‹ L'histoire de France, racontée à la jeunesse. Éd. stéréotype, augmentée d'une table analytiqueChapitre 61 sur 87 · HENRI IV · texte numérisé non relu

HENRI IV

Depuis Van 1589 jusqu'à Van 1594.

Jb vous ai déjà beaucoup parlé de ce loi de Navarre, que Henri III, dont il était le plus proche parent, proclama, en expirant, l'héritier du trône de France; je vous Tai montré au milieu des hasards de la guerre, encore plus grand par son humanité que par son courage ; aussi je ne vous reparlerai plus guère de ces qualités brillantes, mais je vous raconterai par quelles actions il a mérité d'être le seul roi dont le peuple ait gardé la mémoire.

C'est qu'en efifet, mes amis, quoique ce bon prince 80it mort depuis plus de deux cents ansi

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990 HEHiu rr*

fon nom et sa figure franche antant que majestueuse sont connus jusque dans les plus pauvres chaumières du royaume; et s'il était possible qa'il ïeparut un seul jour sur la terre, il n'y a peutêtre pas un Français qui ne s'écriât en le voyant: •* Voilà notre roi Henri IVI"

Henri ne fut point élevé délicatement, comme le sont ordinairement les enfants des princes et des grands personnages ; au moment même de sa naissance, sa mère, Jeanne d'Albret, chanta gaiement une chanson, dans le patois de son pays; son grand-père ayant pris dans ses bras le petit prince, qui était déjà fort et vivace, lui frotta les lèvres avec une gousse d'ail, selon l'usage des paysans béarnais, et lui fit avaler quelques gouttes de vin, que l'enfant parut goûter avec plaisir.

Aussitôt que Henri commença à marcher, on le laissa courir avec les autres enfants de son âge, la tête découverte et les pieds nus, en hiver comme en été; cela le rendit bientôt leste et vigoureux, et, dès son jeune âge, il prit dans toutes ses manières un air de franchise et d'aisance, qu'il conserva toute sa vie, et qui le fit aimer de tous oeujc qui l'approchèrent. •

A présent que vous connaissez la manière dont cet excellent prince avait été élevé, vous ne serez point surpris que, né avec les plus heureuses dispositions, il ait montré de bonne heure une âme généreuse et ferme, dans un corps sain et vigoureux. Jeanne d'Albret, femme d' un caractère mâle et énergique, cultiva dans le jeune cœur de son ^s les germes des belles qualités qu' il renfermait ; ' ce fut par elle que Henri fut élevé dan» la pen protestante, qu'elle avait adoptée.

Htrsïu nr. Wl

Le roî de Navarre se trouva donc héritier de 1^ couronne de France, après la mort de Henri IIL Quoiqu'une si haute fortune eût droit de le char» mer, il n'en fut pas moins affligé de la perte de ce prince, qu'il avait torgours aimé, malgré les événements qui, pendant quelque temps, les avaient armés l'un contre l'autre; d'ailleurs^ en prenant le titre de roi de France, Henri IV était loin encore d'être le maître de ce royaume^ bt il lui fallut acheter par bien des traverses un trône qui lui appartenait cependant par droit de naissance. Dès qu'on apprit à Paris le meurtre de Henri III| et l'avènement de son successeur, les ligueurs qui occupaient cette grande ville, passèrent successivement des excès d'une gaîté insolente, aux trans^ ports d'une fureur aveugle ; après avoir allumé des feux de joie dans les divers quartiers de la capitale, ils se réunirent en grandes processions, et parcoururent les rues, travestis de mille manièreà bizarres, et armés de broches, de vieilles épées, et de tout ce qu'Os pouvaient rencontrer: c'était ainsi qu'ils se préparaient à combattre, en criant qu'ils aimaient mieux mourir, que de se soumettre à un roi huguenot; car c'était le nom que le peuple donnait aux calvinistes.

Le duo de Mayenne lui-même fut efi&ayé, lors* qu'il vit cette multitude s'agiter, en proférant d' horribles menaces ; et il n'est presque pas douteux que s'il eût été libre, il eût préféré se jeter aux pieds de Henri lY, dont la grandeur d'âme lui était connue, plutôt que de demeurer au milieu de ces forcenés, que le conseil des Seize, composé de méchants et de foctieuxt soulevait ou retrait kwon gréé ^

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Malgré les cris de ces furieux, Henri IV se serait bientôt rendu m^dtre de Paris, si les ligueurs D*eussent appelé à leur secours une armée espagnole, pour défendre cette ville contre son roi. C'était encore Philippe II, fils du fameux Charles-Quint, qui régnait en Espagne ; et ce prince étranger ne demandait pas mieux que de causer des malheurs à la France, espérant en retirer quelque profit.

Ces raisons d'état, qui excitent ainsi Tun contre Tautre les rois et les nations, sont ce que Ton ^pelle la politique; et depuis les temps les plus reculés, cette science funeste a été la cause de bien des désastres.

Cependant Henri lY, qui déplorait sans cesse le malheur de ces guerres continuelles, dont les succès et les revers faisaient également couler le sang français, se vit bientôt dans la nécessité de conr» battre le duc de Mayenne, qui avait marché contre lui avec une armée considérable de ligueurs et de cavaliers espagnols; Henri ne comptait point un aussi grand nombre de soldats que son ennemf, mais chacun des siens était résolu de mourir pour un si bon roi. Les deux armées se rencontrèrent dans la plaine d'IvRY, qui est à environ vingt lieues de Paris, et tout se prépara pour une grande bataille, à laquelle on a donné ce nom.

Quoiqu'il fut doué d'un grand courage, Henri IV ne put envisager de sang-froid la perte prochaine de tant d'hommes, qui allaient être tués dans le com* bftt ; et dès qu' il vit Tennemi s'approcher, il monta sur son cheval de bataille, et s'avança devant son armée, la tête nue, afin que tous les soldats pusseni voir son visage ; alors, joignant les mains, et levant les yeux au ciel : — " Scia^eur," 8'écria-4;-il, " vous

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•* savee mes pensées, et vous coniialsse» le fond de " mon cœtir ; s'il est avantageux à mon penple que ** je possède la couronne, favorisez ma cause, et "protégez mes armes; si votre sainte volonté ** en a autrement disposé, ôtez-moi la vie, 6 mon ** Dieu, en même temps que vous m'ôterez ce *• royaume, et que je meure à la vue de ces braves ** guerriers, qui s'exposent pour mon service." Tous ceux qui l'environnaient entendirent cette

Îrière touchante, prononcée avec véhémence par lenri, et aussitôt il s'éleva dans l'armée un cri général de " Vive le Roil** qui est le cri ordinaire de la nation, dans les grands périls, et dans les grandes joies.

A ces acclamations, Henri, reprenant un air gai et serein, dit, en regardant ses troupes, et leur montrant de la main celles de Mayenne : — " Mes amis, ** vous êtes Français, je suis votre roi, voilà Ten- " nemi ; si les cornettes vous manquent, suivez '* mon panache blanc ; vous le verrez toujours au ** chemin de l'honneur et du devoir." En achevant ces paroles, il prît son casque ombragé de plutnes blanches, et donna le signal du combat.

Alors s'engagea une terrible bataille, où le rcd combattit avec tant de vaillance et d'ardeur, qu'au milieu de la fumée, il disparut aux yeux de ses soldats, qui cherchaient en vain dans la mêlée son panache blanc. Le bruit se répandit bientôt qu'il avait été renversé, et peut-être tué ; et quelquesuns parlaient déjà de prendre la faite, lorsque Henri, reparaissant tout couvert de poussière, leur cria de tourner au moins la tête pour le voir mourir, s'ils étaient assez lâches pour l'abandonner ; OOB mots rendirent le courage aux plus timides^

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les lîgnenrs Airent taOlés en pièces, et le doc de Mayenne n'eut que le temps ae se dérober par la fuite à une mort certaine.

Dans ce funeste combat, Henri ne cessait d'ordonner aux siens d'épargner le sang* français; et l'ennemi avait à peine tourné le dos, qu'il songeait déjà à faire relever les blessés, et à secoorir les prisonniers.

Cette humanité touchante, dans an pareil moment^ lui assura plus solidement la couronne que la victoire qu'il venait de remporter ; car tous les prisonniers, auxquels il rendit la liberté, ne manquèrent ?as de publier les soins qu'il leur avait fait donner. >'abord les ligueurs refusèrent de croire à tant de vertus ; et lorsqu' il leur devint impossible d'en douter, beaucoup d'entre eux hésitèrent s'ils n'iraient pas se jeter aux genoux de ce bon prince.

Le roi ne tarda pas à se présenter devant Paris, qu' il fit entourer par son armée de telle façon, que peraonne ne pouvait plus y entrer ni en sortir; il devint même impossible d'y introduire la farine, la viande et les autres aliments les plus nécessaires à la vie ; et en peu de mois, les habitants de cette malheureuse capitale furent réduits aux dernières extrémités du désespoir et de la faim.

Pendant les premiers moments, on essaya de faire durer le peu de provisions qui se trouvaient dans la ville, en réduisant chaque personne au plus strict nécessaire ; mais enfin, le pain venant à manquer tout à fait, ce fiit une chose horrible que l'aspect de cette immense population, mourant de faim, et cherchant à se procurer de la nourriture par tous les moyens possibles: on tua les chevaux, les chiens, les chats, et les animaux même les plua

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dégoûtantSipoîir 66 nourrir de leur obair; etlorsqne cette ressource fut épuisée, on fit bouillir les peaux de ces bêtes, les cuirs des bottes et des souliers, et beaucoup d' hommes parvinrent à subsister de cette manière. Enfin la famine devint si affreuse, que Ton assure que quelques malheureux firent du pain avec des os de morts broyés ; mais cette horrible nourriture coûta la vie à tous ceux que le désespoir poussa jusqu'à cette extrémité. On a bien de ta peine à croire de pareilles choses ; et pourtant toutes les histoires de ce temps racontent ces horreurs.

Le cœur de Henri lY saignait en apprenant tant de misères, et il ne pouvait supporter l'idée que son peuple endurât de si épouvantables souffrances; plusieurs fois des troupes de ligueurs affamés, hommes, femmes et enfants, avaient essayé de sortir de cette malheureuse ville, dont les rues étaient déjà encombrées d'infortunés, morts d'inanition ; mais les soldats du roi les ayant repoussés avec dureté, ces misérables avaient péri sans secours, dans les fosses des remparts; alors Henri défendit qu'à l'avenir on traitât avec autant de rigueur ceux qui se présenteraient, disant que c' étaient encore des Français, dont il devait être le père; et lorsqu'il s'en présenta de nouveau, il leur fit distribuer du pain, et leur permit de s'éloigner. Ces malheureux, en voyant la bonté du roi, pleuraient de reconnaissance et de regret, d'avoir outragé si longtemps cet excellent prince, qui les soulageait avec tant de charité dans leurs misères.

Cependant, le parti de la ligue, poussé au désespoir par cette suite non interrompue de revers, imagina de choisir un autre roi, pour que tous Ioa

Français fie détachassent de Henri IV, et vinsse&t 86 soumettre au monarque que l'on aurait désigné. Les Seize surtout résolurent d'offrir la couronne an toi d'Espagne, pour engager ce prince à faire de noureaux efforts en leur faveur ; mais le parlement de Paris, qui ayait toujours ha! la Hgue, déclara que la couronne de France ne poutait appartenir à un souverain étranger, et cette courageuse résistance du Parlement ouvrit les yeux à tous lea Français, qui reconnurent enfin, mais trop tard, qu'ils avaient été trompés par les ligueurs. Xi€fs Seize ainsi abandonnés du peuple, furent obligés de s'enfuir; les Espagnols vaincus sortirent du royaume, et le duc de Mayenne lui-même se soiimh au roi, auquel Paris ouvrit ses portes.

Quelque temps auparavant, Henri IV s'était fait sacrer dans la ville de Chartres, parce que les ligueurs étaient encore maîtres de Reims ; et comme la religion catholique est professée par la majorité des Français, il avait renoncé au culte ptotestant^ dans une cérémonie qui eut lieu à Saint-Deni% et que l'on nomma son abjubation.

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LE MAEÉCHAL DE BiRON.

Depuis Van 1594 jusqy!à Van 1610.

Henri IV, maître de Paris, fut bientôt reconnu roi de toute la France, car il y avait bien des siècles qu'on n'avait vu un si grand prince sur le trône de Charlemagne, de Philippe Auguste et de saint Louit). n accorda un généreux pardon à tous ses

LE MARiCHAL DE BIBOH. 297

ennemis, et ne s'occnpa plus que de faire le bonheur de ce pauvre peuple, qui avait tant souffert tous les règnes précédents.

Je vous ai dit que Henri, n'étant encore que roi de Navarre, était devenu le mari de Marguerite de Valois, sœur de Charles IX, peu de jours avant les massacres de la Saint-Barthélémy; il semblait que le ciel n'eût point approuvé cette union, con^ tractée sous de si tristes auspices, et ces deux époux, qui ne s'aimaient guère, vécurent presque loujours éloignés l'un de l'autre.

D'un commun accord, ils sollicitèrent du pape la dissolution de ce mariage, et le souverain pou* tife y consentit, parce qu'il se trouva que Henri et Marguerite étaient cousins. Alors le roi de^ manda la main d'une belle princesse italienne^ nommée Marie de Médicis, qui était parente de la reine Catherine, dont je vous ai tant parlé sous les règnes de François II et de Charles IX : Marie de Médicis fut donc amenée en France, où le roi, après l'avoir épousée, la fit asseoir à côté de lui sur son trône.

Les rois sont ordinairement entourés de flatteurs et de courtisans ; mais il appartenait à Henri IV d'avoir de véritables amis: c'étaient BmoN, dont le père était mort, en combattant pour son service; Mornat, l'homme le plus sévère et le plus irréproclftible du royaume; d'Aubigne, qui n'avait jamais quitté Henri, ni dans ses revers, ni dans ses victoires ; et enfin Sully, sujet fidèle, ami sincère, ministre intègre, dont la vie tout entière fut employée à servir la France, en servant le roî;

De ces quatre hommes précieux qui entouraient le monarque de leur affectUDin, un seul causa à cd

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excellent prince le plus vif chagrin qu'il pût éprouver ; ce fut Biron, le plus jeune de tous, que Henri IV avait vu grandir sous ses yeux, et qu' il aimait comme un fils, malgré son caractère léger, inquiet et ambitieux.

Le roi Tavait comblé de dignités et de récompenses de toute espèce, et pourtant Biron n' était pas encore satisfait ; il aurait voulu encore de plus grands honneurs et de plus grandes richesses ; une couronne royale ne lui eût point paru trop pesante; et il eut la folie de se lier avec les ennemis de son bienfaiteur, qui flattèrent cette ambition ridicule; mais il lui arriva précisément ce qu'un malheureux, dévoré d'une fièvre ardentei éprouverait, s'il se précipitait dans un fleuvei c'est-à-dire qu'il se perdit entièrement.

Henri fut averti des liaisons criminplles de Biron, et d'abord n'en voulut rien croire, tant ce jeune étourdi lui était cher : il fallut pourtant à la fin qu'il se rendit à l'évidence, et il fut contraint de le livrer à des juges, qui le condamnèrent à mort, comme coupable de trahison envers le roi et l'état*

Une chose trop ordinaire dans le monde, c'est de voir ceux qui tombent dans le malheur abandonnés des personnes mêmes qui paraissaient leur èitQ le plus attachées, comme si c'était un mal con* tagieux ; aussi Biron, naguère encore si vanté, si recherché, si flatté, dut-il n'être point surpris de n'entendre aucune voix s'élever pour le défendre, dès qu'il fut accusé. Mais comment quelqu'un aurait-il pu parler en sa faveur, lorsqu'il fût le ymmvsr h abandonner sa propre cause : au lieu de

LE MARfcBAL M9 BIBO& 299

montrer un juste repentir des desseins coupables qu'il avait formés, et d'implorer sa grâce du roi, qui ne la lui aurait pas refusée, il prétendit que l'on avait employé des sortilèges pour le faire manquer à ses devoirs.

Cette pitoyable excuse ne put pas sauver le malheureux maréchal, et Henri, tout prêt à pardonner, attendit vainement que Biron lui fit demander sa grâce.

Pendant ce temps, le royaume devenait plus florissant qu' il ne l'avait jamais été : le roi, secondé par les talents et la probité de Sully, s'occupait à réparer les désastres des guerres civiles ; le peuple était heureux, et célébrait partout les louanges du roi par des chansons qui sont parvenues jusqu'à nous, et dont la plus connue est celle de " Vive Henri IV r*

En voyant cette prospérité d'un grand peuple, le bon roi souriait de plaisir, et souvent répétait qu'il ne serait content que lorsque, le dimanche, chaque paysan de France pourrait mettre la poule «u pot.

Malheureusement, tout le monde n'appréciait pas également les bienfaits du roi, et il était bien difficile qu'apriîs tant de troubles, il ne restât pas quelques mécontents dans le royaume.

Le roi, peu de temps après s' être rendu maître de Paris, voulant satisfaire les calvinistes indignés de son abjuration, leur avait accordé la possession de plusieurs villes fortes de France, où ils pouvaient exercer librement leur religion. Bientôt leur permit, sous de certaines conditions, de se livrer dans toute l'étendue du royaume à Texeroîce de leur culte, par une ordonnance que l'on

dOO LE KAiSâcilAL DE mBOR.

nomma T^dit de Nantes, parce qu'elle fdt rendue dans cette ville, où l'on montre encore la maison gue ce prince habitait alors. Mais cette concession irrita de nouveau quelques vieux ligueurs, qui ne pouvaient se consoler d' être soumis à un roi qu' ils avaient repoussé de toutes leurs forces pendant si longtemps ; et beaucoup d'entre eux continuèrent à nourrir secrètement des projets de haine et de vengeance.

Depuis quelques mois, Henri paraissait triste, rêveur, et agité de noires pensées qui ne lui étaient point ordinaires; quoiqu'il fût en parfaite santé, qu'il vît croître sous ses yeux deux Bis que lui avait donnés la reine Marie de Médicis, et que tout semblât lui sourire, il ne cessait de parler de sa mort prochaine, comme si c'eût été malgré lui.

. Ces fîmestes pressentiments ne tardèrent pas à se réaliser, au moment qu'il se préparait encore à faire la guerre contre les Espagnols, ces anciens ennemis de la France, qui avaient tant contribué à prolonger les troubles de la ligue.

La reine venait d'être couronnée dans l'église de Saint-Denis, et le choix de cette église, dont les caveaux servaient de sépulture aux rois, pour une pareille cérémonie, avait été regardé comme un présage sinistre.

Le lendemain de cette fête, le roi, après avoir dîné an Louvre d'un air assez triste, était monté dans son carrosse, pour aller visiter Sully, avec six seigneurs qui l'accompagnaient ordinairement ; arrivée dans la rue de la FiaoNNERiE, l'une des 4>lus fréquentées de Paris, la voiture se trouva tout i rioup arrêtée par un embarras de charrettes, et

LG CABDIUAL D(E mCBESAEU. 801

nn bomme b' étant élancé d'une borne but la rone du carrosse, frappa de deux coups de couteau dans lé cœur cet excellent prince, qui mourut aussitôt, en jetant un grand soupir.

Ce monstre, dont le nom doit être à jamais en exécration à tous les Français, s'appelait Ka- VAiLLAc ; comme stupéfait du crime affreux qu'il venait de commettre, il resta immobile dans la rue, tenant encore le couteau ensanglanté ; et les gardes du roi, l'ayant saisi, l'auraient mis en pièces, si on ne l'eût pas arraché de leurs mains.

Le carrosse, les panneaux fermés, reprit tristement le chemin du Louvre, où le désespoir que manifestèrent tous les domestiques du roi ne fut que le prélude du deuil qui se répandit bientôt Bur la France entière. L'exécrable Kavaillao Bubit quelques jours après un supplice horrible, qu'il avait bien mérité, en perçant ainsi le cœur du meilleur des rois.

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