LE CARDINAL DE RICHELIEU
Depuis Van 1610 jusqu^à Van 1643.
Il n'y avait pas eu de roi appelé Louis, depuis le bon Louis XII, surnommé le Père du peuple ; et le dauphin, fils aîné de Henri IV, qui n'avait que huit ans et demi, lorsqu' il parvint au trône, prit le nom de Louis XIII.
La reine Marie de Médicis, veuve de Henri IV, fut nommée régente du royaume, ainsi que l'avait été la reine Blanche ; mais elle n'eût pas, comme cette princesse, la sagesse et le bonheur de faire prospérer l'état. C c
802 LB QABDHVAL DE BICnELIEU.
Lorsque Marie de Médîcîs était arrivée d' Italie^ pour épouser le roi Henri IV, elle avait amené avec elle une dame, nommée Leonore GtAUgaî, qui était fort laide, mais qui avait tant d'esprit et d'amabilité, que la reine ne put se décider à la renvoyer dans son pays, et demanda au roi la per* mission de conserver Léonore auprès d'elle ; Henri n'aimait guère cette dame, dont le caractère lui in* spirait de la défiance ; mais, cédant aux prières dô la reine, il lui permit de la garder à son service.
Vers le même temps, un gentilhomme itaHen^ nommé Congini, vint aussi à la cour de France; et quoique Léonore ne fut point belle, comme elle était riche et spirituelle, il demanda sa main, qu'elle lui accorda; Concini lui-même était un très-bel homme, qui s'exprimait avec tant d'élégance et de facilité, que la reine elle-même prenait un plaisir extrême à l'entendre.
Ces deux adroites personnes, dès qu'elles furent unies, devinrent les confidents intimes de cette princesse, même pendant la vie du roi Henri ; et lorsque Marie fut devenue régente, il n'y eut paa de richesses ni de faveurs dont elle ne les comblât jusqu' à donner à Concini le titre de marquis d'Ancre, et la dignité de maréchal de France, qui ne s'accorde ordinairement qu'à de braves officiers, qui ont commandé les armées dans des batailles; et le nouveau marquis n'avait jamais fait la guerre.
Une si haute faveur étonna tout le monde, et inspira tant d'orgueil au maréchal et à sa femme, qu'ils manquèrent souvent aux plus simples égards de la politesse envers les plus grands personnage» de l'état.
Lee deux ËEivorrp de la régente, aprôs avoir 6Ioi-
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gnê du nouveau roi les plus fidèles serviteurs de Henri IV, et Sully lui-même, cet ancien et irré* prochable ami de son maître, crurent que désor» mais rien ne pourrait leur résistet ; mais quelques seigneurs de la cour, indignés de tant d'audace^ devinrent leurs ennemis mortels, et ne manquèrent pas, pour leur nuire, de prévenir contre eux le jeune Louis XIII, qui approchait de Tépoque de sa majorité.
Le roi prit donc de très-bonne heure des im* pressions défavorables sur des parvenus contre les« quels il ne recevait que des plaintes ; et plusieurs fois il témoigna le désir d'en être débarrassé.
Il n'en fallut pas davantage pour perdre les Concini, dont Tarrogance ne connaissait plus de bornes. Un jour que le maréchal d'Ancre rentrait au Louvre après un voyage, il fut tué par le «capitaine des gardes du roi, biu: le pont même du château. 8on corps, abandonné à la populace, fut traîné dans les meSi et bientôt après mis en pièces.
Je n'ai pas besoin de vous dire quelle fut la douleur de la reine, en apprenant cette nouvelle ; elle fondit en larmes, et se désespéra; mais elle fut bien plus affligée encore, lorsque sa favorite Léonore fut séparée d'elle, et conduite devant le parlement, qui la condamna comme sorcière, à être brûlée vive.
Après la mort de ces malheureux, la reine, irritée contre tous ceux qui avaient été leurs ennemis, ne voulut plus rester à la cour ; elle se retira dans ce château de Blois, dont il a été si souvenir question dans l'histoire de Henri III.
Louis XlIIf qui tei ainsi le malheu/ d'étie.pri;Fé|