LE R&ONR DE SAINT LOUIS
être pénétrés d'amour et de respect ; outre cela, il était doué d'un grand courage, et vous verrez bientôt qu'il se montra aussi vaillant à la guerre, que les plus illustres princes dont l'histoire vous a été racontée.
Mais ce qui ajoutait encore à tant de vertus, c'était la tendresse et la reconnaissance qu'il no cossait de témoigner à la reine sa mère, à laquelle, après Dieu, il se croyait redevable de ses bonnes qualités. Cette piété filiale que Louis pratiqua fiés sa première jeunesse, vécut autant que lui, et dans quelque circonstance qu'il se trouvât placé, son amour pour ^a mère ne se démentit pas une seule fois.
Il y avait auprès du château de Vincbnnes, à peu de distance de Paris, un vieux chêne, au pied duquel le jeune roi aimait à venir s'asseoir; c'était là que ses plus pauvres sujets pouvaient lui parler à leur aise; il secourait les uns, il consolait les autres, et jamais personne ne le quittait, sans avoir reçu de lui quelque bienfait ou quelque parole bienveillante.
A l'époque de la jeunesse de saint Louis, on voyait dans les rues de Paris un grand nombre de pauvres aveugles à demi nus, qui, sans guides, s'en allaient mendiant leur pain. Le roi fut touché de pitié, à la vue du sort de ces malheureux ; il fit bâtir pour eux un hôpital, où il ordonna que tous les aveugles qui se présenteraient, fussent spignés s'ils étaient malades, ou nourris, s'ils étaient bien portants. Cet hôpital existe encore aujourd'hui, sous le nom d'hospice des quinze-vingts, et depuis près de six cents ans, les aveugles indigents ont joui de ce bienfait dn suint roi.
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Cependant Lords IX ne s'occupait pas senlement de taure du. bien aux pauvres, et de créer des établissements utiles, il savait en même temps se faire respecter des ennemis de la France; et lorsqu'il allait à la guerre, c'était toujours parmi les plus Taillants guerriers qu'on le voyait combattre.
Louis sortait à peine de l'enfance, lorsque le duc de Bretagne, le comte de Toulouse, et plusieurs autres grands vassaux de la couronne, espérant profiter de la faiblesse de son âge, réunirent des années contre lui, comme l'avait fait autrefois le comte de Flandre, que Philippe Auguste battit à Bouvines ; ils appelèrent même à leur aide Henri III, roi d'Angleterre et duc d'Aquitaine, qui débarqua bientôt sur les côtes de Bretagne, à la tête d'une armée; mais Louis ayant marché à leur rencontre, suivi d'un bon nombre de ses barons, qui Ird avaient amené des soldats, les défit complètement auprès d'un château appelé Taillebourg. Le roi d'Angleterre, efi&ayé d'une pareille défaite, abandonna en toute hâte les seigneurs qui l'avaient appelé, les accusant de l'avoir trompé ; et le comte de Toulouse se reconnut humblement le vassal du roi de France. C'est depuis cette époque que les seigneurs français renoncèrent à prendre les armes contre le roi, ainsi que cela s'était vu si souvent jusqu'alors.
Vous n'avez point oublié sans doute ces croisades en Palestine, dont je vous ai parlé dans les histoires de Philippe I«^, de Louis VII et de Philippe Auguste; je ne sais si ces récits vous ont paru intéressants, mais Louis IX, dès son enfance, prenait un plaisir extrême à les entendre répéter.
Un jour, cet excellent prince tomba si dange-
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reusement malade, que toute la France fut plongée dans la désolation : les religieux des différents monastères, portant les reliques des saîats, firent des processions solennelles, pour demander à Dieu la conservation de ses jours, et une foule de peuple les suivait pieds nus, et en chantant des cantiques souvent interrompus par des sanglots.
Bientôt on désespéra de sa vie, et la jeune reine sa femme, qui avait nom Marguerite de Provence, se tint assise, avec la reine Blanche, auprès du lit du malade, où toutes deux ne cessaient de pleurer jour et nuit. Mais le roi n'avait point perdu connaissance, et dans le temps que les mé^ decins désespéraient le plus de sa vie, il se remit entre les mains de Dieu, et fit vœu que, s'il en réchappait, il conduirait une nouvelle croisade contre les Sarrasins.
Aussitôt le mal diminua rapidement, et en peu de temps, Louis, qui n'avait point oublié sa promesse, fut assez bien rétabli pour se préparer à cette guerre lointaine, où la reine Marguerite voulut le suivre. Les princes, frères du roi, partagèrent la gloire de cette entreprise ; et un grand nombre de seigneurs, qui n'étaient pas assez riches pour faire autrement les frais d'un si long voyage, vendirent tous leurs biens pour accompagner le roi.
Je ne pourrai pas vous raconter toutes les belles actions que le roi fit dans cette guerre, qui devait lui être bien fatale ; il vous suffira de savoir qu' il y eut un grand nombre de combats, dont le plus sanglant fat celui de la Massoure, où périt un frère du roi, et une multitude de nobles croisés.
Louis, blessé et presque mourant, tomba au
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pouvoir des infidèles, qui Teusscnt sans doute égorgé, s'ils n'eussent été saisis de respect, à la vue de ce grand prince, qui semblait encore plus vénérable dans T infortune, que lorsqu'il était à la tête d'une puissaxite armée.
Calme et résigné dans im si grand revers, Louis parut encore supérieur à sa mauvaise fortune ; car il avait placé toute «a confiance en Dieu, et savait bien qu il ne devait rien craindre des hommes, inéme les plus l)arbig*os, tant qu'il serait <îouvert de la protection du ciel.
Après une dure captivité, où le roi ainsi que tons ceux qui ét^dent auprès de sa personne, furent souvent exposés aux plus grands périls, dont il les tira chaque fois par sa patience et sa fermeté, îl lui fîit enfin permis de se racheter avec ses serviteurs, moyennant une grosse rançon.
Alors Louis rejoignit la reine Marguerite et ses enfants, et après avoir réuni les débris de cette vaillante armée, qui avait partagé ses désastres, il monta sur un vaisseau, et fit voile pour la France, oïl il avait appris avec douleur que la bonne reine Blanche venait de mourir.
Pendant que la famille royale était sur ce navire, îl survint tout à coup une si violente tempête, que lout l' équipage se crut au moment d'être submergé. Déjà les matelots ne pensaient plus qu'à recommander leur âme à Dieu et chacun suppliait Louis de se jeter dans une barque qui le conduirait, avec tonte sa famille, dans une petite île, que l'on apercevait à quelque distance.
La reine elle-même se jeta aux pieds du roi, pour le déterminer à profiter du seul moyen de salut qui leur restât ; mais cet excellent prince déclara ave^