place.

Chacun regretta amèrement ces deux aimables princes, et on les mit tous deux dans le même tombeau, pour réunir encore après leur mort ceux qui avaient été si unis pendant leur vie.

Ce fut à un oncle des jeunes rois, que les seigneurs de.Neustrie et d'Aquitaine offrirent, après eux, de gouverner ces deux royaumes. Ce prince était fils de Louis le Germanique, dont je vous ai parlé dans l'histoire de Louis le Débonnaire. Il régnait déjà sur l'Allemagne et sur l'Italie, et se trouvant ainsi possesseur de presque tous les états de Charlemagne, il prit, comme ce grand homme, le titre d'empereur d'Occident. Charles le Gros, ainsi nommé à cause de son excessif embonpoint, qu'il entretenait encore, dit-on, par une voracité digne du Romain Vitellius, n'avait point l'humeur guerrière; avec cela il était fort petit, il avait les jambes torses, et son esprit n'était pas mieux tourné que son corps. Aussi, ayant rassemblé une grande armée pour combattre les Normands, il marcha au-devant d'eux ; mais, à leur approche, le courage lui manqua, et il leur abandonna, sans résistance, tout le pays qu'ils voulurent ravager.

Cependant, ces Barbares ne trouvant aucun obstacle sur leur passage, se dirigèrent sur Paris, où ils avaient entendu dire qu'ils trouveraient de grands trésors et beaucoup d'églises à dépouiller.

Déjà du haut des murs de cette capitEde, alors entièrement renfermée, comme vous savez, dans cette petite île que l'on nomme aigourd'hid la Cité, on voyait au loin la famée des villages ré-

L« SUÊGE DS PABIS. 97

juits en cendres, et les eaux de la Seine oonvertes des cadavres que les Normands y avaient précipités. Les Parisiens consternés se préparaient à mourir, puisque Dieu et les hommes paraissaient les avoir abandonnés, lorsque leur comte, nommé Eudes, qui était un noble et vaillant seigneur, résolut de défendre les murs de Paris, tant qu'il y aurait une pierre sur Tautre.

Eudes ne se laissa donc point intimider par les menaces des Normands, qui essayèrent plusieurs fois en vain d'escalader les murailles, en poussant des cris épouvantables, que Ton entendait à une grande distance; il donna des armes à tous les Parisiens, et même à leurs femmes et à leurs enfants, qui se défendirent pendant près de deux ans contre ces redoutables ennemis.

Bien des pauvres gens furent tués dans ces combats, et il y en eut un plus grand nombre encore qui moururent de faim et de misère dans les rues de la yille; mais ceux qui leur survivaient auraient mieux aimé cent fois partager leur sort, que d'être pris par les Normands, qui les auraient emmenés en esclavage, ou leur auraient fait subir mille tourments plus affreux que la mort même.

Cependant, Tempereur Charles le Gros, honteux de laisser si longtemps ce malheureux peuple exposé à tant de calamités, rassembla une nouvelle armée que lui amenèrent les seigneurs d'Austrasie, de Neustrie et même de Germanie, car tous ces pays avaient été également ravagés par les Barbares, et se décida enfin à marcher au secours du comte Eudes, et à délivrer Paris.

Les Normands avaient déjà vu périr dans toutes

Page 1