‹ L'histoire de France, racontée à la jeunesse. Éd. stéréotype, augmentée d'une table analytiqueChapitre 47 sur 87 · LK COMBAT DES TRENTE · texte numérisé non relu

LK COMBAT DES TRENTE

vironué d'ennemis» dont le plus acharné faisait partie de sa propre famille. Charles d'Evreux, dit le Mauvais^ roi de Navarre, petit-fils, par sa mère, de Louis le Hutin, avait épousé la fille du roi; mais au lieu de s'attacher à son beau-père, et de le servir loyalement, ce méchant homme était dévoré d'une jalousie furieuse contre un seigneur espagnol, qui était le meilleur ami de Jean, et que ce prince avait même élevé à la dignité de CONNETABLE, qui était alors le plus haut rang dans les armées françaises.

Cette haine de Charles le Mauvais contre le connétable devint si ef&énée, qu' il résolut de la satisfaire à quelque prix que ce fût : ayant aposté des scélérats autour d'une hôtellerie où il savait que ce seigneur devait se reposer dans un voyage, il le fit surprendre dans son lit et égorger sans pitié.

A la première nouvelle de ce crime afireux, le roi indigné contre Charles, jura de le punir d'une manière terrible, et le bannit à jamais de sa présence. Mais bientôt tous les princes et princesses de sa famille s' étant jetés à ses pieds, obtinrent la grâce du coupable, qui reçut même la permission de reparaître à la cour de France ; mais au lieu de témoigner du repentir et du regret, cet homme incorrigible se montra au contraire plus disposé que jamais à seconder les ennemis du roi, dans tout ce qu'ils voudraient tenter contre lui. Il ne cessa de mal parler de son beau-père devant tout le monde, et l'on assura même qu'il s'était ligué secrètement avec les Anglais.

Quelques années avant les événements que je viens de vous raconter, les habitants d'une belle province que le Rhône séparait de l'Aquitaine, et

que ToD nommait le Daitphiné, avaient supplié le roi de France de les recevoir sous son obéissance, à la seule condition que son fils aîné prendrait le titre de Dauphin ; et en effet, depuis cette époque, ce titre a été pendant bien des années celui du premier-né des rois français.

Le dauphin, fils de Jean II, se nommait aussi Charles. A peine âgé de dix-huit ans, il se montrait déjà sage et réfléchi; mais il passait pour être très-affectionné à son beau-frère, le roi de Navarre. Charles, qui portait aussi le titre de duc de Normandie, tenait sa cour à Eouen, la plus grande ville de cette province. Ayant appris que Charles le Mauvais venait le visiter avec un "bon nombre de seigneurs qui lui étaient entièrement dévoués, il les invita à un grand festin pour célébrer leur bienvenue. Aucun des Navarrais n'y manqua, et le repas le plus splendide commençait à peine, lorsque tout à coup les portes de la salle s'ouvrirent, et le roi Jean, que tout le monde croyait à cinquante lieues de là, parut Buivi d'une troupe nombreuse de sergents et de seigneurs armés.

" Que nul ne bouge, quelque chose qu'il voie!" s'écria une voix terrible ; et les convives troublés se levant aussitôt de table, s'avancèrent au-devant du roi, pour le saluer respectueusement; mais ce prince dont le visage était pâle de colère : — " Or BUS, traître," dit-il, en s' adressant au roi de Navarre, et le saisissant d'un bras vigoureux, " tu ^^ n'es pas digne de t'asseoir à la table de mon fils, " et je ne veux boire ni manger tant que tu vivras." A ces mots le roi des ribauds, qui était. le bourreau de la cour du roi, s'avançait •

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