‹ L'histoire de France, racontée à la jeunesse. Éd. stéréotype, augmentée d'une table analytiqueChapitre 76 sur 87 · LA RÉPUBLIQUE · texte numérisé non relu

LA RÉPUBLIQUE

D^tàs Van 1795 jusqu'à Van 1804.

Pendant que le jeune Louis XVII languissait dans sa triste prison, la France avait supporté bien des infortunes, et il avait été décidé que ce vaste pays formerait désonnais une république, c'est-àdire, un Etat où il n'y a point de roi.

Vous vous souvenez sans doute d'avoir lu dans 1* Histoire ancienne, qu'il y eut aussi une république dans la ville de Borne, qui ne fut jamais plus puissante que sous cette forme de gouvernement; mais alors, presque tout le peuple romain était renfermé dans Tenceinte de la ville, et ne s'étendait pas comme la nation française, sur un immense territoire ; de là les grands malheurs qui accablèrent la France.

D'abord, une foule d'hommes, égarés par une funeste ambition, firent tomber sur des échafauds je ne sais combien de milliers de têtes innocentes ; bientôt après, de terribles divisions ayant éclaté entre les maîtres du pouvoir, ils s' égorgèrent entre eux, et la plupart de ceux qui avaient embrassé avec le plus d'ardeur le parti de la république, en devinrent les victimes.

Jamais on n'avait vu en France tant de catastrophes, même dans les temps les plus malheureux dont je vous ai raconté l'histoire.

Cependant, le récit de tant de discordes civiles avait fait une profonde impression dans toute l'Europe; plusieurs rois Pifisemblérent des années

884 LA H^PUBUQUS.

oonsidéraMes, et pensèrent qu'il leur serait tisê de pénétrer en France, et de s'emparer de ce malheureux pays. Mais vous savez qiie, dans tous les temps, les Français ont aimé leur pays par-dessus toute chose ; une multitude de jeunes gens prirent les armes, et ne pensèrent qu'à re-

Sousser les étrangers ; ils combattirent avec tant e courage, que les ennemis furent vaincus de toutes parts; et la France, si malheureuse au dedans, fut triomphante au dehors.

Dans ce temps-là, le drapeau que suivaient nos soldats était le drapeau tricolore, c'est-à-dire, bien, blanc, et rouge; et c*est pour cela qu'il est si cher aux Français, auxquels il rappelle de grandes victoires et de belles actions.

Du milieu de tant de désordres, de conibatSi de triomphes et de misères, sortit tout à coup xax homme que Ton nommait Napoléon Bonaparte, et dont r histoire est certainement la plus extraordinaire du monde.

Bonaparte avait été élevé à l'école militaire que Louis XY avait établie à Paris, pour V éducation de la jeunesse du royaume. Dès son enfance, il manifesta une intelligence supérieure, et une grande aptitude pour le travail ; et lorsqu* il parut pout la première fois dans les guerres que la France eut à soutenir pour sa défense, il s*y distingua par son sang-froid dans les périls, et par des ta* lents militaires qu'il est bien rare de rencontrer daDS un jeime officier.

Mais si Bonaparte était doué d'un mérite éminent, il avait en même temps une ambition qiu n'avait point de bornes ; en peu de temps, il do' ^'-t vénérai en chef des arméee de la république,

LA BÉPUBUQUB» 335

avec lesqnclles il remporta d'éclatantes victoire» ^r presque toutes les nations de Y Europe, et qu' il conduisit même en Egypte, où nos soldats acquirent une gloire immortelle ; bientôt après, il 8e fit nommer consul, pour imiter les magistrats de Tancienne Rome ; et lorsqu' il vit que le peuple et Tannée, enivrés de sa gloire et témoins de ses grandes actions, ne demandaient qu'à lui obéir, il conçut la pensée de relever le trône de Charlemagne, et de placer sur son propre front la couronne impériale qu'avait portée ce puissant monarque.

Je dois vous dire qu'il n'y eut pas alors un Français qui ne regardât Bonaparte comme le sauveur de la patrie; sa présence seule avait fait cesser tous les maux qui avaient désolé la France depuis tant d'années ; la prospérité publique semblait son ouvrage, et sa gloire rejaillissait sur toute la nation.

Cependant, ceux qui avaient proscrit la famille de Louis XVI, pour ne plus obéir à un roi, ne pouvaient voir sans indignation un homme sorti des rangs de l'armée devenir leur maître, et rétablir la monarchie, dont les ruines avaient été arrosées de tant de sang; ils craignirent même qu'il ne rappelât les princes de l'ancienne famille royale, qui cherchaient alors dans les diverses contrées de l'Europe, un pays où nos victoires leur laissassent le temps de se reposer.

Mais Bonaparte leur fit bientôt voir qu*îl était comme eux l'ennemi des Bourbons ; car ayant fait enlever secrètement un jeune prince de cette famille, il le fit mourir comme s'il eût été coupable de quelque grand crime. Le bruit de la mort du DUC d'Ênghien, c'est ainsi que se nommait ce

d36 l'emfirb.

malhearenx prince, descendant du grand Condé, retentit dans tonte V Europe ; beaucoup de Françab se réunirent aux autres ennemis de Bonaparte, et dès ce moment, on put prévoir que sa puissance ne serait pas durable.

Peu de temps après cet événement, Bonaparte décida le pape à venir de Borne à Paris, pour lui poser la couronne sur la tête: il prit le titre d' Empereur des Français, et ne se fit plus nommer que Napoléon I«f.

•miMMnaWMIMIWWMmWMIMMakrMMiMMIMitIMiMMHMM

L'EMPIBE.

Depuis Van 1804 jusqvCà Van 1812.

Cependant, ce grand capitaine, que la guerre avait élevé si haut, aimait par-dessus toute chose les combats et la gloire des armes. A la tête des soldats intrépides qu'il avait tant de fois conduits à la victoire, il combattit successivement toutes les puissances de l'Europe; il prit et garda le royaume d' Italie, à l'exemple de Chailemfigne ; et fatigué de couronnes, il ne les conquit bientôt plus que pour les donner; il créa des royaumes pour tous ses parents, et l'Europe entière parut devoir être le partage de cette nouvelle dynastie.

Napoléon lui-même devint l'époux de la fille de l'empereur d'Autriche, et il en eut un fils, auquel Û donna le titre imposant de roi de Bome. Tout semblait alors réussir au gré de ses désirs.

ISn même temps, il faisait entreprendre des tra- K immenses, créait un grand nombre d'éta*

l'empies. S37

blîssements utiles, et ordonnait plusîenrs monuments magnifiques, dont le moindre eût suffi pour immortaliser un prince moins insatiable de gloire.

La colonne d'AusTERLiTZ, qui s'élève au milieu de la place Vendôme, à Paris, et sur laquelle on voit maintenant la statue de cet homme célèbre, dans le costume même qu'il portait habituellement, fut construite par son ordre, en mémoire d'une célèbre bataille de ce nom ; et le bronze dont elle est couverte, provient des canons pris aux ennemis dans cette grande journée.

A l'une des extrémités de l'Europe, se trouve un vaste empire que Ton nomme la Russie. Il n'y a guère plus de cent ans que les Russes ont pris part, pour la première fois, aux affaires du monde, et déjà depuis longtemps ils forment une puissance redoutable par sa force et par son immense étendue.

Napoléon eut la pensée de conquérir cet empire, comme il avait conquis tant d'autres royaumes; il rassembla sa grande armée: c'était le nom que l'on donnait alors aux troupes qu'il commandait, non pas à cause du nombre de ses bataillons, mais à cause de la valeur des soldats qui la composaient ; et ayant forcé plusieurs rois étrangers à se joindre à lui, il marcha sans hésiter vers cette contrée éloignée, oii l'attendaient des revers encore inouïs.

D'abord, il vainquit les armées russes partout où il les rencontra, livra de terribles batailles, et réduisît ces peuples tellement au désespoir, qu'ils fuyaient devant nos troupes, brûlant eux-mêmes li'ura villes et leurs villages, et détruisant tout 00 qu'ils laissaient derrière eux.

Ff

$38 L^EUPOMk

liCS Riusses occupent une partie des çonti€et qu* haLîtaîent autrefois les Scythes, dont parle r Histoire grecque ; et comme sous leurs ancêtres^ leur pays n'offrît bientôt de tous côtés que l'aspect d'une vaste solitude.

Kapoléon s'avança de cette façon jusqu'à Moscou, qui était la plus grande et la plus ancienne ville de cet empire ; mais il ne s'en rendit maître que pour être témoin d'un effroyable incendie, que les habitants allumèrent de leurs propres mains, et qui réduisit en cendres cette immense cité.

Cependant, le conquérant n'avait pas songé au

filus redoutable ennemi qu'U aurait à combattre : 'hiver approchait, et en Bussie cette saison est tellement rigoureuse, que pendant cette partie de Tannée, les champs y sont constamment couverts de neige, et les rivières entièrement glacées. Les hommes eux-mêmes, qui ne voyagent alors que sur des traîneaux légers que des chevaux font glisser sur la glace, y mourraient infailliblement de froid, s'ils ne s'enveloppaient de peaux de bêtes, lorsqu'ils sont dehors, et s'ils n'habitaient des maisons qu'ils échauffent au moyen de poêles énormes.

Lorsque Napoléon vit qu'au lieu de se soumettre à lui, les Busses avaient brûlé Moscou, qu' ils appelaient cependant leur ville sainte, il comprit l'imprudence qu'il avait commise, et voulut retourner sur ses pas, avant que les rigueurs de ce terrible hiver vinssent fondre sur son armée ; mais il était déjà trop tard, et un froid excessif eut bientôt assailli ces intrépides soldats, que rien jusqu'alors «n arrêter.

lurrais pas vous dire quel incroyable ntrèrent les Français, au milieu d'une

LA RBSTAIJBATIOIV* 839

e! affrense calamité; et lorsque tous serez assesi âgés pour lire cette histoire, vous admirerez, comme tout le monde, leur grandeur d'âme, qui ne se démentit pas un seul instant.

Mourant de froid et de misère, ils n'abandonnaient leurs armes que quand leurs mains engourdies ne pouvaient plus les porter ; les larmes que la douleur leur arrachait, se glaçaient aussitôt sur leurs joues desséchées ; et lorsque, épuisés de fatigue et de faim, ils tombaient entièrement gelés, la neige recouvrait leur corps ; et c' était là l'unique tombeau de tant de braves.

Un petit nombre seulement de ces vaillants soldats a survécu à ces désastres incroyables ; mais une santé détruite, des membres perclus, une vieillesse prématurée, sont les suites funestes des maux excessifs qu'ils ont endurés. Ceux qui connaissent leur courage héroïque, ne parlent jamais d'eux qu'avec respect ; et c'est un devoir pour tous les Français d'honorer par des témoignages d'estime une si glorieuse infortune*

MWMMWMMM»

LA EESTAUEATION.

DqmU Van 1814 Jusqu'à Van 1824.

liA GRANDE ARM^E n'existait plus; Napoléon avait perdu les plus fermes soutiens de sa puissance, et toutes les nations de l'Europe s'étaient coalisées, pour accabler enfin l'homme qui avait si longtemps pesé sur elles.

Gependanti mes bons amis, le grand capitaine se

340 LA B£&TAtX&ATION.

flattait encore qu'il loi serait possible de faire tèto à Torage ; et assemblant de nouvelles armées, il les conduisit sur des champs de bataille où nos jennes soldats luttèrent encore avec gloire contre des troupes aguerries et plus nombreuses. Maïs les Français étaient las de ces longues guerres^ et le temps était passé où le monde entier tremblait devant nos armes ; bientôt, plus d'un million d'hommes de toutes les nations européennes envahirent la France, et y portèrent à leur tour les malheurs de la guerre.

Depuis le temps de l'insensé Charles YI, où la reine Isabeau appela les Anglais dans Paris, ainsi gue je vous l'ai raconté, cette grande ville n'avait point vu d'armée ennemie.

Vous vous souvenez encore de ces princes, frères de Louis XVI, qui s'étaient enfuis du royaume avec cette foule de Français timides, auxquels on avait donné le titre d'émigrés ; après la mort du jeune Louis XVII, l'aîné de ces princes avait ^is le nom de Louis XVIII, dans les pays étrangers où il s'était retiré. C'était un prince déjà âgé, mais prudent et instruit, qui avait consacré le temps de son exil à préparer des lois sages et durables, dont il se proposait de faire usage, si jamais il venait à être rappelé au trône de France.

Lorsque les souverains étrangers se rendirent maîtres de Paris, après de sanglantes batailles, où Napoléon, malgré ses revers, se couvrit d'une nouvelle gloire, une foule de peuple se porta au-devant de ces monarques, et plusieurs demandèrent à grands cris le retour de l'ancienne famille royale. A-lors Napoléon, vaincu par le sort, consentit à quer la couronne. Co mémorable événcmeai

LA khstachatio!!. 841

l^accomplît ftn château de FontaîiicUean, près de Paris, où ce grand homme fit ses adieux à son armée, dont chaque vieux grenadier versa des larmes amères, en se séparant de son empereur.

Peu de temps après, Louis XVIII arriva à Paris, accompagné du comte d'Artois, son frère, et des autres princes de sa famille.

Il fut suivi de près par M. le duc d'Orléans, cousin du roi, prince qui, bien jeune encore, dans des temps de malheur, avait montré sur les champs de bataille où il avait combattu pour la patrie, un grand courage et un noble caractère.

Ce retour en France de la famille des Bourbons, est ce qu*on nomme ordinairement la restauration.

Louis XYIII monta ainsi sur le trône sans opposition; et son premier soin fut de donner au royaume, sous le nom de charte constitutionnelle, des lois sur lesquelles il promit qu'à l'avenir reposeraient la force du trône et les libertés de la nation.

Cependant, le temps des épreuves n'était pas encore terminé, et Napoléon, qui, après son abdication, avait été relégué dans la petite Ile d'Elbe, voisine de l'Italie, débarqua tout à coup en France, où ses anciens soldats le reçurent avec des transports de joie.

Le roi, qui ne s'attendait point à cette brusque attaque, fut encore obligé de sortir du royaume, et Napoléon rétablit pour quelques mois seulement la puissance impériale, en promettant aux Français de les faire jouir d'une véritable liberté, s'ils voulaient le soutenir.

A cette nouvelle, toutes les nations de l'Euro^'

Ff 3

342 LA BESTAUBATION.

alannées, reprirent les armes qu'elles avaient & peine déposées; et leurs troupes s'étant rassemblées de nouveau sur les frontières, Napoléon, autour duquel s'étaient promptement ralliés une partie des débris de la grande année, marcha audevant des ennemis en Belgique, et les rencontra auprès d'un village de ce pays, nommé Waterloo, où s*engagea l'une des plus terribles batailles que Ton eût vues depuis longtemps. L'empereur des Français y fut vaincu, après les plus glorieux efforts de son armée, et les ennemis, marchant aussitôt sur Paris, s'emparèrent encore une fois de cette capitale. Alors Napoléon comprit que toute résistance était devenue inutile;, en préfesnce de l'Europe entière, armée contre un seul homme, i] consentit de nouveau à abdiquer l'empire ; et brisé par tant de revers, il écrivit au roi d'Angleterre, qu'il regardait comme le plus généreux de ses ennemis, pour lui demander un refuge dans ses états.

Maïs l'attente de ce grand capitaine fîit trompée: au lieu de l'asile honorable qu'il croyait obtenir, ce fut par une dure captivité, que les souverains de l'Europe prétendirent faire expier à l'homme le plus prodigieux des temps modernes, les humiliations dont il les avait abreuvés pendant tant d'années.

Cette fois, le lieu de son exil fut I'Ile de Sainte- HiÊLENE, qui n'est qu'un rocher aride, situé à plus de trois cents lieues de tous les pays connus, où cet homme extraordinaire passa cinq années dans la captivité, et mourut consumé d'ennuis et de dé- -- (5 mai 1821.) lant ce temps, Louis XVIII s'était eflTorcé

Là ti^VOLUTlON DE 1 830. 843

de cicatriser les plaies qne tant de secousses avaient laissées à la France, et peut-être serait-il parvenu à effacer jusqu'aux dernières traces de nos discordes civiles, si ceux qui Tentouraient n'eussent été le plus opposés à ses bonnes intentions.

Une courte guerre contre l'Espagne fut lo seul événement militaire qui troubla la sécurité de ce règne tout pacifique ; elle fut honorable pour les armes françaises, et le vieux roi ne survécut pas longtemps à la joie que ce succès lui fit éprouver* (16 septembre 1824.)

Quoique l'histoire de ce règne, mes jeunes amis, n'ait pas été illustrée par des combats glorieux, *par des traités célèbres ou des actions éclatantes, il est extrêmement remarquable par l'établissement de la Charte constitutionnelle, qui a fait connaître aux Français les avantages des institutions libérales.

•MMniMItWMWtWtWtftWMWMtMIMIMlMWMk

LA RÉVOLUTION DE 1830 Depuis Van 1824 jusqu'à Van 1830.

Louis XVIII avait promis que tous les princes de sa famille, en montant sur le trône, jureraient de respecter la Charte, afin que chaque Français pût être assuré que ses enfants jouiraient comme lui-même des garanties qui lui étaient assurées par cet acte solennel.

En effet, le comte d'Artois, en succédant à son frère, BOUS le nom de Charles X, sembla d'abord vouloir suivre les intentions du vieux prince: les paroles du nouveau roi, bienveillantes et agr^

344 XA BfvOLtnOH DE 18S0.

ables an peuple, firent concevoir d'henrcnses espérances de ce règne, dont les commencements forent paisibles et pleins de prospérité.

Mais les mêmes hommes qui s'étaient montrés opposés anx sages volontés de Louis XYIII, espérant miens réussir auprès de son successeur, représentèrent à ce prince, qu'en changeant la Charte, il deviendrait certainement le plus puissant monarque de la terre ; Charles X les écouta avec trop de complaisance, et le peuple qui savait cela, s'accoutuma à se défier de son roi.

n y a sur le rivage d'Afrique, mes jeunes amis, une ville nommée Alger, qui depuis plus de trois cents ans, n'était habitée que par des brigands, continuellement en guerre contre toutes les nations de V Europe. Les vaisseaux de ces pirates ne cessaient d'infester les mers, et de piller les navires de toutes les puissances chrétiennes, dont ils réduisaient les sujets à l'esclavage le plus dur. Deux monarques redoutables, l'empereur Charles-Quiiit et Louis XIV, avaient entrepris autrefois de punit ces Barbares, mais ils n'avaient pu s'emparer de leur repaire.

La ville d'Alger est située sur cette côte africaine, où existait dans l'ancien temps la fameuse Carthage, non loin de la ville de Tunis, devant laquelle mourut saint Louis, ainsi que je vous l'ai raconté.

Charles X, après un affiront fait au consul do France par le dey d'Alger, voulant faire cesser pour toujours les brigandages des Algériens, envoya contre ces pirates une flotte et une armée françaises, *»* cette fois encore nos soldats triomphèrent en Iques jours de tous les obstacles : les ennemis

LA RlÉVOLtmON DE 1 830 ^ 845

furent vaincus, leur ville fut prise, et leur chef lui-même se rendit à discrétion. On trouva dans son palais d'immenses trésors, fruit des rapines qu'Alger avait exercées sur T Europe depuis trois siècles. (5 juillet 1830.) ^

L'annonce d'une si glorieuse conquête fut reçue avec joie de toute la France ; mais les mauvais conseillers de Charles X, profitant de la satisfaction qu'il ressentait de cette victoire, le décidèrent à publier des ordonnances qui changeaient entièrement la Charte.

Ce fut UDe grave imprudence que fit alors ce roi, et de plus une grande faute, de vouloir ainsi détruire la Charte ; car il avait juré de l'observer, et il n'ignorait pas que les Français étaient trèsattachés à ces institutions, qui assuraient poiu* toujours leurs droits et leur liberté.

A cette nouvelle presque incroyable, le peuple de Paris prit les armes, et en trois jours de combats sanglants, renversa le trône que la bonne foi paraissait avoir abandonné. Le cri des Parisiens, au milieu de ces journées, fut constamment " Vive la Charter* pour montrer qu'ils ne combattaient que pour la conserver.

Enfin Charles X fut contraint de renoncer au trône, et de sortir, pour la troisième fois, du royaume, avec sa famille. H traversa lentement, accompagné d'une suite peu nombreuse, une partie des provinces de France ; et le silence du peuple, accouru sur son passage, fut la plus pénible leçon qu'il reçut dans un si terrible revers.

n est bon que je vous fasse remarquer ici combien cette révolution fut différente de celle qui causa la mort de Loui» XVI, et qui attira tant de

846 LA nfroLUTioir de isso.

malheurs Biir la France; c'est qu'à présent le peuple français, qui est devenu plus instruit par les projrrès de l'éducation publique, connaît mieux ses véritables intérêts ; il sait bien que le bonheur général fait celui de chacun en particulier, et qu'il faut, avant tout, conserver Tordre, sans lequel il n*y a point de société possible.

Cependant, le trône ayant été déclaré vacant, les députés de la nation, qui s'étaient réunis à Paris dans ce péril général, ofifrirent la couronne au duc d'Orléans, cousin de Charles X, et prince dont le patriotisme était connu depuis les pre^ miers temps de nos troubles civils; et lorsqu'ils se rendirent à Neuilly, sa maison de campagne, pour le prier de gouverner les Français avec le titre de lieutenant général du royaume, ils le trouvèrent entouré de ses jeunes enfants, qu' il fait tous élever dans les collèges publics, pour être un jour de bons et utiles citoyens.

Alors ce prince consentit, non sans peine, à so rendre à leurs vœux, et étant venu à Paris, il accepta la royauté peu de jours après, en jurant, au milieu des députés, une nouvelle Charte constitu* tionnelle.

M. le duc d'Orléans, en recevant la couronne a pris le nom de Louis-Philippe I^, roi des Français, pour faire connaître à chacun que ce n'est point sur la terre de France que repose sa souveraineté, mais dans la confiance des Françaisi qui l'ont élevé librement au trône.

flN DB l'HISTOISB DB FRANCE.

Page 1