LE RÈGNE DE SAINT LOUIS
fermeté qne la vie du dernier matelot était aussi précieuse que la sienne, et qu' il s'en remettait entièrement aux desseins de la Providence.
Bien ne put le faire renoncer à cette généreuse résolution; il demeura inébranlable, et son courage devint la cause du salut de tout le navire ; car les matelots, pour sauver un si bon maître, firent des efforts qu'ils n'auraient point tentés pour leur propre vie ; la tempête se calma, et Louis aborda bientôt en France, où l'appelaient depuis longtemps les vœux de tous ses sujets.
Ce vaillant roi, que je" viens de vous montrer si grand dans l'infortime, regardait comme le premier de ses devoirs de veiller sans cesse au bien des Français ; et c'est à sa justice et à s(m amour pour l'humanité, qne l'on doit les premières lois qui aient eu pour objet d'améliorer le sort du pauvre peuple : ces lois sont connues sous le nom d' Établissements de saint Louis.
n y avait en France, avant ce prince, un usage barbare qui remontait déjà à une bien haute antiquité, puisqu'il avait été apporté dans les Gaules par les Franks ripuaires, et adopté par les seigneurs féodaux, qui avaient coutume de rendre la justice aux vassaux de leurs domaines. Je vais tâcher de vous expliquer en quoi consistait cet usage, et comment ils remplissaient ce devoir. Lorsque deux hommes avaient un procès ensemble, leur seigneur, au lieu de tâcher de connaître celui des deux qui avait raison, en les faisant s'expliquer devant lui, ordonnait qu'ils se battissent en sa présence, jusqu' à ce que l'un des plaideurs fàt tu6, ou s'avouât vaincu. On appelait ce combat le niciAiRE, ou le jugement de Dieu, parce