LA FRONDE
Depuis Van 1643 jusqtià Van 1652é
Le gouvernement d'un grand royaume est une charge si difficile à remplir, que la reine Anne d'Autriche, qui se trouva régente après la mort de son mari, aurait été bien embarrassée, si elle n'avait fait choix, comme Louis XIII, d'un ministre habile qui Taidât de ses lumières et de ses conseils.
Le nouveau ministre était encore un cardinal ; il était Italien d'origine, et se nommait Mazârin : c' était un homme adroit et spirituel, moins fier en apparence que Bichelieu, mais tout aussi ambitieux, et avide de domination ; toutefois, comme il n'avait pas autant que ce dernier le talent de se faire craindre, c'était par son astuce et sa sou* plesse qu'il prétendait se faire obéir. Les plus grands seigneurs de la cour, qu'il accablait de caresses et de prévenances, en le voyant si doucereux, ne doutèrent pas qu'avec un pareil homme il ne leur fût aisé de se dédommager de tout ce qu'ils avaient souffert sous le règne précédent.
La plupart d'entre eux, en attendant qu'ils pussent lui arracher des provinces, l'obligèrent à mettre à leur disposition tous les trésors du royaume, et à vider dans leurs mains les coffres-forts que l'administration du grand cardinal avait laissés bien garnis d' écus.
Or, comme il n^y a point de trésor dont on ne trouve la fin, lorsqu'on y puise sans cesse, il arriva un moment où Miizarin, se trouvant dans l'impos-
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sîbîlité de Batisfaire tant de demandeurs Insatîa* blés, n' imagina pas de meilleur moyen de ramasser quelque argent, que de frapper le peuple de noaveaux impôts, qiii parurent d'autant plus lourds à supporter, que c'étaient les plus pauvres gens qui devaient les payer.
C'était l'usage depuis un grand nombre d'années, lorsqu'on établissait de nouveaux impots sur les habitants du royaume de France, que le parlement de Paris inscrivît d'abord sur un gros registre l'édit du roi, qui ordonnait cet impôt* Cette formalité se nommait l'enregistrement ; et les juges du parlement, avant d'y procéder, avaient soin d'examiner avec attention s'il était juste de faire payer au peuple la somme qu'on lui deman* dait.
Au temps dont je vous parle, ce parlement^ dont vous avez vu l'origine obscure sous saint Louis, était devenu une véritable puissance dans l' État, comme l'étaient autrefois les barons français qui se rendaient dans les cours plénières. Ces 16^ gistes n'avaient point, comme les anciens seigneure féodaux, des hommes d'armes et des châteaux forts, pour résister aux ordres du roi, mais en refusant l'enregistrement, ils arrêtaient d'un seul mot l'effet de sa volonté.
Ce fut précisément ce qui arriva, lorsque Mazarin voulut établir cet impôt, dont le pauvre peuple devait seul supporter toute la charge ; les magistrats prirent pitié du sort de tant de misérables, et quand on leur présenta l'édit à en* rpcristrer, la plupart d'entre eux s'y refusèrent ab*
cas, le seul moyon qui resiÂt pour caok^
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jtraflndro les ma^strats à lobéissance^ était une c6rémonie appelée un lit de justice, dans la^ quelle le roi devait venir lui-même faire inscrire, en sa présence, sur le registre, Fédit repoussé, sans que personne eût alors le droit de s'y opposer. Il fallut donc que le petit Louis XIV, à cette époque âgé de sept ans seulement, fût conduit en personne par son ministre au parlement, où Von enregistra devant lui V impôt qui excitait tant de mécontentements.
Cependant Mazarin ne borna pas là sa vengeance; dans sa colère contre le parlement, au« quel il ne pouvait pardonner sa résistance, il fit saisir par des gardes et mettre en prison quelquesuns des magistrats qui s'étaient montrés les plus récalcitrants. Mais le peuple de Paris, indigné que l'on traitât ainsi ceux qui avaient voulu prendre sa défense, et excité sous main par ceux qui haïssaient le ministre, se révolta contre les troupes du roi, délivra quelques-uns des prisonniers, éleva de nouvelles barricades, et Ton vît alors se succéder plusieurs années de troubles et de cabales, où le parlement se montra irréconciliable contre le cardinal.
D'un côté, les amis de la régente, à laquelle était confiée la garde du jeune Louis XIV, et de l'antre, les ennemis de Mazarin, prirent les armes pour se combattre, et cela devint l'occasion d'une nouvelle guerre civile ; mais celle-ci du moins ne prit pas le caractère atroce des fureurs de la ligue. Le parti opposé à Mazarin se nomma la fronde, et ceux qui l'adoptèrent furent qualifiés de frondeurs.
Si vous me demandiez quelle fut l'origine de
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pette âéDominalton bizarre, je voue dtrah qn'elk leur fut donnée parce que, dans leurs querelles et dans leurs combats contre les Mazarins (c'était ainsi qu'on désignait les partisans du cardinal), ils imitaient les mouvements d'une troupe d'enfknts qui s'avancent et se retirent tour à tour, en lan« çant de petites pierres avec des frondes, jeu à la mode dans ce temps-là.
Au milieu de ces dissensions, dont le motif apparent semblait être uniquement la haine que le parlement portait au cardinal, on vit le moment où un grand changement allait s'accomplir dans le royaume. Les Français, qui avaient appris pendant les guerres de religion à mesurer leurs forces entre eux, avaient compris que les seigneurs, qui |3rétendaient former une classe particulière dans I*£tat n'avaient pas d'autres droits pour commander à leurs semblables que ceux qu'on voulait bien leur supposer, et ils avaient conclu qu' il y avait beaucoup de choses à changer aux anciens usages.
La reine elle-même, à laquelle les plaintes générales avaient été portées, permit au parlement de préparer un édit de réformation qui satisfit à de si justes demandes ; mais quelques grands reprenant l'espérance de se rendre nécessaires, à la faveur du trouble, ayant excité de nouvelles que* relies, l'édit de réformation fut ajourné, et la guerre civile se ralluma.
Toutefois, la guerre.de la fronde ne ressembla à aucune de celles que je vous ai racontées ; le plus' souvent on se battait le matin, et l'on dansait le soir. Les frondeurs, pour se distinguer, portaient à leurs chapeaux des bouquets de paille, et se '^ient par des plaisanteries et par des chan* la p<iu3sance de Mazarin.
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Qnoiqn'on se battît en plaisantant, oela n'empêcha pas qne l'on ne tuât beaucoup de mondé de part et d'autre ; la régente, qui était sortie de Paris avec le jeune roi, pour se retirer à Saint- Germain, fut longtemps sans pouvoir rentrer dans cette capitale, et le cardinal Mazarin, dont la tète avait été mise à prix par le parlement, fiit contraint de s'exiler du royaume. Il n'y revint qu'au bout de plusieurs années, et mourut peu de temps après à Paris, où Louis XIV, qui venait d'atteindre sa majorité, prit enfin les rênes de V État.
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