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en aacune importance ; et il s'éleva dans plusietira endroits, et surtout à Paris, des écoles et des collèges, où une foule de jeunes gens vinrent de tous les pays chercher à s'instruire, et à entendre Tezplication des livres savants que l'on imprimait.
Louis, duc d'Orléans, était le plus proche parent de Charles VIII, qui n'avait point laissé d'enfants; et ce fut lui qui monta sur le trône, après la mort de ce jeune prince, sous le nom de Louis XII.
Dès qu'il fut roi, quelques-uns de ces courtisans qui ne manquent jamais d'accourir auprès des princes heureux, vinrent lui adresser mille flatteries, et lui conseiller de se venger de ceux qui l'avaient combattu et fait prisonnier à Saiut- Aubin du Cormier; mais Louis leur eut bientôt imposé silence, en prononçant à haute voix ces paroles remarquables: "Le roi de France ne venge pas " les querelles du duc d'Orléans."
Cette réponse est d'autant plus honorable dans la bouche de ce prince, mes jeimes amis, que le roi, en parlant ainsi, témoignait qu'il n'userait jamais de son pouvoir pour punir ceux qui, en le combattant, lorsqu'il n'était qu'un sujet rebelle, n'avaient fait que remplir un devoir rigoureux, mais nécessaire.
Anne de Bretagne, veuve de Charles VIII, aussitôt après la mort de son mari, avait voulu se retirer dans ses états, pour ne pas voir un autre prince occuper la place de celui qu'elle pleiu^ait; mais, peu de temps après, Louis XII, ayant fait rompre son mariage avec la pauvre Jeanne de France, cette seconde fille de Louis XI, si disfi^raciée de la nature et si triste, qu'il avait épousée
^refois, offrit à la duchesse de Bretagne de par-
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tager «on trftne, ce qu'elle accepta sans répugnance, tant il lui parut bon et aimable.
Par ce mariage, le duché de Bretagne se trouva définitivement réuni à la France, dont il avait été séparé dans le temps des derniers Karolings ; et je dois vous faire remarquer que toutes les provinces de l'ancienne G-aule vinrent ainsi successivement s'ajouter à ce royaume, auquel, depuis cette époque, elles n'ont jamais cessé d'appartenir.
Cependant, mes jeunes amis, Louis XII que son affabilité avait déjà fait surnommer le père du peuple, eut, à l'exemple du roi Charles, l' idée de retourner en Italie, pour faire valoir ses droits sur une province de ce pays, nommée le Milanais, qui avait appartenu autrefois à la famille de sa grand' mère, Valentine de Milan, et que le roi d'Espagne, ainsi que plusieurs princes d'Italie, prétendaient lui disputer. Il se mit donc en marche avec une armée nombreuse.
Parmi les nobles chevaliers qui l'accompagnaient, il y en avait un nommé Bayard, qui, non-seulement était le plus brave des guerriers de son temps, mais encore un des hommes les plus parfaits qui aient jamais existé : on l'appelait ordinairement le Chevalier sans peur et sans reproche.
Dès son enfance, Bayard s'était montré capable des plus grandes choses; ses jeux même annonçaient im caractère ferme et généreux, et sans être turbulent et mutin comme l'avait été Bertrand du Guesclin, il préférait à tout les exercices militaires qui exigent de la force et de l'adresse.
Lorsque Bayard fut devenu grand, il partit pour suivre le roi Louis XII en Italie, après avoir demandé et reçu avec recueillement la bénédiction d^
0on vieux père ; car il n'était pas possible qu'un si bon jeune homme ne fut pas un fils tendre et respectueux; et dès que Toccasion s'en présenta, il se distingua par plusieurs traits d'un courage intrépide.
Un jour que les ennemis paraissaient trop supé* rieurs en forces, Louis XII ayant ordonné à son armée de traverser un petit pont de bois qui se trouvait sur une rivière, recommanda de détruire ce pont aussitôt que les derniers soldats seraient passés, afin que les Espagnols ne pussent pas lea suivre.
Malheureusement, on n'eut pas le temps d'exécuter cet ordre, et les Français allaient être surpria dans leur retraite, lorsque Bayard, s'apercevant que le pont était abandonné, se plaça seul à l'entrée, et arrêta par son courage toute l'armée ennemie : ce ne fut qu'après avoir combattu plusieurs heures, pendant lesquelles les troupes du roi s'éloignèrent, qu' il rejoignit les siens, laissant les Espagnols stupéfaits à la vue d'un si admirable courage.
Hors de la bataille^ où la valeur d'un lion semblait lui être naturelle, Bayard avait la douceur et la simplicité d'un agneau ; il détestait le mensonge, et aurait mieux aimé être puni pour une grande faute, s'il avait eu le malheur d'en commettre, que de s'excuser par une tromperie.
A ces précieuses qualités, Bayard ajoutait encore une piété sincère et une charité sans bornes. A la prise d'une ville d'Italie, ses soldats lui amenèrent une jeune fille d'une beauté remarquable, qu'ils avaient arrachée à des dangers efirayants; cette demoiselle pleurait à chaudes larmes, et ne fmsàt de demander sa mère, dont elle ignorait la
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destinée. Le bon chevalier, touché de ses pleurs, n'eut pas de repos qu' il n'eût retrouvé cette dame ; et non-seulement il lui rendit sa fille, mais encore, ayant appris qu'elle était dans l'indigence, et veuve d'un gentilhomme milanais, tué à l'armée, il la pria d'accepter une grosse somme d'argent qu'il avait réservée pour lui-même par prévoyance.
Ces deux personnes, pénétrées de la plus vive reconnaissance, voulaient embrasser ses genoux pour le remercier d'un si grand bienfait ; mais il les releva avec grâce, et ne leur demanda pour prix de tant de bontés, que de garder un secret inviolable sur cette aventure. Malgré cela, la belle action qu'il avait faite fut bientôt connue de toute l'armée ; et je suis bien aise que cette dame n'ait pas mieux gardé ce secret, puisque son indiscrétion nous apprend que Bayard avait autant de modestie que de bienfaisance.
Cependant Bayard n' était pas le seul chevalier français qui montrât tant de vaillance et de vertu : Louis XII lui-même se distinguait par son courage, au milieu de tant d'hommes intrépides. Un jour, dans un combat sanglant, quelques-uns de ses officiers murmuraient de ce que le roi exposait avec une sorte de témérité sa vie et la leur aux coups des ennemis: " Que ceux qui ont peur," s'écria Louis en riant, " se mettent derrière moi." Ce mot fit rougir de honte les mécontents ; et voua jugez bien qu'ils ne pensèrent plus à leur propre salut, en voyant le sang-froid du monarque.
L'un des guerriers les plus brillants de cette époque fut Gaston d£ Foix, comte d'Armagnac et duc de Nemours, fils du malheureux prince de ce non)| auquel Lotiis XI avait fuit trancher lu têf-^
Ce jeune chevalier, qne Louis XII aimait comme s'il eût été son propre fils, nnissait aux qualités les plus aimables la valeur la plus intrépide ; mais comme si cette famille d'Armagnac eût été réservée à une infortune perpétuelle, il périt à la fleur de l'âge, à Bavenne, en Italie, dans une bataille où il venait de vaincre complètement les Espagnols ; et sa mort devint le signal des revers qui, depuis ce moment, ne cessèrent d'assaillir les Français dans cette contrée, qu'ils furent forcés d'abandonner entièrement.
IjCS désastres de ces guerres d'Italie, qui coûtèrent presque autant de sang à la France que les invasions des Anglais, obligèrent enfin Louis XII à rentrer dans son royaume, et dès lors il ne pensa plus qu'à faire le bien de son peuple, dont il était adoré. Monté sur une mule blanche, on le voyait parcourir sans aucune suite les rues de Paris^ écoutant avec douceur tous ceux qui avaient quelque grâce à lui demander, et ayant soin que justice fût faite à tout le monde.
D'autres fois, caché sous des vêtements obscurs, il prenait plaisir à se mêler à la foule du peuple, pour connaître ce que chacun disait de lui : il recueillait avec soin les plaintes que les plus pauvres gens faisaient entendre; et lorsqu'ils réclamaient une chose juste, c'était en voyant leurs vœux exaucés, qu'ils apprenaient que le roi les avait écoutés.
Un grand seigneur de la cour avait un jour, par quelque accident sans doute, cassé le bras à un pauvre ouvrier, qui n'avait point osé se plaindre; mais le roi l'apprit, dans une de ses promenades secrètes; alors mettant aussitôt son bras en écharpe,
comme s'il eût été blessé lui-même, il se présenta devant les juges, et déclara qu'il ne serait guéri que lorsque le seigneur aurait été puni. Les juges ayant pris des informations, condamnèrent l'homme riche à payer une grosse somme d'argent au pauvre malade qu'il dut aussi faire guérira ses frais; et le roi eut la satisfaction d entendre les bénédictions de son peuple, qui lui souhaitait une longue vie.
La reine Anne, qui n'était pas moins bienfaisante que son mari, s'associait à ses bonnes œuvres; aussi sa mort fîit-elle une grande affliction pour les pauvres et les malheureux. Louis ne lui survécut que d'ime année; et le jour de ses funérailles, dans les villes et dans les campagnes, il semblait, à voir la douleur publique, que chaque Français eut perdu son père.
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Depuis Van 1515 jusque à Van 1547.
Après la mort de Louis XII, lorsque le peupla vit monter sur le trône un prince jeune et aimable, il se consola de la perte du bon vieux roi qu'il avait tant aimé. Le nouveau monarque était le plus proche parent et le gendre de Louis, qui n'avait point laissé de fils. Il prit le nom de François I*'.
Ce prince était affable et spirituel ; il aimait les hommes instruits, et en attira nn grand nombre à Paris des divers pays de TEurope, en les comblai? de toutes sortes de faveurs. Par ses bienfiedt&
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encouragea les Bciences et les arts, dont les Frai>çaîs avaient pris le goût dans leurs expéditions d'Italie, le pays du monde le plus riche en monuments remarquables et en peintures précieuses ; et son règne est surtout mémorable par la renaissance des lettres, qui, jusqu'à cette époque avaient été peu cultivées en France. Il effaça ainsi les dernières traces de la barbarie des anciens Franks, et eût été peut-être le prince le plus accompli de notre histoire, s'il n'eût trop aimé la guerre, et causé par cette folle passion de grands malheurs au royaume et à lui-même.
Dans le temps que François ï^ régnait en France, il y avait en Europe deux rois puissants, dont il aurait dû tâcher de n'être jamais l'ennemi : c'étaient Henri VIII, roi d'Angleterre, et Charles- Quint, empereur d'Allemagne et roi d'Espagne, l'un des princes les plus habiles et les plus ambitieux qui aient jamais existé.
François I®^, qui, dans les premiers temps de son règne, sentit la nécessité de se concilier l'amitié do ces princes, proposa une entrevue à Henri VIII, dans un endroit que l'on nomma le Camp du drap d'or, à cause de la magnificence qui fut déployée pour ce rendez- vous des deux rois.
On avait élevé dans une belle plaine de Flandre plusieurs palais de bois, si richement décorés, que la description que je pourrais vous en faire, ressemblerait à ces récits merveilleux et mensongers qiie l'on trouve dans les contes de fées. Les reines de France et d'Angleterre y accompagnèrent leurs maris, et se firent suivre des dames les plus belles et les plus riches de leur royaume. Les deux rois se virent au milieu des fêtes, des bals, des tournois
et des jetix de tonte espèce, et ce (ut à qui des deux porterait le plus loin V élégance et la somptuosité.
Les courtisans des deux nations se ruinèrent pour surpasser leurs égaux en magnificence ; . et comme l'orgueil nous porte infailliblement à faire des sottises, il s'en trouva quelques-uns qui vendirent leurs terres et leurs biens, pour acheter de beaux manteaux et des habits éblouissants d'or et de pierreries. Mais beaucoup de gens se moquèrent d'eux, et crièrent en les voyant passer, qu'ils n'étaient si fiers, sans doute, que parce qu'ils portaient sur leurs épaules leurs moulins, leurs forêts et leurs prairies.
Après avoir passé tout un mois au camp du drap d'or, au milieu des plaisirs de toute espèce, les deux rois se séparèrent, fort satisfaits de leur entrevue, et se promettant bien des choses qu'ils n'avaient certainement l'intention de tenir ni l'un ni l'autre.
François I^ possédait alors un des plus puissants royaumes de ce temps ; et il vous sufiBra de jeter un coup d'œil sur la carte de la France, telle qu'elle était à cette époque, pour vous en convaincre. La Normandie, arrachée par Philippe Auguste à Jean Bans terre ; le Languedoc, acheté par Louis YIII, à la suite de la croisade contre les Albigeois ; le Dauphiné, réuni à la France sous Jean II; la Ghiyenne, conquise sur les Anglais par Charles VII ; la Bourgogne, presque entière ajoutée à ce royaume par Louis £E, après la mort de Charles • le Téméraire ; la Bretagne enfin, acquise à Louis XII par son mariage avec la duchesse Anne, formaient un des plus beaux empires que Ton eût
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jamais vus ; et le roi en était vérîtablement le senl maître, puisque tous les grands vassaux avaient cessé d'exister. François aurait donc pu se contenter d'une si vaste puissance, que personne ne songeait à lui disputer; mais il eut Tidée de faire revivre les anciennes prétentions de ses prédécesseurs sur le Milanais, et n'eut pas de repos qu'il n'eût encore réuni une armée, pour aller attaquer ce pays.
Le nombre et la valeur des chevaliers qui raccompagnaient lui inspirèrent d'abord d'autant plu» de confiance, qu' il battit tous les ennemis qui se présentèrent devant lui. Les Suisses, dont il fallait qu'il traversât le pays pour se rendre en Italie, voulurent l'arrêter dans les défilés que forment les Alpes, et les deux années s' étant rencontrées auprès d'un village nommé Marignân, il y eut dans ce lieu une grande bataille qui dura deux jours et deux nuits, sans interruption. Les plus vieux soldats assurèrent qu'ils n'avaient jamais vu un combat si terrible ; et la victoire demeura aux Français.
Le roi, qui s'était distingué par sa bravoure au milieu de tant de braves, voulut que le chevalier Bayard, qui ne l'avait point quitté pendant tonte la bataille, l'armât chevalier, avec les cérémonies usitées en pareille circonstance, et dont je vous ai parlé plus haut; Bayard, toujours aussi modeste, se défendit d'abord d'un si grand honneur, que pouvaient revendiquer une foule de seigneurs non moins vaillants que lui, mais certainement moins illustres par leurs vertus ; il fallut bien cependant qu'il se soumît aux ordres du roi, et François 1^ s' étant mis à genoux devant lui, il le frappa, suivant l'usage, de deux petits coups de son -ép^ sur les épaules, et lui donna l'accolade.
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Après cela, le bon chevalier remît son épée dans le fourreau, jurant de ne plus se servir de cette arme, que contre les infidèles et les Sarrasins.
Cependant François I®', malgré son courage, ne fîit pas aussi heureux dans toutes ses batailles, qu'il Tavait été àMarignan; en Italie, les armées de Tempereur Charles-Quint lui disputèrent pied à pied les provinces qu' il voulait conquérir ; et il lui fallut livrer ime multitude de combats sanglants, qui coûtèrent la vie à un grand nombre de braves gens.
Bayard lui-même, atteint d'un coup mortel dans une rencontre où il venait de faire de nouveaux prodiges de valeur, et sentant sa fin approcher, se fit déposer au pied d'un arbre, où il ne pensait plus qu'à bien mourir, en priant Dieu de lui accorder le pardon de ses fautes, comme doit le faire un bon chrétien.
n était là, près d'expirer, lorsque les chefs des Espagnols, ayant appris le malheur de cet intrépide chevalier, se rendirent auprès de lid, et lui témoignèrent le regret qu'ils éprouvaient de voir périr un â vaillant homme : Bayard les remercia avec politesse, mais voyant s'avancer le connétable de Bourbon, qui, s'étant brouillé avec le roi de France, était aorti du royaume, et avait pris le parti de ses ennemis, il ne fut pas maître de son indignation.
Ce seigneur s'étant approché de lui, voulut lui exprimer combien il était affligé de le voir dans un si triste état. " Ce n'est pas moi," lui répondit Bayard, " mais c'est vous qu' il faut plaindre, vous ^ qui combattez contre votre roi, votre patrie et ^ votre serment." Feu d'instants après avoir dit belles paroles, qui firent rougir de honte le cou-
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nétable, le bon chevalier rendit Târae, emportant les regrets de toute la France, et Testime même de ses ennemis.
La perte de cet homme illustre ne fîit que le premier des malheurs dont François I^ ne tarda pas à être frappé ; depuis ce moment, toutes ses entreprises en Italie furent désastreuses, et il y avait à peine un an que Bayard était mort, lorsque le roi, ayant tenté de s'emparer d'une ville nom* mée Pavie, se trouva en face d'une armée espagnole que Charles-Quint avait envoyée contre lui.
Alors s'engagea auprès de cette viUe une san* glante bataille, où l'armée française fut taillée ea pièces, malgré les efforts inouïs du roi et des braves qui l'accompagnaient; François I^ lui-même tomba au pouvoir des ennemis ; et depuis la fiuieste b<i* taille de Poitiers, où le roi Jean fut fait prisonnier par les Anglais, une si grande calamité n'avait point affligé la France.
L'un des premiers soins du roi captif, après son malheur, fut d'écrire à sa mère pour l'en informer ; car il avait pour elle trop de tendresse et de respect, pour vouloir qu'elle apprît par d'autres le revers dont il était frappé : sa lettre commençait par ces mots remarquables, que vous entendrez souvent répéter : ^* Madame, tout est perdu, fora l'honneur."
Vous pouvez juger quelle fut la joie de Charles- Quint, lorsqu'on lui amena en Espagne cet illustra prisonnier. Il ne le traita pas d'abord avec tous les égards dus au souverain d'un grand royaume; mais ensuite il se repentit de sa dureté, et lui témoigna une politesse dont les rois, plus encore que les autres hommes, doivent l'exemple à tout le mondé.
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François I*' demeura plus d'un an prisonnier à Madrid, capitale du royaume d'Espagne; mais l'ennui de la captivité, le désœuvrement, les chagrins qu'il éprouvait, altérèrent sa santé; et s'il fôt resté plus longtemps éloigné de la France, i serait mort peut-être au pouvoir de ses ennemis ; alors Charles-Quint, moyennant une forte rançon, Ini rendit enfin sa liberté, dont François profita aussitôt pour rentrer dans son royaume.
Près de quinze ans après ces événements, les deux rois n'étant plus en guerre, Charles-Quint, qui possédait des royaumes dans toutes les parties de r Europe, fît demander à François I^ la permission, de traverser la France, pour se rendre dans un de ses états.
Le roi qui n'avait point conservé de rancune, car la rancune est le défaut des petites âmes, voulut témoigner à son ancien ennemi qu'il no conservait aucun ressentiment du passé.
On prépara donc, pour recevoir le monarque espagnol, des fâtes magnifiques, qui coûtèrelit des sommes énormes; et ce prince, accoutumé à tromper les autres, eut Lien de la peine à se persuader que cette somptueuse réception ne cachât pas quelque piège; il se trompait cependant: le roi de France était incapable d'une trahison, même envers son plus dangereux ennemi.
C'était l'usage, dans ce temps-là, d'avoir à la cour de France un bouffon qu'on appelait fou du KOI, le plus souvent disgracié par la nature, et qui était chargé d'amuser le monarque par ses saillies. H portait sur la tète et dans la main les attributs de la folie, et à la faveur de son titre et de son costume, Ù lui était permis de dire
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aux rois des choses que les Hommes les plus respectés et les plus sages n'auraient osé leur fairo entendre.
Le fou de François I^ se nommait Tbiboui-et.
Dès qu'il apprit que Charles-Quint osait traverser la France, il se présenta devant le roi avec un gros registre sous le hras; ce prince, qui s'attendait à quelque nouvelle plaisanterie de sa part, lui demanda à quoi il destinait cet énorme volume: — " C'est pour écrire les noms de tous ceux qui " sont plus fous que moi," lui répondit Triboulet, " et je viens d'y inscrire le nom du tout-puissant " empereur Charles- Quint."
Triboulet, par cette réponse, voulait faire penser que ce souverain avait probablement perdu la rai* son, de venir ainsi se mettre à la disposition de son ancien ennemi ; le roi le comprit parfaitement, et comme il ne se fâchait jamais des propos de Triboulet : " Eh î que feras-tu donc," demanda-t-il à ce plaisant personnage, '* si je le laisse passer ?" ^' J'effacerai son nom, repartit le fou, et je mettrai ** le vôtre à la place."
Le roi rit beaucoup de cette saillie, fit un riche présent à l'riboulet, et n'en reçut pas moina avec toute la loyauté possible le superbe empereiur, qui sortit du royaume de France comme il y était entré; mais l'histoire rapporte que tant que Charles- Quint y demeura, il ne dormit pas tranquille, et ne mangea pas de bon appétit.
Je ne sais si le roi ne se repentit pas plus
tard de n'avoir pas suivi le conseil de son fou, si
Ton peut jamais se repentir d'une bonne action,
car la France eut encore bien des guerres à sou-
^'*r contre Charles-Quint, qui ne prétendait à rien
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moins qu'à la monarchie nniverselle ; et ces guerrei étaient à peine terminées que François I^ monnit an château de Eambouillet, auprès de Paris, où l'on montre encore, dans une vieille tour, la petite chambre délabrée où ce prince rendit le dernier soupir. Son fils lui succéda sous le nom de Henri II.
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