‹ L'histoire de France, racontée à la jeunesse. Éd. stéréotype, augmentée d'une table analytiqueChapitre 54 sur 87 · CHARLES VIII · texte numérisé non relu

CHARLES VIII

DepuÎ8 Van 1483 jt^jM'â Van 1498.

Le dauphin, fils de Louis, se nommait Charles ; c'était, dit-on, un prince doux, gracieux et afiable. Les livres de ce temps-là assurent qu' il avait tant de bonté, qu' il n' était point possible de voir une meilleure créature ; ce jeune prince ne ressemblait donc guère à son père, dont l'humeur était sans cesse sombre et farouche, et que personne n'abordait jamais qu'en tremblant.

Je vous ai raconté combien le roi Louis XI Ikvait peur de mourir; c*est qu'il n'ignorait pas qu'il 7 a une autre vie, oii il faudra que chacun rende compte de ce qu'il aura fait sur la terre ; et lorsqu'on parlait de cette autre vie devant lui, on le voyait changer de couleur.

Louis XI savait bien que le dauphin devait régner après Itd, selon les lois du royaume ; mais cette idée-là lui rendit la présence de ce jeune prince si pénible, pendant les dernières années de sa vie, qu'il le confina au château d'ÀHnoiSE, voisin de celui de Plessis-lez-Tours, avec son gouverneur, et un petit nombre de domestiquea,

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s'occupant da reste fort pea de son édacation, et disant que s41 savait dissimuler, c'est-à-dire, ca« cher sa pensée, il serait assez savant pour régner* Le dauphin n*eût donc jamais été qu'un ignorant^ s'il n'eût pris goût à lire lui-même les vieilles histoires des croisades, et à se faire raconter les aventures de Bertrand du Guesclin, et des autres chevaliers de grande renommée. L*attention qu'il prêtait à ces récits, lui inspira de bonne heure ridée de les imiter un jour, en faisant comme eux de grandes guerres, et en s' illustrant aussi par des traits de courage.

Cependant Louis XI mourut, comme je vous l'ai dit; mais avant d'expirer, il se repentit amère* ment d'avoir négligé l'éducation de son fils, et recommanda à ses grands officiers, en les envoyant auprès du jeune roi, de servir fidèlement leur nouveau maître, ainsi qu'ils l'avaient servi lui-même.

Toute la cour se rendit aussitôt au château d'Amboise, pour rendre hommage au dauphin, qui, après avoir pleuré bien sincèrement son père, monta sur le trêne, et devint roi de France, sous le nom de Charles VIII.

Or, le nouveau roi n'était âgé que de treize ans; et quoique cet âge fût celui où, depuis Charles V, les rois de France étaient censés pouvoir gouverner par eux-mêmes, ce fut sa sœur ainée, nommée Anne, duchesse de Beaujeu, qui prit le titre de régente. C'était une dame de beaucoup d'ei^rit, et d'un caractère ferme, qui ne manquait pas de ressemblance avec son père Louis XI, et qui fit tons ses efforts pour maintenir le royaume dans un état florissant. Quelques actes de justice lui concilièrent promptement la faveur du peuple, qui

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Itrî sut un gré infini d'avoir fait pendre Olivier le Diable, le barbier et le confident du roi son père ; car chacun Taccusàit d'avoir trempé d^ns plus d'un crime abominable. Les biens considérables que ce méchant homme avait amassés, furent confisqués, et Von n*en tendit plus parler désormais du prévôt Tristan T Ermite, ni de ses barbaries. A la vérité, plusieurs princes et barons, se souvenant encore de la ligue du bien public que Louis XI avait eu tant de peine à détruire, murmuraient d'obéir ainsi à une femme et à un roi enfant ; mais leurs murmures n'étaient point fondés, car si en France les femmes ne pouvaient point hériter de la couronne, aucune loi ne les empêchait de régir le royaume, lorsque les rois étaient trop jeunes, ou absents de leurs états.

La seconde sœur de Charles VIII, nommée Jeanne, était bien différente de son aînée, la dame de Beaujeu ; son caractère était timide, son extérieur peu agréable, son visage sans aucun charme, et en outre elle était boiteuse et de petite taille. Cette princesse avait épousé le plus proche parent du roi, Louis, duc d'Orléans, petit- fils du malheureux duc assassiné par Jean Sans peur, et de l'intéressante Yalentine de Milan. Ce jeune homme était orné de mille qualités brillantes et aimables, mais il avait aussi un grand défaut, qui lui fit commettre bien des sottises : c' était une ambition démesurée, qui le brouilla avec la duchesse de Beaijgeu, dont il supportait avec plus de peine que tous les autres de recevoir les ordres.

Après avoir vainement employé tous les moyens de conciliation, pour parvenir à se faire donner la tutelle du jeune monarque, comme étant so*

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pins proche parent, résolut de se plaîiulre devant le parlement de Paris, de ce que la dame de Beaujeu avait écarté de la régence les princes da sang royal; mais cette sage compagnie, après avoir pris connaissance de cette plainte, répondit par Torgane de son président : " Que le parlement n'était institué que pour rendre la justice aux peuples, et qu'il ne lui appartenait en aucune façon d'intervenir dans les querelles des grands princes."

Ces paroles sont d'autant plus remarquables, mes jeunes amis, que, lorsque vous serez plus avancés dans l' histoire de France, vous verrez les mêmes magistrats tenir un tout autre langage, et vouloir à leur tour gouverner V état.

Il fallut donc que le duc d'Orléans recourût à d'autres moyens; et les seigneurs, ennemis de la régente, obligèrent les conseillers du jeune Charles, à convoquer à Tours les états généraux du royaume, comme vous vous souvenez sans doute qu'ils avaient été assemblés, au temps du roi Jean II, et dans quelques autres circonstances graves. Mais cette assemblée, composée d'un grand nombre de barons, d'évêques et de bourgeois, ne put mettre fin aux querelles des grands, quoiqu'elle comptât dans son sein plusieurs généreux citoyens, qui, à l'exemple d'Etienne Marcel et de Robert Lecoq, élevèrent la voix en faveur du pauvre peuple, dont les seigneurs mécontents ne s' étaient guère occupés jusqu'alors.

Alors le duc d'Orléans, séduit par les mauvais conseils de quelques faux amis, se laissa entraîner dans une démarche dont il ne tarda pas à se repentir ; il prit les armes contre la régente, sous

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prétexte de délivrer le roi, qu'il Taccusaît do tenir en captivité, et osa livrer une bataille à ses troupes, dans un lieu nommé Saint -Aubin du Cormier, ^ù il fut complètement vaincu, malgré les secours du duc de Bretagne, qui s'était joint à lui. Tous ceux qui s'étaient attachés à sa fortune périrent malheureusement, et lui-même fut jeté dans une prison, où il passa trois années à faire des réflexions sur son imprudence et son étourderie, qui auraient pu lui devenir plus funestes encore, car il s'était exposé à perdre la tête, pour avoir porté les armes contre le roi.

Au lieu d'un si terrible châtiment, qu'il n'aurait certainement point évité sous Louis XI, dès que le jeune Charles VIII eut atteint l'âge où il put gouverner par lui-même, l'un de ses premiers soins fut d'aller ouvrir à son cousin les portes de sa prison, et de lui tendre les bras, où le duc se précipita avec transport : depuis ce temps, le duo d' Orléans fut le plus fidèle ami de Charles VIII, qui ne cessa jalnais de lui témoigner une confiance absolue.

Depuis que, par la mort de Charles le Téméraire, le duché de Bourgogne avait été réuni au royaume, la Bretagne était la seule province de France qui eût conservé son duc particulier ; et le prince qui régnait sur ce pays étant venu à mourir, sa puissance passa entre les mains de sa fille Anne de Bretagne, jeune princesse d'une rare beauté et du plus aimable caractère. Elle était destinée depuis son enfance à épouser l'empereur d'Allemagne ; ce qui eût encore introduit des étrangers dans le royaume ; mais Charles VIII l'ayant appris, demanda lui-même la duchesse Anne en mazipgc, r

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l'intérêt des deux pays Tayant oblî^çée à l'acceptmr pour époux, elle devint reine de France, presque malgré elle.

Le roi, pour parler vrai, n* était pas beau ; il était petit de taille, et mal proportionné ; son corps mince et fluet portait une grosse tête ; les traits de Bon visage formaient un ensemble peu agréable ; mais il était si bon, si affable, si poli, si attentif à prévenir les moindres désirs de sa femme, qu'en peu de temps la reine Vaima de toute son âme.

Charles VIII n'avait point oublié tout ce qu'on lui avait raconté, dans son enfance, des prouesses des anciens chevaliers français. Plus enthousiasmé que jamais de ces aventures, qu'il ne pouvait espérer de rencontrer dans son royaume devenu paidible, il indiqua à Lyon un tournoi, comme celui où je vous ai dit que Bertrand du Guesclin combattit pour la première fois avec tant de vaillance : une foule de seigneurs s'y rendirent de tous côtés, avec une suite nombreuse, et une prodigieuse magnificence d'équipages. Les fêtes que Von celébra furent splendides, et le roi profita de l'élan général, pour proposer à cette réunion de nobles guerriers de passer en Italie, où les rois de France, depuis que Charles d'Anjou, frère de saint Louis, avait régné sur la Sicile, prétendaient avoir des droits à exercer sur le royaume de Naples. Sa proposition fut accueillie avec acclamation, et tous ees braves partirent en habits de fête pour cette contrée, où le souvenir des Vêpres siciliennes était encore loin d'être oublié.

Malgré les nombreux alliés que Charles VIII trouva en Italie, il lui fallut livrer bien des ba- '^ailles, où il se distingua parmi tant d' intrépides

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ebevaliers, par sa gaîté dons les périls, et sa bar* diesse à les affironter. Plus d'un succès couroiina son entreprise, et il s'était même déjà rendu maître de Kome et de Naples, lorsque s* apercevant ^ue tant de combats avaient affaibli son armée, il le décida à rentrer en France, avec ce qui lui Testait de soldats ; mais comme il se trouvait encore au milieu de Tltalie, il courut un grand danger, d'où il ne se tira que par sa bravoure et cell» des chevaliers qui raccompagnaient.

Les ennemis, l'ayant entouré dans une étroite vallée, d'où il paraissait presque impossible de sortir avec une armée, se flattaient déjà de le prendre, et de ne pas laisser échapper un seul Français, lorsque Charles les attaqua avec tant de résolution, que cette multitude lui ouvrit un passage par lequel il put en peu de jours rentrer dans son royaume. On nomma ce combat la bataille de Fornoue, parce qu'il eut lieu auprès d'un village de ce nom.

Charles revint donc en France avec une grande gloire, acquise par de grands travaux; c'était tout ce qui lui restait de cette expédition, où le sang et les trésors de la France n'avaient point été épargnés ; le royaume de Naples ne demeura point en sa puissance, et peu de temps après son retour, il mourut^ tout jeune encore, d'une maladie de quelques heures, dans ce même château d'Amboise, où il avait passé les dernières années de son enfance.

Je ne puis mieux vous donner une idée de l'amour que les Français portèrent à ce roi, qu'en vous disant que, lorsqu'on célébra ses funérailles à Saint-Denis, deux des officiers de sa maison

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moururent de douleur d'avoir perdu un si exoel« lent maître.

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Depuis Van 1498 jusqu^à Van 1515.

Dans le dernier siècle, dont je viens de vous raconter T histoire, il avait paru des hommes qui avaient fait de grandes découvertes, et composé des choses dont on n'avait pas même eu l'idée jusqu'alors; telle fut l'invention de la poudre à canon, que l'on attribue à un moine allemand, et dont on fit usage, pour la première fois, à la fatale journée de Crécy, ainsi que je vous l'ai fait remarquer. Cette invention, en rendant inutiles les pesantes armures de fer auxquelles les seigneurs et les chevaliers devaient leur supériorité sur les autres hommes, acheva de ruiner la féodalité, dont les châteaux, malgré leurs épaisses murailles et leurs fossés, ne furent plus imprenables, lorsqu'au moyen d'une certaine quantité de poudre placée sous les fondations, on put aisément détruire d'un seul coup tout un édifice.

Quelques années plus tard, et pendant que Louis XI régnait en France, des ouvriers de May en ce, sur le bord du Rhin, inventèrent les premiers Vart d'imprimer les livres, à peu près comme on le fait aujourd'hui. Vous savez que ce prince encouragea r introduction de l'imprimerie dans son royaume, et il en résulta promptement un grand bien ; car, '^«s ce moment, les livres se multiplièrent, et devin - ^)eu à peu aussi communs que nous les voyons rit.

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Alors nn plus grand nombre de personnes purent apprendre à lire, et se livrer à l'étude ; et il est bon de remarquer qu' à mesure que les hommes devinrent plus instruits, ils devinrent en même temps meilleurs et moins grossiers.

Enfin, au temps de Charles Vni, un pilote habile, nommé Christophe Colomb, natif de GÊNES en Italie, obtint du roi d'Espagne, à force de prières, trois petits vaisseaux, sur Tun desquels il s'embarqua avec quelques marins intrépides; et n*ayant d'autre guide qu'une aiguille mobile, dont la pointe jouit de la singulière propriété de se tourner sans cesse vers le nord, il s'avança sur l'immensité de l'Océan, jusqu' à ce qu' il eût rencontré d'autres terres, et des pays tout à fait inconnus. L'instrument dont il se servit pour ce voyage aventureux, et qui est aujourd'hui familier à tous les marins, est ce qu'on nomme une boussole; et il y avait peu de temps alors qu'on en avait fait la découverte.

Ces contrées étrangères, dont la découverte vous sera aussi racontée quelque jour, reçurent d'abord le nom de nouveau monde; et plusieurs années après, un autre navigateur, nommé Americ Ves- PUCE, ayant suivi l'exemple de Christophe Colomb, donna au vaste continent qu'il découvrit à son tour, le nom d'Amérique.

Ces inventions et les découvertes qui en furent la suite, mes jeunes amis, changèrent en peu de temps bien des choses aux anciens usages : l'or et l'argent, dont on trouva des mines considérables dans le nouveau monde, devinrent plus communs en Europe; le commerce maritime enrichit un grand nombre de villes, qui, jusqu'alors, n'avai

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