‹ L'histoire de France, racontée à la jeunesse. Éd. stéréotype, augmentée d'une table analytiqueChapitre 30 sur 87 · LES ALBIGEOIS · texte numérisé non relu

LES ALBIGEOIS

Depuis Van 1214 jusqu'à Van 1226.

Pendant que Philippe Auguste régnait si glorieusement en France, il se passait dans le Languedoc, qui ne faisait point encore partie de ce royaume, des événements trop importants pour que je vous les laisse ignorer.

Les villes du Languedoc étaient à cette époque plus riches et plus puissantes que celles de France ; leurs communes étaient bien plus populeuses et plus commerçantes, et les chartes qu'elles avaient forcé leurs comtes de leur accorder, ne permettaient plus à ces seigneurs de tourmenter les pauvres habitants.

Mais dans ce pays, dont le climat est un des plus agréables du monde, on vit tout à coup paraître des prédicateurs qui s' adressant au peuple, rengageaient à ne plus obéir au pape de Bome, et à ne plus croire beaucoup de choses que les moines enseignaient. La foule se réunit autour de ces prédicateurs, et Ton donna à ceux qui les suivaient le nom d' Albigeois, à cause d'une petite ville de ce pays-là, nommée Albi, où ils avaient commencé à se faire entendre.

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Or, Q se tronva plusieurs seigneurs languedociens qui embrassèrent vivement le parti des Albigeois, et parmi eux, un prince jeune et aimable, nommé Raymond Boger, qui était comte de Bi« ziERS et de plusieurs autres villes ou châteaux forts. L'exemple de Roger fut suivi de beaucoup d'autres, et comme il était très-aimé de tous ses vassaux, il n'y eut bientôt plus que des Albigeois dans toute cette partie du Languedoc.

Le pape qui régnait alors à Home se nommait Innocent III ; o' était un vieillard violent et emporté ; et quoique la religion chrétienne ne se soit répandue sur toute la terre que par la douceur et la charité de ses apôtres, ce pape ordonna .an comte de Toulouse, qui était le plus puissant seigneur du Languedoc, de punir les Albigeois, et de les contraindre par la force des armes, à rentrer sons l'obéissance de T Église romaine.

Mais le comte de Toulouse était le parent et Tami de Raymond Roger, et il ne voulut pas employer la violence contre ce jeune seigneur; de sorte que le pape le frappa d'excommunication, et envoya en France, avec le titre de i^égat, xm ambassadeur chargé de prêcher une croisade contre les Albigeois, qu'il regardait comme plus abominables que les Sarrasins, et auxquels on donnait le nom d'H^BiTiQUES, c'est-à-dire, d'ennemis de Dieu.

Dans ce temps-là, il y avait encore en France beaucoup de seigneurs turbulents et batailleurs, qui, n'osant plus se battre entre eux, de peur de s'attirer la colère du roi, ne demandaient pas mieux que de guerroyer; il s'en trouva donc un grand nombre qui prirent la croix contre les chré-

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dens de l'Albigeois, comme leurs pères l'avaient fait autrefois contre les mahométans de la Palestine. Ils emmenèrent avec eux la plus grande IKirtie de leurs vaf^saux ; et leur innombrable ar* mce, dévastant tout sur son passage, se présenta sous les murs de Béziers, où tout le peuple des campagnes s'était réfugié auprès de sou seigneur; car il était ordonné aux nouveaux croisés de ne pas laisser pierre sur pierre, et de tout égorger, Jusqu'aux plas petits enfants.

Cependant Eaymond Roger, touché de pitié à la viie de ce pauvre peuple, qui, entassé pêle-mêle dans les rues de la ville, était déjà la proie de la misère et des maladies, ne put résister à ce spectacle déchirant ; et, pour mettre un à tant de calamités, il fit ofirir au légat de se rendre au camp des croisés, pour se réconcilier avec V Église, et faire sa soumission au pape, pourvu qu'on lui promît que son peuple serait épargné, et que l'armée des croisés se retirerait du Languedoc.

Mais à peine ce généreux seigneur se fut-il présenté au milieu des croisés, que, par une lâche trahison, il fut entouré de toutes parts, chargé de fers, ainsi que tous ceux qui l'accompagnaient, et jeté dans une prison, od il languit plusieurs années avant de mourir.

Alors le légat ordonna à son armée de s*emparer de Béziers, et d'égorger tout ce qui s'y trouverait, sans distinction d'âge ni de sexe. Cet ordre barbare fut exécuté avec la dernière rigueur; et lorsqu'un des seigneurs croisés, fatigué de carnage, vint demander au légat à quels signes ses soldats pouvaient reconnaître les hérétiques, parmi cette foule de peuple : " Tuez toujours," répondit

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cet homme impitoyable, ^* Dieu saura ceux qui Bont à lui."

Ce mot est atroce, et je ne vous l'ai répété que pour vous faire voir de quelle fîireur étaient animés ces barbares, qui, au nom d'une religion dont le premier devoir est d'aimer son prochain comme soi-même, ordonnaient de sang-froid ces a£&eux massacres. Presque toutes les villes du comté de Béziers furent traitées avec la même cruauté et ce beau pays ne présenta bientôt plus qu'un aspect de désolation.

Lorsque cette effîroyable boucherie fut terminée, les croisés, épouvantés de leur propre rage, se dispersèrent de tous côtés; et comme il fallait bien donner un autre seigneur à cette province dépeuplée, ce fut à Simon de Montfort, Tun des plus mexorables chefs de la croisade, que le pape donna les domaines du pauvre Rayniond Roger, pourvu qu'il se reconnût vassal de l'Église romaine.

Mais l'ambitieux Simon ne jouit pas paisiblement de cette élévation, qu'il croyait avoir méritée par son ardeur à exécuter les ordres cruels du légat. Sa vie entière ne fut qu'une suite de combats et de défaites contre les Albigeois renaissants, et soutenus par plusieurs grandes communes du Languedoc, qui avaient pris le nom de républiques. Amaury de Montfort, fils de Simon, fut même obligé, après la mort de son père, de vendre au roi Louis VIII, qui avait succédé à Philippe Auguste, la souveraineté de ce malheureux pays ; et ce fut depuis ce temps-là que cette province méridionale de l'ancienne Gaule, commença à faire partie du royaume de France, dont elle n'a plus été séparée.

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