‹ L'histoire de France, racontée à la jeunesse. Éd. stéréotype, augmentée d'une table analytiqueChapitre 53 sur 87 · JEANNE D*ARC · texte numérisé non relu

JEANNE D*ARC

atroces pour la condamner, suivant l'nsage de ce temps, à être brûlée vive, comme magicienne.

Ce fut une grande infamie pour le roi d'Angleterre, d'avoir laissé commettre en son nom une si afifreuse injustice; aussi cela lui porta- t-il malheur ; il perdit peu de temps après tout le reste de la France, et fut obligé de s'en retourner dans Bon pays, après avoir déposé cette belle couronne, qu'il n'avait due qu'à la trahison d'Isabeau de Bavière, et au malheur des temps.

Charles VU ne se montra pas d'abord aussi affligé qu'il aurait dû. l'être de la perte de la pauvre Jeanne, à qui, après Dieu, il devait son rétablissement dans le. royaume de ses pères; mais, lorsqu'il eut chassé les ^glais de Paris, il combla sa famille de biens, et rendit les plus grands honneurs à sa mémoire.

Quant à la méchante reine Isabeau, qui avait appelé les ennemis dans le royaume, elle tomba malade de désespoir, en voyant les succès de ce fils qu'elle avait toujours détesté ; abandonnée des Anglais eux-mêmes, elle expira chargée des malédictions du peuple de France, qui aurait voulu mettre son corps en pièces ; et l'on fut obligé, pour la soustraire à la fureur populaire, de la transporter pendant la nuit sur la Seine, dans un bateau couvert, jusqu'aux caveaux de Saint-Denis, où des moines masqués la déposèrent sans aucune cérémonie : '^ Ne plus, ne moins," dit un vieil historien, " qu'une simple demoiselle."

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Députa Van 1431 jusqu^à Van 14b3.

Charles VII ayant recouvré sa couronne par le courage d'une simple bergère, et par une espèce de miracle de la toute-puissance divine, devint un monarque redoutable et révéré. Après avoir entièrement chassé les Anglais de ses états, il conquît sur eux la Guyenne, province que leurs rois avaient possédée depuis le temps de Louis VII, et la réunit définitivement au royaume ; de sorte qu' il ne resta plus dans toute la France que les duchés de Bourgogne et de Bretagne qui eussent d'autres maîtres que le roi. La honte du traité de Brétigny fut ainsi effacée, et Ton perdit bientôt le souvenir des fatales journées de Crécy et de Poitiers.

Ce fut également ce monarque qui, dans ses vieux jours, mit fin aux ravages des Routiers et des compagnies d'aventure, en organisant sous le nom de Compagnies d'ordonnance et de francs ARCHERS, des troupes régulières à cheval et à pied^ qui rendirent inutiles et dispersèrent pour toujours cette multitude d'aventuriers de tous les pays, que les malheurs de la France et l'espoir du pillage attiraient dans les campagnes, qu'ils n'avaient cessé de dévaster, pendant toute la durée des guerres contre l'Angleterre.

Les peuples reconnaissants donnèrent à Charles VII le surnom de Victorieux, et depuis bien des siècles la monarchie française n'avait pas atteint un pareil degré de prospérité.

Cependant, ce roi puissant ne fut imni encore

exempt de peines; après avoir passé une vie d aptée, sa vieillesse fut troublée par les chagrins affreux que lui causa le dauphin son fils, qui ne témoignait point à son père les sentiments d*amour et de respect qu'un homme bien né doit toujours éprouver pour Tauteur de ses jours.

Louis, c'était le nom du dauphin, quoiqu'à peine âgé de dix-huit ans, montrait déjà un caractère inquiet, sombre et turbulent. H n'ignorait pas que quelques seigneurs, restes de l'ancienne féodalité, mécontents de ce que le roi les avait contraints à l'obéissance, murmuraient contre ce prince, et nourrissaient contre lui des projets de vengeance et do trahison. Si le dauphin eût été un bon fils, il n'aurait pas manqué d'avertir le roi de se tenir en garde contre ses ennemis ; mais, loin de là, il entra dans les complots de ces mutins, espérant régner plus tôt, s'ils renversaient son père; et Dieu le maudit, comme il maudit toujours les enfants ingrats et dénaturés.

Le roi fut très-afflîgé quand il apprit qne son fils B'était mis au nombre de ses ennemis. H lui eût été bien facile de le punir d'une si coupable conduite; mais Charles VII avait tant de bonté, qu'il 8e contenta de mander le dauphin en sa présence, et après lui avoir adressé de justes reproches, il lui accorda un généreux pardon, pourvu qu'il s'engageât à abandonner ceux qui l'avaient entraîné dans un pareil crime.

Vous croyez, peut-être, que Louis, touché de tant d'indulgence, ne pensa plus qu' à faire oublier ses torts par la sincérité de son repentir ; point du tout, il continua à susciter de nouveaux embarras à son père, et finit par abandonner la cour ô^

France ; il se retira auprès de son cousin, le duc de Bourgogne, Philippe le Bon, fils du terrible Jean Bans peur, qui n'osa pas refuser un asile dans sa ville de Dijon, à celui qui devait un jour porter la couronne de France.

Pendant que ce fils ingrat causait ainsi de cruelles aMctions au roi Charles, ce malheureux

Rre tomba sérieusement malade; et quelqu'un lyant prévenu que l'on craignait que ses ennemis ne jetassent du poison dans les boissons que lui préparaient ses médecins (que Ton appelait alors physiciens), il prit la résolution de refuser tonte espèce de remèdes et d'aliments, et mourut peu de jours après, consumé de chagrins, et épuisé par une si longue privation de toute nourriture.

Le dauphin eut donc à se reprocher d'avoir, par sa méchanceté, avancé la mort de son père, et il se trouva ainsi chargé du plus grand de tous les crimes, aux yeux de Dieu et des hommes.

Le roi étant mort, le dauphin prit sa place, et cet homme qui n'était encore connu que comme fils coupable et sujet rebelle, monta sur le trône sous le nom de Louis XI.

Le duc de Bourgogne, qui avait bien voulu le recevoir à sa cour, lorsqu' il était errant et fiigitif, croyant d'abord que personne ne voudrait se soumettre à un prince qui s'était fait détester par ses torts envers son père, offrit à Louis de lui donner une armée pour l'aider à rentrer à Paris ; mais le nouveau monarque connaissant le respect que les Français ont toujours porté au sang de leurs roisii remercia son cousin, et se rendit à Reims, où se fit sacrer, suivant la vieille coutume.

Il était d'usage, lorsque les rois de France

venaient du sacre, qu'Usassent à Paris une entrée solennelle, qui donnait lieu à des cérémonies fort curieuses. Comme celle de Louis XI fut une des plus. intéressantes, je veux vous raconter ce qui s'y passa.

Le roi, vêtu d'une tunique de couleur violette, recouverte d'une robe de satin blanc, parsemée de fleurs de lis d'or, était coiffé d'un petit chaperon fort élégant. Il montait un beau cheval blanc, dont le dos était couvert d'une housse de drap d'or et de velours orné d'orfèvreries. Les princes de sa famille et les plus grands seigneurs de la cour le suivaient à cheval, également brillants d'étoffes précieuses et de pierreries.

Le prévôt de Paris et tous les magistrats de la ville vinrent au-devant du roi, tous vêtus de robes de damas fourrées de martre, selon l'usage, quoique l'on fût alors au cœur de l'été, et une foule immense de peuple remplissait les rues que le cortège devait parcourir

A quelque distance de la ville se tenaient cinq dames richement habillées, et montées sur dés chevaux magnifiquement caparaçonnés. Ces dames représentaient les cinq lettres du nom de Paris, cest-à-dire que la première portait le signe du P, la seconde celui de l'A, la troisième celui de l' B, et enfin les deux dernières figuraient les lettres I et S, qui complètent le nom de la capitale. Ces cinq dames firent chacune à leur tour un compliment au roi, qui, après les avoir écoutées avec plaisir, poursuivit sa marche.

A la porte de la ville, Louis aperçut un grand navire argenté, qui forme les armoiries de Pp il était suspendu à la voûte; on y vovai^

BÎeurs personnages figurant les différents ordres de Tétat, et les vertus qui avaient été le partage de plusieurs anciens rois de France.

Dans un autre endroit, on avait disposé une nouvelle scène, qui amusa singulièrement le roi: c'étaient des chasseurs qui, donnant du cor, et accompagnés d'un grand nombre de chiens, poursuivaient une biche ; ce qui, dit-on, faisait un grand tapage et un a^éable spectacle.

De tous côtés, des flûtes, des hautbois, et d'autres instruments en usage dans ce temps-là, faisaient entendre des airs mélodieux, et l'on voyait des fontaines d'où coulaient à grands flots le lait, le vin et les liqueurs, dont tous les passants pouvaient se régaler à leur aise.

Je n'en finirais pas, mes jeunes amis, si je voulais vous dire tout ce que Ton fit à Paris dans ce jour de fête. Ce qui charma le plus le monarque, ce fut la vue de deux cents douzaines de petits oiseaux, renfermés dans une infinité de cages que l'on ouvrit toutes à la fois, de sorte que, pendant un instant, l'air fut agité et presque obscurci par cette multitude d'oiseaux, qui se dispersèrent de tous les côtés, en battant de l'aile et en gazouillant chacun à leur manière.

Cela se faisait toujours ainsi en de semblables occasions, pour montrer aux rois, qu'en France ils ne devaient ôter la liberté à personne.

Le prince qui se trouvait l'objet de toutes ces réjouissances, ne fut pourtant pas celui qui rendit son peuple le plus heureux. Le caractère sombre et défiant qu' il avait montré dans sa jeunesse, devint plus farouche, à mesure qu'il vieillit; et l'on peut dire avec vérité qu'il n'y eut jamais un roi de France qui se fit autant craindre et si peu aimer.

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Louis XI ne fiit pas, comme la plupart de ses prédécesseurs, un prince magnifique et généreux : au lieu de la robe bleue, parsemée de fleurs de lis d'or, qui était le costume ordinaire des rois français, depuis Philippe Auguste, il n'était jamais vêtu que d'un habit de drap grossier, et ne portait que de vieilles bottes enduites de graisse.

A son chapeau étaient attachées de petites images en plomb de la Vierge et de plusieurs saints, auxquels 11 adressait dévotement ses prières, B^^^enouillant devant ce chapeau au moins cinq ou six fois dans la journée. Chaque fois qu'il recevait quelque nouvelle, bonne ou mauvaise, il recommençait ses génuflexions; puis en se relevant, il ordonnait froidement de faire mourir quelques pauvres gens, qui souvent n'avaient d'autre tort que de lui inspirer de la défiance, et dont il s'appropriait les biens, qu'il distribuait en&uite avec libéralité à ceux qui le servaient.

C'est que ce monarque ignorait que la prière d'un cœur pur ou repentant, peut seule être agréable à Dieu, et que c'était ofienser la Divinité que de l'appeler en témoignage de ses actes de cruauté ; il ne pensait pas non plus, comme le bon saint Louis, que- la vie du moindre de ses sigets était d'un prix inestimable.

Le duc de Nemours, comte d'Armagnac, cousin de celui qui avait été égorgé du temps de Charles VI, pour avoir embrassé le parti du dauphin contre le duc de Bourgogne, ainsi que je vous l'ai raconté, il n'y a pas longtemps, était un des plus grands seigneurs du royaume. Il avait eu l'imprudence de se mettre à la tête d'un parti formé contre le ioi| par un grand nombre de princes et de barons.

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sous le nom de Ligue du bien public, parce que c'était le bien du peuple qui en était le prétexte. Louis XI étant parvenu à s'emparer de sa personne, le condamna à avoir la tête tranchée; et pour ajouter encore à l'horreur du supplice de ce malheureux seigneur, on dit (mais beaucoup de personnes refusent de le croire) qu'il poussa la barbarie jusqu'à faire placer sous Téchafaud ses deux enfants, encore en bas âge, vêtus de robes blanches, afin qu'ilô fussent arrosés du sang de leur pauvre père.

Après un pareil trait, dont on aime pourtant encore à douter, il ne vous sera pas difficile de croire qu'un si méchant homme devait être sans amis: les seules personnes dont il aimât à s'entourer étaient des gens de la lie du peuple, qii'il choisissait ainsi, pour qu'ils lui fussent absolument dévoués. Ses compagnons habituels étaient Olivier LE Dain, ou plutôt LE DiAHLE, SOU barbîcr, dont il fit plus tard un ambassadeur, et Tristan l'Ermite, prévôt du palais, que le roi nommait son compère, et qui était chargé de faire pendre, étrangler ou noyer ceux que son maître avait condamnés à mort.

Un homme de la cour de Louis XI avait été longtemps admis dans ses confidences les plus intimes: c'était le cardinal La Ballue, fils d'un simple meunier, et courtisan habile et spirituel, que le roi avait élevé aux plus hautes dignités de r Église et de la cour ; mais ce La Ballue était un scélérat, capable de la plus noire perfidie, qui trahit son maître, en livrant à ses ennemis tous les secrets qui lui avaient été confiés.

Louis ayant appris la trahison de son favori, eut

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bien envie, dans le premier moment de Ba colère, d'envoyer chercher son compère Tristan, et de faire coudre dans un sac et jeter à la rivière celui qui avait si indignement abusé de sa confiance ; mais ensuite il réfléchit que ce supplice ne serait point assez long, et il préféra le faire enfermer dans une cage de fer, que Ton suspendit dans une tour, où il demeura onze années avant de mourir.

H y avait certainement beaucoup de cniauté à faire endurer un pareil supplice à cet homme, quel que fût son crime ; mais je suis sûr que vous n'éprouverez pas autant d'indignation de ce châtiment, lorsque vous saurez que c' était La Ballue lui-même qui avait conseillé au roi de faire faire des cages de fer pour y enfermer ceux qu'il voulait punir.

Malgré la cruauté dont il donna de si frappants exemples, soit en inventant des supplices inconnus jusqu'alors, soit en persécutant les plus honnêtes gens du royaume, Louis XI, par son caractère ^rme autant que rusé, rendit en peu d'années le pouvoir royal plus fort qu'il ne l'avait jamais été. î^on content d'avoir par le supplice du malheureux comte d'Armagnac, frappé de terreur les seigneurs et les barons qui auraient tenté de résister à ses volontés, il acheva de ruiner presque entièrement les restes de la féodalité, en favorisant Taccroissement des communes. En même temps, il prit

i plaisir à s'entourer d'hommes remarquables par eur mérite et leur savoir, encouragea l'usage de l'imprimerie, découverte toute récente à cette époque, et permit à des imprimeurs étrangers de s'établir à Paris, où ils exercèrent leur art aveo succès ; c'est encore à ce prince que l'on doit l'util'^

invention de la poste aux lettres; et sans aimer la guerre, il montra du courage et de Tactivité, toutes les fois qu'il fut obligé de la-faire.

Presque toute la vie de Louis XI fiit employée à se défaire, soit par la ruse, soit par la force, d'tm grand nombre d'ennemis puissants et redoutables ; mais le plus dangereux de tous fut Charles ve TiH^RAiRE, duc de Bourgogne, et fils de Philippe le Bon, qui avait si bien accueilli. Louis, lorsque, étant dauphin, il s'était enfui de la cour de son père.

Pendant bien des années, Charles le Téméraire, ainsi surnommé à cause de son extrême bravonre, qu' il poussait souvent jusqu'à l'extravagance, obligea le roi tantôt à le combattre, tantôt à le ménager, sans que pour cela Louis se lassât de cette lutte perpétuelle, persuadé comme il l' était, qu'un jour viendrait où ce prince imprudent se jetterait de lui-même dans quelque danger d'où il lui serait impossible de se tirer. En effet, Charles ayant été tué dans une bataille sanglante, livrée sous les murs de Nancy, en Lorraine, son corps ne fut pas retrouvé parmi les morts, et l'on ignora toujours ce qu'il était devenu. Quelque temps après, son duché de Bourgogne se trouva réuni à la France ; et Louis XI aurait pu vivre tranquille sur ce trône qu'environnaient la terreur et le respect, si la main de Dieu, en s'appesantîssant sur lui, ne lui eût fait expier d'une manière terrible, les chagrins amers dont il avait abreuvé les derniers jours de son père : car il ne faut pas croire qu'un si grand crime puisse jamais demeurer impuni. A mesure que le roi avançait en â^e, son cautère devenait plus sombre et plus farouche.

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Chaque jonr sa défiance semblait s'accroître, et îl ne rêvait plus que poignards et einj>oisonnen)ents. Ne se croyant pas assez en sûreté dans Paris, où une garde nombreuse, presque entièrement composée d'étrangers, veillait autour du Louvre, il s'enferma dans son château de Plessis-lez-Tours, près des bords de la Loire, qu'il fit défendre par des fossés profonds, des ponts-levis, des donjons et de triples murailles, et où Ton ne pouvait entrer que par des portes hérissées de pointes de fer.

Des étroites fenêtres du château, on apercevait dans la campagne un double rang de potences, où, sans autre forme de procès, le compère Tristan pendait avec de grosses chaînes de fer les pauvres voyageurs ou les pèlerins qui, par ignorance, 0'étaient trop approchés du manoir de l'ombrageux monarque; leurs corps restaient ainsi suspendus, jusqu'à ce que les oiseaux carnassiers les eussent dévorés, pour servir d'avertissement à ceux qui auraient eu Timpnidence de suivre le même chemin.

Malgré tant de précautions menaçantes, le roi continuellement occupé des pensées les plus sinistres, était assiégé par la terreur de la mort, qui ne lui laissait plus un instant de repos; autour de lui régnait un silence effrayant, que personne n'osait rompre, tant le moindre bruit lui causait d'alarmes.

Quelquefois, au milieu de la nuit, ce silence était tout à coup interrompu par des cris perçants que poussait le malheureux prince, sans doute agité par le remords des mauvaises actions qu'il avait commises. Alors la grosse cloche du châtean retentissait au loin, et tout le monde accourait aux portes de l'appartement du roi, qui ne ^'^

rassurait que lorsqu'il entendait un grand nombre de voix murmurer de longues prières, et entonner de pieux cantiques.

D'autres fois, pour que ses sujets ne s'aper-^ çussent pas qu'il était malade, il affectait de se montrer en public, paré avec recherche, et couvert d'ornements d'or et de pierreries, sous lesquels il espérait déguiser sa maigreur et son dépérissement : mais dans ce moment même, il ne permettait pas que Ton approchât de sa personne, et ne se laissait voir le plus souvent que de l'extrémité d'une galerie.

Il y avait alors en Italie un saint ermite, nommé François de Paule, qui vivait depuis quarante ans dans la solitude, et passait pour faire des miracles ; on avait dit à Louis que cet homme vénérable pourrait peut-être le guérir de ses terreurs, et prolonger sa vie ; dans cette espérance, le roi fît tout au monde pour que le bon ermite vînt le visiter.

Lorsque François, vêtu d'une robe de bure grossière, arriva au château de Plessis-lez-Tours, le roi vint se jeter à ses pieds en pleurant, et criant: '^ Guérissez-moi I " mais le saint lui parla de la nécessité du repentir, pour se faire pardonner ses péchés, et l'engagea à se préparer à une mort chrétienne. Olivier le Diable et son médecin André Cottier ne lui cachèrent pas non plus que sa fin était prochaine, et cette certitude parut lui rendre tout son courage.

Dès ce moment, le vieux roi se jeta dans les braa de la Providence ; mais avant de mourir, il voulut encore mettre ordre aux affaires du royaume; U régla lui-même la pompe de ses funérailles; il

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enjoi^it à Bes officiers de se rendre auprès an dauphin, son fils, qui allait devenir leur roi, et expira peu d' instants après, en présence de François de Paule, qui, après avoir vu mourir un des plus grands rois de la terre, s'en retourna au désert, pour y reprendre sa vie pauvre et édifiante.

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