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ri6n ne lui paraissait digne d'envie comme le sort de CCS matelots, qui, sur un frêle navire, allaient parcourir le monde entier, tandis que toute son existence, à lui, devait se consumer dans une chambre de dix pas de longueur.
Un jour, il conçut le désir de faire connaître son fiort à quelqiie être humain, non pas dans Tespoir d'être délivré, mais parce que les malheureux trou« vent une grande douceur à savoir que quelqu'un compatit à leur peine. Comme on ne lui laissait ni plume, ni encre, ni crayon, il prit un des plats d'argent dans lesquels on lui servait ses repas, et y grava, avec la pointe d'un couteau, son nom et l'histoire de sa vie*
Cela fait, il profita d'un moment où il se trou« vait seul, pour jeter à travers les barreaux de sa croisée le plat d'argent, qui tomba dans la mer.
A quelque temps de là, un pêcheur qui avait tendu ses filets non loin du pied de cette tour, fut tout étonné, en les retirant, d'y trouver quelque chose de lourd : c'était le plat d'argent du Masque de fer; comme cet homme simple ne savait pas lire, il pensa que ce plat était tombé par mégarde dans les flots, et se hâta de le reporter au gouverneur, dans l'espoir d'une récompense. •
Celui-ci n'eut pas plus tôt jeté les yeux sur l'écriture de son prisonnier, qu'il devint pâle et tremblant, car c'était là le secret dont il devait répondre sur sa tête. Il fixa attentivement le pêcheur étonné, et lui demanda d'une voix émue s'il savait ce qui était écrit sur ce plat. Cet homme lui répondit ingénument qu' il ne savait pas lire, et qu'il n'avait fait part à personne de sa rencontre. Alors le gouverneur parut soulagé d'une grande
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crainte, et après avoir donné une somme d'argK>nt an panvre pêcheur, il le renvoya, en lui disani qu'à était bien heureux de ne pas savoir lire.
Peu de temps après cet événement, THomme au masque de fer fut amené à Paris, dans une forteresse que Ton nommait la Bastille^ et qui était située à l'endroit même oii l'on voit aujourd'hui une fontaine formée par un éléphant colossal ; il y passa de longues années^ et mourut sans que l'on ait jamais pénétré le secret de son existence.
Louis XIV, qui sans doute portait un immense intérêt an mystère dont ce personnage fut toujours enveloppé, mourut an château de Versailles, douze ans après lui, et la fin de ce règne si long et âl glorieux, fat marquée par de grands revers, el aussi par de grandes fautes.
Ce prince qui aimait trop la guerre, comme il lô dit lui-même à ses derniers moments, voulut faire asseoir sur le trône d'Espagne, son petit-fils qui j était appelé par le testament du dernier roi de ce pays ; il y parvint en effet, mais non sans d'énormes sacrifices, car il eut à combattre l'Europe entière ; ce qui fut cause en grande partie des malheurs qui troublèrent les dernières années de son règne.
Dans sa vieillesse, Louis oublia ce que son aïeul Henri IV devait aux protestants, et ce que ce prince leur avait promis jpar son édit de Nantes : il révoqua cet acte de la sagesse d'un bon roi, et un nombre infini de ces religionnaires, pour fuir de nouvelles persécutions, se retirèrent dans les
Eays étrangers, oii ils portèrent leurs richesses et îur industrie.
Je dois vous répéter ici un mot de- ce grand prince, au moment même où il sentait la mort s'ap-
procher : ses domestiques senls étalent restés dans fia chambre, et pleuraient agenouillés autour de son lit, " Pourquoi pleurez-vous ? " leur dit-il, " m'avez- ** vous cru immortel?" (I^^ septembre 1715.)
Depuis Van 1715 jusqu'à Van 1775.
L'un des plus grands malheurs qui accablèrent la vieillesse de Louis XIV. que Ton nomme aussi Louis le Grand, 'à cause aes glorieux événements qui signalèrent son long règne, fut certainement la perte du Dauphin, son fils, et celle du duc db BouRQOONE, Taîné des enfants de ce prince, qui était appelé par sa naissance à succéder à son aïeul.
Le duc de Bourgogne avait été élevé par les deux hommes les plus habiles et les plus vertueux de ce temps, le duc de Beauvilliers, et F^nelon, archevêque de Cambrai, qui composa pour Tinstruction de son élève un livre admirable, que vous lirez certainement lorsque vous serez plus âgés ; et je dois vous dire que jamais enfant ne profita mieux des leçons de ses maîtres.
Le jeune prince, qui depuis la mort de son père portait le titre de dauphin, avait reçu de la nature le caractère le plus aimable ; il avait un esprit vif et pénétrant, et une application continuelle à ses devoirs ; il était doux, modeste, afiable, compatis* éant envers les malheureux, et pour trouver uno
Siété aussi sincère et aussi touchante que la siennoi . aurait fallu remonter jusqu' à saint Louis.
Avec cela, son âme élevée était capable de tons les sentiments nobles et touchants; et quoiqu'il n'aimât pas la guerre, à cause des malheurs qui en sont inséparables, il n'en montrait pas moins nii erand courage et une intrépidité peu commune^ lorsqu'il était obligé de la faire.
Cet excellent prince étant un jour pressé pai une foule de pauvres qui connaissaient sa bi<»n- (aisance, et leur ayant déjà distribué tout son argent, détacha une magnifique croix de diamants que le roi lui avait donnée, et la fU vendre par un de ses domestiques, pour en partager le prix à ces malheureux : " Allez," dit-il à ce domestique, en la lui remettant, " et faites, suivant le précepte de rÉvangile, que ces pierres deviennent du pain."
Tant de vertus, mes enfants, promettaient aux Français un règne paisible, et peut-être un demisiècle de bonheur ; mais le duc de Bourgogne ne devait pas porter cette couronne ; en im mois, co prince, sa femme, Taîné de leurs fils, périrent d'une cnielle maladie, et jamais personne n'emporta dans la tombe tant d'espérances et tant de regrets,
Louis XV était le fils de ce bon prince, et pa? conséquent l'arrière-petit-fils de Louis le Grand; Comme il n'avait que cinq ans, lorsque, par la mort <le son père, il se trouva appelé au trône, il fallut, «uivant l'ancien usage, nommer un régent pour gouverner le royaume, jusqu'à ce- que le jeune monarque eût atteint sa quatorzième année, et le «hoix du parlement tomba sur le duc d'Orléans, ireveu de Louis XIV, et l'un des ancêtres du roi Louis-Philippe I<*.
Tiorsque Louis XV fut devenu grand, il parut ' monde si beau, si aimable, si affiible
envers le peuple, que la France crut voir renaître en lui les meilleurs rois dont je vous ai raconté r histoire; et en effet, si ce jeune prince n'eût jamais écouté les mauvais conseils de cette foule de courtisans qui se plaisent à tromper les rois pour profiter de leurs erreurs, son règne n'eût pas été moins glorieux que celui de Louis XIV,
Pendant un voyage qu'il fit à Metz en Lorraine^ province qu'il venait de réunir à la France;, Louis tomba si dangereusement malade, qu'en peu 4e jours il fut aux portes du tombeau. A cette triste nouvelle, la douleur du peuple fut extrême ; pn ne voyait de tous côtés que des gens qui se rendaient en foule dans les églises, pour demander û Dieu la conservation des jours du jeune roi. La Providence parut exaucer les prières de tout ce jHjuple; Louis échappa contre toute attente au danger qu'il avait couru, et la joie publique éclata par tant de transports, qu'il reçut dès ce moment le surnom de Bien-aim£.
Il semblerait, mes jeunes amis, que ce titre, qui rappelait à Louis XV tout l'amour que lui portait un peuple généreux, aurait dû lui inspirer le désir de s'en rendre digne ; mais il n'en fut point ainsi : la nation française vit avec douleur son roi se livrer à une honteuse oisiveté, dans ses palais de Versailles et de Marly, entouré de courtisans, habiler à lui déguiser les besoins de son peuple, et confiant au hasard, et à l'inexpérience de quelques ministres spirituels, mais imprudents, les destinées de cette grande nation. Dans les carrosses dorés où prenait place cette cour splendide, mais efféminée, on aurait eu peine à reconnaître le successeur des rois chevelusi environnés de cette pompe rude et ^er-
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ifdre, qui, pendant tant de dèclea, les aTait rendus redoutables à tous leurs ennemis.
Cependant, une circonstance parut jeter quelque éclat sur cette époque dépouillée de tout ce qui avait fait autrefois la force et la gloire de la monarchie, ce fut lorsque, les Anglais ayant de nouveau déclaré la guerre à la France, le roi s'arracha à cette cour à laquelle il avait déjà fait tant de sacrifices, et se rendit lui-même à son armée, que commandait le maréchal de Saxe, général intré^ pide et expérimenté.
Les deux armées se rencontrèrent auprès d'un village de Flandre nommé Fontenoy, où se livra une terrible bataille : un grand nombre de braves soldats restèrent sur la place de part et d'autre, et la victoire demeura aux Français, malgré le courage opiniâtre de leurs ennemis.
Quoique cette bataille de Fontenoy soit déjà fort ancienne, il n'y a pas encore bien longtemps qu'il existait à T hôtel des Invalides de Paris un vieux soldat qui y avait combattu.
Louis XV montra beaucoup de résolution et de fermeté dans cette journée, dont le succès fut dû aux talents et au courage du maréchal de Saxe, qui, atteint en ce moment d'une dangereuse maladie, se fît porter, pendant tout le combat, dans une litière attelée de deux chevaux, partout où il y avait du danger, voulant que, s'il devait monrir, le dernier jour de sa vie fût encore utile à la France.
La victoire de Fontenoy fut le dernier éclair 4e gloire que jeta le règne de Louis XV qui, tout le reste de sa vie, et même dans un âge ftvanoé, ne s-'occupa plus que de ses plaisirs. Mais
il ne âkUt pas croiro pour cela que la mollefise de ce règne ait énervé la nation tout entière, car ce tut au contraire à cette époque, .que Ton vit renaître, au milieu d'elle, les précieux germes de ce patriotisme qui avait tant honoré -autrefois les bourgeois des anciennes communes de France.
Le roi Louis XV dans sa vieillesse eut, comme Louis le Grand, la douleur de survivre au fils qui devait lui succéder dans Tordre de la nature, prince dont la vie entière avait fait concevoir aux Français les plus belles espérances.
Ce dauphin, dont les vertus rappelaient celles du duc de Bourgogne, eut un jour, dans une partie de chasse, le malheur de blesser par accident un de ses écuyers ; il s'en montra si aÎBigé, que quelqu'im, le voyant au désespoir, crut le consoler, en l'assurant que la blessure de l'écuyer n'était point mortelle: ** Faudrait-il donc," s' écria-t-il, "que j'eusse " tué un homme, pour être dans la douleur." Depuis ce temps, cet excellent prince renonça entièrement au plaisir de la chasse, qu'il aimait passionnément avant cet accident, et jamais on ne put le faire changer de résolution.
Une autre fois, ayant fait apporter devant le duc DE Berri, son fils aîné, et devant ses jeunes frères, le registre où l'on inscrit tous les enfants, lorsqu' ils tiont baptisés, il fît remarquer à ces petits princes que leurs noms y étaient inscrits à côté de celui des pauvres et des artisans : " Vous voyez," ajouta-t-il, '^ que la religion et la nature mettent tous les *' hommes au même niveau ; la vertu seule met en " eux quelque différence ; et il ne suffit pas d' être *^ grand aux yeux des peuples, il faut encore l'être " aux yeux de Dieu."
936 LA. MOBT DB LOfUB XWh,
Connue le duc de Bourgogne avee leqfuel 3 svtil tant de ressemblance, ce vertueux daiqpfaiii se porta point sur le trône ces précieuses quiditéSi
LA MOBT DE LOUIS XVL Dqwis Van niAjtaqu'à Van 1793.
Le dnc de Berri, fils de cet illustre daopiiln dont la mort trompait tant d'espérances, était encore dauphin lui-même, lorsqu'il devint l'époux de Marie- AirroiNETTE d'Autriche, Tune des plus belles et des plus aimables princesses que l'on eât jamais vues.
Le mariage de ces augustes personnagesy que leurs grâces et leur jeunesse faisaient aimer de tout le monde, fut célébré à Paris par des fôtes magnifiques, dont le goût s'est toujours conservé en France, depuis Louis XIV; mais ces Utes furent troublécîi par un événement qui sembla présager un avenir sinistre aux princes aimables qui en étaient l'objet.
Ob tirait un superbe feu d'artifice sur cette Taste place qui sépare le jardin des Tuileries des Champs Éljsées, et, suivant l'usage, une foule immense de peuple s'était réunie dans ce lieu, pour jouir d'un si beau spectacle. Tout à coup, au milieu de cette multitude rassemblée pour des réjouissanceSy des cris de douleur se font entendre, des gémissements leur succèdent ; la foule épouvantée veut fuir, et le désordre s'accroît par le nombre infini de personnes qui sont renversées et foulées aux pieds.
LA XOfiT DB LOUIS XTZ. 827
On dit que, dans ce moment, des scélérats, dans Tespoir de dépouiller les victimes, tendirent des cordes, dans lesquelles une infinité de personnes s'engagèrent les pieds et tombèrent: ces malheureux ne pouvant plus se relever, furent écrasés par ceux qui venaient après eux, et plusieurs centaines de cadavres demeurèrent sur la place.
En apprenant ces affireux désastres, le cœur du dauphin et celui de la daupbine furent brisés de douleur ; ils se bâtèrent de faire porter des secours et des consolations aux parents de ceux qui avaient péri d'une manière si déplorable; mais ces bons princes ne purent jamais se consoler des malheurs que les fêtes de leur mariage avaient occasionnés.
Peu de temps après cet événement, le roi Louis XV mourut, et le jeune dauphin, en montant sur le trône, prit le nom de Louis XVL Ce prince était certainement un des plus honnêtes hommes de son royaume, mais il vivait dans un temps où des vertus modestes ne suffisaient pas pour régner.
Les Français de cette époque ne ressemblaient plus en aucune façon à ces Franks grosders et Ignorants, qui, ne connaissant que l'emploi de la force, n'estimaient que la valeur guerrière. De-
ndenx cents ans environ, notre nation était »nue aimable, polie et éclairée.
n n'y avait plus de serfs en France ; les plus grands seigneurs, au lieu d'imiter la rudesse des anciens châtelains féodaux, se faisaient un devoir de traiter leurs vassaux avec douceur, et aucun dfeux ne s'imaginait plus que ses inférieurs dussent Tivre et mourir pour son bon plaisir.
En même temps, la voix de l'humanité s'était ùâÈ entendre envers les hommes même les plv